CHAPITRE V
De 407 4 536.
InvasioD des Barbares du Nord. — Lear cruauté et leurs ra- Tages. — État déplorable de la ProveDce. — Alaric, roi des Yisigoths. — Le soldat Constaotin proclamé Empereur des Gaules. — Ses compétiteurs. — Constantin assiégé dans Arles y est pris. — La Provence soumise à Honorius , empereur d'Occident — Royaume des Yisigotbs dans les Gaules. — Ik entament la Provence. — Théodoric I*' leur roL — Concile de Riez. —Les Canons qui y sont publiés.
— Mort d'Hilaire, évéque d*Arles. — Invasion d'Attila, roi des Huns. — Sa défaite. — Mort de Tbéodoric T^ — Ses successeurs. — Euric , roi des Yîsigoths , se rend maître de la Provence entière. — Établissement des Bourguignons dans les Gaules. — Ils s'emparent à leur tour delà Provence.
— Clovis , roi des Franks. — Il défait les Visigoths. — Les Franks et les Bourguignons assiègent Arles. — Cette ville est délivrée. — Le Grand Tbéodoric , roi des Ostrogotbs et roi d'Italie , gouverne la Provence en qualité de tuteur d'Amalaric , roi des Yisigotbs. — Sagesse de son administration. — Extinction du royaume de Bourgogne. — Les Franks maîtres de la Provence.
xVu commencement du cinquième siècle, les peuples du nord de l'Europe et de l'Asie, se pous-
sant les uns sur les autres , se ruèrent ensemble sur les provinces de TEmpire , et l'immense colosse qui pesait sur la terre fut mutilé sous leurs coaps redoublés. Je ne puis faire entrer dans le cercle de mes récits les courses dévastatrices de tous ces peuples conquérans , Goths (i), Cupides , Vandales j Hérules , Suèves , Allemands , Bourguignons. Le dernier jour de l'année 4o6 , une armée barbare franchit le Rhin , inonda les Gaules, se fraya partout avec le fer et le feu un passage couvert de sang et de ruines. Les Vandales , sous la conduite de leur chef Chrocus , se répandirent d'abord dans les Lyonnaises , arrivèrent à Vienne , tournèrent leurs armes du côté de l'Auvergne, puis ils passèrent dans le Gévaudan , entrèrent dans le 'Vlvarais, s'étendirent des deux côtés du Rhône , ravagèrent toutes les villes voisines , Saint-paul-Trois-Châteaux , Valence , Orange , Vaison , Carpentras , Apt , AvigQon I Uzès , Nîmes , Agde. St. Jérôme , qui vivait alors , a dépeint ces calamités afireuses dans une lettre écrite à une jeune dame qu'il voulait détacher du monde, a Des nations féroces et a innombrables , dit-il , ont occupé toutes les « Gaules. Tout ce qui se trouve entre les Alpes et « les Pyrénées , entre l'Océan et le Rhin , est dé-
(i) La nation gothique , sortie de la Scandinavie » se divisait en deux peuples principaux* Les Goths occidentaux se nomoiaient Yisigoths , et les orientaux s'appelaient Ostrogoths.
« vaste par elles Mayence , autrefois ville il-
a lustre y a été prise et détruite. Worms a été ruiné
c par uQ long siège. La puissante ville deRheims,
m Amiens , Tournay, Spire ^ Strasbourg ont vu tous
« leurs habitans transportés dans la Germanie.
« Tout est ravagé dans l'Aquitaine , la Novempo-
<c pulanie, la Lyonnaise et les Narbonnaises , à la
« réserve d'un petit nombre de villes que le glaive
c menace au dehors et que la faim tourmente au
« dedans. Je ne puis , sans verser des larmes , par-
a 1er de Toulouse. Si cette ville n'est pas encore
« prise y c'est aux vertus du saint évéque Qampé-
<c rius qu'elle le doit. L'Espagne elle-même est
c dans la destruction et se sent à la veille de sa
« perte (i).»
L'auteur anonyme d'un poème sur la Providence (a) nous trace aussi le tableau de ces épouvantables désolations avec des couleurs d'autant plus vives qu'il fiit lui-même traîné en captivité. On y voit les enÊins égorgés , les femmes déshonorées , les temples réduits en cendres , les objets du culte chrétien exposés à tous les outrages , les prêtres déchirés à coups de fouet et précipités dans les flammes. Tous les fléaux accablèrent la malheureuse province. Partout des ruines entassées , partout l'affligeant spectacle des plus affreuses misères.
(i) s. Hieron. Epist, Jchemtieœ Matronœ, (s) Optra S, Protper,
partout l'empreinte et du fer et du feu. Le génie infernal de la destruction se montrait sous mille formes hideuses. Au milieu de ces calamités dérorantes , le fisc impérial osa redoubler ses exigences cupides. L'indignation enflamma les esprits déjà aigris par. le malheur. Les paysans, réduits au désespoir, se révoltèrent , et cachés dans des marais , dans des forêts et dans des lieux inaccessibles , ils se livrèrent à des actes de brigandage. Le succès honora leur résistance , et pendant quelque temps ils firent respecter j à force de valeur , leur indépendapce farouche.
