‹ Histoire de Provence (volume 5)Chapitre 4 sur 48 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

3xo-4i8 après l'Ère Chrétifliine.

Prospérité d'Arles. — Monumens Romains dans la Province.

— Obscurité de Marseille. — Hommes distingués sortis de ses écoles. — Régime politique de la Narbonnaise. — Son ' état social. — Apparition du Christianisme dans les Gaules. — Trophime, évéque d'Arles. — Divers martyrs. — La Religion nouvelle à Marseille. — Supplice de St.-Victor. — St.-Genez à Arles. — Constantin fait triompher le Christianisme. — Premier Concile d'Arles. — Hérésie d'Arius. — Second Concile d'Arles. — Puissance du Clergé Catholique.

— Naissance des Ordres Monastiques. — Monastère à l'île Saint-Honorat. — Cassien à Marseille. — Abbaye de Saint- Victor. — Honorât , évéque d'Arles. — Hilaire son successeur. — Le prêtre Salvien. — Son caractère. — Division nouvelle de la Narbonnaise. — Siège du Prétoire des Gaules transféré à Arles. — Édit de l'empereur Honorius.

xVrles , mise au nombre des plus célèbres villes du monde et nommée par Ausone (i) la petite

(i) Ponde duplex ardate tuos , blanda hospita, portas , GaUula Roma Anlas, quam Narho Mordus, et quom jiccolit Alpinis opulenta Fienna coloms; PrœcipUis Bhodani sic interdsafiuentis , Ut mediam facias nandi ponte plateam , Per quam Romani commercia suscipis orhis , Née Cohiies, populosque alios et Mœnia ditas.

De dons Vrb,

Rome des Gaules, s'étendait sur les deux bords du Rhône (i) et jouait un rôle brillant. Elle eut le bonheur de fixer dans ses murs la résidence de Constantin qui lui prodigua des marques d'amour, et se plut à Forner de monumens magnifiques. Dans sa reconnaissance , elle voulut ajouter à son nom celui de son bien&iteur, et fîit appellée ConS" tontine {pk). L'industrie manufacturière y étalait ses trésors les plus rares , un commerce fécond lui fournissait d'inépuisables ressources , et les flottes de la Méditerranée sortaient de ses chantiers. On y trouvait tout ce que l'Arabie, l'Afrique, l'Espagne et les Gaules produisaient de plus précieux, comme si la province l'eût produit elle-même. Une immense population se pressait dans son sein , active et laborieuse. Quel mouvement! quelle vie! Sur ce sol Êivorisé, le génie de Rome, qui semblait ne travailler que pour l'éternité, était venu s'asseoir dans tout l'édat de sa gloire. Ici se montrait le palais impérial aux colonnades superbes. Là s'élevaient des portiques majestueux. La célébration des jeux scéniques attirait la foule au théâtre , et des thermes élégans conviaient la jeunesse à se plonger dans leurs eaux parfumées. Entre toutes les divinités de l'Olympe , la déesse de la beauté et

(i) Le fauboiirg de Trinquetaille qui ne compte anjonrdlini que lySoo habitans , formait alors la moitié de la Tille qui devait en acToir plus de deux cent mille.

(s) Saint Léon , Épit. xlix.

de l'amour recevait le plus d'hommages. On vantait la YéAUS d'Arles (i). On admirait la grâce de son voluptueux sourire , la pureté de ses formes enchanteresses , et les femmes lui sacrifiaient, bioi dignes par la renommée de leurs charmes de professer soa culte. Partout du n^arbre , partout des décorations (il) , étonnans diefs-d'œuvre d'architecture inimitable ; et , au milieu de tous ces ouvrages consacrés par les arts , l'Amphithéâtre apparaissait colossal et sublime (3); car c'était là

(i) Celte belle statue de Vénus fut retrouvée en i65i en creusant un puits. On la plaça d'abord dans THôtel de YiUe. Le Conseil municipal en fil ensuite présent au roi et elle a été pendant on âède Fun des principaux omemens de la Galerie de Versailles.

(a) Quelques auteurs attribuent à Tempereur Constance le bel obélisque de granit élevé sur la place du Marché , devant rH6tel de Ville. Légèrement dégradé , il a bravé la fureur des barbares et l'injure du temps. On le trouva caché dans la terre sous le règne de Charles IX. On l'en retira en 1675, et l'année suivante, il fut placé sur un piédestal en Thonneur de Louis XIV.

(3) Nous ne connaissons pas d'une manière précise le fondateur de cet Amphithéâtre célèbre. L'opinion commune est qu'il fiit construit par Tibère-Néron y père de l'empereur Tibère, lequel- étant questeur de Jules-César, conduisit par l'ordre du Sénat pkisienrs colonies dans les Gaules.

Dans le 8* siècle, l'Amphithéâtre d'Arles fut changé en forteresse. On bâtit des tours sur ses quatre portes. Deux de ces tours existent encore.

ai3 masures couvraient naguère le monument qui vient d'être déblayé par les soins de M. Laugier de Chartreuse, député d'Arles. Dix-neuf siècles ont passé sur ces restes imposans de la grandeur romaine.

qu'éclatait principalement la magnificence des Ro. mains (i). Vingt-quatre mille spectateurs (a) trouvaient place dans son enceinte , assis sur quarantetrois-rangs de gradins, les regards fixés sur Farène où se livraient les combats de gladiateurs et de bêtes féroces. Le peuple se divertissait ainsi, prenant plaisir à voir les corps humains couverts de blessures nager dans le sang mêlé avec la poussière. Les jeux se divisaient en différentes classes ; chaque classe avait son directeur particulier avec des commis sous ses ordres, et l'intendance générale était un des emplois de la cour des Empereurs. Arles avait aussi ses Champs Elysées (3). C'était une plaine située au midi de la ville et couverte de magnifiques sarcophages (4) qui témoignaient de la vanité humaine au-delà même de la vie; vaste Nécropolis 9 musée immense où dormaient leur

(i) Omms Cœsareo eedat lahor amphitheairo , Unurn pro euneiltfama loquatur opns.

Martial, Uv. i« (a) Joseph Guis, dans sa Description des Arènes ou de rAmphithéâtre d'Arles, ^'t ce nombre à s3,435.

(3) Aujourd'hui Aliscamp , par corruption.

(4) Us ont été liTrés à toutes les causes de destruction. Dans les temps d'ignorance, on en a farisé pour y chercher des trésors ima- ^naires, on enleré pour les appliquer à plusieurs usages. Plus tard des hommes riches et puissans les ont pris d'autorité , ou les ont obtenus en don. D ne reste maintenant aux Champs Élysées ({ue des tombeaux sans ornement. La plupart sont déplacés et quelquesuns brisés. D'autres en petit nombre ont été réunis au Musée.

sommeil , sous mille sculptures diverses , les générations écoulées. L'on y voyait aussi des tombeaux plus modestes; et même les gens du peuple qui ne pouvaient faire la dépense d'une tombe privilégiée, se contentaient de couvrir avec des tuiles semblables à celles de nos toits , les cendres des personnes qu'ils affectionnaient , sans doute pour que la terre ne pesât point sur ces restes chéris , selon le vœu des anciens : sit tibi terra le^fis. Cependant les habif:ans de la Narbonnaise avaient en général la coutume de brûler les morts , coutume que les Phocéens avaient apportée de la Grèce, et qui s'était introduite chez les Romains vers la fin de la république (i).

Oi*ange brillait aussi par ses monumens. Les Romains, ne négligeant rien pour l'embellir, en firent une des villes les mieux ornées et les plus florissantes de la Narbonnaise. On y admirait les remparts , les bains publics , les aqueducs , le cirque qui l'emportait sur les autres ouvrages de ce genre par sa structure et sa magnificence , enfin cet arc de triomphe si célèbre , qui a exercé les savans et les antiquaires. A quelle époque fut-il érigé ? en l'honneur de quel homme , en commémoration de quel événement? Les uns ont dit que ce fut pour célébrer la victoire de Marins et de Ca*

(i) Cet usage subsista jusqu'au règne des Empereurs chrétiens» et ne fut eutièrement aboli que sous Gratien.

talus son collègue sur les Cimbres et les Teutons(i). D'autres rapportent le monument à Domîtius JEno^ barbus et Q. Fabius Maximus , vainqueurs des Auvergnats et des Allobroges (a). On a cru aussi qu'il fut dressé à la gloire de Jules César, après la prise de Marseille (3). Une quatrième opinion l'attribue à l'empereur Auguste , comme un emblème de sa puissance (4). Il paraît que cet arc de triomphe ne fut pas élevé à la grandeur d'un homme en particulier, mais bien à celle du peuple romain, en mémoire de toutes ses conquêtes dans la Narbonnaise (5).C 'est ce qui est le plus vraisemblable. Mais l'époque de sa construction n'en reste pas moins incertaine.

(i) Joseph de la Pise , Tableau de THist. des Princes et Principauté d'Orange. — Charles Escoffîer, Description des Antiquités d'Orange. — Le Père Bonaventure, Histoire nouyelle de la ville et principauté d'Orange.

(a) Jean-Frédéric Guib.y Journal de Trévoux. Décembre 1719.— Mandajors, Hist. Gritiq. de la Narbonnaise , p. 96.

(3) Le savant abbé Lebœuf a trouvé la preuve de l'ancienneté de cette opinion dans un manuscrit mtitulé Fieur des Pseaumes, composé par Letberg, abbé de Saint-Ruf à Avignon, au la* siècle. Cet abbé, il l'occasion du titre du pseaume quinzième, commence ainsi sa paraphrase : jintiquitùs soieèat fieri quod quandh aliquis de hoste suo trùoHphum kaMtU, facUhaî sièi arcum construi in quo scribebatur Ula nctoriA. Vndè Aunuiœ in arcu triumphali Massiliense Mium ^sculptum hahetur ob sipuun çictoriœ Cœsaris, Voilà ce que l'on croyait dans un temps où cet arc de triomphe n'était pas aussi dégradé qu'il l'est aujourd'hui.

(4) Baron delà Bastie, même Journal de Trévoux. Août 1780.

(5) Mémoire del'Acad. des Insc. et Belles Lettres, t. xxv etxxn.

Carpentras, Saint-Remi et Cavaillon possédaient également des arcs triomphaux dont le sujet a toujours été une source de commentaires divers et de systèmes contradictoires (i). Yénasque avait dans son sein un temple qui paraît avoir été dédié à Vénus. Avignon 9 qui se montrait fidèle au culte de Diane (a) importé dans ses murs par les Phocéens de Marseille , avait aussi bâti au lieu le plus élevé de la ville un temple superbe , de forme ronde , consacré à sa divinité tutélaire. Plusieurs colonnes de marbre en soutenaient la voûte. Les bateliers et les voyageurs qui descendaient le Rhône saluaient ce monument avec respect , disaient ave Diana , et se vouaient ainsi à la chaste déesse (3).

Aix avait pris de l'accroissement. Forcalquier possédait un marché de quelque importance. Toulon n*existait pas encore (4) ; sa plage était négligée, et on ne la regardait que comme un simple asile offert par la nature aux vaisseaux qui avaient besoin d'y relâcher. Les eaux abondantes et le kermès qu'on trouve dans le voisinage , le murex qu'on

(i) Même Mémoire, t. xxxn» p. 789 et soiv. (a) Fanioni Castrucci. Istoria délia cUtà JtAngnojM et dd Coaiado Vênesiao , lib, z.

(3) Expilly, Dict. Hist et Géog. des Gaules, perbo Avignoii.

