W HISTOIRE
portant on vieaM chapeau aréc un ruban noir nooé eA fotma de ganse , lui arrêté k k Porte^YîeîHe pair le pdr»Ce de la garde nationale qai raccuaait d'atoir arboré la cbcarde noire. On maltraita cet crfBckt ^ et bien qu'il protestât contre toote intention cou^pable , on le dônddlsit en prison. Géivéhiux de terre et de mer le réclamèrent vaioeraeot. Les militaires de» deux ârmesi en tarent exaspérés. Les bas-ofBciers et soldats de la 6^ et de la 'J^ Mvision du corps royal des cationniers marins écri' virent à la mûnidpalité et se plaignirent des exigences de la garde nationale; ils déclarèrent ((u^ ne reconnaissaient pour maître que le roi , pour che& que leurs officiers, et que jamais ils ne souffriraient qu'on manquât au respect qui leur était dû. Dès lors une lutte s'eftgagea entre la garde nationale , la munidpâlité et le (idmlté permanent d'une part, et la marine de l^autre.
Le chef d'èscâdrô d'Albert de Rloms, comitiad. ddnt-généralde la marine, fut accusé par des malveillans de faire des préparatifs d'attaque k bord de l'amiral,au poste du petit-rang, à la'patacbe du port, et de Confectionner des éartoudbesà pierrier et à esptngole. On désignait le premi^ décembre comme le jour du devaient éclater l'incendie et le sac de la ville; oti ajoutait qu'on n'attendait pour consom* mer (cet horrible complot que Tarrivée de la garnison de Digne qui s'avançait, disait-on , à marches forcées, et qui, n'ayant pas paru, fut censée avoir reçu contre ordre à Mezel.
D'Albert) voyant que quelques ouvriers de Farsenal) qui étaient entrés dans la garde nationale, négligeaient , soos ce prétexte j le travail pour lequel ils étaient payés , jugea sagement que ces deux devoirs étaient incompatibles , et annonça en conséquence que les ouvriers qui préféreraient le ser* vice de la milice citoyenne ne seraient plus employés par l'administration maritime. A cette occasion , il congédia , le 3o novembre , deux maîtres d'équipage dont il avait à se plaindre depuis longtemps. Ces deux hommes allèrent porter plainte k Roubaud , maire de la ville , et une émeute fut publiquement annoncée pour le lendemain. En eCTet, le i^' décembre ) les ouvriers désertent en grand nombre leurs ateliers et se rassemblent tumultueu* sèment. Le maire, accompagné d'une députation du conseil permanent et d'une populace furieuse, se dirige vers l'arsenal et s'arrête à la porte. D'Albert de Rioms, informé de son arrivée, l'invite à entrer. Le peuple s'y oppose , disant que ses magistrats ne doivent pas se mettre à la discrétion de leurs ennemis. Le maire demande alors un rendez-vous dans la ville y et le commandant-général indique son hôtel. Roubaud et son cortège s'y transportent. D'Albert ne tarde pas k s'y rendre lui-même, accompagné de tous les officiers de marine qui se trouvaient dans l'arsenal. La main sur la garde de l'épée, ils marchèrent au milieu des émeutiers qui ne cessaient de les huer et de les menacer.
Le maire et la députation du conseil permanent demandèrent à d'Albert la grâce des deux maîtres d'équipage, promettant qu'à cette condition tout rentrerait dans l'ordre. Le commandant-général hésita d'abord et fit sentir le danger de cet acte de faiblesse. Un des membres de la députation prit alors le maire par le bras, et lui dit «c Monte sieur, retirons-nous; allons sauver la ville qui flc est en danger. » Mais le maire continua d'insister auprès de d'Albert de Rioms, obtint la grâce des deux maîtres d'équipage , et la fit puUier dans tous les quartiers.
En même temps d'Albert donna ordre de rassembler au champ de bataille cinquante canonniers sous les armes, commandés par de Broves, major de vaisseau. Quatre bandes d'émeutiers débouchèrent soudain , et comme par enchantement, des quatre principales issues de la place. Le major de Broves fut insulté; on tenta même de lui arracher son épée, mais inutilement. Il ordonna alors à sa troupe de porter les armes, et ne fut obéi que par le premier rang. La populace , prenant cet ordre pour le commandement de faire feu , redoubla de fureur* De Broves ne parvint qu'avec beaucoup de peine à rentrer chez le commandant-général , qui détacha sur le champ un de ses officiers à l'Hôtel de Ville pour demander la proclamation de la loi martiale. La mairie la lui refiisa, et d'Albert commanda y pour défendre son hôtel, un piquet
de cinquante hommes du régiment de Barrois. Dès que ce détachement fut arrivé, le major de la garde nationale représenta que la présence de la troupe de ligne ne ferait qu'augmenter la rage populaire, et qu'il répondait de tout. Sur cette assurance, d'Albert de Rioms consentit à renvoyer le piquet. Dès qu'il fut parti , de Saint-Julien, major de vaisseau, porteur d'un ordre du général , se vit attaqué par les séditieux dont l'effervescence allait toujours croissant. On répandait le bruit que la mairie et le conseil permanent étaient arrêtés, et quie la garnison marchait de toutes parts pour fusiller le peuple. De Saint-Julien n'eut que le temps de se rallier aux soldats de la marine assemblés pour la garde du port. « Tespère, leur dit-il , que « vous ne laisserez pas assassiner un officier à « votre tête. » Ils lui répondirent qu'il n'avait rien à craindre. Néanmoins il fut aussitôt assailli par la populace , sans que ces soldats fissent aucun mouvement pour le secourir. On lui arrache son épée du fourreau. Accablé de coups de pierre et de crosse de fusil, il tombe couvert de sang. Donde et Yaquier, officiers de la garde nationale, lui font un rempart de leurs corps. En même temps , d'Âl* bert de Rioms, à la tête d'une trentaine d'officiers, vole à son secours et l'entraîne à l'hôtel de la ma* rine.