Les uns ont dit qu'Arles fut prise par les Barbares ; les autres ont cru que les Vandales mirent seulement le siège devant cette capitale. Quoi qu'il en soit , le gouverneur de la Viennoise rassembla des troupes pour les. combattre. U s'appelait Marins, nom fsital aux Barbares et de bon augure pour les Romains. Ce général défit Chrocus dans le territoire d'Arles , le prit , le promena chaîné de chaînes par toutes les villes de son gouvernement, en fit son jouet pendant plusieurs jours , et lui infligea enfin un supplice ignominieux.
D'autres Barbares ravageaient alors l'Italie , et Alaric , roi des Visigoths , donnait de l'inquiétude à Rome. En cette conjoncture , les légions de la Grande-Bretagne , émues à l'aspect des misères de l'Empire d'Occident qui s'afSsiiblissait de jour en jour $ous le sceptre dHonorius, saluèrent empereur
un simple soldat nommé Constantin. Bientôt Honorius sortît de sa stupeur. lien sortit, mais sans donner au monde l'exemple des veirlus et du courage. Bien loin delà, car toutes les faiblesses, toutes les lâchetés ne lui coûtèrent rien. H donna à Constantin le titre de collègue et commanda de mettre à mort son général Stilichon , le seul homme qui le pût défendre. Alariç, profitant des fautes de cetEmpepereur, parut devant Rome elle-même. Le a4 août 4io , il se rendit maître de cette ville maîtresse des dépouUles de Funivers , l'abandonna au pillage et à toute la fureur de ses hordes triomphantes (i). Puis il alla mourir à Cosenza dans la Calabre, comme si sa mission eût été terminée. Après avoir planté son drapeau sur les remparts du Capitole , «t s'être assis vainqueur devant le Panthéon, il n'avait plus besoin de- vivre pour se foire un nom immortel
Les Visigoths le remplacèrent par Ataulphe, son beau-frère ; et Constantin , continuant de régner dans les Gaules , vit se lever un puissant ennemi. C'était Géronce qui commandait auparavant pour lui en Espagne , et qui , après s'être ligué avec les Vandales qu'il avait introduits au-delà des Pyrénées, venait de lever l'étendard de la révolte et de donner la pourpre à Maxime. Géronce, après avoir laissé ce Maxime dans Tarra^rone . entra dans
(i) Zoûme» Uv. vi. — Orose, Iîy. tii.
les Gaules à la tête d'une puissante armée , soumit la Narbonnaise et assiégea la ville d'Arles, où Constantin s'était enfermé. Ce fut alors que l'empereur Honorius , voulant se défaire des compétiteurs qui occupaient les provinces gauloises , envoya contre eux le général Constance. Celui-ci s'avança du côté d'Arles , et à son approche la plupart des soldats de Géronce vinreitf se ranger sous les enseignes impériales. Géronce se vit obligé de lever le siège de cette ville et de se retirer en Espagne où il fiit massacré par ses troupes qui enlevèrent en même temps la pourpre à Maxime.
Constance continua le siège d'Arles contre Constantin qui se défendit avec valeur durant quatre mois , dans l'attente d'un corps de Franks qu'il avait envoyé chercher au-delà du Rhin. En l'année 4i I , ce corps auxiliaire arriva sous le commandement d'Edobic , et Constance , allant à sa rencontre, passa le Rhône et rangea son infanterie en bataille , tandis que le général Ulphilas , goth de nation , alla se mettre en embuscade pour prendre l'ennemi en queue. Les Franks plièrent et furent mis en déroute. Edobic , cherchant son salut dans la fuite, crut trouver un asile en Auvergne, chez un gaulois de ses amis (i), lequel violant les lois de l'hospitalité, lui fit couper la tête et l'apporta lui-même à Constance qui le repoussa avec
(i) Adrien Valois. Rer. Franc. , lia, ir.
indignation. Ce général repassa ensuite le Rhône , et alla reprendre le si^e d'Arles. Constantin , se voyant sans ressources , se fit ordonner prêtre, et il était prêt à se rendre à discrétion , lorsqu'on apprit que Jovin , issu d une des plus illustres fa*milles des Gaules , avait été proclamé empereur à Mayence et s'avançait à la tête d'une nombreuse armée de Barbares. Constance se hâta de conclure la capitulation de Constantin à des conditions qu'il aurait sans doute refusées dans un autre temps. U accorda la vie à ce rebelle , et les portes d'Arles lui forent ouvertes.