(4) Aucun monument ne prouve que Toulon ait existé au 4^ siècle de Tère chrétienne. Au commencement du siècle suivant , les Romains avaient dans la contrée une teinturerie qui donna vraisemblablement naissance à la ville.

pèche dans la mer , n'avaient pas encore fixé Fattention des Romains occupés de leurs établissemens de Fréjus,d'Antibesetde Tauroentum. Cette dernière ville était devenue riche. Elle fesait un commerce d'exportation qui consistait principalement en briques ^ en tuiles et en poteries de toute espèce. On travaillait avec le plus grand soin une poterie fine plus belle que notre faïence , et Ton en fesait des vases chargés de figures dliommes et d'animaux. On y représentait en relief des traits historiques et Êibuleux , et les ouvriers , attachant de la gloire à ces ouvrages^ ne manquaient pas d'y graver leurs noms (i).

La république de Marseille , régie par ses anciennes institutions , mais sans puissance territoriale y se maintenait encore indépendante sous la protection des Romains. 11 ÊiUait bien que ses lois renfermassent en elles un germe fécondant de stabilité et dedurée, car dans l'antiquité^ comme dans des siècles plus modernes , nous ne voyons aucun peuple conserver si long-temps la même forme de gouvernement. Marseille, ne fesant point de bruit dans le monde , étrangère aux grands intérêts des nations y subissait les conséquences de son attachement à Pompée 9 et trouvait dans sa nullité politique les conditions d'une existence paisible. Heureux les peuples qui , accomplissant leurs des-

(i) Marin , Mémoire sor Taoroentuiu.

tinées en silence^ n*ont qu'une histoire vide de conquêtes, d'actions retentissantes et de tout ce qu'on est convenu d'appeler la gloire! Il en est d'eux comme des individus. Ceux là ne jouissent pas le plus qui occupent le plus la renommée, caria célébrité s'acquiert presque toujours aux dépens du bonheur. A côté de l'ancienne cité grecque s'était élevée une ville latine , bâtie sur l'emplacement de la citadelle que César avait fait occuper par deux légions , et autour de laquelle était venu se fixer de bonne heure un grand nombre de Êimilles romaines. La ville latine , appelée ville haute , était soumise au gouverneur de la Narbonnaise , et rien ne la distinguait des autres villes de la province. La même constitution politique et les mêmes magistrats la régissaient. Le latin y était la langue dominante, tandis que la ville basse continuait de se servir du dialecte ionien. A cette époque , les écoles marseillaises avaient perdu de leur influence , parce que les Gaulois cultivaient principalement l'éloquence latine et la préféraient à tout autre genre de littérature. Cette prédilection était intéressée, car l'étude des lettres et des lois romaines alimentait toutes les ambitions , en leur ouvrant la voie des charges et des dignités de l'Empire (i). Aussi, la Narbonnaise et les autres provinces des Gaules fournirent à Rome des orateurs , des magistrats et

(i) Symmaque, liv. î , Épii. xv.

des financiers d'une réputation brillante. Cependant ces orateurs , en possession de la faveur publique y sacrifiaient en général au mauvais goût qui dominait partout. Des rhéteurs applaudis dans les écoles formaient à la déclamation les jeunes gens de qualité, que Ton poussait trop tôt au barreau (i), de telle sorte, que l'étude n'était plus qu'un jeu puéril , où venaient s'exercer les imaginations les plus déréglées. On fesait servir à cet exercice des fictions ridicules ou des sujets honteux, qu'il fallait amplifier par une abondance de mots qui dissimulait mal la stérilité des idées. Caligula avait voulu donner un nouveau lustre à l'autel de Lyon en y établissant ces combats, ces prix d'éloquence , ces disputes fameuses dont il est tant parlé dans les auteurs du second siècle. Les bizarres conditions attachées à la victoire, les châtimens étranges qui suivaient la défaite (2) , fixaient tous les regards et piquaient la curiosité générale.

(i) Hist. Lin. de la France » 1 1.

(a) La première de ces conditions était que les yaincus fonmiraient eux-mêmes an des prix destinés aux Yainquems et seraient en oatre obligés de faire son éloge. La seconde condition lenr imposait l'obligation d'eCCacer ptdiliqnement leurs écriu ayec une éponge, ou même quelquefois avec la langue , s'ils ne voulaient receroir des coups de férule , ou bien être jetés dans le Rhône. Il fallait opter , et c'est ce qui fesait pâlir et trembler les orateurs qui se hasardaient à débiter leurs harangues devant l'autel d'Auguste. Jnvéïial y dans sa première Satire , fait allusion k cette crainte : PàUeat, ut nudis pressit qui calcibus angmtm , Aui lugdimauem rheior dicturus ad aram.

Sous le règne de ce prince insensé , le sénateur Julius Grœcinus, né à Fréjus de parens qui avaient occupé les premières charges de la province , s'était mis en possession de Festime publique par l'éclat de ses vertus et par la profondeur de sa science. Il y avait alors du danger à se montrer bon citoyen , et l'on n'était pas juste impunément Grœcinus en fournit la preuve. Caligula , lui commandant de se porter accusateur contre un innocent qu'il voulait perdre , ne put vaincre sa courageuse résistance , et se vengea de son refus en le fesant mettre à mort. Son fils Agricola , né aussi à Fréjus et instruit à MarseiUe , sut mettre à profit les leçons d'un tel père^ ne démentit jamais la noblesse du sang qui coulait dans ses veines y et se rendit célèbre par sa sagesse et ses exploits (i). La Narbonnaise avait produit d'autres hommes illustres (a) , et Pétrone , né aux environs de Marseille (3) , s'était avantageusement placé parmi eux. Poète adulateur y il charma la cour de Néron et parut oublier que le talent n'est un don précieux que lorsqu'il se met au service de la vertu. U se fit ouvrir les veines , au milieu de ses amis , pour prévenir le jugement du prince qui lui avait retiré ses faveurs , et s'il ne vécut pas avec pureté , au

(i) Tacite, Fila JgricoUm,

(a) Je ne parle que de la partie de la Narbonnaise qui fut plus tard appelée Provence.

(3) Dix ans après J.-C.

moins mourut-il avec courage. Sous le règne du même Empereur , trois médecins marseillais^ Crinas, Démosthène et Charmis, s'étaient rendus célè* bres dans Fexercice de leur profession j et avaient fait à Rome une fortune considérable. Au milieu da tumulte de la capitale du monde , Crinas conserva toujours dans son ame le souvenir pieux de sa ville natale , et donna à Marseille un témoignage édatant d*amour en lui léguant par testament dix millions de sesterces (i) pour la réparation des remparts qui tombaient en ruine. Favorin, d'Arles , acquit une grande renommée entre les sophistes , sous le règne d'Adrien et celui d'Antonin. On rapporte qu'il naquit hermaphrodite et qu'il avait la voix aiguë comme celle des eunuques (a). Ne se contentant pas du doute raisonnable, il poussa jusques aux dernières limites le système des pyrrboniens et enseigna l'incompréhensibilité de toutes choses. Au fait, c'est le propre de beaucoup d'esprits de gâter par l'intempérance les vérités philosophiques qui ne sont jamais absolues. U est des doctrines sages et vraies dans leur modération qui se changent en extravagances en passant par certaines têtes , et l'on dirait que la conviction y disparait pour &ire place à la manie.

Sous l'empire des successeurs d'Auguste, la Nar-

(i)PliQe, Hist.» liy. XXIX.

(a) Uist. LitL de la France , 1. 1.

bonnaise n'avait pas subi de grands changemeus dans les formes de son régime politique. I^es curies municipales avaient à peu près la même organisation ; mais l'ordre des décurions était tombé dans un avilissement inexprimable. Les gouverneurs accablaient de leurs exactions les principaux citoyens, et ne cessaient d'étendre au gré de leurs caprices la responsabilité des magistrats. Aussi les emplois publics qui, dans les pays bien administrés, sont un objet . d'ambition légitime j n'étaient considérés qu'avec efifroi. Ces distinctions, que se disputent ordinairement tant de concurrens empressés , on les redoutait , on les fuyait comme un présent funeste, parce que, en compensation de quelques privilèges insignifiant , elles n'offraient que des périls sans nombre. Les décurions n'acceptaient leur dignité que comme contraints et forcés, car à eux s'adressaient toutes les exigences d'une puissance tracassi ère et cupide, sur eux s'appesantissait toujours la tyrannie proconsulaire. Que ne fesaient-ils pas pour se soustraire à leur condition ? Plusieurs allaient se cacher dans les rangs de l'armée , et quelques-uns parmi les esclaves. Mais cetasile leur manquait aussi , et on les y arrachait pour les rendre à la curie. Le croira-t-on ? On condamnait les criminels à devenir décurions , et la légitimité était acquise aux bâtards qui consentaient à entrer dans l'ordre municipal. Le décurion, père de douze enfans, était affranchi de tout de-

voir envers cet ordre (i); quelquefois aussi le prince accordait une exemption particulière (a). Les riches citoyens , briguant la faveur de l'obscurité y dérobaient leur fortune à tous les regards et prenaient la triste livrée du pauvre. 11 y avait dans la société , telle que l'avait Êiite la domination romaine , quelque chose du despotisme asiatique qui écrase sous son niveau de fer tous les fronts élevés et ne daigne point s'occuper des têtes obscures.

Au reste, il parait que les Empereurs eurent de meilleures intentions que leurs représentans dans les provinces. Bien souvent > en effet, les tyrans subalternes valent moins que leurs maîtres. Alexandre-Sévère, en publiant les noms des gouverneurs , n'avait jamais manqué d'exhorter le peuple à les accuser devant lui s'ils se rendaient coupables de quelques crimes (3). Constantin ne se borna pas à permettre la plainte aux citoyens opprimés ; il voulut encore récompenser par des dignités et des largesses les accusateurs que dirigeaient la vérité et la justice (4). Le droit de pétition était formellement consacré par la loi. Chaque cité pouvait envoyer des députés à la Cour pour exposer ses besoins ou ses grie&, d'après une délibération

(i) Cod. m, X, Ht. XXXI > de Decur et Fît. (a) Raynooard , ouTrage cité , t. i , ch. ii.

(3) OEl, Lamprid.

(4) Cod, Theod. lia, ix, tU.i , de j4cciuat.

prise parla curie- Mais les gouverneurs trouvaient toujours le moyen de rendre ces garanties illusoires.

Les recrues, levées dans la province, n'allaient pas d'abord à la guerre. Elles fesaient le service intérieur et on les exerçait ainsi pendant quelque temps (i). Les remplaçans étaient admis , et les lots réglaient les formalités imposées en pareil cas (a). On entretenait aussi dans les cités de laNarbonnaise des milices municipales chargées de maintenir Tordre public, de prêter main-forte à l'exécution des sentences judiciaires et des arrêtés de police (3).

Les négocians, les marchands, les médecins, les artistes, les ouvriers, tous ceux qui exerçaient une profession industrielle, étaient soumis à une organisation régulière, à une police réglée, à une surveillance active. Us formaient des corporations auxquelles la loi accordait une existence politique. Ces corporations choisissaient des défenseurs ou patrons parmi les personnages les plus distingués du pays , et s'assemblaient pour délibérer sur leurs droits quand ils le jugeaient convenable. Le corps des boulangers fixa principalement l'attention du gouvernement impérial. On ne leur permettait pas de changer d'état , et leurs fils , forcément attachés à la même condition, ne pouvaient jamais en

(i)Végia,liv.i.

(a) Juste-Lîpse, p. 44.

(3) Fournel , État de la Gaule au 5* siècle.

adopter une autre. Lies avocats étaient nombreux. Us entraient à l'audience avec des sacs pleins d'actes de procédure et plaidaient leurs causes avec prolixité (i). Les voituriers portaient une robe courte de toile. Ils devaient déclarer aux bureaux établis aux portes des villes tous les objets soumis aux taxes de l'octroi. Une fausse déclaration était punie par la confiscation (a).