L'émeute devient alors générale. Le bruit court que de Bonneval, major-général de la marine, a
comniaBdélefeuyCluerorcIrea été répété par de BroYes , et que la troupe a reftisé d'obéir. D'horribles cris de joie, des applaudissemeiis frénétiques frappent long-temps les airs ; la populace demande qu'on lui livre les coupaUes ; la garde nationale fsiit cause commune avec elle j et Fhôtel est cerné. De Bonneval était appuyé sur la balustracfe qui terminait alors la terrasse de cet hôtel. Il parlait avec Hubert et Durand , capitaines de la milice citoyenne. Un volontaire s'élance sur lui , le blesse au front d'un coup de sabre et lui coupe un des doigts de la main sur laqudle il avait la tête appuyée. Peu après y un coup de fusil part du miKen d'une compagnie de garde nationale. La balle brise les vitres du cabinet de d'Albert et s'enfonce dans le plancher.
A deux heures après midi, le calme semblait r^ner, et plusieurs officiers sortirent de Thôtel pour quelques instans; mais lorsqu'ils se présentèrent pour rentrer, la garde nationale refusa la porte à la plupart d'entr'eux. A trots heures, les che& de la révolte s'efforcèrent de ranimer l'exaspération populaire. Ils répétèrent que l'ordre de foire fett avait été donné , et qi^ sans la résistance des soldats le peuple eût été massacré. Le tumulle, les mouvemens et les cris de la populace reprirent alors le même degré de violence. Un officier supérieur de la garde nationale vint dans ce moment demander le major de Broves pour le conduire au
palais de justice, promettant qu'il ne lui serait fait aucun mal. Le généreux de Brovès, craignant de compromettre ses canarades par son reifus , se livra aussitôt à la garde nationale , qui le conduisit au palais au milieu des vociférations les plus affreuses. Bientôt après , la députatîon du conseil permanent^ accompagnée de Carpillet» commandant de la garnison, vint annoncer à d'Albert que le peuple était satisfait , qu'on allait fiaire rentrer la milice citoyenne à la réserve d'un détachement de cinquante hommes , que le général accepta en demandant qu'il y fut joint un piquet d'un pareil nombre d'hommes du seocmd régiment de Barrois. La députation répondit qu'elle n'était pas autorisée à donner cette permission et qu'elle allait en référer au conseil permanent, qui l'accorderait sans doute. La garde nationale s y «étont opposée, le major fit battre un ban devant chaque compagnie pour engager les volontaires à prendre sous leur sauvegarde l'hôtel du commandant et les officiers qui s'y trouvaient. La garde nationale ne lui répondit que par les phis yîolens mnrmures. Axk même instanit •elle ibrce les portes de l'hôtel , s'y précipite en désordre et se jette sur d'An>ert de Rioms, de Bonneval , de €astellet , de Village et Broquier. On traîne ces officiers au palais comme des scélérats, à travers les outrages d'une vile popukice. Coups de plat de sabre , de crosse de fusil
414 Ul^^itJUiC
me, rien ne leur est épargné. Le comniandant*général, qui fut pendant vingt ans la terreur des Anglais et l'honneur de notre marine , a la plus large part dans ces lâches insultes , dans ce traitement ignominieux.
On arrive au palais de justice. D'Albert est d'abord conduit dans une chambre où il trouve du feu. Mais bientôt une partie de son escoite exige qu'on le fsisse descendre au cachot, et une dispute s'élève sur ce point. « Mettez-moi où vous vou- <c drez y dit fièrement le général , pourvu que je ce ne vous voie plus. » On l'emmène au rez de chaussée dans un de ces réduits humides et infects réservés jusque là aux plus vils malfaiteurs , et on le laisse à côté d'un criminel qui depuis six mois attendait son jugement. Ses compagnons d'infortune sont également jetés dans des cachots affreux; mais le maire plus humain se transporte de suite au ptlais, rassure les prisonniers, et les £ait mettre tous ensemble dans une chambre convenable.
Le peuple dont la rage n'était pas encore assouvie chercha long-temps Gautier , directeur des constructions, pour lui faire subir le même sort; mais ce fonctionnaire eut le bonheur de s'échapper après avoir couru les plus grands périb.
Quelques jours après, de Bonneval et de Castellet, blessés pendant l'émeute, furent transportés à l'hôpital de la marine, et des volontaires les y gardèrent à vue. D'Albeit de Rioms, atteint de
DE PROTENCE. 415
douleurs rhumatisinales et souffrant beaucoup d*un coup de crosse qu'il avait reçu entre les deux épaules, demanda au maire d'être aussi conduit à rhôpital. La garde nationale, supposant que les détenus prétextent des maladies pour s'évader plus Êicilementy abandonne le champ de bataille où die était rassemblée pour une revue, se porte en masse à l'hôpital, en arrache de Bonneval et de Castdlet, et les ramène au palais de justice. On les y resserre plus étroitement et on les accable de vexations,
D'André, commissaire du roi en Provence, se rendit à Toulon en toute hâte. On décida à l'Hôtel de Ville qu'on nommerait sous sa présidence un comité de recherches composé de douze membres^ et les procès verbaux furent adressés à l'assemblée nationale.
De Laroque, le plus ancien des capitaines de vaisseau, rédigea, un mémoire qu'il adressa au comte de Caraman, qui avaittoujours son quartiergénéral à Marseille. En même temps, tous les officiers de marine de Toulon et des autres ports de France, tous ceux qui se trouvaient en congé à l'intérieur , adressèrent des demandes collectives au gouvernement pour obtenir la liberté des prisonniers détenus arbitrairement parla sédition triomphante.