La Provence et les contrées voisines se soumirent ainsi au pouvoir d'Honorius , et il y eut entre cet Empereur et Ataulphe un rapprochement inattendu. Une sœur d'Honorius, nommée Placidie, était prisonnière des Yisigoths qui l'avaient trouvée à Rome. Ataulphe devint épris de cette princesse qui réussit à l'adoucir. Elle l'engagea à quitter l'Italie et à traiter avec l'Empereur. En 4i^ » l'armée visigothique , conduite par son chef , passa dans le midi des Gaules. L'année suivante , Ataulphe rompit la paix avec Honorius et s'avança du côté de MarseUle^ pour surprendre cette ville où il s'était ménagé des intelligences. Le comte Boniface ^ qui y commandait , le prévint par sa vigilance , lui opposa une résistance vigoureuse , puis le battit , le blessa dangereusement et l'obligea de s'enfiiir en désordre. Ataulphe , se réconciliant avec la
fortune , efEaiça bientôt ce revers par de brillans succès. Narbonne et Toulouse tombèrent sous ses lois. Au mois de janvier ^m y îl épousa Placidie à Narbonne, et voulant célébrer cette illustre alliance d'une manière digne de lui , il donna à sa compagne y le jour des noces , cinquante esclaves richement vêtus y qui portaient chacun deux bassins , Tun rempli de pièces d'or, et l'autre de pierreries (i). Constance, qui se trouvait à Arles, passa le Rhône à la tête des troupes romaines, et vint bloquer Narbonne, quartier-général des Visigoths. Ataulphe, se voyant farce de se retirer en Espagne^ emmena Placidie , porta sur son passage le fer et le feu , abandonna Bordeaux au pillage, et franchit les Pyrénées à la fin de 4 1 ^ (^)- Un an après , un de ses domestiques l'assassina à Barcelone. On lui donna pour successeur Sigeric, qui ftit lui-même massacré par les siens le septième jour de son règne 9 et Wallia monta sur le trône des Visigoths. La Provence , réparant les dommages qu'elle avait soufferts , respirait sous le gouvernement de Constance, élevé par Honorius à la dignité «de Patrice. Au commencement de 4 1 6 , les Visigoths et les Romains conclurent la paix , et PlaÉklie, que Sigeric avait traitée indignement, fut ramenée à l'Empereur qui la donna en mariage à Constance.
(i) Ofympiodor, apud Pkotitim in BiNiitth, Cod, ^. (a) Orote , liv. yii.
DK PROVENCE. 245
Conformément à ce traité de paix, les Visigoths, après avoir combattu en Espagne pour la cause Romaine, les Vandales, les Suèves et les Allains qui furent affaiblis et resserrés, repassèrent les Pyrénées en 4^99 sous le commandement de Wallia, en vertu d'un nouveau traité fait avec le patrice Constance^ Par ces accords, Constance leur céda, au nom d'Honorius , une partie de la Narbonnaise Première, la NoTcmpopulanie et l'Aquitaine Seconde, depuis Toulouse, des deux côtés de la Garonne, jusques à Bordeaux et à l'Océan. Toulouse devint la capitale <lu royaume des Yisigoths dans les Gaules .
Wallia mourut la même année. Il eut pour successeur Théodoric P' , guerrier doué des qualités les plus rares. La mort de Constance fut suivie de celle dllonorius , et les Yisigoths profitèrent des troubles de l'Empire pour étendre leur domination au-delà des bornes qui leur avaient été prescrites. A Aries tout était dans la confusion et l'anarchie. Les troupes , après s'être révoltées , y avaient massacré le préfet Exupéreuce. En 4^^ 9 1^ ^i^^* goths mirent le siège devant cette ville; mais Aétitts^ général des troupes romaines dans les Gaules, marcha à son secours et repoussa les assiégeans. Les Franks occupèrent bientôt ce général du côté du Rhin , et les Yisigoths, profitant de son absence , firent encore des courses dans la Provence et la Yiennoise, et tentèrent de nouveau le siège d'Arles. Aétius s'approcha > tailla en pièces
les ennemis, et prit Anaoff, un de leurs che&. Cet échec obligea Théodoric à faire la paix avec Valentinien III , fils de Placidie et de Constance , encore placé sous la tutelle de sa mère qui soute* nait d'une main ferme et habile le Bsirdeau de l'Empire. La guerre se renouvela en 437. Littorius , lieutenant d'Aétius , rassembla à Arles des forces considérables , vint attaquer les Yisigoths au centre de leur domination , les défit en plusieurs rencontres, et assiégea Théodoric dans Toulouse. Là s'arrêta le cours de ses succès. Après un rude combat , il fut pris tout couvert de sang et de blessures, entra dans Toulouse les mains liées derrière le dos , et y subit la mort. Théodoric se vit dès lors au comble du bonheur et de la gloire.