On continuait d'entretenir avec le plus grand soin toutes les routes publiques (3). Le service des chariots et des chevaux de poste, organisé par Auguste dans les provinces y avait été perfectionné par ses successeurs. Il y avait deux sortes de chaises de poste conduites par des postillons et quelquefois chaînées de paquets : l'une plus petite et propre pour un seul courrier (4) , l'autre plus grande où deux personnes pouvaient courir en même temps (5). Ceux qui voulaient se servir de chevaux publics devaient obtenir des lettres {Téuec-^ tion du prince ou des officiers qui avaient droit d'en délivrer. Le temps de la course était fixé j et on ne pouvait le passer qu'en cas d'empêchement légitime. L'administration prit quelquefois les che-

(i) JoTenal , Satir. 7. — Pétrone, Satir. (9) Cujas, Oàseiv, ad Ht, uan, Ub, ly. Cod,

(3) Bergier.

(4) F'ehiaUum, (S)Bheda Currens,

vaux des particuliers , par forme de corvées et lorsqu'elle en manquait dans les postes. Mais cette imposition ne dura pas long-temps et le fisc en demeura chargé. On se servait de bœufs ou de mulets pour transporter les ballots de marchandises (i). Il y avait aussi des coureurs ou messagers publics qui fesaient à pied les commissions dont on les chargeait. Leur rétribution se nommait calciarium , droit de chaussure (a).

Les femmes de qualité croyaient relever leurs charmes par l'édat des fards et l'odeur des parfums (3). Elles aimaient à se parer de colliers , de bracelets et de diadèmes de perles. Leur sein et leurs bras étaient presque nus. Leurs ceintures légères , leurs robes transparentes couvraient mais ne cachaient pas leurs formes sans pudeur (4)- Souvent elles coupaient leurs cheveux pour imiter les effigies de Titus et de Caracalla. Quelques«unes portaient des chevelures artificielles (5).

Cette société romaine ne laissait plus voir que des vices , des misères et des fers. Même dans ses beaux jours elle s'était montrée bien ^oiste et

(i) L'emperear Julien réforma cet usage et adopta Temploi des chevaux. Plus tard les autres Empereurs rétablirent Tusage des bœufs et des mulets. On les attela à des chariots nommés dabula,

(a) Lequien de la Neufville» Origine des Postes, liv. i.

(3) Pline , Hist. liv. ix, ch. xxxv. — Juvenal , Satir. 6.

(4) Foumel , ouvrage cité.

(5) Mole , Histoire des Modes Françaises.

bien brutale. Elle abandonnait l'homme à hii-méme et ne compatissait point à ses infirmités. On n'y vit aucun établissement philantropique pour soutenir la faiblesse j soulager la douleur y calmer le désespoir. Les philosophes, dans leurs travaux stériles et dans leurs fastueuses leçons , ne surent rien produire pour l'amélioration de notre nature, pour les progrès de notre intelligence , et leurs entrailles ne s'émurent jamais devant les maux qui nous assiègent. Vains parleurs de sagesse , ils ne protestèrent pas, au nom de Dieu et de la justice étemelle, contre le droit d'esclavage, les combats de Famphithéâtre, les abus de la force, le mépris que les riches et les puissans fesaient tomber sur les pauvres et les faibles. La tyrannie siégeait dans la famille et s'offrait ailleurs sous toutes les formes. Et cette société d'oppresseurs et d'opprimés, toujours laide à faire peur, présentait dans sa décadence un spectade plus triste encore. C'était à n'y pas tenir. Comme les anciennes croyances allaient tous les jours s'éteignant dans les âmes , comme les vieilles idoles croulaient de toutes parts au milieu de l'indifférence ou de la moquerie , on ne savait où placer la règle des devoirs et la source des affections. L'humanité avait besoin d'être régénérée par des doctrines plus fécondes , par des dogmes plus consolans, et cette sublime mission était réservée au Christianisme , beau des vertus nouvelles qu'il annonçait au monde. Restituant à

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rhomme ses titres ef&cés et sa valeur méconnue , la religion évangélique épurait ses passions ^ sanctifiait ses soufïranœs , élevait son cœur au-dessus des choses terrestres , enseignait l'égalité devant celui aux yeux duquel il n*y a ni premier ni d«^niei: y le poussait dans une carrière d'affiranchissement et de concorde, ouvrait enfin pour lui toutes les voies du progrès moral. Sûre de ses destinées immortelles , elle grandissait par la persécution , elle s'emparait de l'avenir , et rien n'arrêtait plus ses conquêtes pacifiques.

Les Gaules Transalpines ne nous fournissent aucune trace de Christianisme dans le premier siècle de l'ère vulgaire. Longueval (i) croit que la lumière de l'Évangile dut y pénétrer à cette époque, et il fonde son opinion sur quelques textes inoer* tains y source d'interprétations diverses. U ajoute qu'il est difficile de se persuader que les Apôtres aient négligé de £aàre annoncer le culte nouveau aux Gaulois si voisins de lltalie. Ce sont là des raisons futiles. Sulpice-Sévère, auteur digne defoi, assure que le Christianisme fut reçu un peu tard dans les Gaules (a). C'est en vain que plusieurs Eglises y se donnant une antiquité chimérique , célébrèrent dans l'ignorance du moyen -âge et célèbrent encore par une pieuse tradition quelques

(i) Hist. de rÉglise Gallicane. Dissertation préliminaire. (s) Histoire Sacrée , Ut. n.

disciples des Apôtres du Christ comme leurs fpndateurs. L'Église de Marseille est celle qiii va le plus loin , car elle place son origine au berceau même du Christianisme. Accordant sa créance à un poétique récit , elle se vante d'avoir eu pour premier Évéque le Lazare ressuscité par le Fils de Marie , et le Élit mourir dans son sein , tandis que toutes les Églises Grecques soutiennent qu'il mourut dans nie de Chypre. Cette Êible ridicule n'a pris naissance que dans le neuvième siècle ou dans les siècles suivans (i). La tradition d'Arles touchant Saint Trophime , disciple de l'Apôtre Saint Paul y n'est pas mieux fondée. Encore que Saint Luc et Saint Paul ne disent que peu de chose sur ce disciple y l'un dans les Actes des Apôtres j et l'autre dans sa seconde Lettre à Timothée^ ils parlent assez clairement pour qu'il nous soit démontré que le prétendu fondateur de l'Église Arlésienne n'a jamais paru dans les Gaules (a). L'Église d'Aix prétend avoir été fondée par Saint Maximin (3). Marbonne pense que son premier évéque est Paul Serçe, disciple de l'Apôtre Paul, et cette opinion ne résiste pas mieux à l'examen que tant d'autres fsiusses

(i) Hist. de Marseille, 1. 1, liy. ii.

(a) NouTelle Dissertation toachant le temps .où la Religion Chrétioine a été établie dans les Gaules. Toulouse, 1703.

(3) Scholastiqne Pitton, Annales de TÉglise.d'Aix. — De Haitze, Mannsarits snr la Tille d*Aix déposés à la bibliothèque publique de Marseille.

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croyances accréditées par une piété trop crédu* le (i). Je le répète , tout concourt à établir que dans le premier siècle aucune cité des Gaules Transalpines ne reçut la semence de la Foi Évangélique. Ce fut seulement vers le milieu du second siècle que Ton vit des Chrétiens dans plusieurs villes gauloises , notamment à Lyon et à Vienne. Des Grecs asiatiques , ou pour mieux dire des Juifs hellénistes y paraissent avoir été les premiers qui y professèrent le Christianisme et qui le communiquèrent aux habitans (n). Saint Pothin , grec de naissance , sorti d'Asie^ et disciple de Saint Polycarpe , évêque de Smyrne , lequel avait été disciple de Saint Jean, vint s'établir à Lyon avec quelques Missionnaires pour maintenir dans la foi ceux de ses compatriotes que le commerce y avait attirés. Quelques-uns se fixèrent à Vienne , et tous ces hommes , puissans par la conviction , entraînés par Tenthousiasme , travaillèrent avec ardeur à la propagation de leurs doctrines. Pothin, premier évêque de Lyon , fut Tun des premiers martyrs de rÉglise Gallicane. Quarante-sept Chrétiens moururent avec lui en Tannée 177, après avoir souffert tout ce que la rage d'un peuple furieux peut inventer de plus cruel. Eusèbe de Césarée nous a transmis rhistoire de leur supplice dont le genre fut

(i) Nouvelle Dissertation , etc.

(s) Poullin. de Lumina , Hist. de TÉglise de Lyon , liy. i.

diCFérent, bien qne la cause en fut la même (i). L'année suivante , deux Chrétiens unis par la plus tendre amitié, Alexandre, médecin, né en Phrygie , et Épipode , gaulois , natif de Lyon , reçurent ensemble la couronne du martyre. On rapporte vers le même temps à Vienne la mort des Saints Sévérin, Exubère et Félicien. Le sang de ces victimes féconda le germe du culte naissant , et la prédication de l'Évangile se répandit bientôt au loin. L'Église de Lyon plaça sur le siège épiscopal le prêtre Irénée qiii se montra le digne successeur de Pothin. Orade vivant des croyances chrétiennes, il s'attira l'admiration par sa science profonde et le respect par sa sainteté éprouvée. Châlonssur-Saône , Âutun , Langres , Dijon reçurent dans leur sein des ouvriers apostoliques qui tombèrent aussi sous les coups des bourreaux. Sur la fin du second siècle , il s'éleva une grande dispute dans le monde chrétien touchant la fête de Pâques. Les Églises d'Asie célébraient cette fête comme les Juifs , le quatorzième de la lune, quel que fui le jour de la semaine. Les autres Églises , s'appuyant sur la tradition des Apôtres, en mémoire de la résurrection de Jésus, attendaient le Dimanche suivant pour célébrer la solennité. On tint à ce sujet plusieurs Conciles en diverses contrées : à Rome , en Palestine, à Corinthe, dans le Pont. Les Églises

(i)Hist., liy. y.

des Gaules formèrent aussi un G)ncile sous la présidence dlrénée qui employa son ssèle au rétablissement de la concorde. Toutes ces assemblées confirmèrent la tradition apostolique ^ et la Pâque fut célébrée le Dimanche dans la chrétienté. Bientôt une nouvelle persécution se leva contre les Chrétiens. L'empereur Septime-Sévère qui leur avait d*abord montré des sentimens Êivorables, les pou^ suivit des plus sanglans édits en Tannée 20a. Irénée fut immolé avec presque tout son peuple dans la ville de Lyon inondée dg: généreux sang des martyrs (i). A Valence on arracha la vie aux Saints Félix , Fortunat et Achillée. A Besançon Ferréol et Ferrution expirèrent aussi dans les plus affreuses tortures.

Le concile de Lyon prouve suffisamment que la Religion Chrétienne avait acquis quelque consistance dans les Gaules à la fin du second siècle ^ et la persécution violente qui éclata au commencement du troisième fournit la même preuve. Mais nous ne connaissons pas l'organisation des Églises établies dans ces provinces ; nous ne savons pas si Irénée y avait des collègues à Fépiscopat, car ce prélat écrivant en langue grecque au pape Victor sur quelques objets de discipline , parle au nom des frères de la Gaule , ce qui peut s'appliquer aux évêques comme aux simples fidèles. Un passage

(i) Grégoire de Tours, Hist. , liy. i, ch. xxvii.

de Teârtullien (i) semble assimiler, dans ses termes généraux la Narbonnaise aux autres provinces gauloises. Cependant, il Êiut bien en Êiire Taveu , nous ne voyons encore aucune trace de Christianisme dans la partie orientale de cette contrée , c^est-à-dire dans la Provence proprement dite , et c*est la partie occidentale qui nous en présente le premier vestige. On rapporte à Tannée ao8, durant la persécution suscitée par Sévère, la mort du sousdiacre Saint Andéol dans le Y ivarais , selon le Mar^ tyrologe d'Adon, auteur du 3® siècle, qu'il ne faut lire qu'avec une extrême réserve, parce qu'il paraît n'avoir suivi que la tradition du pays touchant ce martyr , et il n'y a rien de plus incertain et de plus trompeur que ce qui ne s'appuye que sur des traditions locales.