Une lettrede S^-Priest, ministrede la maison du Roi, annonça officiellement à l'assemblée nationale les
troubles de Toulon , et Mâlonet (i) iusîsÉa a^ec force sur la oéeessité de faire rentrer dans Tonlre cette ville importante ; il demanda qu'il fût bit une éclatante réparation à d'Albert de Rion», et proposa uo projet de décret sur ces deux objets. L'abbé de Boaneval, frère de l'un des prisoeoiers^ chercha à émouvoir la sensibilité de l'assemblée ; mais elle se contenta de cbang;er son président de supplier le roi de donner désordres pour que les officîersiemprisonnés fussent îramédiatement ébHr^ gis. C'était lui demander moins qu'H n'avait déjk fait, car il avait aussi ordonné de poursuivre les principaux auteurs de la révolte. Mais Louis XVI, dépouillé de son autorité absolue , n'exerçait pas toujours librement ief>ouvoir exécutif quela constitution nouvelle plaçait dans ses mains ^ «t sa volonté y sans franchir les bornes légales , se voyait bien souvent atteinte d'impuissance.
Le conseil municipal 'de Toulon reçut le \^ décembre 1789 la lettre 4e Saint-Priest, contenant l'ordre du roi de mettre en liberté les officiers de la marine retenus en prison. Le conseil s'assembla le même jour et eut l'audace de faire une déclaration dont voici la substance. « Considérant que « la lettre de M. de Saint-Priest ne porte pas l'em- « preinte légale de la volonté certaine du roi ; que
(0 Malouet, intendant de la Marine, à Toulon, était député de la sénéchaussée de Riom pour le ti«rs-état.
a le sieur d'Albert et autres ont été arrêtés sur la «c clameur publique, et que les circoustances n'ont a pas changé , les représentans de la commune « attendent la discussion de rassemblée natioce nale. »
Cette délibération , adressée à l'assemblée avec quelques autres pièces» fut lue dans la séance du 1 7 décembre. Le rapport de Taffaire y continué an lendemain , ne fut repris que lorsqu'on eut reçu des nouvelles ultériures de Toulon; elles n'arrivèrent que le ai et consistaient dans un procès verbal du conseil général de la commune , portant : <K Que le décret de l'assemblée ayant été reçu à « Toulon dans la soirée du i4 » la garde nationale <c s'était assemblée le lendemain à sept heures du « matin; que le conseil-général» précédé des trom- « pettes , avait publié le décret de l'assemblée na- <x tionale et les ordres du roi , avec injonction aux <K citoyens de n'apporter aucun obstacle à leur « exécution; que le peuple et les soldats ayant juré a soumission et respect , le conseil s'était trans- << porté au palais , avait mis en liberté les officiers <x de la marine , et les avait reconduits à l'hôtel du a commandant, sans aucun mouvement de la part « du peuple. Qu'en retournant à l'Hôtel de Ville, «c le conseil avait trouvé sur la place beaucoup de (c personnes rassemblées ; qu'il leur avait enjoint « de ft«) retirer, et que l'attroupement s'était dis- « sipé; que le mémo j^r ras officiers avaient fait
« demander un passeport pour se rendre à Mar-
«c seille, et que le conseil le leur avait accordé. »
Après avoir entendu la lecture de ce procès verbal rassemblée nationale décréta que son président écrirait au conseil général de la commune de Toulon^ pour lui annoncer qu'elle était satisfaite de la manière dont il s'était conduit au sujet du décret sanctionné par le roi. Ne voulant pas ou n'osant pas ajouter le moindre mot de blâme sur les attentats qu'on avait commA contre des officiers honorables réduits à la nécessité d'abandonner leur service , elle rendit le décret suivant y à la date du i6 janvier 1790. «t L'assemblée nationale, pré- <c sumant favorablement des motifs qui ont animé «c M. d'Albert de Rioms, les autres officiers de la a marine impliqués dans l'affaire, les officiers « municipaux et la garde nationale de Toulon, (c déclare qu'il n'y a lieu à aucune inculpation. »
lyAlbert et ses compagnons de captivité partirent en poste de Marseille pour Paris, et le 19 janvier ils adressèrent au roi une supplique pour lui demander justice. Les lettres écrites par le corps de la marine tout entier vinrent appuyer cette prière. Mais telle était alors la feiblesse d'un gouvernement débordé par les réformateurs, que M. de la Luzerne ^ ministre de la marine, écrivit, au nom du roi, aux officiers plaignans, une lettre pour leur annoncer combien sa majesté ^^^t été peréonnellement tnnch^o do Irur malheur et de
leur zèle pour son service. Telle fut la seule répal'ation qu'ils obtinrent.
Le aa décembre précédent , rassemblée natio* nale avait adopté un projet conçu par Sieyes^ et présenté par Thouret au nom d'un comité qui s'en était occupé sans relâche pendant deux mois. Il s'agissait de distribuer le royaumed'une manière plus égale et plus régulière , car aucune pensée d'harmonie gouvernementale n'avait présidé à la réunion des diversels provinces à la couronne de France. Cette réunion s'était faite à diverses époques ^ ici par droit de conquête , là par pure donation, ailleurs par alliance matrimoniale. Les provinces avaient en général une trop grande étendue, elles étaient d'ailleurs soumises à un régime trop indépendant de l'autorité centrale, qui devait être désormais plus libre dans ses mouvemens , plus rapide dans son action , pour prévenir l'isolement des diverses parties de l'état, en former un tout homogène » et maintenir sur toute la surface d'un vaste territoire une administration uniforme et hiérarchique. Le décret de l'assemblée nationale , sanctionné par le roi le aô février 1790, divisa la France en quatre-vingt-trois départemens ; le département fut à son tour divisé en districts , et le district en cantons. Il y eut dans chaque département un conseil administratif composé de trentesix membres, et un directoire exécutif composé de cinq. Le district fax uiganiaé de même; il eut
420 mSTOIRE
UD conseil et un directoire qui fiorent moins nombreux et qui relevèrent du conseil et du directoire supérieurs. Le canton , ordinairement composé de cinq ou six communes , fut une division électorale et non administrative. Les citoyens acti£$ (i) s'y réunirent pour nommer leurs députés et leurs magistrats f car tout, dans le nouveau plan, était soumis à Télection ; mais celle-ci eut deux degrés. Les citoyens actifs du canton désignèrent des électeurs chargés de nommer les tnembres de rassemblée nationale, les administrateurs du département, ceux du district et les juges des tribunaux. On établit un tribunal criminel pour tout le département, un tribunal civil pour chaque district , et une justice de paix pour chaque canton.