n fit la paix avec Valentinien , et le calme régna dans la Provence pendant plusieurs années. Le 29 novembre 439 , Hilaire d'Arles assembla un concile à Riez pour remédier à quelques désordres de l'Église d'Embrun , et il présida cette assemblée composée des évêques dont il était le métropolitain. On y distingua Maxime de Riez, Julien de Cavaillon , Arcade de Vence , Auspice de Vaison , Valérien de Nice, Nectaire de Digne , et Théodore de Fréjus. Deux autres conciles furent tenus en 44' et 44îi » sous la présidence du même prélat , l'un à Orange, et l'autre à Yaison. L'on y fit plusieurs canons qui jettent quelque lumière sur la disci-
DE PROVEIfCE. 247
pli ne ecclésiastique et sur les mœurs de ce siècle. L'invasion des peuples du Nord avait multiplié le nombre des esclaves , et le clergé catholique , s'efforçant d'alléger le poids de leurs chaînes , travaillait lentement à l'abolition de la servitude ; œuvre immense et sublime qui semblait présenter d'insurmontables obstacles , parce que Tesclave était une chose ^ et il n'y a pas de réforme sociale plus dif* ficile que celle qui s'attaque à la propriété. Chaque Éiglise était un asile inviolable , et l'on défendit de livrer ceux qui s'y réfugiaient. Parmi les infortunés qui venaient embrasser ces Autels protecteurs se trouvaient souvent des esclaves , et comme on ne pouvait alors les rendre à leurs propriétaires , ceux-ci s'emparaient des esclaves du clergé par forme de compensation. Les évéques provençaux excommunièrent les maîtres coupables de cette violence. Pour rendre l'acte de manumission plus solennel) on affranchissait souvent les esclaves dans rÉglise , ou on les lui recommandait par testament. Les mêmes évéques lancèrent l'anathème religieux sur ceux qui voulaient soumettre à quelque genre de servitude les esclaves devenus libres de cette manière. La croyance commune attachait à la vii^nité une idée de perfection adorable ^ . et il fîit décidé qu'on ne donnerait plus les ordres sacrés aux diacres mariés , à moins qu'auparavant ils ne fissent vœu de continence absolue , et que les diacres qui après leur ordination auraient encore
commerce avec leurs femmes, seraient exclus de Texercice du Sacerdoce. Telles furent les décisions principales du concile d'Orange (i). Celui de Vaison s'occupa des enfiins trouvés. L'empereur Constantin avait ordonné que ces malheureuses créatures appartiendraient comme enfans on comme esclaves aux personnes charitables qui les auraient nourris, et Honorius avait ajouté que ces personnes prendraient pour leur sûreté une attestation des témoins signée de Tévéque. Cependant on les inquiétait souvent y et pas un n'osait plus se charger de ces enÊms abandonnés , qui étaient plutôt exposés aux chiens , dit le concile , qu'à la compassion des âmes bienfiiisantes. L'assemblée ordonna que les lois des empereurs recevraient leur pleine exécution , et que toutes les fois qu'un en&nt délaissé serait recueilli , les Églises en donneraient avis au peuple le Dimanche suivant, afin qu'on put le réclamer dans le délai de dix jours , passé lequel ceux qui inquiéteraient le bienfaiteur de cet enÊint seraient excommuniés comme homicides. Le vertueux Hilaire, qui fut l'ame de toutes ces délibérations, mourut le 5 mai 449 y àFâge
(i) Un antre concile , tenu à Arles en 459, les confirma. Cette assemblée défendit en outre anx diacres , aux prêtres et aux étéqaes d'introduire dans leurs chambres de jeunes filles , libres ou esclayes. Elle déclara aussi que ceux qui se mutileraient , sous prétexte qu'ils ne ponyaient résister anx tentations de la chair , ne seraient plus admis dans le clergé.
de quarante-hiiit ans. Il s'éteignit consamé par ses saintes austérités et par ses travaux apostoliques. La ville d'Arles le pleura comme un père adoré , et les acœus de sa douleur trouvèrent de Técho dans les Gaules entières. Le peuple se pressa à ses obsèques y trbte et silencieux^ pour lui payer un dernier tribut d'affection et de respect. Les Juifs eux-mêmes vinrent lui rendre un pieux hommage. Je me souî^ienSf dit Honorât de Marseille (i) , de les awir entendu chanter en hébreu , r excès de V affliction ne permettant pas aux nôtres de s'acquitter de ce deiH>ir. Comme chacun voulait avoir de ses rdiques , le prêtre Basile, depuis évêque d'Âix , prit une partie du vêtement qui couvrait le corps et courut en partager les lambeaux à la foule éplorée.
Théodoric U et Yalentinien continuaient de vivre unis , et ils en avaient bien besoin , car un Êirouche conquérant , sorti des forêts de cette Germanie qui fut la mère de tant de tribus belliqueuses , s'avançait à la tête d'une immense peuplade scythique , comme pour accomplir un ministère d'extermination. Il venait , lui aussi , prendre sa part à la grande curée , menaçant des mêmes coups le misérable empire d'Occident, qui se débattait dans sa longue agonie , et la jeune monarchie des Yisigoths , puissante sous les lois
(i) VitaBil.^ Cap, rr, a. 3o.
d'un prince habile et chéri. Ce conquérant était Attila 9 roi des Huns , peuple que Ton eut dit créé pour la désolation des autres peuples, tant il obéissait à Finstinct qui le poussait vers les ruines, tant il trouvait du plaisir dans les scènes de deuil et de sang. Attila , d'une courte stature , avec ses larges épaules , son front immense , ses yeux étincelans , ses traits pleins d'une sauvage rudesse , son cœur inaccessible à la clémence et à la pitié , était le plus affreux de tous les hommes , de même que sa nation était la plus affreuse de toutes les nations. 11 parut devant Metz^et les flammes consumèrent cette ville opulente. Déjà les drapeaux des Barbares touchaient aux murs d'Orléans , lorsque Aétius et, Théodoric , menacés du même orage , se liguèrent contre l'ennemi commun. \jà fléau de Dieu (i) revint sur ses pas et posa son camp dans les plaines de Châlons. Thorismond, fils de Théodoric , demeura maître d'un monticule viv^nent disputé , et la bataille s'engagea aussitôt (i^). Il y en eut peu d'aussi meurtrières , d'aussi effroyables. Théodoric, emporté par sa valeur bouillante , trouva la mort au commencement de l'action. La perte des Huns fut immense. Attila se retira derrière l'enceinte de ses chars , que les vainqueurs dont les forces étaient épuisées ne pensèrent pas
(i) C'est le nom que les peuples lui doonèrent (a) En l'année 45 1.
