GUILLAUME III ET GEOFFROL
Comme ses deux fils, Guillaume III et Geofifroi , étaient en bas âge, leur aïeule Adélaîs et leur mère Gerberge exercèrent pour eux l'administration du
comté. Lorsque ces deux princes eurent atteint leur majorité y ils partagèrent le pouvoir. On les vit imiter les prodigalités de leur père en faveur du clergé. Us se plurent surtout à combler de faveurs le monastère de Mont-Majour , et celui de Saint-Victor j alors placé sous la direction de Tabbé Isarn ^ recommandable par ses vertus éminentes. Guillaume et GeofFroi profitèrent de l'indolence et de la lâcheté de Rodolphe III , leur seigneur suzerain en sa qualité de roi d'Arles , pour raffermir le sceptre dans leurs mains, comme s'ils ne l'eussent tenu que de Dieu et de leur épée.
Guillaume III mourut en io53. Geofifroi, restant seul comte y associa au pouvoir les deux fils de son collègue, Geoôroi II et Guillaume lY. Il partagea la Provence avec eux , et le territoire fiit divisé à peu près comme il l'avait été sous les Bourguignons et les Goths. Il y eut encore deux Provences,rOrientaleetrOccidentale. Geofifroi I"" conserva les droits ou les prétentions des comtes d'Arles sur le pays d'entre la mer , le bas Rhône , la Duranceetles Alpes, c'est-à-dire dans la Provence Orientale. Ses deux neveux reçurent les droits ou les prétentions de leur race sur la contrée d'entre la Durance, le Rhône et l'Isère, c'est-à-dire dans la Provence Occidentale.
Les actions de ces trois princes échappent à toutes les recherches historiques. Tout ce que nous savons, c'est que le peuple sous leur règne était
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en proie aux plus grands malheurs. On se fesait un jeu des choses les plus saintes et de la vie des hommes. Dans les villes et dans les campagnes l'anarchie se montrait hideuse , dévorante. Les hôtelleries n'étaient pas plus sûres que les grands chemins. Les vassaux gémissaient sous le poids d'une impitoyable oppression. La noblesse, toujours à cheval, toujours bardée de fer, courait sur les paysans et les voyageurs désarmés, pour le plaisir d'exercer son courage. L'église n'offrait pas un meilleur spectacle. On y voyait le débordement des mœurs et les abus les plus scandaleux. Pour détruire la simonie il fallut des conciles. En io55 le concile de Lyon déposa Hugues, archevêque d'Embrun, et Libert, évêque de Gap, tous les deux convaincus de ce crime (i). Quatre ans après, un autre Hugues, évéque de Die, légat du Pape dans les provinces méridionales de France, tint un concile à Avignon. On y élut Gérard, évéque de Sisteron. Cet évéché , réduit à la dernière des misères , vaquait depuis dix-sept ans ; il avait été ruiné tant par les seigneurs laïques que par les prélats et par les chanoines. La plupart de ces der^ niers étaient mariés publiquement. Gérard prit la route de Sisteron pour se Êiire instaUer, mais les habitans ne voulurent pas le recevoir. Il se retira à Forcalquier, où l'un de ses prédécesseurs avait
(i) Longueval, Hist. de TÉglise Gallicane, t. yn, liv. xxt.
placé une partie du chapitre ; en sorte que depuis ce temps les deux églises ne firent qu'une même cathédrale avec des privilèges égaux (i).