Cette division territoriale et même la base de ce régime administratif, n'ont pas changé au milieu de tant de vicissitudes politiques qui ont remué le pays.
U restait à régler l'organisation de la commune. On en confia l'administration à un conseil-général et à une municipalité composés de membres dont le nombre fut proportionné à la population communale. Les officiers municipaux furent nommés directement par le peuple et purent seuls requérir l'action de la force armée.
(i) Pour être citoyen actif il ùdiait payer une contr»W««m équiraleute à trois joanv^e* Ao travAU <^A. éox.).
Les trois départemens des Bouches-du-Rhône, du Var et des Bassès-Alpes remplacèrent là province de Provence. Les Bouches-du-Rhône eurent sept districts :Aix y Arles , Marseille , Tarascon» Apt, Salon et Orange; le Var, neuf districts :Tou* Ion, Hyères, Saint-Maximin, Brignoles, Barjols, Fréjus , Draguignan , Grasse et Saint-Paul de Vence ; les Basses- Alpes » cinq : Forcalquier , Sisteron, Digne, Castellane et Barcelonnette.
Ce vaste système d'élection qui organisait la souveraineté du peuple et fesait concourir tous les citoyens français au libre choix de leurs magistrats, reçut partout une exécution paisible , et les troubles qui désolèrent Marseille à cette époque eurent une autre cause. Cette ville était placée sous la loi martiale depuis le 19 août 1789^ c^est-àdire, depuis l'entrée des troupes après le meurtre du boucher Garcin et le pillage de la maison de Téchevin Laflèche ; mais la force brutale était bien loin de dominer , car un grand nombre de soldats et même de sous-officiers fraternisaient avec le peuple, témoignaient leurs sympathies pour les idées démocratiques, et les liens de la discipline militaire étaient ainsi relâchés. Le ao mars 1 790 , le marquis d'Ambert, colonel du régiment royal marine, s'étant présenté à la porte d'Aix à son arrivée d'Avignon , le factionnaire de la garde nationale lui demanda son nom et son passe- porf. a Qui êtes- vous pour me felre cette demande, dit
ce vivement d'Ambert? Garde national , répond la <x âentindle y et j'exécute ma consigne. — Qu'estoc ce que cette garde? Je ne la connais pas, reprend (c le colonel j et en même temps il ordonne à son a cocher d'avancer. — k quoi le soldat citoyea réplique : «c Vous voyez cependant que je suis en « faction ; j'ai le pouf qui distingue la garde naoc tionale de Marseille. — Le capitaine du poste arrive sur ces entrefaites , décline son grade ^ dit à l'étranger qu'il aurait dû se nommer au lieu de se mettre en colère. « Vous, capitaine! s'écrte a d'Ambert. Vous n'avez point d'uniforme. Avec <c votre redingote» votre habit gris et vos plumes, « je ne vous connais pas. v Et de suite le colonel appela le sergent du poste de la troupe de ligne qui fesait partie de son régiment (i), et lui ordonna d'amener ses soldats. En même temps portant la main sur la poitrine du capitaine: «c Si vous ce voulez la guerre , dit-il , vous l'aurez. Je vous «i attends demain à la plaine Saint-Michel. Une « seule compagnie me suffira pour mettre en ce fuite toute cette canaille. Allez, allez le dire à (c votre maire et à votre municipalité. » Le capi* tainede la garde nationale, ayant appris d'un sol* datdu marquis d'Ambert le nom de ce colonel, dressa son procès verbal et bientôt toute la ville
(i) Il y avait deax corps de garde à la porte d*Aix , i^ui occupe par la garde nationalo , rciatro p<n- in troape de ligne.
en rumeur demanda vengeance. I^e lendemain les sous-offîciers de royal^marine se rendirent auprès de la municipalité et lui déclarèrent qu'ils ne vio^ leraient jamais leur sermentcivique. Quelques ins* tans après y d'Ambert accompagné de quelques officiers de son régiment et de Greling , commandant-général dç la garde nationale de Marseille ^ entra dans l'Hôtel de Ville pour faire des excuses au conseil municipal et pour se mettre sous sa sauvegarde, en se constituant prisonnier. Un attroupement considérable Tavait suivi en le chargeant d'imprécations. La n^ultitude irritée demandait sa tête et devenait toujours plus menaçante* L'avocat Lejourdan, procureur de la commune, descendit alors de THôtel de Ville pour arrêter ce débordement. Confondu dans la foule, il s'efforçait en vain d'élever la voix, lorsqu'un jeune sousofficier de royal-marine, voyant Timpuissance où il était de se faire entendre, Téleva dans ses bras et lui servit ainsi de tribune aux harangues. Lejourdan fit une courte mais énergique allocution ; il déclara que d'Âmbert resterait prisonnier jusqu'à ce que l'assemblée nationale eût statué sur son sort, et parvint à calmer la venReance du peu-
devant la sénéchaussée de Marseille Tafiaire du colonel d'Âmberty et le 9 avril, Chomel, lieutenantcriminel , lui accorda la liberté provisoire. Le peuple en fut exaspéré, et ce magistrat, effrayé de ses démonstrations menaçantes, se hâta de prendre la fiiite.
Il semble que le calme aurait dû régner à Marseille, car il n'y avait plus aucun sujet d*irHtation raison;iable. Le prévôt Bournissac venait d'être dépossédé de la procédure contre Rebecquy, Granet et Pascal, et ces trois patriotes avaient été portés en triomphe par dix-huit cents gardes nationaux. Les troupes de ligne étaient sorties de la ville à la demande de Mirabeau; il ne restait que le régiment de Vexin en garnison dans les forts. Un club s'établissait sous le titre d assemblée patriotique des amis de la constitution. Que voulait-on de plus ?Les mécontens n'avaient-ils pas reçu une répai*ation suffisante? Les défenseurs du peuple n'avaient-ils pas assez de garanties ? Le pouvoir n'était-il pas assez afiaibli, et la liberté n'était-elle pas assez forte ?