à franchir. Âétius ne put empêcher le chef des Barbares de quitter la Gaule et de ravager l'Italie. Les Yisigoths donnèrent la couronne de Théodoric à son filsThorismond^ qui revint à Toulouse au milieu des acdamations de ses sujets. De son côté Aétius fit dans la ville d'Arles une entrée triomphante. Deux ans après, Thorismond fut assassiné par ses deux frères Théodoric et Frédéric , et le premier lui succéda.
Théodoric II vécut en paix avec les Romains ; Yalentinien y après avoir tué de sa propre main Aétius , la seule gloire et le seul rempart de son empire y expia cet attentat en tombant sous le fer de deux soldats gépides (i). Le sénateur Pétrone Maxime s'empara du sceptre. Il contraignit Eudoxie, fille de Théodose le Jeune, à l'épouser. Llmpératrice outragée appela à son secours (îenseric, roi des Vandales établis en Afrique, lequel fit voile pour Rome avec toutes ses forces. A la vue de cette flotte , Maxime fut mis'^n pièces par le peuple irrité , et (îenseric entra dans la capitale le i5 juin 455. Avitus, qui avait exercé la charge de Préfet des Gaules, se trouvait alors à Toulouse auprès de Théodoric II , son ami. Le roi des Yisigoths l'engagea à prendre la pourpre, et lui promit son assistance. Avitus ne repoussa point cette ofire séduisante (a). Suivi de Théodoric , il
(i) Le a6 mars 4S5.
(a) Sidoine Apollinaire, Paneg, A9U, Carmen 7, ettib.iy MjfU, ui.
se rendit à Beaucaire (i),où il trouva les prCTaiers dignitaires de l'Empire qui y étaient accourus de toute part. Le 1 5 août , il entra dans la ville d'Arles escorté de cette brillante assemblée. On le fit monter sur un trône de gazon que les troupes dressèrent à la hâte. On mit sur sa tête un collier militaire en guise de diadème, et on le salua Empereur avec solennité. Après quoi, Théodoric U reprit le chemin de Toulouse , et Avîtus partit pour l'Italie. Cet Empereur retourna à Arles en 456 , remporta plusieurs victoires sur les Vandales qui infestaient les côtes de la Provence ; puis , déposé par le Sénat , il se fit évêque et mourut peu après (a).
Théodoric II n'eut pas plutôt apris la déposition d'Avitus , qu'il songe* à profiter des nouveaux troubles. L'arrivée de l'empereur Majorien dans les Gaules et les propositions de paix qu'il fit au roi des Visigoths , n'empêchèrent pas celui-ci d'exécuter ses ambitieux projets. Il fianchit le Rhône en 469 , et alla assiéger la ville d'Arles presque sous les yeux de l'armée impériale. Le comte Gilles qui s'était jeté dans la place, la défendit avec vigueur; il fit une sortie sur les assiégeans, les mit dans une déroute complète et les força de repasser le Rhône (3). Cette défoite rendit Théo-
(i) Appelé alors Ugernum, (9) Grégoire de Tours , Bisi. Fixutc,, 11t. ii. (3) Id. de Mir. S. Martini, — Adrien Valois, Rer. Franc. ii6. iv.
DE PROVETfCE. 263
doric n plus accessible aux propositions de paix. Dn traité d'alliance fut conclu entre lui et Majorien. Mais lepatrice Ricimer fit assassiner cet Empereur y et les Visigoths reprenant aussitôt les armes, obtinrent quelques avantages. Sévère à qui Ricimer avait donné la pourpre, l'en dépouilla incontinent et lui ôta la vie. Toutefois il voulut bien consentir à ce qu'on mit un autre à sa place , et Antfaémius osa se couvrir de cette pourpre ensanglantée , Tan 466. La même année yEuric tua le roi Théodoric II son frère, et fut l'héritier de sa couronne.
Ce prince I grand d'avenir , de puissance et de génie , fit oublier son crime à force de choses brillantes , et ce fut à la gloire qu'il demanda son pardon. Rapide conquérant ^ peu de temps lui suffit pour se rendre maître du Vêlai ^ du Gévaudan, de V Albigeois, du Rouergue , du Quercy et du Limousin , pour achever de soumettre à son obéissance Nîmes et les districts de la Narbonnaise Première, qui avaient échappé aux armes de Théodoric. L'Espagne trembla sous ses lois. La mort d'Anthémius , celle de Ricimer et les dernières convulsions de l'Empire expirant vinrent bien à propos pour fournir aide à ses autres conquêtes , et il soumit tous les pays compris entre l'Océan, la Loire , le Rhône et la Méditerranée. En 47 5 1 l'empereur Népos fut obligé de le reconnaître paisible possesseur de ces vastes contrées. L'année d'après,
FEmpire d'Occident s'éteignit sans ressource. Odoacre , roi des Hérules , lui donna le dernier coup.