Après un calme apparent , l^imin publia , Tan !i35 , de nouveaux édits contre les Chrétiens qui commençaient à bâtir dés Églises publiques (a). Mais cette persécution n'attaqua guère dans les Gaules que les niinistres des autels. Quoi qu'il en soit, la religion évaiïgélique y était extrê-

(i) « Les diverses nations des Gaules et les contrées m^me des « Des Britaniques qni ont été jusqu'ici inaccessibles aux armes des « BomainSy sont aujourd'hui soumises à J.-C. *

Jam Gailiantm iUpersœ noHones et Bniarmiarum , inaceessa Romanis

loea y Chrisio pero suhdtta,

jitlpenhs Judœot, cap. yii.

(s) Tillemont, Mém. Ecclé. , t. ii.

mement aflEstiblie , lorsque Fabien, qui ocaipait le Saint Siège, envoya dans ces contrées, vers Van* née uSo, Saint Trophime, Saint Saturnin, Saint PauU Saint Austremoine, Saint Martial, Saint Gatien et SaintDenys, tous les sept évéques, pour relever les anciennes Églises et en fonder de nouvelles. Il est probable que ces évéques , célèbres dans les Annales Ecdèsiastiques , commencèrent d'abord l'exercice de leur ministère à Arles où ils établirent Trophime (i), et qu'ils se dispersèrent ensuite. Saturnin s'arrêta à Toulouse, et Paul à Narbonne. La Narbonnaise en reçut ainsi trois. Austremoine se fixa à Clermont, Martial à Limoges, Gatien à Tours, et Denys à Paris (a). Paul fonda aussi l'Eglise de Béziers et celle d'Avignon. Le flambeau du Christianisme n'éclairait point encore Marseille. Cette république, alors chétive et isolée, ne tentait pas l'ambition des Missionnaires qui aimaient beaur coup mieux s'attacher aux cités romaines. Il parait que les évéques envoyés de Rome par Fabien introduisirent le rit latin dans toutes les Églises qu'ils fondèrent dans les Gaules. U y a aussi des raisons de croire qu'ils y apportèrent la version latine de l'Ancien et du Nouveau Testament. Jusque - là les Églises Gauloises avaient suivi le rit grec tel qu'il se pratiquait en Asie.

(i) C'est ce Trophime qui est le véritable fondateur de TÉglise d* Arles , et non le Trophime disciple de l'Apôtre Saint Paul. (a) Grégoire de Tours, Hist. , liv. i.

Trophime nci resta pas long-temps sur le siège épisoopal d'Arles, car nous y voyons Marcien en a5a, Novatien, prêtre ambitieux, avait voulu s'asseoir sur le trône pontifical occupé par Corneille, successeur de Fabien. Son mécontentement le précipita dans le schisme, et du schisme dans rhérésîe. Marcien, le seul entre les évéques gaulois, embrassa son parti. Le prélat arlésien refusait de recevoir à la pénitence quelques apostats qui, dans le feu des persécutions, avaient eu la £aiiblesse d'abandonner leur foi. Il laissait mourir, sans les réconcilier à l'Église , ces malheureux qui imploraient sa miséricorde en versant des larmes de repentir. Cet excès d'orgueil et de sévérité, réprouvé par la charité chrétienne , occasiona un grand scandale dans la Narbonnaise, et plusieurs évêques gaulois s'efforcèrent de vaincre l'obstination de leur confrère, lequel fut sourd à leurs prières. Ils invoquèrent, pour le fléchir, l'autorité de Rome, et Faustin, évéque de Lyon , écrivit à Saint Cyprien de Carthage pour le prier de joindre ses instances aux siennes auprès du pape Etienne. Cyprien adressa au Pontife Romain, en !i53 , une lettre où Ton remarque le passage suivant : « Il conviendrait que vous écrivissiez aux Évéques « des Gaules de ne pas souffrir que l'orgueilleux c Marcien , cet ennemi de la miséricorde de Dieu « et du salut de nos frères, nous insulte plus long- < temps .... excommuniez-le , donnez ordre dans

<c k province et au peuple d'Arles d'élire un autre «c évéque à sa place. Qu'il lui suffise d'avoir laissé <c mourir plusieurs de nos frères sans leur acoor- « der la paix. Qu'on ait du moins compassion de « ceux qui restent (i) », Cyprien finit en priant le Pape de lui faire savoir celui qui aura été choisi pour remplacer Marcien. On ignore quelles furent les suites de cette af&ire. Il est probable que Mar* cien fut déposé , car son nom ne se trouve point dans l'ancien Catalogue de l'Église d'Arles publié par Mabillon (a). On ne voit pas d'ailleurs que l'hérésie qu'il avait embrassée fit des progrès dans la Narbonnaise.

Sixte n j successeur d'Etienne , envoya dans les Gaules, en a 57, une nouvelle troupe de Missionnaires. Aucun d'eux ne s'arrêta dans la Narbonnaise. Yalérien gouvernait alors l'Empire. Prince vertueux , vieillard vénérable , il persécutait pourtant, à la sollicitation de son Êivori Macrien, les adorateurs du Christ qui continuaient de donner au monde étonné les leçons d'une morale admirable au milieu de la corruption universelle, et le spectacle d'un courage sublime au milieu des tourmens. Jamais l'héroïsme républicain , jamais l'amour de la patrie en ses ardeurs enivrantes n'inspirèrent à l'ame plus d'intrépidité et ne l'ornèrent

(i) Gypriani , EpUi, hxnn ad Stephan, (s) AnaUctorum, t. m.

de Êicultés plu$ hautes. D'aussi grands dévoûmens s'emparent de notre respect. Pourquoi Êiut-il qu'une surperstition aveugle les ait altérés par des circonstances Êibuleuses ? Quelle honte d'avoir ainsi dégradé, dans des narrations mensongères , la mort 9 la belle mort de tant d'hommes généreux qui souffrirent pour leurs croyances , qui tombèrent en holocauste , le corps meurtri par le fer des bourreaux , mais les yeux brillans d'espérance et Famé inondée d'une céleste joie! Envahisseurs d'une espèce inconnue , ils allaient à la conquête des provinces que le génie de Rome avait mis plusieurs siècles à soumettre , eux pauvres et le plus souvent ignorans , une croix de bois à la main ; car les richesses , les grandeurs , les sciences qui laissent dans le xxsur un vide désolant , la gloire même qui se dissipe avec tout le reste , ils ne les estimaient que ce qu'elles valent) et ils avaient hâte de souffler la vie sur des ossemens arides. Une charité inépuisable, unç patience à toute épreuve, une volonté de bronze , un enthousiasme de feu , et puis la passion du prosélytisme et la confiance en l'avenir , tel fut le secret de leurs succès prodigieux; ce furent là leurs seuls miracles. Croyez qu'il n'en exista jamais d'autres.

Saint Pons eut un rang distingué parmi ces illustres victimes. Né à Rome d'une famille patricienne et converti à la foi chrétienne par le pape Pontien, il se réfugia dans la province des Alpes

Maritimes pour soustraire sa tête à la hache des persécuteurs. Cimiez et Nice (i) furent les témoins de son zèle apostolique. Claude , préfet de cette province , le fit comparaître devant son tribunal dressé sur la place publique de Cimiez et le menaça des plus cruels supplices s'il ne sacrifiait aux Dieux deTEmpire. Pons refusa obstinément. Qaude, n osant pas le condamner à cause de sa naissance, prit les ordres de l'Empereur qui répondit que si l'accusé persistait dans son refus , il Êdlait aussitôt lui arracher la vie. Le préfet lut cette réponse au martyr qui ne fléchit pas un seul instant et expira dans les tortures.

C'est entre la persécution de Valérien et celle de Dioclétien , dans un espace d'environ trente ans , que je crois devoir placer l'introduction du Christianisme à Marseille. Déjà il avait pénétré dans presque toutes les cités de la Narbonnaise ; mais le peuple marseillais ne l'adopta si tard que parce qu'il était moins souffrant, et par conséquent moins disposé à subir l'influence de la religion des souffrances. D'ailleurs il avait de bonnes raisons pour tenir au polythéisme grec qui se liait à son berceau et rappelait les souvenirs glorieux de la mère patrie. C'était pour lui une af&ire de patrio-

(i) L'Église de Nice était dès low établie. On prétend que cette Tille avait reçu la foi, sons le règne de Néron , par la prédication de Saint Nazaire.

tisme et d'orgueil. Au contraire y le culte mythologique De pouvait exciter aucune sympathie dans les autres villes de la province, car il y représentait laloi des vainqueurs, la domination romaine dont il avait formé le cortège, Marseille payenne se livra à de si grands excès contre les premiers Chrétiens qu'on aurait dit qu'elle avait perdu tout sentiment d'humanité, et Ton vit sa fureur s'accroître lorsqu'elle apprit que l'empereur Maximien, à qui elle voulait plaire , était sur le point d'entrer dans ses murs. On fit des perquisitions dans tous les quartiers , et les Chrétiens que l'on trouva furent iôa* pitoyablement égorgés. Ne voit-on pas que si l'Église Marseillaise eût été établie deux siècles et demi auparavant , le peuple , habitué à jeter ses r^;ards sur elle , eût montré beaucoup moins de haine? Ne voit-on pas que cette Église eût laissé des traces des persécutions antérieures , et qu'elle eût exercé entre toutes les Églises de la Gaule une primatie incontestée? Enfin ne voit-on pas que si Lazare eût été son fondateur et son premier évêque, il eût laissé des disciples et des successeurs connus? Ces disciples, ces successeurs, qui sont-ils (i) ?

(i) Le P. Goesnay, qui a écrit sans discernement et sans critique, donne Restîtot poor successeur immédiat de Lazare, sur la foi d'un ancien manuscrit qui n'esdste plus et qui d'ailleurs paraissait dépouillé de toute authenticité. ( Provindœ Massiiiensis ac reliquœ Phoeencis annales, sive Massûia gentiUs etchristiana), — Denys de Sainte-

Sans doute on pourrait expliquer par le malheur des temps et par la perte de nombreux documens historiques quelques lacunes d*un catalogue. Mais un silence absolu pendant une période si longue ne peut avoir pour motif que l'absence même de Tépiscopat. D n'est pas même prouvé que les Chrétiens de Marseille eussent un évêque à l'époque de la persécution de Maximien. Si cet évêque eût existé , aurait-on négligé de le nommer? N'aurait-il pas été l'un des premiers martyrs ?

Saint Victor fut le plus illustre d'entre eux (i). Légionnaire distingué par sa noblesse et sa bravoure, il avait un commandement dans la garnison romaine qui occupait toujours la ville haute. Nouvellement converti au Christianisme , il se fesait un jeu des périls ; dans sa ferveur naissante , ilbra-

Marthe reconnaît que ce mannacrit était très-ancien , mais il déclare en même temps qu'il y avait des marques de fausseté , des anaAronismes et des contes ridicules. — ( Gallia Ckristiana, 1. 1.)

Guesnay a voulu nommer les évéques qui , d'après lui, goQTernèrent l'Église de Marseille dans le a* et le 3* siède. Il parle beaucoup d'un catalogue qui lui avait été communiqué par un chanoine nommé Toussel , sans dire d'où ce catalogue avait été tiré , ni quels caractères d'ancienneté et de certitude on y découvrait.