Mais non , il était dit que cette liberté sainte» dont le réveil avait fait palpiter tant de cœurs généreux, irait un moment se perdre profanée au milieu de toutes les exagérations et de toutes les extravagances humaines. Les sentimens les plus nobles avaient donné le signal de la révolution la plus juste et la plus glorieuse qui fut jamais , et
maintenant le tour des passions mauvaises était venu. Dans la nuit du 2g au 3o avril (i), cinquante individus , la plupart de la classe ouvrière, se placèrent en embuscade auprès du fort de No* tre-Dame-de-la-Garde, après s'être divisés en deux détachemens. A cinq heures du matin , lorsqu'on baissa le pont-levis, ils se précipitèrent dans le fort, en désarmèrent la faible garnison et arborèrent sur le donjon un drapeau tricolor portant ces mots : La Liberté ou la Mort. Quelques heures après, la ville entière était en mouvement; la générale battait dans les quartiers ; les citoyens couraient aux armes. On disait que l'œuvre était trop bien commencée pour ne pas la Bnir, et Ton voulait aussi s'emparer de la citadelle Saint-Nicolas et du fort SaintJean. Tout le monde était d'accord pour l'exécution de cette entreprise, le peuple, la garde nationale et la municipalité. Les habitans de la campagne entrèrent armés dans la ville, et une foule immense vint assiéger la citadelle. De Laroque, qui en était commandant, se préparait à la défendre, et il pouvait en résulter de grands malheurs. Le temns nrp<isait. At la nniiltîtitdi^ tm-
V26 HlSTOiEË
guerre civile. De Laroque se trouvait dans une position difficile; il n'attendait aucun secours, et il avait à concilier ses devoirs militaires avec b crainte d'être responsable du sang français qui pouvait se verser. Cette dernière considération remporta chez lui , et il signa sans difficulté une capitulation qui d'ailleurs n'entachait pas son honneur. Cette capitulation portait que la garde nationale garderait la citadelle concurremment avec le régiment de Vexin, dans la proportion d'un garde national sur trois soldats; ce qui fut aussitôt exécuté. Le conseil-général de la commune se dirigea ensuite vers le fort Saint*Jean , placé sous le commandement d'un officier supérieur nommé Calvet. Ce fort était aussi assiégé par le peuple, et Calvet, après avoir consulté son conseil de guerre, accepta, contre l'opinion du major de Bausset, les articles d'une capitulation semhJable à celle que le commandant de la citadelle Saint-Kicolas venait de signer. On sut de suite dans la ville que de Bausset avait été d'avis de défendre le fort, et cet officier fut dès lors exposé à tous les traits de la vengeance populaire. Le lendemain i^' mai, des difficultés s'élevèrent pour la remise des armes et on répandit le £eiux bruit que le major voulait faire sauter le fort en mettant le feu à la poudrière. La ville fut en proie à l'agitation la plus violente; la générale battit encore; la garde nationale prit les armes et le peuple se leva en masse.
La municipalité entre dans le fort et enlève tous les fusils qu'elle y trouve au nombre de trois mille. La multitude y était aussi entrée pour assouvir sa rage sur le major de Bausset. Cet officier se met à la hâte un habit bourgeois , échappe à ceux qui le poursuivent et court se réfugier dans les bureaux de l'intendance sanitaire. Obligé d'en sortir, il se précipite dans une boutique voisine qui était celle d'un perruquier nommé Mangin» lequel en ferme aussitôt la porte et fait d'inutiles efforts pour sauver l'infortuné placé sous sa protection. La porte ébranlée vole en éclats, la boutique est envahie, et le major tombe sous les coups de sabre et de bayonnette. Son neveu le comte de Bausset, chanoine de Saint-Victor et conseiller municipal, accourt à sa défense avec un autre membre de la municipalité. Bfais il arrive trop tard et tombe en dé&illance à la vue du plus affreux de tous les spectacles. Les uns dansaient autour du cadavre de son onde; d'autres le foulaient aux pieds. Sa tête placée au bout d'une pique fut portée en triomphe. Des femmes lui arrachèrent les parties sexuelles , les placèrent aussi au bout d'une pique , et les promenèrent dans la ville. Elles s'arrêtèrent avec leur horrible trophée à la rue du Vieux Concert devant la maison d'une dame qui passait pour être la maîtresse du malheureux major, et y chantèrent un De Profundis d'un ton infernalement ironique.
Peu de jours après, les prisonniers accusés dti pillage de la maison Laflèche firent une tentative d'évasion que réprima soudain la garde nationale; mais la populace demanda à grands cris leur mise en liberté, et l'on vit , dans cette émeute , desfemmes qui s'abandonnaient aux transports convulsifs d'une rage bruyante. Martin, dit le juste, maire de Marseille, fit arborer le drapeau rouge au palais de justice; on somma les perturbateurs de se disperser , et force resta à la loi.
En même temps on reçut par un courrier extraordinaire une lettre du ministre Saint-Priest, avec un décret de l'assemblée nationale et un ordre du roi portant que la milice citoyenne évacuerait les forts. Aussitôt les esprits s'échauffent; un mouvement général éclate. A la citadelle ! criet-on partout. Patriotes, à la citadelle! tombe, tombe ce monument du despotisme! et les ouvriers abandonnent leurs travaux , et des rassemblemens se forment dans tous les quartiers. Une foule immense se précipite dans la citadelle Saint-Nicolas et commence la démolition du donjon (i)-La municipalité, suivie d'un détachement de la garde nationale, se rend à la citadelle et ordonne à la foule d'en sortir. Cet ordre fut exécuté, mais non pas sans murmure , et pendant que le corps municipal retournait à l'Hôtel de Ville, la multi-
(i) Le 17 mai.
tudeeoyahitde nouveau la citadelle et recommença son œuvre de démolition. Alors la municipalité convoqua le conseil général de la commune pour délibérer sur ce qu'il allait faire dans ces circons» tances difficiles.