On voyait alors les Bourguignons consolider leur établissement le long de la Saône et du Rhône. Les Franks travaillaient à maintenir sous leur obéissance Beauvais y Paris et beaucoup d'autres villes sur l'Oise et sur la Seine. Les Saxons tentaient des entreprises sur les côtes de TArmorique. U ne restait plus aux Romains dans les Gaules que le Soissonnais où Syagrius y fils du comte Gilles , exerçait une autorité presque, absolue sous le nom de Patrice , et la Provence gouvernée par le préfist Polème au riom de Népos ^ dépouillé de la pourpre et réfugié dans la Dalmatie (i). Il parait qu'Euric, fidèle au traité qu'il avait passé avec ce prince, s'était fait un scrupule d'attaquer la Provence sur laquelle pourtant il jetait des yeux d'envie. Népos mourut au mois de mai 480 ^ et le roi des Yisi* goths qu'aucune considération ne retenait plus, passa aussitôt le Rhône , s'empara d'Arles sans résistance , puis de Marseille , et étendit sa domination dans tout le pays situé entre la Durance, la mer et les Alpes Maritimes .
Euric se proposait de dicter des lois à la Gaule entière. Il en avait certes les moyens , et il était poussé à ce dessein par la disparution subite de
(i) Sid. Apollln. , Uv. nr. Eptt. xiv. — Grégoire de Tours, lir. ii, ch. XXVII. — Hist. Générale du Languedoc , 1. 1 , liv. ▼.
tant d^empereurs , par raffaiblissement progressif de Tautorité romaine. Mais la mort ne lui laissa pas le temps d'agir. Tout démontre que s'il eût prolongé sa carrière , les Yisigoths auraient conduit bien haut leurs destinées politiques. A eux, et non aux Franks y eût été réservée la gloire de reconstruire cette belle Gaule dont les membres gissaient épars. Euric expira à Arles , en l'année 484 y ne laissant qu'un fils en bas âge , couronné sous le nom d'Alaric II.
A cette époque , Gondebaud , fixé à Lyon qu'il avait fait sa capitale, occupait sans partage le trône des Bourguignons. Déjà maître des cités de Valence, de Die , de Gap , d'Embrun y de Sisteron , de St.- Paul-Trois-Chàteaux , de Vaison , d'Orange , d'Avignon , de Càvaillon et d'Apt , il voulait atteindre au rivage de la Méditerranée. Ses désirs furent bientôt comblés. U passa la Durance , et soumit à ses lois Aix, Marseille et la Provence entière, dans une guerre de courte durée (i).
Le jeune Clovis qui commandait les Franks de Tournai , se montrait enflammé d'une ardeur remuante. Ce valeureux fondateur de la Monarchie Française avait dé£iit Syagrius près de Soissons , et le patrice romain s'était réfugié à Toulouse. Mais les conseillers d'Alaric II l'ayant chargé de fers , le renvoyèrent au vainqueur qui le fit aussitôt mettre à mort.
(i) En 434.
devis ne se contentait pas de si peu. Il méditait depuis long-temps la conquête des Provinces que les Vistgoths possédaient dans la Gaule , et il se détermina à cette grande entreprise en 5o6 (i). Après s'être ligué avec Gondebaud , il entra dans les états d'Alaric, qui fut forcé par ses soldats de hasarder la bataille à Youglé , près de Poitiers. Les Yisigoths furent taillés en pièces y leur roi resti sur le terrain ; Bordeaux ouvrit ses portes à Clovis, et plusieurs Provinces se soumirent à ses armes.
Alaric II ne laissa qu'un fils , nommé Amalaric, qu'il avait eu de sa femme Théodogothe ^ fille de Théodoric, roi des Ostrogoths , lequel régnait glorieusement en Italie, après y avoir vaincu Odoacre et détruit la puissancedes Hérules. Comme Amalaric, encore enfant, était incapable de soutenir le fardeau des affaires, les seigneurs visigoths, assemblésàNa^ bonne , le reléguèrent en Espagne et proclamèrent roi à sa place Giselic , son frère naturel, qui ne put mettre un terme aux désastres de son peuple. Clovis , renversant tous les obstacles qui s'oppo* saient à sa marche victorieuse , s'empara de Toa* louse. Les Yisigoths, jugeant que cette capitale ne pouvait pas faire une longue résistance, venaient de transférer ce qu'ils avaient de plus précieux dans la forteresse de Garcassonne , que le roi des Franks vint assiéger. Tandis qu'il était occupé à
(i) Proeope, de Bell, Goth. lib, i.