Les auteurs de l'Histoire des Évéques deMarseille, qui s'efforcent vainement d'établir l'Épiscopat de Lazare, pour plaire à M. de Belsunce sous les auspices duquel ils travaillaient» reconnaissent pourtant avec bonne foi que Guesnay, en nommant les successeurs de cet évêque , ne présente pour preuves que des conjectures sans fondement ( T. i, liv. i. )

vait la colère de Maximien, et lorsque les ombres de la nuit enveloppaient Marseille, il allait rassurer ses frères que l'arrivée du prince avait glacés d'ef* firoi. Il fut surpris dans cet exercice et conduit devant les préfets Astère et Eutique. Ces magistrats l'exhortèrent avec douceur à sacrifier aux Dieux : mais le voyant inflexible, ils le renvoyèrent à l'Empereur qui employa les promesses pour le séduire et les menaces pour l'épouvanter. Victor ne répondit qu'en confessant laReligion Chrétienne dans le sein de laquelle il voulait avoir la gloire et le bonheur de mourir. Alors Maximien ordonna qu'on garrotât ses pieds et qu'on le traînât dans les rues de Marseille. La populace , se pressant sur le passage de cet infortuné , prit du plaisir à augmenter ses souffrances en l'accablant de coups et de malédictions. Victor, ensanglanté et déchiré, fut reconduit au tribunal des préfets qui le pressèrent de nouveau d'abjurer ses doctrines. Ils lui représentèrent que c'était une folie insigne de perdre les faveurs du prince, de s'arracher à ses amis , de renoncer aux plaisirs de la vie et aux honneurs du monde, de souffrir les plus cruels tourmens pour de vaines chimères, pour des biens qu'il ne connaissait pas , pour le culte d'un juif mort d'un supplice ignominieux. A ces paroles, Victor fit l'apologie de sa conduite et de sa foi. Puis, n'étant plus maître de son indignation, il versa à pleines mains l'injure et le mépris sur toutes les Divinités

de rCHympe. « Que me parlez-vous , s*écria-tF-il a avec un enthousiasme qui n'altérait en rien la ce sérénité de ses traits , que me parlez-vous des ce grâces de César , des dignités humaines et d'une ce gloire périssable ? O juges I Au-dessus de cette ce terre où l'ame végète et languit , il est un monde ce meilleur, un monde éblouissant de splendeurs ce éternelles. C'est là que le Dieu par vous blasce phémé réserve d'inefifables délices à ses fidèles <r adorateurs. Et vous voulez que je sacrifie tous (c les trésors du Ciel à vos détestables idoles! Oh! a Us sont étranges vos Dieux , image dégradante ce de toutes les passions, de toutes les bassesses et ce de tous les vices. Dans vos fêtes , des scènes ima pures sont représentées; dans vos hymnes, on a loue des crimes qu'au prétoire on punit. Iniquité! ce Folie inconcevable ! Culte couvert d'opprobre ! ce Non , non , ma main ne brûlera jamais sur vos ce autels sotiillés un encens sacrilège. Le vrai Dieu, cr le Dieu que j'adore, est un Dieu de justice, de « miséricorde et de perfection. Devenu homme ce pour nous , il a laissé à ses en&ns l'exemple de «^ sa belle vie. Je veux mourir pour lui. »

A ces mots , le peuple irrité poussa d'horribles et longues clameurs. On étendit Victor sur le chevalet, et pendant cette torture, le martyr tint constamment les yeux attachés au Ciel pour demander la patience et la force au Dieu qui avait souffert comme lui. Les bourreaux le reconduisi-

rent en prison où il fut rois à la garde de trois soldats, Alexandre, Longin et Félicien. La grandeur qui éclate toujours dans une foi sincère , l'expression si entraînante d'éloquence et d'enthousiasme dans les accens d'un homme qui meurt pour ne point se souiller par une apostasie, subjuguèrent ces trois soldats qui tombèrent aux pieds de Victor en se disant Chrétiens. Maximien leur fit aussitôt trancher la tête. Pour Victor, on le frappa encore à coups de bâton et de nerf de bœuf. Ensuite on le somma d'offrir de l'encens à Jupiter. Le martyr renversa l'autel placé devant lui. L'Empereur indigné ordonna de l'écraser sous une meule de moulin. La sentence fut à l'instant exécutée. Mais Victor respirait encore lorsque la machine se cassa, et on lui coupa la tête pour l'achever. On dit que Maximien fit jeter à la mer les corps de ces quatre Chrétiens intrépides, mais que les flots les repoussèrent sur le rivage, et que les fidèles les ensevelirent en une grotte taillée dans le roc (i).

Gênez exerçait à Arles la charge de greffier auprès du tribunal. Par la vitesse de sa main et par le secret de ses notes il égalait la rapidité de la parole , et ce talent , regardé alors comme merveilleux, avait rendu son nom célèbre. Témoin des arrêts de sang prononcés contre les Chrétiens , il

(i) Âcta S, Fictor, inter acta Sincera marijr, — Loogueyal , Hist de l'Église GalL, 1. 1 , IW. i. — Fleury, Hist Ecclé». , t. ii, m-4*.

ne put contenir l'indignation qu'ils lui inspiraient , bien qu'il ne fut lui«méme que catéchumène et qu'il n'eût pas encore reçu le baptême. Un jour il eut horreur de son ministère et jeta ses tablettes aux pieds des magistrats pendant qu'ils prononçaient une sentence de mort. Gênez alla se cacher pour dérober sa tête à la fureur des officiers da prince, qui ordonnèrent à leurs satellites de le tuer partout où ils le trouveraient , et tous les e£Forts des persécuteurs furent employés pour sa perte. Aussi il ne tarda pas à être découvert , et, comme on le poursuivait vivement, il se jeta dans leRhône et le passa à la nage..Mais les bourreaux l'atteignirent à l'autre rive et lui ôtèrent la vie à coups d'épée(i).

A peu près à la même époque (a) , Saint Mitre , grec de nation et gardien de vignes à Aix , fut tourmenté pour la foi chrétienne. H survécut aux maux qu'on lui fit souffi*ir , et après avoir longtemps combattu pour la dtfense dé la religion évangélique , après avoir continué de vivre dans la pratique des bonnes oeuvres , il mourut en paix, triomphant des efforts des ennemis du Christianisme (3).

(i) Paulinus , Fita Genesu AreUUénds. — Tillemont, Histoire Ecclés., t. y. — LoDgueyal » ihid,

(a) C'est-à-dire au 3* ou aa 4* siècle de l'ère yulgaire. La date n'est pas fixée d'une manière précise par les auteurs ecclésiastiques.

(3) Vies des Saints, par Baillet , t ni, p. igS. — Vies des Pères,

Le fea des persécutions s'éteignit L'Église d'Arles brilla au premier rang des églises gauloises , et l'évéque (i) de cette ville jouit du droit de primatie sur tous les prélats de la Narbonnaise (ji). Ce droit fut accordé par l'évéque de Rome et par tous les Chrétiens à Trophime et à ses successeurs, en <x>nsidération des missionnaires illustres qui s'arrêtèrent à Arles où Trophime fut installé , au milieu du troisième siècle. Les fidèles et le clergé j réunis dans un temple où respirait la majesté du Dieu vivant, nommaient les évéques à la majorité des suffrages, sous l'influence des lois romaines, et suivant le mode réglé pour l'élection du défens^ir de la cité. Alors le zèle religieux , dans tout l'édat de sa pureté primitive , ne cachait point encore des vues d'égoîsme et des projets d'ambi*

des Martyrs et des antres principaux Saints. Guy. traduit de l'anglais, t. xi , p. 191.

Suivant Pitton, Saint Mkre fut jeté dans une basse fosse; puis tiré de U y et on lui coupa la tète. Le Saint la prit, la porta au pied de Tautel de l'Église métropolitaine distante d'enyiron lyOaS pas du Heu de son supplice , et rendit alors le dernier soupir. ( Annal, de l'Église d'Aix, p. 44 et sniy. )

Tel est l'esprit de crédulité qui dirige généralement cet écrivain;

(i) Dès le premier siècle de l'ère chrétienne le nom d'Archeréque était en usage parmi les Grecs, mais il ne l'était point parmi les Latins avant le sixième siècle. Les Métropolitains, les Patriarches, les Exarques et les Papes même des cinq premiers siècles ne s'appelaient qu'Évéques.

(») Gilles du Port , Hist. de l'Église d'Arles , Ht. ni.

tion. L'intrigue et les passions m^risables ne s'agitaient point dans le sanctuaire; car pourquoi y seraient-elles venues ? dles n'avaient rien à y £aire. Les dignités sacerdotales, accordées aux plus dignes , ne conféraient aucun pouvoir politique et ne procuraient ni grandeur ni richesses. Jusques alors elles n'avaient donné à ceux qui en étaient revêtus que le privilège d'avoir la première place au martyre.

Telle était, en Tannée 3i 2 , la situation du Christianisme dans la Narhonnaise , lorsque Constantin , qui se préparait à comhattre Maxence, son rival, embrassa cette religion , à laquelle il prodiguait depuis quelque temps des marques de laveur. Les Chrétiens jouissaient alors d'une influence considérable, et l'on en voyait partout, à la cour, aux armées, dans les curies municipales, dans les diverses magistratures. Constantin, en fesant une profession publique de leurs croyances, chercha à les attirer à son parti, parce qu'il avait besoin de leur amitié et de leur secours contre un ennemi redoutable; de sorte qu'il ne fut dirigé que par des raisons politiques. Maxence fut vaincu et perdit la vie. Galère et Maximin succombèrent bientôt après; et Constantin, d'accord avec Licinius, qui gouvernait l'Orient, se vit au comble du bonheur, et devint le seul maître de l'Occident, sou* mis à ses armes victorieuses.

Ici s'ouvre l'ère des Conciles. L'Église, délivrée

de ses persécuteurs, ne trouvera dans son triomphe que des divisions ftinestes. On la verra toujours en mouvement et en travail pour fixer les. règles de sa discipline et la formule de ses dogmes, comme aussi pour envahir la politique et se mêler à toutes les affaires humaines. Tout va changer par son influence, tout va prendre une face nouvdle, même la littérature, qui puisera ses inspirations aux sources d'une théologie querelleuse et d'une ardente mysticité , en dérobant aux lettres grecques, et latines quelques formes oratoires et quelques artifices de style.

L'Église d'Afrique était déchirée par un schisme cruel; en voici -^a cause : Dioctétien avait obligé les Chrétiens de cette province, et particulièrement les évéques, à livrer les Saintes Écritures, que les magistrats fesaient brûler sur la place publique. Ceux qui obéirent furent nommés tradileurs. Une partie du clergé et du peuple, dirigée par l'évéque Donat, accusa Cécilien, évéque de Carthage, d'avoir été ordonné par des prélats coupables de cette obéissance. Elle se sépara de sa communion et fit ordonner Majorin à sa place. Cécilien , ne reconnaissant pas le droit que ses ennemis s'arrogeaient^ resta sur son siège, et un concile de dix-neuf évéques, tenu à Rome , lui donna gain de cause. Les Donatistes condamnés en appelèrent à un concile plus nombreux, et Constantin choisit à cet effet la ville d'Arles. Ce nouveau concile , si

célèbre dans Tantiquité, cmvrit ses séances le i^ août de Tan 3i4* Des évéques de toutes les provinces occidentales y assistèrent. Nous n'en connaissons pas précisément le nombre : on n'en compte que trente-trois dans les Souscriptions, avec les députés de douze absens; mais il y a lien de croire , par la manière dont tous les Pères de l'Église en parlent, que l'assemblée était beaucoup plus nombreuse. S^ Marin, évéque-primat d'Arles, se trouve inscrit le premier; ce qui prouve qu'il présida. Parmi les évéques gaulois, qui sont au nombre de seize, Orésius, évéque de Marseille, est nommé le treizième. C'est le premier évéque de cette ville dont l'histoire fesse mention.