Toutes les assemblées politiques et temporaires font nécessairement des concessions à Topinion publique dont elles sont les organes , et le conseilgénéral de Marseille cédait à cet esprit tyrannique de démocratie dissolvante qui avait présidé à sa nomination. D'ailleurs ce conseil dominé par les événemens ne pouvait pas déployer la force publique contre les citoyens, puisque les citoyens la formaient eux-mêmes dans les rangs de la garde nationale. L'élan était général ; on ne pouvait pas l'arrêter, mais on pouvait lui tracer des limites, et c'est ce que fit le conseil général delà commune de Marseille. Il ordonna que l'on démolirait seulement les batteries qui menaçaient la ville et nomma quatre commissaires de surveillance.
Dès le 1 1 mai , d'André , parlant avec émotion mais aussi avec courage, avait fait à l'assemblée nationale le tableau des désordres qui affligeaient Marseille. Il y eut une longue discussion dans laquelle furent successivement entendus le duc de la Rochefoucauld , Lafayette , le comte de Mirabeau et le vicomte son frère, de Menou , les deux Lameth , le comte de Virieu , Malouet et Barnave. L'assemblée ordonna que Marseille enverrait deux
députés à sa barre pour donner des ezplicatians touchant la possession des forts et le meurtre du major de Bausset. En même temps elle chargea son président de se retirer vers le roi pour le remercier des mesures qu'il avait prises. Dans la séance du îfc7 mai l'assemblée décréta que la démolition des forts serait suspendue sur le champ. Le 29 , Bremond-Julien et un autre citoyen , députés extraordinaires de la commune de Marseille , parurent à la barre : Bremond-Julien chercha à justifier ses compatriotes 9 le côté gauche Tapplaudit, et Ton ordonna le renvoi de l'affaire à la commission des rapports.
Le décret du 27 mai arriva à Marseille le i*^ juin 9 et la municipalité, sur la réquisition du procureur de la commune , se fit escorter par deux bataillons de la garde nationale et le proclama dans les principales rues. Elle entra ensuite dans la citadelle , somma les démolisseurs de se disperser j et ceux-ci obéirent sans résistance.
Le mouvement et les démonstrations plaisent toujours à ceux qui font Tessai de leur pouvoir naissant Le conseil municipal de Marseille avait invité les principales communes des trois départemens compris dans l'ancienne Provence à envoyer des députés à Brignoles pour y jurer un pacte d'alliance fédérative et le maintien des lois nouvelles. Deux cent vingt députés composèrent cette assemblée qui tint sa première séance le 16 mai, dans
régUse des cordeliers , sous la présidence de Maurin , maire d'Arles. Tout y fut dirigé par l'influence et par les lumières de Lejourdan , représentant de la commune de Marseille. On promit fidélité à tous les principes d'affranchissement politique , d'égalité fraternelle et de bonheur public, obéissance aux décrets de l'assemblée nationale et à la constitution du royaume. On abdiqua de nouveau tous les privilèges et tous les titres contre lesquels protestaient la nature 9 l'intelligence humaine et l'intérêt social. L'assemblée , après avoir donné un libre cours à tous ces sentimens de patriotisme exalté auxquels se mêlaient toutes les déclamations en usage à cette époque , se sépara le no mai.
Le i4 juillet, on célébra dans la France entière, au milieu de toutes les émotions d'une joie malheureusement passagère, l'anniversaire de la prise de la Bastille et la fête pompeuse de la première fédération. A Marseille, Aix, Arles, Toulon, et dans les autres villes de Provence, cette solennité nationale ne fut signalée que par des scènes de grandeur imposante qui semblaient endormir les haines et confondre toutes les pensées dans l'amour du bien public. Draguignan fut la seule commune où il y eut quelques désordres. Chacun s'était empressé de prêter le serment civique entre les mains du maire, et tous les yeux étaient fixés sur ce magistrat lorsqu'on s'aperçut quil ne l'avait pas prêté lui même. Aussitôt un volontaire
sort des rangs de la garde nationale et le somme de prononcer le serment Le maire s'y refuse avec obstination; la foule se presse autour de lui » des cris à la lanterne se font entendre , et un soldat se disposait à lui fendre la tête d'un coup de sabre , lorsque Laroque , lieutenant-colonel du régiment de Bourgogne , arrêta son bras. Les clameurs redoublent alors, et la multitude exige que le maire prête le serment; mais il s'y refuse encore, et quelques officiers supérieurs ne parviennent à le garantir de la fureur du peuple qu'en lui saisissant le bras et en l'élevant malgré lui. Le maire, à travers la foule qui le huait, se rendit à l'Hotd de Ville où il se démit de sa place, et le secrétaire de la commune vint aussitôt lire cette démission an peuple qui se retira satisfait.