cette expédition , son fils Thierri, ligué avec Gondèbaud , roi des Bourguignons , continuait ^e son c6té ses conquêtes dans les Provinces des Yisigôths situées le long de la Loire et du Rhône. Thierri y s'étant ensuite étendu vers les côtes de la Méditermnée dans le Bas Languedoc , s'empara de la plupart des places de ce |Miys et mit parla Gondebaud en état d'aller attacpm: à Narbonne Giselic qui se réfugia en Espagne. Gondebaud prit Narbonne, la livra an pillage , et revint du côté du Rhône , dans le dessein de s'emparer d'Arles et de toute la Pl*ovence. Théodoric s'était ému au spectacle de cette lutte. Les afËiires des Yisigôths l'intéressaient, autant parce que le jeune Amalaric y dépossédé du trôn6^ était son petit-filft^ que parce qu'il ne pouvait voir de sang froid les outrages et les malheurs qui tombaient sur un peuple de même origine que le sien. Il avait envoyé dans les Gaules au secours de ce peuple le général Ibbas avec un corps de troupes* Les Bourguignons et les Franks ayant voulu s'emparer d'un pont de bateaux sur le Rhône (i) y furent repoussés par le général ostrogoth y et complètement dé&its. Trente mille des leurs restèrent sur la place (2). Clovis qui continuait le siège de Carcassonne , craignant d'être
(i) En Vannée 5o8.
(a) Jornandèt , di. i.tiii. — Panl Diac. , Hist. liiscell. Ht. xv. — CatôocL, Ghron.
attaqué par les Godis victorieax « leva le camp et se hâl;a de retcairner à Toulouse. Ibbas reprit Narbonue et la plus grande partie de la Narbonnaise Première, il occupa aussi Avignon et quelques autres cités qui fesaient partie du royaume de Bourgogne. Il aurait poussé plus loin ses conquêtes dans la Gaule méridionale si la situation des affaires d'Espagne ne l'eût obligé de passer promptement au-delà des Pyrénées. Il y détrôna Giselic qui avait entretenu des intelligences secrètes avec les Franks j et s'était placé sous leur protection pour se maintenir au pouvoir suprême. Ibbas resta dans la Péninsule, car la domination d'Amalaric sur la tête duquel il avait placé la couronne des y isigoths,4ivait besoin d'être consolidée. Tbéodoric envoya à sa place dans les Gaules le général Mammon, au moment où les ennemis, profitant de l'absence d'Ibbas, fesaient des courses en Provence. Mammon les arrêta et les mit dans l'impossibilité de rien entreprendre.
Quelque temps après, les Franks et les Bourguignons, voulant efBicer par quelque action d'éclat leurs précédentes défaites, firent de nouveaux efiforts pour se rendre maîtres d'Arles. Au printemps de l'année 5io, ils fi*anchirent le Rhône, ravagèrent tout sur leurs pas , et poussèrent le siège de la ville avec beaucoup de vigueur. Les Arlésiens ne se défendirent pas avec moins de bravoure. Le génie d'Archimède sembla renaître dans les ma-
chines de guerre dont ils se servirent avec une merveilleuse adresse dans leurs tours ébranlées et derrière leurs murs entamés par la brèdie. L'évéque 8* Césaire, qu'Âlaric^ persécuteur des prêtres catholiques, avait chassé de son église, y était retourné avant ce siège long et meurtrier. Un jeune derc, son parent, craignant que la place ne fut prise et ne pouvant supporter Fidée du pillage, se glissa au bas des remparts et s'alla rendre au camp des ennemis. Les Goths ariens et les Juifs qui habitaient la ville accréditèrent par leurs calomnies les soupçons injurieux à Févêque que cet événement parut confirmer : on accusa Césaire d'avoir de coupables intelligences avec les Franks et on le cfaai^ea de fers. On résolut ensuite de le précipiter dans le Rhône. On revint plus tard à des sen* timens moins cruels et Ton prit des mesures pour le jeter au château de Beaucaire. Les bateliers qui Yy conduisaient, craignant de tomber entre les mains des ennemis qui occupaient les deux bords du fleuve, le ramenèrent dans la ville, et on le jeta aussitôt dans un cachot. Son innocence fut enfin reconnue. Les Juifs avaient projeté d'ouvrir Ico portes de la cité à Clovis ; un d'eux lança aux assiégeans une lettre enveloppant une pierre. Les Artésiens, fesant une sortie, trouvèrent à peu de distance des murailles cette preuve du complot, ce témoignage de la trahison , et chacun fut ainsi convaincu que les accusateurs du prélat étaient les
seuls qui voulussent livrer la place. S* Césaire fut rendu à la liberté et les Jui& furent punis comme ik le méritaient (i).
Un renfort considérable que Théodoric envoya en Provence sous la conduite de plusieurs de ses généraux y parmi lesquels était Marobaudus, nommé au gouvernement de Marseille, vint délivrer la ville d'Arles , qui se trouvait réduite à la dernière extrémité^ car la famine s'y fesait sentir. Les Franks et les Bourguignons furent obligés de lever le siège et de prendre la fuite. Les Goths les poursuivirent long-temps Tépée dans les reins , surprirent la ville d'Orange, et rentrèrent ensuite dans Arles avec une foule de prisonniers. ^ Césaire signala sa charité ardente par le soin qu'il prit de pourvoir au vêtement, à la nourriture et au rachat de ces captifs; il consacra au soulagement de toutes les victimes de la guerre l'argent monnayé de son église et le produit des vases sacrés y qu'il fit vendre.
