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merce, de deux cultivateurs, d'un capitaine de quartier, de deux tailleurs d'habit , d'un portefaix, d'un cordonnier et d'un jardinier. En outre on délibéra de fixer l'attention la plus sérieuse sur les finances de la ville et de vérifier les anciens comptes.
Comme on le voit , Marseille venait d'acquérir une indépendance à peu près complète par la conduite de sa garde bourgeoise et <le son conseil municipal , qui n'étaient que l'oi^ane de la population tout entière. Le parlement et la haute noblesse d'Aix , alarmés déjà des démonstrations politiques des principales communes et des scènes de désordre dont elles avaient été le théâtre, accusèrent Marseille de sédition , et l'intendant Desgallois de la Tour fut l'interprète de cette accusation auprès du ministère, qui fit avancer sur Âix quatre régimens d'in£sinterie et deux de cavalerie. En même temps il ordonna au comte de Caraman de se rendre à Marseille avec toutes ces troupes, qui présentaient un effectif de huit mille hommes. Leur entrée dans la ville étaient une violation de ses anciens privilèges. C'est ce que disaient les Marseillais, mais c'est aussi ce qu'ils avaient perdu le droit de dire. Ces privilèges dont on invoquait la puissance ne venaient-ils pas d'être immolés solennellement par les représentans du pays dans l'assemblée nationale ? N'avait-on pas juré haine au passé? Ne voulait-on pas élever un nouvel édifice social sur les débris fumans de l'édifice antique?
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1^ aiarqiib de Piks, gommuieuivviguier de MgrseUie , €im>fa au cooite de Caraman trois eltoyens notables pour le supplier <le ne pas entrer dans cette ville av«^: ses jtroup^s, doiH la présence pourrait t;roubIer Tii^certaiQe tnanquillité. L'agita!;ion des «sprits liesait craindre ea .e£G^ une explosion terrible. De Caramai», saos s'arrêter aux ionl^nces 4e cettte députa^tion , partit d'Aix , le i^ mai (i)^ à la 4ète de toutes ses trouas qu'il fit arrêter à Areiij àun quart de lieue de la ville. Là de Pîles , accompa£;oé de quel^piies personnes de dis* tinctioo^^ut une conférence aveclui. Pendant leur pouiparler , un «scadron d'abord ^ puis deux autres , tojtts les trois détachés du .corps d'armée qui stationnait à Aren, se présentèrent à la porte d'Aix et y trouvèrent des citoyens aimés , disposés à leur di^uter le passa^. jCes escadrons , trop fai^ blés pour engager la lutte , rebroussènadt chemin. Alors le comte de Çai^man , à qui la cour avait prescrit de n^agir qu'avecwte extrême .prudence^ en apurant l'eicécution des lois et le maintien du bon ordcei déclara qu'il,enti;eralt seul à Marseille* La joie éclata dans la âté dès que cette résolution y Jut, connue, et l'on dressa à la hâte un arc de triomphe à la porte d'Aix. jLes écheyius et l'assesseur y reçurent le comte qui fit son entrée à cbe* val au milieu de la garde bourgeoise. Il établit à
(i) Toajonrs en l'année 1789.
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Marseille son qaartier-général et fixa sa demeore dans la citadelle Saint-Nicolas, où casernait le régiment de Yexin.
De Caraman , voulant réduire le conseil municipal à sa constitution ancienne , élimina les citoyens des diverses classes et les députés des corpoirations que cette assemblée s'était adjoint. Il oassa ensuite la garde bourgeoise et travailla à la formation d'une nouvelle milice , sur un plan qui fut généralement repoussé comme aristocratique. La plupart des volontaires ne voulurent pas reconnaître les capitaines, tous nommés par le conseil de ville dans la classe des nobles et des riches négocians, au mépris des autres classes de citoyens. L'ancienne garde n'avait pour marque distinctive qu'un pouf et une cocarde; on assigna un uniforme bleu à la nouvelle , mais elle ne put jamais se compléter, et les officiers plus nombreux que les soldats, se virent exposés k la haine publique.