A cette époque, il y avait à Marseille un homme que le vent de la £siveur populaire avait poussé au Élite des honneurs civiques. Il ne devait pas cet avantage à ses talens, à ses vertus, ni à sa fortune, car tout cela n'abondait pas chez lui; mais il fut puissamment aidé par son caractère plein de hardiesse et de résolution , par son amour de la renommée et du pouvoir, par son esprit d'intrigue, par sa rare activité, par sa force et son adresse dans le maniement des armes. La protection de Mirabeau et de quelques autres personnages influées fit le reste. On l'appelait Jean-François Lieutaud, et il était marchand mercier. H avait trouvé le
moyen d'entrer au conseil oiumcipal » et il obtint le commandement général de la garde nationale lorsque de Greling s'en fut démis » après Tassassinat du major de Bausset. Mais bientôt son orgueil et ses caprices despotiques soulevèrent contre lui de nombreuses inimitiés^ et l'bra|[e grondasur sa téte« Au club des amis de la constitution Liaitaud fut dénoncé comme un ennemi du bien public , et Ton y proposa de renouveler tous les grades dans la garde nationale, pour le dépouiller du commandement général. Lieutaud, impatient de venger cet outrage, ameuta des sicaites contre l'assemblée ^ et le 17 août quelques-uns de ses membres couru* rent le risque d'être égorgés. On commença une procédure à b suite de laquelle le commandant* général fut assigné pour être oqi. Dès-lors Tarro* ganee de Lieutaud ne connut plus de bornes, et au lieu dé comparaître devant le magistrat ins* tracteur, il menaça d'assembler ses bataillons et de confier le soin de sa vengeance à la force bru* taie. C'en était vraiment trop, et ceux qui jusqu'alors n'avaient pas pris parti contre lui furent les premiers k s'indigner; On l'accusa de déspbéir à la justice, de violer les lois du pays, d'opprimer la liberté publique et d'aspirer à une sorte de dictature militaire. Le conseil général de la commune arrêta que les sections (i) délibéreraient sur la
(1) Blaneille et sa banliene avaient été divisées en 3a quartiers on sections pour les opérations électorales. U y avait a4 sections dans
ton ïïu^kxnmVi
conduite de oe chef audacieux. Les.seclk>iis le destituèrent, et Cabrol-MoBcoussou^ président du dub, tut nommé à sa place. Ce nouveau chef de Farmée marseillaise était recommandaUe par son patriotisme et par ses vertus, mats c^mme il ne connaissait pas Tart militaire, on lui adjoignit» pour le diriger dans son commandement, un ancien officier fort <^timé, nommé dHilabre-Chamvert*
Lieutaud avait dans plusieurs sections une minorité qui le défendait chaudement et à la tête de laquelle on remarquait le procureur Arnaud. Quelque amis le soutenaient aussi dans le directoire du département et dans celui du districts Bremond- JuUen, procureur-syndic auprès de ce dernier di^ rectoire, et le littérateur Ësménard l'appuyaient à leur tour dans une feuille qu'ils rédigeaient et qui avait pour titre : r Observateur Marseillais ^journal patriotique. Leur collaborateur Barbaroux venait de rompre avec eux. Ce jeune avocat qui plus tard devait jouer un grand rôle à la convention nationale parmi les chefs de la brillante et malheureuse Gironde, s'était Tuh des premiers levé contre Lieutaud. II y eut un redoublement d'intrigues et de querelles; la ville entière en était troublée, et toutes les passions de ces hommes ardens se consumaient déjà en luttes intestines.
la Tille et 8 à la Campagne. Chaque section «yah un lutaillon de garde nationale.
La ville de Toulon n'était pas plus tranquille. De GlandevèSy successeur d'Albert de Rioms au commandement de la marine , avait cru pouvoir ramener à lui tous les mécontens par ses prévenances, ses sacrificea et ses manières j)opulaires ; mais une expérience cruelle vint bientôt le détromper. On abusait des concessions; on s'irritait des plus justes refus. Monier de Gastellet, chef d'escadre, habitait une maison de campagne dans la vallée de Dardennes. Une bande d'anarchistes s'y transporta le ii août 1790 /s'empara de cet officier-général, le traîna à Toulon, l'accabla de coups f le couvrit de blessures , et le fit passer sous une potence placée à la porte du cipaetière de l'ouest. Richard, maire de la ville , courut à son secours et lui sauva la vie au péril de la sienne, en l'arrachant des mains de ces fiirieux. 11 fut aidé • courageusement par les grenadiers Jancel et Âbra- I chi I du régiment de Barrois , par le grenadier Cas-
tinel et le fusilier Bucherot, du régiment de Dauphiné, par le caporal Bernard et le soldat Camarat, du corps royal de la marine. A la nouvelle de cet attentat , le directoire du département du Yar , l. siégeant à Toulon et composé des hommes les plus
. honorables, réclama l'appui des commandans des
forces de terre et de mer pour maintenir la tranquillité publique. La générale fut battue; la garde nationale se mit en mouvement et se joignit aux troupes de ligne. La municipalité , invitée à se
436 HISTCHEE
transporter auprès du directoire, y envoya deux de ses membres chargés de rendre compte des mesures qui avaient été prises pour dissiper les perturbateurs. L'ordre fut bientôt r^abli » grâce au concours de tous les fonctionnaires. Le directoire du département donna des témoignages de satis&ction à la municipalité pour sa conduite en cette circonstance; il décerna des éloges particuliers au maire et à Félix Tournier^ conseiller municipal, qui s'était porté sur les lieux au moment de la plus grande fermentation et n'avait rien négligé pour assurer l'exécution des lois. Il vota aussi des remercimens à la §^rde nationale et à la garnison, et délivra une médaille d'argent aux six militaires que je viens de nommer. La remise lear en fut &ite par le président du directoire, le a5 août, jour de la Saint-Louis, an milieu delà solennité la plus grande.
les nouvelles institutions régnaiait sans obstacle dans toute l'étendue du royaume. Seulement l'organisation judiciaire , décrétée en principe , n'était pas complète clans l'exécution , car les parlemens étaient encore debout, représentés par leurs chambres des vacations , ces anciennes compagnies souveraines étant indéfiniment en vacance depuis le 3 novembre 1789, par décret de l'assemblée nationale. Depuis l'existence de cette assemblée, toutes les fonctions politiques des parlemena se réduisaient i enr^istrer
les actes l^slatifs auxquels lé roi attachait sa sanction. L*arrêt était porté contre eux, et ib allaient tomber sans combat et sans bruit , non pas devant la haine du peuple , mais devant son indifférence , car la haine publique ne s'acharne pas d'ordinaire sur les choses mourantes d'engourdissement et de Êiiblesse. Cest à la force qu'elle lance ses traits. Le parlement d'Aix , entraîné par l'empire des circonstances, avait chargé depuis longtemps le conseiller d'André de présenter à l'assemblée nationale son adhésion au nouvel ordre de choses. Ce n'était pas là de sa part un acte de conviction indépendante , mais de servile flatterie qui devait être en pure perte. Personne ne lui eût feit le reproche de conserver, en expirant, un silence plein de dignité, car qui peut exiger que des hommes habitués à la jouissance de tous les avantages politiques et sociaux, se lèvent pour bénir la main qui les dépouille ?