Le concile d'Arles, après un mûr examen de la cause soumise à sa justice et à ses lumières, se prononça aussi en feveur de Céciiien. Avant de se séparer, il fit vingt-deux réglemens pour corriger divers abus qui s'étaient introduits dans la discipline. Ce sont les premiers canons de TÉglise Gallicane. On confirma la décision touchant la fête de Pâques, célébrée le même jour dans toute la Chrétienté; on soumit à la résidence les ministres des autels; on excommunia les comédiens , les conducteurs de chars dans le cirque et les dercs usuriers; les filles chrétiennes mariées à des païens fiirent écartées pendant quelque temps de la communion. Le concile d'Arles instruisit Constantin de tout ce qui avait été délibéré. Ce prince était

alors occupé dans TOrient à combattre Lîcinius,

et les Donatistes appelèrent encore à son tribunal

du jugement du concile d'Arles. La réponse qu'il

fit aux Pères de ce concile témoigne de son respect

pour répiscopat catholique , devant lequel il ne

craignait point de baisser son front couronné:

« Les Donatistes, dit-il, demandent queje les juge,

« moi qui attends d'être jugé par Jésus-Christ!

c Car, je le déclare, et c'est la vérité^ le jugement

« des évéques doit être regardé comme le juge-

« ment même du Seigneur. » Et ensuite : ce Us cher-

« chent les décisions du siècle , et ils refusent de

« suivre celles du Ciel! O insolence et fureur ef-

«firénée! ils ont interjeté appel comme dans les

« causes des païens! » Il est inutile de rapporter

ici la suite de l'af&ire des Donatistes, car l'Église

des Gaules cessa d'y prendre part (i).

Constantin retourna à Arles après la défaite de Licinius , dont la mort lui livra le reste de l'Empire. Fauste , sa femme , y donna le jour, le 1 3 août 3i6 , à son fils aine, qui porta le même nom que son père. L'Empereur célébra cet heureux événement par des jeux solennels et des fêtes pompeuses. Après la défaite de Licinius , il établit à Bysance le siège de l'Empire, et partagea, avant sa mort, le pouvoir souverain entre ses trois fils et deux de

(i) Labbe, Saerosamcta CoiteUia, t. i , p. i4a> et ^uIt. — Gilltf Duport f oay. àté, — Loagueval > t. i , Ht ii.

ses neveux. Constance, Tun de œs fils, eut les Gaules dans son lot et combla aussi de £aveurs la ville d*Aries.

L'Église dominait alors toutes les affaires , absorbait tous les intérêts, fixait tous les regards, et l'activité intellectudle se réfugiait dans la controverse. Pour le malheur du monde chrétien, un novateur venait de surgir audacieux, opiniâtre: Arius, prêtre d'Alexandrie, niait la divinité du Christ, et peu s'en fallut que cette croyance ne devînt universelle. Le concile de Nicée la frappa d'ànathème et dressa le Symbole de la Consubstantialité du Père et du Fils. Les Ariens, ne se tenant point pour battus, redoublèrent leurs clameurs: l'Église Gallicane ne s'en émut pas d'abord ; mais il ne lui fut pas donné de jouir d'un calme durable, et l'orage gronda dans son sein enflammé. Constance, devenu maître de FEmpire entier, embrassa l'Arianisme, et publia un édit pour obliger tous les évéques de la Gaule à souscrire, sous peine d'exil, à la condamnation de S^ Athanase , zélé défenseur du concile de Nicée et de la foi catholique. Il y avait alors sur le siège épiscopal d'Arles un arien entreprenant et fougueux : c'était Saturnin, le plus fourbe et le plus coupable des hommes de son siècle (i)^

(i) Virpestimui et ingemo malo provoque , perum etiam prœterhœn'

sis infamiam mulds ac nrfandis criminièus t^nçictus, SulpiceSéyète , li?. II. -

s'a faut en croire ses ennemis^ les adversaires d'Arius, dont le témoignage est nécessairement suspect. Saturnin, courtisan habile^ ne négligeait rien pour feire prévaloir les opinions religieuses de l'empereur Constance. En 353, ce prince convoqua un concile à Arles sous la présidence de Saturnin, et tous les membres de l'assemblée, à l'exception de Paulin , évéque de Trêves, adhérèrent à la condamnation d'Athanase. Les Ariens , forts de la décision de ce concile et de la protection impériale, ne gardèrent plus de mesure, et firent sentir dans, les Gaules le poids de leur triomphe. Cependant ils y trouvèrent un adversaire renommé par sa science et par ses vertus : Hilaire, de Poitiers, leur donna de bien rudes coups. De concert avec d'autres évéques demeurés fidèles aux dogmes catholiques, il eut le courage de lancer contre l'évêque d'Arles un décret d'excommunication, et Saturnin, cherchant tous les moyens de s'en venger, fit assembler à Béziers, en 356, un concile, qu'il présida, sans doute en qualité de primat. Hilaire, qu'on voulait perdre, y fut cité, et Ton fulmina contre lui plusieurs accusations. Mais l'assemblée ne fut point satisfaite encore, et Saturnin, s'étant adressé à l'emperçur CA>nstanoe^ qui se montrait complice de sa haine, obtint contre Hilaire et contre Rhodane , évéque de Toulouse, un décret de bannissement en Phrygie. Cinq ans après, l'évêque d'Arles fut condamné au concile de Paris et chassé de son siège. L'aria-

nisme perdit son influeoce dans la Gaule, où le calme se rétablit. Julien, parent de Ck>nstanoe, et déjà célèbre par plusieurs victoires remportées sur les Barbares^ venait d*être élevé sur un boudier et proclamé Empereur. Chacun vantait sa justice et sa sagesse. Numérius , qui avait été gouverneur de ' la Narbonnaise, fut accusé de péculat, et Julien, le fesant comparaître devant son tribunal » en assemblée publique, l'interrogea avec sévérité. L'accusé nia constamment les Êiits qu'on lui reprochait, et Ton ne put en fournir des preuves convaincantes. Alors Delphide, avocat distingué, qui plaidait contre lui, s'écria avec sa véhémence ordinaire : César j quel est le coupable qui ne passera pas pour innocent y s'il lui sujfit de nier ses crimes? Â quoi Julien fit sur-le-champ cette belle réponse : Et quel est V innocent qui ne passera pas pour coupable y s* il suffit d^étre accusé? Numérius fut renvoyé absous (i).

A cette époque la Narbonnaise était toute chrétienne, et l'apostasie de Julien ne put y faire revivre les croyances du paganisme. Les restes de ce paganisme expirant s'étaient comme retranchés dans des contrées plus septentrionales et moins civilisées, dans des pays plus éloignés du commerce des Romains. En 874 , les évêques des Gaules tinrent un concile à Valence pour travailler à la correc-

(i) Ammien-Marcelin j 11 v. xviii.

tion de quelques abus de discipline et tenniner quelques différends qui menaçaient de diviser Fépiscopat. L'évéque d'Orange, nommé Constance , le premier que l'on connaisse dans cette ville , assista à ce concile, et Ck>ncorde, évéqne d'Arles, y fit briller sa piété et son érudition. Pendant les séances de rassemblée, Accepte fut élu évéque de Fréjus, et pour éviter cette dignité, il s'accusa de crimes capables de l'en Satire paraître indigne. Mais on jugea que son humilité l'avait porté à recourir à cet artifice, et le clergé et le peuple de Fréjus en écrivirent au concile. L'évéque d'Arles, qui fut le rapporteur de cette afBeiire, fit le plus brillant âoge du mérite d'Accepté. L'assemblée venait de promulguer un décret canonique qui excluait du sacerdoce ou de l'épiscopat ceux qui se confessaient coupables de quelque crime mortel , parce que , dît ce décret , s'ils ne sont pas en effet cou^ pables des crimes quHls s^ imputent y ils le sont d avoir menti. Accepte fut donc remplacé sur le siège de Fréjus.

L'évéque d'Orange et Procule, évêque de Marseille, assistèrent, en 38 1, au concile d'Aquilée, en qualité de députés de la Gaule Narbonnaise et de la Viennoise \ï). On y condamna comme hérétiques Pallade et Secondien , évêques dillyrie, ac-

(i) Baronîiis , Ann. Ecclés. — Hist des Evéqaes des Marseille » 1 1 , Ut. n.

218 mSTOIRE

cusés d'arianisme, qui demandaient à être reçus à la communion des prêtres catholiques de laquelle ils étaient exclus. Saturnin d'Arles avait si cruellement persécuté les catholiques de sa juridiction, que les uns s'étaient mis sous la protection de Tévêque de Vienne , et que les autres avaient eu recours à Tévêque de Marseille (i). Ce fut la source des divisions qui troublèrent long-temps le repos de ces églises , car Tévêque de Marseille et celui de Vienne contestèrent à leur collègue d'Arles son droit de primatie. En 897, ces trois évéques se rendirent au concile de Turin, pour lui soumettre leurs prétentions respectives. Le concile accorda à Procule la qualité de métropolitain / mais seulement sa vie durant, non pas à cause de son siège, mais à cause de sa personne. On peut juger par cette décision combien était grand le crédit de Tévêque de Marseille. 11 le devait à son mérite et à sa réputation. Saint Jérôme Ta honoré de son estime (a). La décision du concile de Turin ne termina pas le différend , et le litige se renouvela. Les évêques d'Arles réclamèrent dans la suite leurs droits de primatie qu'ils exercèrent sans obstacle jusques au milieu du huitième siècle (3).

Le clergé marchait à la tête de l'humanité, et

(i) Gilles Duport, out. cité.

(a) RpisL IV.

(3) Thomassin , Discipline de l'Église.

chez lui s'étaient réfugiés les vertus , le savoir, Fintelligence, les graves et salutaires enseignemens , l'espoir consolateur d'une autre vie, les promesses d'un bonheur ineffîible au sein d'une gloire éternelle. Des associations se formaient, et le plaisir des religieux était de s'élever au-dessus de l'atmosphère du monde, pour respirer avec plus de liberté dans des régions plus pures , loin des hommes de tumulte, de violence et de guerre. Cherchant la solitude, et le silence, et la prière, ils se plongeaient dans de longues extases, pour que rien ne fut interposé entre leur ame et Dieu. Sans doute Tintentipn était bonne. Mais que gagne donc rhomi;ne à vouloir se faire meilleur/que sa nature ne le comporte? Que lui sert de déserter son poste social et d'user sa vie dans une contemplation stérile? Sa place est toujours au milieu de ses semblables ; il doit supporter avec eux le poids du jour et de. la Êitigue; et pour rempUr ses devoirs sur la terre, pour complaire à l'Être^uprême qui lui a imposé la loi du travail, de l'union et du progrès , pas n'est besoin de réclusion ni de solitude, il ne lui Êiutque Téclatdu soleil. Les passions, se donnant rendez-vous dans le doitre, se plaisent à Uvrer combat à des coeurs flétris et à des sens irrités. D'ailleurs, c'est folie de chercher aies comprimer toutes , car l'abus seul en est blâmable, et la sagesse consiste à savoir en régler l'usage. L'homme qui serait sans passions serait aussi sans mouvement et se verrait réduit à l'instinct de la brute.

Ce fut dans l'Orient que les ordres monastiques prirent naissance, et de bonne heure aussi le sol puissamment remué par les Pharaons, les grottes voisines de Thèbes reçurent de nombreux anachorètes. Saint Martin, ami dHilaire, fut le premier des moines dans la Gaule. H bâtit en 36o un monastère dans un lieu nommé Ligugey, à deux lieues de Poitiers (l). Élevé onze ans après à Tépiscopat de Tours , il conserva dans la grandeur le même esprit d'humilité, le même amour de la retraite, et fonda non loin de la ville un autre monastère qui devint plus tard la célèbre abbaye de Marmoutier. Tout le travail des moines les plus jeunes consistait à copier des Uvres. Les autres n'avaient d'autre occupation que la prière (a). Entre les hommes illustres formés dans ce sanctuaire, nous connaissons Éros, évêque d'Arles, qui fut toujours dans son diocèse le père des orphelins, l'appui des veuves et la consolation des afHigés. Vers la fin de ce quatrième siècle, les règles monastiques s'introduisirent dans la Narbonnaise. Saint Honorât, originaire de Toul, issu d'une famille romaine et consulaire, se distingua, dès ses plus tendreâ années, par ses principes d'austérité religieuse. Alors qu'un avenir brillant souriait à sa jeunesse , il renonça à tous les avan-

(i) Longueyal , ouv. cité , tom. i , liv. ii. (a) Snlpice-SéYère, Fita Mort.