Théodoric, voulant dédommager les Arlésiens de leurs pertes et de leurs maux , leur distribua en abondance des munitions de toute espèce , répara leurs murailles (a), et les exempta d'une partie des impôts pour l'année suivante ; il étendit cette dernière faveur à toute la Provence. Ce prince , sévère observateur de la discipline militaire , réprima les
(i)^. Cou. VUa,^lib,i.
(3) Cassiod. ^ liy. m , Epit, xxxii , xxxnii ,
XL, XLl^XLll, XUT.
DE PROVENCEL 261
désordres que commettait la garnison d'Avignon. On lit dans une lettre par lui écrite à Wandil, gouverneur de cette ville, une phrase qui peint bien la douceur de son caractère et l'esprit de son gouvernement : a Les rois, dit-il, doivent fonder leur « gloire sur le bonheur des peuples ^ et les soldats « sont armés du glaive pour défendre et non pour « opprimer ». Théodoric, qui résidait à Rome, où il avait établi sa cour, gouverna la Provence sous le titre de tuteur d'Âmalaric, et ne cessa d'y conserver le même pouvoir lorsque son pupille eut atteint Tâge de majorité. Rien ne troubla plus son règne heureux. I^ mort de Clovis le débarrassa d'un adversaire redoutable, et il vit tourner à son profit les révolutions qui agitèrent le royaume des Bourguignons. Ce grand roi expira le 3o août 526. Ses états furent partagés entre ses deux petits-fils, Amalaric et Athalanc. Amalasonthe, mère de ce dernier, qui était encore en&nt, gouverna en qualité de tutrice les conquêtes ostrogothiques delltalie, ainsi que la Provence. Amalaric régna en Espagne et dans les provinces de la Gaule Méridionale depuis le Rhône jusques aux Pyrénées; ces provinces furent appelées Septiroanie ou Gothie.
Childebert , roi de Paris et l'un des fils de Clovis ^ fit la guerre à Amalaric. Les Visigoths furent accablés par la valeur fi*anke devant Narbonne, leur capitale dans la Septimanie, et les vainqueurs livrèrent cette ville au pillage. Amalaric trouva la
mort dans la fuite. Le général Theadis, à qui Théodoric avait autrefois confié l'éducation de ce prince^ fut élu roi à sa place. Thierry, roi d'Âustrasie (i) et frère de Childebert, se déclara aussi contre les Yisigoths. Un corps de Franks Âustrasiens, commandé par Théodebert, son fils, passa le Rhône en 534 ^t fit une tentative sur la ville d'Arles (2); mais les Provençaux reçurent un puis* sant renfort d'Ostrogoths, et Théodebert fut obligé de s'éloigner (3). D'ailleurs sa présence était nécessaire à Metz, car il venait d'apprendre que le roi Thierry, son père, y était gravement malade, et que Childebert et dotai re, ses oncles, entouraient d'intrigues son lit de mort. Il arriva assez à temps pour fermer les yeux à son père , dont il fut le successeur.
La même année vit s'éteindre le royaume* de Bourgogne, envahi par les Franks. Godomar fut son dernier roi, et les enfans de Glovis s'agrandirent de ses dépouilles (4). La Haute Provence, qui avait fait partie de ce royaume, échut en partage à Théodebert. £q ce temps, Athalaric, maître de la Basse Provence soumise aux Ostrogoths, mourut des
(i) On appelait ainsi la France Orientale da mot Frank Oosterrich. La France Occidentale était nommée Nenstrie , do mot Wettrich.
(i) Grégoire de Tours , Histoire , liv. m.
(3) Cassiod. , liv. ii , Epii, i.
(4) Hist. de Bourgogne , 1. 1 , liv. i.
suites de ses débauches. Sa mère, Âmalasonthe , n'avait pas cessé de tenir d'uoe main sûre les rênes du gouvernement. Cette princesse ambitieuse, ne pouvant se résoudre à se séparer du pouvoir, fit proclamer roi Théodat, son cousin, et Tépousa ensuite pour s'asseoir avec lui sur le trône. L'infor^ tunée ne savait pas qu'elle ne travaillait que pour son assassin : un an environ après son mariage, Finfame Théodat la fit étrangler. Pourtant ce noir for&it ne lui servit de rien. Les empereurs de Constantinople, indignés de voir la belle Italie possédée par les Barbares assis sur les débris du colosse romain , s'étaient préparés à leur demander compte de cette longue injure, et Justinien surtout voulait en avoir la gloire. Bélisaire, le plus illustre de ses généraïuc, vainqueur des Vandales d'Afrique, s'avança pour châtier le roi des Ostrogoths ; et déjà il était en Sicile , lorsque Théodat, dans ce pressant danger, implora le secours des princes franks. II voulut acheter leur assistance moyennant deux mille livres d'or et la cession des contrées que les Ostrogoths possédaient dans les Gaules , entre les Alpes , la mer et le Rhône. Un de ses sujets le tua au milieu de ces négociations, et Yitigès, son successeur, conclut l'alliance projetée (i). En 536 la Provence changea ainsi de maîtres. Les Franks en prirent possession. Théodebert, Childebert et Go-
(i) Procope , Uist. Goth. , Ut. i , ch. xin.
taire se la partagèrent. Dès cet instant la Graule entière leur appartint, à l'exception de la Septimanie, qui resta encore aux Visigoths.