Le n'j septembre 1790, la chambre des vacations du parlement d'Aix , présidée par de Cabre ] tint sa dernière séance. L'ancien assesseur Pascalis , ' entouré de ses collègues d'Alphéran et Dubreuil , et de dik jeunes avocats , vint se présenter à la barre et prononça cette courte harangue :
a Messieurs, les édits du 8 mai 1788 me force cèrent , comme administrateur du pays , de ce consigner dans vos registres les réclamations «t d'un peuple jaloux de sa constitution et de sa a liberté, idolâtre des vertus de son roi.
438 mSTOIRE
« Dans des cârconstaoces plas désastreuses je « viens remplir un ministère non moins inipom sant, et, au nom d'un ordre qui s'honorera « toujours de seconder vos efiforts pour le maio- « tien des droits du pays, déposer dans votre a sein les alarmes des bons citoyens.
« Si le peuple , dont la tête exaltée par des pré- « rogatives dont il ne connaît pas le danger et « dont le cœur est corrompu par les idées repu- « blicaines, souscrit au renversement de la mo- « narchie, à l'anéantissement de notre constituer tion , à la destruction de toutes les institutions oc politiques; s'il applaudit à la proscription de « votre chef, à la dispersion de la magistrature « qui veille sans cesse pour son bonheur , et à Ta- « narchie qui exerce déjà ses ravages; si, dans « l'excès de son aveuglement^ il provoqua les ca- « lamitésde toute espèce qui l'assi^nt, plaignons « ses erreurs, gémissons sur le délire qui l'agite , « et craignons qu'il ne se chai^ lui-même un « jour de sa vengeance.
a I^e temps viendra où , le prestige dissipé par « l'excès des maux qu'il aura produits , nos conte citoyens , rendus à leur sentimens natûreb. de « fidélité , de franchise et de loyauté , béniront « une constitution (i) applaudie par les publicis- « tes, l'égide de la liberté sociale, le garant de la « félicité publique.
(i) La Constitutioo proyeoçale.
« Tels sont , Messieurs , les vœux dont vous Ëiit ce aujourd'hui rhommage un ordre non moins oé- « lèbre par ses talens que par ses vertus , qui sut « mériter l'estime des difFérens barreaux du royau- (c me et conserver la vôtre; qui mit toujours sa « gloire à partager vos travaux et vos disgrâces ; -^ qui n'eut d'autre récompense que celle de veiller « plus spécialement au maintien delà constitution « et au soulagement du peuple; et qui^ décidé à « s'ensevelir avec la magistrature , veut vivre et u mourir en citoyen provençal , bon et fidèle suer jet du comte de Provence ^ roi de France. Le président de Cafcre répondit à Pascalts : o La chambre , dans les circonstances difficiles « où elle se trouve ^ ne croit pouvoir mieux vous « témoigner sa sensibilité , qu'en ordonnant que « votre discours et le nom des avocats présens à « l'audience soient inscrits dans les registres, pour « servir de monument d^ votre fidélité au roi et « de votre attachement à la constitution du « pays. »
Bernard, syndic de la communauté des procureurs, déclara au nom de son corps donner son adhésion aux sentimens dont Pascalis s'était rendu l'organe, et telle fut la séance par laquelle le parlement d'Aix termina son existence de trois siècles (i). Le courageux discours de Pascalis lui
(i) Le parlement de ProTeDce fut institné par édit de Louis XII , à la date dejnUlet iSoi, et confirmé par un autre édit de iSoa. Voy. le tom. m y pag. 1 14 et tuivautes.
44U tus» IXUIU!.
coûta la vie. Cet honorable et savant avocat , jeté en prison le la décembre, en fut tiré le 1 4 au matin par une bande de terroristes qui le traîna jusqu'au milieu du Cours où elle le pendit à un arbre. L'infortuné méritait une autre fin. Il ne devait pas périr comme Tenpemi du peuple, celui qui en fut sans cesse le dé£enseur désintéressé, celui qui éleva une voix éloquente et pure contre des prétentions injustes et des privilèges oppresseurs. Son seul tort fut de croire que les anciennes institutions provençales suffisaient aux besoins de l'époque et au bonheur du pays. Nous ne pouvons approuver ses plaintes imprudentes contre le régime nouveau et ses protestations inutiles contre la puissance des faits. Nous le trouvons un peu trop citoyen provençal et pas assez citoyen français; mais nous n'avons pas la force de pousser plus loin notre blâme, car nous aimons à reconnaître que ses illusions étaient généreuses, que ses erreurs étaient de bonne foi , et qu'il eut dans toutes les circonstances le courage de son opinion. Ce culte du passé est quelquefois la passion des âmes les plus bdles. Il a des droits à notre respect quand il s'allie , comme chez Pasealis , à une conviction profonde, à un patriotisme ^m)uvé et à de mémoraUes servjcesit
Ici finit la Provence. I^e 4 août 1789, die avait vu sa constitution politique entraînée par la chute de toutes les franchises locales et de tous les privi-
léges provinciaux. Le décret du a6 février 1790 touchant la division du royaume en départemens lui enleva son nom et son unité territoriale. Quelques mois après, le nouveau régime judiciaire lui fit perdre son tribunal suprême et régulateur , le gardien de ses lois et de ses coutumes antiques. Dès lors sa nationalité s'éteignit , son rôle dans l'histoire se trouva terminé et tout fut accompli pour elle.