DE FROVENCE. 221

tages sociaux, à toutes les faveurs de la fortune, à tous les plaisirs du monde, et ne se passionna que pour la solitude et la pauvreté. Son frère, appelé Venant, fîit touché de ses exhortations et ne balança pas à suivre son exemple. Après avoir Tendu au profit des pauvres tous les biens dont ib pouvaient disposer , ils se rendirent à Marseille où l'évéque Procule, qui les accueillit avec amitié, voulut conférer à Honorât les ordres sacrés et l'attacher au clergé de son Église. Honorât refusa , et les deux frères s'embarquèrent pour TOrient avec un moine nommé- Caprais pour visiter les pieux Cénobites dont on vantait les austères vertus. Ils parcoururent les rivages de la Grèce, etVehant mourut à Modon. Honorât prit alors la résolution de retourner dans les Gaules. Plusieurs évéques italiens s'efforcèrent de le retenir dans leurs contrées, mais l'estime particulière qu'il conçut pour Saint Léonce , évéque dé Fréjus, le porta à s'établir dans son voisinage. Il resta quelque temps dans le creux d'un rocher, et fixa ensuite sa demeure aille de Lérins qui n'en était pas éloignée (i). n y bâtit un monastère qui jouit en Europe d'une grande renommée. La règle qu'on y suivait n'est point parvenue jusqu'à nous.

Au commencement du cinquième siècle, Cassien vint donner aux ordres monastiques de la Nar-

' (i) Ctsx aujourdlini l'Ile St-Honorat.

bonnaiâe plus d'importance et plus d'éclat encore. On ne connaît pas sa patrie, mais on sait qu'après avoir été élevé dans un monastère de Bethléem , il alla visiter les Anachorètes de la Thébaide et se rendit ensuite à Constantinople où Saint Jean Chrysostôme l'ordonna diacre. Lorsque cet illustre patriarche fut exilé par une faction puissante , son clergé députa Cassien vers le pape Innocent I^, pour défendre auprès de lui la vertu opprimée et le savoir proscrit. Le Pape , satisfoiit du zèle de cet envoyé , lui donna la prêtrise et le retint qudque temps à Rome. Cassien, voyant la persécution allumée à Constantinople contre les défenseurs de Chrysostôme ^ résolut de chercher un asile dans les Gaules et s'établit à Marseille (i) où il fonda deux monastères célèbres, l'un d'hommes, etl'autre de filles. Le premier fut l'abbaye de Saint-Victor, et le second de Saint-Sauveur. Il y mit en vigueur les réglemens orientaux, et gouverna, dit-on, jusqu'à cinq mille religieux; ce qui doit s'entendre des moines qui choisirent ses lois dans toute la Gaule, et non pas seulement de l'abbaye marseillaise. Castor , évéque d' Apt et frère de Léonce de Fréjus, ayant créé un monastère dans son diocèse, pria Cassien de lui communiquer par écrit les réglemens des moines orientaux, pour les fiaire adopter à ceux qu'il venait de rassembler. Cassien,

(i) Gennade, de Fir. tlbut.

cédant à ce vœu , publia son ouvrage des Institutions Monastiques. Au milieu des actes insignifians et des pratiques puériles qui ne servent qu*à dégrader les hommages rendus à la Divinité , on lit dans les Institutions quelques détails curieux sur les épreuves auxquelles les récipiendaires étaient soumis. Pendant dix jours on laissait le postulant à la porte du monastère , pour faire essai de sa persévérance. S'il persistait, on lui donnait la permission de revêtir les habits delà communauté. Ensuite il passait un an, occupé à servir les frères. Après quoi il prenait place parmi eux, mais sous la discipline d'un maître des novices à qui il devait découvrir toutes ses pensées. Défense lui était faite de donner son bien au couvent , de peur que sa générosité ne fut pour lui un sujet d'orgueil. Enfin si sa conduite paraissait blâmable , on le renvoyait dans le monde (i).

L'abbaye de Saint-Victor avait admis ces conditions. Elle renfermait deux espèces de moines. Les uns menaient une vie cénobitique ; les autres étaient anachorètes. Déjà quelques ecclésiastiques et même quelcpies moines des Gaules oubliaient leurs devoirs et se fesaient un jeu de leurs plus saintes lois. C'est Sulpice - Sévère qui nous l'apprend. Cet écrivain, dans un de ses Dialogues, met

(i) Liy. iT. Les Institutions Monastiques sont divisées en la lÎTres.

en scène un religieux qui s'exprime ainsi : « En « est-il un parmi nous qui ne soit enflé d'orgueil? « Si quelqu'un le salue avec respect; ou si une <c femme le loue • il se croit aussitôt un Saint. Si <c on lui envoie souvent des présens , il s'imagine ce que c'est Dieu qui le nourrit, tandis qu'il dort a et ne fsiit rien . • . • celui qui auparavant aUait à « pied ou monté sur un âne , ne fait plus de ce voyages que sur un beau cheval. Celui qui se <c contentait d'une petite cellule, se Ic^e sous de <c riches lambris. Il fsiit orner sa porte de sculpa tures , et de peintures sa bibliothèque. H ne veut c plus porter d'habits grossiers, il lui faut des « étoffes fines et douces. Ce sont là les tributs « qu'il impose à ses chères veuves et aux vierges « qui lui sont afifectionnées (i). » Il est probable que les religieux de Saint-Victor n'avaient pas pu se garantir de la contagion des mauvais exemples. C'était vraiment bien la peine d'exagérer les principes de la vertu et de £siire parade d'une perfection chimérique, pour retomber sitôt dans toutes les Ëiiblesses humaines.

L'évêque d'Âpt pressa encore Gassien d'écrire les entretiens spirituels qu'il avait eus avec les solitaires d'Egypte , et l'abbé de Saint-Victor ne tarda pas à mettre au jour son livre des Conférences qui sont au nombre de vingt-quatre. La question

(i) Dialog. I.

de la grâce occupait et divisait les esprits. Cette question principale en soulevait d'autres qui fesaient aussi naître des débats ardens. On s'efforçait de pénétrer dans les profondeurs d'une métaphysique impénétrable. La foi , le libre arbitre , l'âme et ses facultés , l'entendement et ses opérations secrètes y devenaient des sujets d'acamen passionné et de controverse irritante. On allait jusqu'à interroger Dieu dans le sanctuaire inaccessible où il lui plaît de se retirer avec ses foudres et ses mystères. Ces déclamations , ces raisonnemens, ces subtilités, ce vain fracas de paroles perdues ne servaient qu'à épaissir le voile qui nous cache tant de secrets. Les'moines de Saint-Victor se livraient avec ardeur aux disputes théologiqdes , et les doctrines de Cassien sur la grâce causèrent dans les Gaules des troubles religieux. S^ Prosper et S^ Augustin écrivirent contre lui.

Entre les disciples de Cassien se trouva Léporius, distingué par des moeurs pures et par un caractère honorable. Cependant il était dans sa destinée d'agiter les Églises de la Narbonnaise et notamment celle de Marseille. Comme il soutenait que Jésus n'était qu'un homme , que seulement cet homme avait vécu sans souillure , et mérité par ses bonnes œuvres, par l'excellent usage de son libre arbitre, d'être Fils de Dieu, plusieurs évéques gaulois crièrent au blasphème. Ils exhortèrent Léporius à se rétracter; mais le moine de Saint -Victor

persista dans son opinion , et Procule , évéque de Marseille , eut assez de crédit pour le hire chasser des Gaules. Léporius se retira en Afrique , et Saint Augustin, qui travailla à sa conversion , obtint un succès complet. En Tannée 4ti8y Léporius, touché d'une vive douleur , reconnut publiquement la fausseté de sa doctrine et fîit reçu dans la communion de l'Église. H envoya une rétractation dans les principales villes des Gaules, et quatre pontifes africains, au nombre desquels se trouvait le célèbre évéque dllippone , accompagnèrent cette rétractation d'une lettre adressée à Procule et à Cylinne, évéque d'Aix (i).

Deux ans auparavant, Patrocle , évéque d'Arles , était mort sous le coup d'un assassin qui, selon la commune croyance, fut porté à ce crime par Félix , général delà cavalerie. Personne ne plaignit le malheureux sort de Patrocle , car on lui reprochait de ternir l'éclat de sa dignité par une ambition démesurée, par une avarice insatiable, par un trafic in&me des choses les plus saintes. On lui donna pour successeur Honorât, fondateur de l'abbaye deLérins,et l'Église d'Arles, la plus considérable qui fut dans les Gaules, vit un contraste bien

(i) Gennade, de Fir. lUutt, — Mdo chrome, — Augtutini épUt, — Tiliemont , HUt. des £mp. et des antres princes qui ont régné les six premiers siècles de TÉglise , t. xiii. — Hist. des Évéqnes de Marseille , t. i , liv. ii.

consolant Le premier soin du nouveau pasteur fut de réunir les esprits divisés et de rétablir le bon ordre. Il bannit de la maison épiscopaleFidolàtrie des richesses, et consacra à des aumônes les trésors que Patrode avait amassés. Il profitait des loisirs que lui laissaient quelquefois les devoirs de son ministère pour aller visiter les moines de Lérinsqui, désolés de son absence, le recevaient toujours comme un père chéri. L'Église d'Arles ne le posséda pas long4emps. Ce vénérable pontife tonba malade d*une faiblesse produite par de trop longues austé* rites , et vit autour de son lit de mort tout ce qu'il y avait de plus distingué dans la capitale des Gaules. Tant que ses forces le lui permirent , il fit des exhortations salutaires à ses amis et à ses admirateurs qui fondaient en larmes. Commis on le priait de désigner celuiqu'il jugeait le plus digne de lui succéder. Honorât montra du doigt Hilaire, son bien-aimé disciple , et rendit le dernier soupir le t6 janvier 4^9* On fit ses funérailles avec une splendeur inaccoutumée, et il y eut une affluence extraordinaire d'habitans. Le préfet des Gaules , un grand nombre de magistrats et de généraux romains de résidence à Arles assistèrent au convoi. Hilaire prononça une oraison funèbre regardée comme son chef-d'œuvre. On porta des fleurs, des parfums et de l'encens devant le corps du défunt , habillé selon la coutume. Mais le peuple , dans sa piété entraînante , s'empara de ses habits , les mit en

pièces , et chacun s'efforça d'en avoir quelques lambeaux pour les honorer comme des reliques précieuses (i).