Toutes les corporations demandaient avec une énergie voisine de la révolte le rétablissement du conseil municipal, tel qu'il s'était précédemment organisé par des adjonctions , et le comte de Caraman fut obligé de céder à ces vœux. Le 3o juillet, le conseil, ainsi réorganisé , déclara l'intendant de Latour auteur des calamités de la province, enjoignit à tous les corps administratifs et k tous les citoyens en particulier de rompre avec lui toute relation, et fit publier cette délibération à son de
trompe. Le lendemain un membre proposa la réforme de la garde bourgeoise, et la motion, chaleureusement appuyée par la très-grande majorité, fut violemment combattue par plusieurs capitaines de cette garde qui fesaient partie du conseil. L'un d'eux osa même tirer Tépée contre un opinant. Au milieu du tumulte et des apostrophes les plus injurieuses, d'autres officiers du poste de l'Hôtel de Ville entrèrent dans la salle des délibérations , et la séance fut levée.
En ces circonstances le comte de Caraman, voulant donner une juste satisfaction au conseil municipal et au peuple , accorda la réforme deman^ dée , et nomma une commission pour l'aider dans ce travail. I^es officiers de la garde bourgeoise en furent exaspérés , d'autant que le bruit courut qu'on leur ferait défense de porter l'uniforme militaire dont ils étaient jaloux et fiers. Dans la nuit du 19 août, des agitateurs apposèrent des affiches au coin des principales rues pour exciter le peuple contre la garde bourgeoise et pour l'inviter à se rassembler le lendemain sur l'esplanade de la Tourrette. La garde, qui n'avait aucune habitude d'obéis^nce et de discipline, crut que son honneur lui commandait d'accepter le défi , prit les armes et counit à la Tourrette, où il n'y avait aucun attroupement hostile; seulement quelques hommes y travaillaient ; on y voyait aussi des enfans et des curieux inoffensifs. Un officier ayant
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maltraité un df s ouvriers on ne sait trop pour quelle cause, des huées se firent entendre. Aus«tô« les premiers rangs de la garde bourgeoise, sans Tordre des chefc, firent feu sur les spectateurs dont le bruit de cette scène avait grossi le nombre. Quarante personnes furent blessées plus ou moins grièvement (<), et un boucfeer, nommé Garcio , qui wnait joindre k garde bourgeoise dont il était l'un des brigadiers, tomba m«rt de trois coups de balle.
A la fKmvene de ce fonesie événement le peuple de Maraeifle ne fiit plus maître de son indignatic», et il y eut un soulèvement général. La garde bourgeoise se dispersa. Les officiers , poursuivis par des bandes d'ouvriers exaspérés, de femmes en fureur 9 et même d'en£ins qui fesaient le triste apprentissage des discordes civiles, étaient partout accablés d'outrages et de coups. On le«r arrachait les épaukttes , on leur déchirait Thabit , et plusieurs eurent la vie en péril. Une foule immense , traînant ie cadavre de Garcin et demandant vengeance au comte de Caraman, vint assiéger la citadelle Satnt^Nicolas, résidence de ce^ommandantl^éral. A l'entrée de la nuit, la multitude envahit k rue Noailles où demeurait Téchevîn Laflèche. On force la maison de ce magistrat, on la dévaste «ntièrement, on brûle tous ses weisd>les. Le comte
(t) Demx d'entre elles m^uitirent quelques jours après.
de Cjiraman se présente à chevid au mitieu des mutins. U cherche en vain à les calmer par des paroles de persuasion el de bîeiiTeiUaBice* Sa voiii se perd au milieu des fins insultantes €kmeuk*s , et on le force même de descendre de cheval Le commandant, plein de courage en œ laoment aïtique, ordonne une demière.fois aux perturbateurs de se disperser sous peine de l'être par la force , et des trompettes leur font sommation. Le désordre ne cessant pas j plusieurs escadrons de cavalerie et le régiment suisse d'Ernest qui fesaient partie du corps d'armée v^iu d'Aix et campé dans le voisi..^ nage, entrent au pas de charge dans la ville , fiMH dent sur le rassemblement et s'emparent de quelques séditieux.