Le choix qnHonorat avait Ésiit dans les derniers momens de sa vie fut confirmé par les suffrages unanimes du peuple et du clergé d'Arles. Hilaîre , âgé seulement* de vingt-huit ans , se montra digne de cette haute faveur , et sa jeunesse ne servit qu'à donner plus de prix à son rare savoir et à ses vertus éclatantes. Jaloux de marcher sur les traces de son bienÉaiteur et de son maître , il distribua ses biens aux pauvres avec tant de profusion qu'il devint pauvre lui-même. On le vit se servir de caUces de verre, après avoir £siit rompre ceux d'or et d'argent pour subvenir aux besoins des malheureux. Il portait le même habit dans les chaleurs de l'été comme dans les rigueurs de l'hiver , et il marchait toujours nu-pieds. Hilaire prit une part active aux discussions qui continuaient de s'élever sur la grâce. Aussi bien , par sa qualité et sa position , il ne pouvait guère leur échapper. Cet évêque, célèbre dans les fastes de l'Église Gallicane, possédait à un degré assez élevé le beau talent de la prédication, et il s'en servit pour annoncer toutes les vérités utiles, pour consoler l'innocence opprimée et foudroyer le crime heureux. Nul ne

(i) Bilar, , de Bonorato , Orat. FunebrU. — Tillemont , Hist des Empereurs , etc., t. xm. — Longueval , t. z , liy m.

sut mieux que lui régler Temploi du temps. On rapporte qu'il aimait à se livrer à des travaux d'agriculture (i). Quelquefois il s'occupait simultanément à trois choses ; il lisait , il dictait, et travaillait à quelque petit ouvrage de mains (a). On fesait toujours la lecture à sa table. Hilaire ne se borna pas à appliquer l'énergie de son esprit aux études rdigieuses ; il cultiva aussi les lettres et les sciences profanes , à l'exemple de plusieurs docteurs de renom , et composa même quelques pièces de vers (3). Au reste , la littérature et les sciences n'étaient plus dans ce siècle que des pauvretés pitoyables. Le sentiment du beau languissait abandonné , et les productions de l'esprit ne présentaient que décrépitude. Mamert Claudien , prêtre de l'église de Vienne, et Sidoine Apollinaire , évêque de Qermont, en gémirent amèrement sans pouvoir eux-mêmes se garantir de ce mauvais goût général. La langue latine, devenue exclusive , se corrompait tous les jours davantage, et les poètes se donnaient d'inconcevables licences; renversant à leur gré toutes les règles de la prosodie , ib changeaient la quantité des syllabes , en fesant longues celles qui sont brèves , et brèves celles qui

(z) Gamade, de Vir, lUust.

(a) Leonis Opéra , t, i.

(3) L'Oraison fiinèbre dHonorat est le seul onyrage d*Hilaire qat sons soit panrenn.

2dO HISTOIRE

sont longues. Les fortes études âttiguaient les ima- ^natious paresseuses , et les. anciens ouvrages de quelque étendue restaient ensevelis dans la poussière. Alors il siéleva un grand nombre d'abréviateurs qui réduisirent lliistoire , la philosophie , la grammaire , la rhétorique aux proportions mesquines d'une froide et sèche analyse. Tout se rapetissa, et ainsi disparurent sous de tristes haillons les belles formes du génie intique. On accueillit sans examen , sous des noms illustres , des écrits supposés (i). Il n'y avait guère que les ecclésiastiques et les moines qui se mêlassent d'écrire, encore ne le fesaient-ib qu'à leurs risques et périls , car ils soulevaient contre eux les orages de la jalousie, de la colère et de la haine. C'est Apollinaire qui nous parle de ces petitesses et de ces misères (a). L'art de guérir n'échappa point à l'empire de la barbarie qui laissait partout une funeste empreinte. Les médecins, assez assidus auprès des malades , étaient peu habiles à les soulager ; très-prompts à proposer des remèdes , mais non à s'accorder ensemble (3). La foi était aveugle, la crédulité sans bornes. Les prodiges les plus extraordinaires étaient les plus, agréables. Les tombeaux des mar-

(i) Fleury, les Mœurs des Chrédens.

(a) Ltb, IV , Epist, xxii.

(3) idem , lih. ii , EpUt, xii. — Hbt. littéraire de la France, t. r.

tyrs se peuplaient de miracles , on en voyait partouty on en voulait sans cesse f on s'en rassasiait. Salvien , le saint et éloquent prêtre de Marseille , comme parle Bossuet (i), nous indique les désor* dres de ces temps malheureux. Les pauvres étaient écrasés par les riches , qui quelquefois les rendaient esclaves; les âmes éprouvaient un extrême relâchement ; Tavance y régnait en souveraine , et la nature humaine paraissait dégénérer. Quelques hommes fesaient entendre des murmures de désespoir; et comme ib ne pouvaient expliquer les maux auxquels le monde était en proie , ib trou^ valent commode de s'en prendre à Dieu même, et ils allaient blasphémant son nom : c'est ce que Ton voit à toutes les époques de grandes calamités. Salvien entreprit de justifier la Providence et de renvoyer tout le blâme à ses accusateurs téméraires. Il ne déguisa pas les malheurs et les vices dont il était le témoin : observateur UB peu trop chagrin, il se plut au contraire à les exposer au grand jour avec des paroles rudes d'indignation. Il mit les doigts dans les plaies de l'état social, et les étala toutes vives et saignantes (a).

(z) Oraison funèbre de la Reine d'Angleterre.

(3) Salvien yint au monde dans les dernières années du 4* siècle. On ne connaît pas le lieu de sa naissance , on sait seulement qu'il était gaulois. Il s'éubiit à Marseille , y lut ordonné prêtre , et y mourut fort avancé en âge.

n ne nous reste que deux ouvrages de Salvien , qui sont le livre De Guhernatione Dei^ et un traité contre l'Avarice» pur essai de mo« raie religieuse.

Pendant que le Christianisme donnait aux Gaules une bice nouvelle en transformant les idées, les ha^ bitudes et les mœurs, des changemens s'opéraient aussi dans l'administration politique.

Constantin avait divisé l'Empire en quatre préfectures, qui furent : l'Orient, llllyrie, l'Italie et les Gaules. La dignité de Préfet, qui auparavant était militaire, eût alors paru trop redoutable avec le commandement des troupes; elle devint purement civile et fîit bornée à l'administration supérieure de la justice, de la police et des finances. Chaque préfecture était divisée en diocèses : chacun d'eux comprenait plusieurs provinces et avait pour gouverneur général un vicaire du préfet; chaque province obéissait à un gouverneur particulier.

Quatre diocèses formaient la préfecture des Gaules, à savoir : l'Espagne (i), l'Angleterre, les Gaules proprement dites, auxquelles la Belgique était jointe , le corps des cinq provinces méridionales , augmenté un peu plus tard de deux provinces nouvelles par le partage des anciennes; ce qui forma ce qu'on appela les Sept Provinces Unies.

Les cinq provinces des Gaules sont indiquées dans plusieurs monumens de la fin du quatrième

(i) C*est-à-dire toute la Péninsule Hispanique , le Portugal compris.

siècle ; le plus ancien est le concile de Valence de l'an 374. n en est auW parlé dans les actes du concile de Turin de 897 et dans une loi du Code Théodosien promulguée deux ans après (i). D'un autre côté y il est jEût mention des sept provinces des Gaules dans des mdnumens postérieurs , et en particulier dans la notice des cités des Gaules faite ^ à ce que Ton croit , sous le règne d'Honorius.

L'ancienne Narbonnaise avait été démembrée : on en avait d'abord détaché la Viennoise , laquelle^ à ce qu'il paraît y fut érigée en province sous Probus , vers Fan 278 (2) , ou du moins sous Dioclétien. Lactance nous apprend (3) que, sous ce dernier Empereur^ les provinces de FEmpire furent partagées : on peut donc lui attribuer Férection de la VieniH>i8e; mais ce n'est là qu'une probabilité. Les premiers documens historiques qui parlent de cette province nouvelle sont les Souscriptions du concile d'Arles de Fannée 3i4- H est impossible de déterminer les limites qu'on lui fixa; nous savons seulement qu'Arles et Avignon en firent partie.

Les cinq provinces qui formaient à cette époque le corps séparé du reste des Gaules étaient la Narbonnaise, la Viennoise 9 l'Aquitaine ^ la Novempo-

(i) L. zy y <2e Pagan, , Cod, Théod,

(1) Adrien de Valois , dans sa Notice des Gaules , croit avec raison que la Narbonnaise ne fut pas diiisée ayant l'année 970.

(3) De Mort. Penec , cap. yii.

pulanie et les Alpes Maritimes. Jadis cette dernière province n'était pas comprise dans les Gaules; il paraît que Constantin l'y joignit lorsqu'il institua les quatre préfets du Prétoire.

n est parlé pour la première fois de la Seconde Narbonnaise au concile d'Aquilée de l'an 38 1 ; die avait sans doute été érigée peu de temps auparavant, et probablement sur la fin du règne de Yalentinien ^ de même que la Seconde Aquitaine. Narbonne resta capitale de la Première Narbonnaise, formant le Languedoc; Aix le fut de la Seconde , que désormais j'appellerai Provence y bien que plusieurs cités devenues dans la suite provençales appartinssent alors à la Viennoise. L'ancienne Narbonnaise/ou soit la province romaine de Jules César et d'Auguste y se trouva ainsi divisée en trois provinces distinctes^ et Ton conçoit que le vicariat^ composé des cinq provinces que je viens de désigner^ dut alors en comprendre sept par l'adjonction de la Seconde Narbonnaise et de l'Aquitaine Seconde (i).

Le siège du préfet du Prétoire avait d'abord été établi à Trêves ; mais les fréquentes incursions des peuples germaniques ayant ruiné cette ville vers la fin du quatrième siècle, le siège du magistrat suprême fut dès lors transféré à Arles , qui devint la métropole, non-seulement des Sept Provinces

(i) Hist. gcnér. de Languedoc , t. i , liv. m.

Unies, mais encore de toutes les provinces comprises dans la préfecture des Gaides ; et c'était là un gouvernement plus important que celui de la plus puissante des monarchies modernes. Rien ne manqua plus à la splendeur de cette riche et populeuse cité. Les Sept Provinces y tinrent des assemblées annuelles où Ton prenait toutes les résolutiens dictées par l'intérêt général. Le malheur des temps et la négligence des gouverneurs firent tomber cet usage en désuétude ; mais l'empereur Honoriiis le remit en vigueur par un édit du i^*" avril 4189 adressé au préfet Agricola, qui le publia à Arles le 19 du même mois, et dont voici la teneur : c Rien n^est plus avantageux au public que la conc vocation d'une assemblée qui se tiendra tous les « ans sous la direction du Préfet du Prétoire des « Gaules , et qui sera composée , non-seulement des c personnes revêtues des dignités qui donnent part « au gouvernement général de chaque province, « mais encore de celles exerçant les emplois qui c donnent part au gouvernement particulier de « diaque cité. Une telle assemblée pourra délibérer « avec fruit sur les moyens qui seront les plus pro' c près à pourvoir aux besoins de l'État , et qui se- « ront en même temps les moins préjudiciables aux « particuliers propriétaires des fonds. . . Notre in- « tention est donc que dorénavant les Sept Proc vinces s'assemblent chaque année dans Arles. . . « L'heureuse situation de cette ville métropolitaine

« lui donne un si grand abord et un commerce si « florissant qu'il n*y a pas d'autre lieu où Ton trouve <c plus aisément à vendre, à acheter et à échanger c le produit de toutes les contrées de la terre. • . <c C'est un lieu qt^ la Méditerranée et le Rhône ce semblent avoir chofei'- pour le rendez-vous des ce nations qui en habitent les "rivages. . . Notre vo- « lonté est qu'en exécution du présent édit, vous et « vos successeurs ayez à faire tenir chaque année ce à Arles une assemblée composée des juges, de ce nos ttttues officiers , des notables et des députés ce des propriétaires fonciers dans les Sept Provinces; ce laquelle assemblée commencera ses séances le 1 3 ce août, et les continuera , sans les interrompre, jusce ques au 1 3 septembre. Nous voulons encore que Cl nos officiers qui administrentlajusticedans la Noce vempopulanie et la Seconde Aquitaine, celles des a Sept Provinces qui sont le plus éloignées d'Arles, ce et qui auront des af&ires d'une telle importance ce qu'ils ne pourront se rendre dans cette ville, j ce envoient du moins des représentans. . . Enfin nous ce ordonnons qu'on fera payer une amende de cinq ce fi*ancs d'or pesant aux juges qui auront manqué ce d'assister à l'assemblée, et une amende de trois ^ francs d'or aux notables et aux officiers munidce paux coupables de la même négligence. »

Au reste, ce long travail de la puissance ro* maine était destiné à tomber dans les mains des Barbares , et le glaive allait détruire ce que le glaive avait fondé.

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