Un appareil de force militaire resta longtemps déployé^ en imposa aux plus audacieux, et maintint la tranquillité publique, sans maintenir la paix dans les esprits toujours livrés à h discorde. Trois hommes d'énergie qui s'étaient £iit connaître par totttes les passions d'une démocratie ardente et qui exerçaient beaucoup d'influence sur le peuple, Trophime Rebecquy,^ négociant, Ooier Granet , fils d'un riche tonneher (i) et Toussaint Pascal, droguiste , furent jetés dans les cachots de la citadelle Saint-Nicolas, comme instigateurs^
(i) Rebecquy el Granet furent plus tard envoyés à la Convenlion p«r le dépanooMot des fioachet-du^lhôiie.
derniers troubles, et Bournissac, prévôt-général des maréchaussées de Provence, instruisit leur procès. Cette instruction criminelle fut une nouvelle cause d'irritation populaire. On avait Thabitude de considérer le pouvoir comme un ennemi contre lequel tous les moyens de guerre étaient bons , et Ton honorait comme des martyrs ceux qu*il< semblait persécuter.
La situation politique de Marseille fixait à juste titre l'attention du gouvernement, et d'André, conseiller au parlement d'Aix et député de cette ville à l'assemblée nationale, fut envoyé en Provence en qualité de commissaire pacificateur , à la chaîne par lui de s'entendre avec le commandant-général comte de Caraman , pour assurer le succès de sa mission conciliatrice. Ces deux fonctionnaires crurent qu'une nouvelle assemblée représentative de la commune de Marseille devait remplacer le conseil municipal renforcé, trop engagé dans les querelles qui avaient troublé la ville , pour qu'il pût travailler au bien public, au rétablissement de la concorde, et fournir k eux-mêmes un concours efficace. En conséquence, ils écartèrent du conseil municipal tous les membres adjoints qui y avaient été appelés, divisèrent la ville, les fsiubourgs et la banlieue en vingt-quatre quartiers, et convoquèrent le 6 octobre tous les che& de famille âgés de vingtcinq ans, pour nommer trois représentans par quartier, chargés de renforcer le conseil munici-
pal ordinaire. Les élections se firent sons l'influence des passions hostiles au pouvoir y et cette assemblée fût moins traitable que la précédente. IjC 3i du même mois , elle invita Boumissac à suspendre sa procédure prévôtale jusqu'à la promulgation du décret qui allait être rendu sur l'instruction criminelle. Boumissac ne répondit à cette invitation qu'en accablant de rigueurs les trois prisonniers de la citadelle Saint-Nicolas y jusqu'à ce qu'un décret de l'assemblée nationale , à la date du 8 décembre , lui eût enlevé la connaissance de cette affaire et l'eût renvoyée à la justice ordinaire, c'est-à-dire, à la sénéchaussée de Marseille.
Les mouvemens séditieux qui agitaient le royaume à cette époque éclatèrent à Toulon avec une violence inouïe. On venait de procéder dans toutes les communes à la formation de la garde nationale. Celle de Toulon était composée de douze, cents hommes, et l'état-major avait été choisi parmi les négocians, les bourgeois aisés et quelques nobles sans fortune. Les démocrates exaltés» mécontens de ces choix , demandèrent que la milice citoyenne fût réorganisée dans un sens populaire. L'autorité supérieure s'y opposa, et la municipalité organisa alors un comité permanent , qui, le i4 octobre 1789, prit une délibération par laquelle tous les citoyens étaient invités à arborer la cocarde tricolore.
Le i3 novembre, un officier de Dauphiné^