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fiiire voir qu*il savait faire des sortilèges plus puissans que l'anathème lancé contre lui (i). Des deux côtés il y avait source abondante de scandales et de blasphèmes.
Frédéric, roi de Sicile , mourut le a4 juin de la même année , et son fils Pierre se mit en possession de son royaume. Robert le somma de lui restituer cet état, suivant les anciens accords passés entre Frédéric et Charles II. Pierre ayant refusé , Robert revint en Provence combiner avec Benoit XII une nouvelle attaque contre la Sicile, le roi-comte retourna bientôt à Naples. Pierre avait mécontenté ses sujets. Quelques seigneurs siciliens passèrent chez Robert qui s'empara de Milazzo en 1 338 et fit un armement considérable pour étendre ses conquêtes. Mais sa tentative eut une issue malheureuse et il fut forcé de se retirer. Gènes s'était soustraite k sa seigneurie, et plusieurs villes de Piémont s'affranchirent de son autorité. La garnison qu'il avait établie à Asti , voyant qu'il ne la payait plus , vendit cette place au marquis de Montferrat (i). La Êiiblesse de Robert livrait les provinces napolitaines à de plus grands désor^ dres encore.
Ce bon prince occupait ses vieux jours à des
(i) Saxi, Pontàfieium jirelai,^ p. 3i9. — Nougnier, Hist. de
l'Église d'Afîgnon , p. io8 et scût. — Hon, Bouche, t. n , Ut. n» sect. III.
(a) Villani , lir. xi, ch. vxx.
travaux d'érudition pédantesque. Il comblait de bienfaits tous les hommes de lettres y et Pétrarque surtout futTobjet de ses faveurs. Ce poète célèbre, si haut placé dans l'opinion de son siècle , vivait alors en Provence dans sa délicieuse retraite de Yaucluse près d'Avignon. Là son caractère de vaniteux se rassasiait de gloire , car aucun favori des muses ne reçut un plus large tribut d'hom«> mages empressés y n'eut plus de jouissances d'à* mour- propre. Sa renommée grandit lorsqu'il chanta sa I^aure. Cette dame provençale , ainsi associée à l'immortalité du poète , était fille d'Audibert de Noves , chevalier d'Avignon. Elle avait épousé 9 au mois de janvier i3i5, Hugues de Sade, fils de Paul, un des syndics de cette ville (i); et s'il fauten croire Pétrarque, qui ne cessa de se plaindre de ses rigueurs, elle fiit un rare modèle de fidélité conjugale. Pétrarque ^it âgé de trente-six ans lorsqu'il reçut le plus grand honneur qu'un simple citoyen pût recevoir sur la terre. Le a3 août 1 340 , le sénat de Rome l'invita par une lettre à quitter sa maison de Yaucluse et à se rendre dans l'ancienne capitale de l'univers pour y recevoir une couronne dans tout l'édat des pompes triomphales. Le même jour le chancelier de l'université de Paris lui écrivit pour l'inviter à venir dans cette
(i) Mémoires pour la irie de Pétrarque; par Tabbé de Sade, ILy. II.
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ville , où Ton se proposait aussi de le couronner de lauriers. Pétrarque n'hésita pas entre ces deux. cités« Il ne voyait rien au-dessus de Rome , il idolâtrait son grand nom j il se courbait de respect devant ses débris poétiques , il s'échauf&it au souvenir de son incomparable grandeur. Sous le charme brùtant de ses inspirations classiques , il ne pouvait comprendre que les Papes eussent abandonné de gaité de cœur la terre sacrée du Latium, la glorieuse enceinte de la ville éternelle , pour une commune assez obscure du comté de Provence. U n'avait point de pardon pour cet excès d'inconvenance et de mauvais goût. Chose étrange ! Pétrarque y avant de ceindre son front de la couronae offerte , voulut subir un examen que personne n'avait le droit de lui demander , et il choisit pour juge le roi Robert^ regardé comme le souverain le plus instruit de l'Europe. U s'embarqua à Marseille et fit voile pour Naples, où il arriva au milieu de mars i34i (i). Le poète nous donne lui-même des détails sur son examen. « Robert, dit-il , fixa un ix jour solennel , et il me retint à l'épreuve depuis « midi jusqu'au soir ; mais ^ comme en traitant « chaque matière , nous la voyions s'accroître, il a recommença l'examen pendant les deux jours « suivans. Ainsi, après avoir , pendant trois jours^ <c secoué mon ignorance , le troisième il me dé-
(i) De Sade , ibid.
« Clara digne du laurier poétique (i) d. Le roicomte engagea Pétrarque à recevoir la couronne à Naples, mais il oe put Taincre sa résistance , et le poète eut hâte d'aller k Rome qui depuis douze siècles n'avait pas vu l'édatante solennité d'un triomphe. La cérémonie fut fixée au 8 avril i34i • Ce jour-là, le grand homme, vêtu d'une robe de pourpre que Kol d'un brillant cortège premières maisons v comme 7 montaient teurs , au bruit des an milieu des appla thousiaste. Arrivé d retourna vers la foi
« Dieu conserve , dit-il , le peuple romain , le <t sénat et la liberté ! u Puis il mit un genou en terre devant le sénateur , lequel posa sur sa tête une couronne de laurier , et le peuple fit retentir les airs de ces cris : « Vivent te Capitole et le Poète (a) 1 »
Robert, accablé d'infirmiléset sentant le» approches delà mort, assembla auprès de luiles grands officiel^ du royaume et confirma en leur présence le testament qu'il avait déjà fait. Il destina au re-
(i) Franc. Petrana, £/risl. ad Poilertu.
(i) Aarudi di Lodovico Boaconte Mcaaldiieki , Sûmondî , out. cilé, t. v, cb. xzxiv.
couvremeot de ta Sicile les sommes qui se trouvaient dans ses épai^nea, et défendit à ses successeurs de consentir à- aucune paix avec la maison d'Aragon , que ce royaume ne fût rentré sous leur' obéissance. Il nomma des exécuteurs testamentaires tuteurs de son gendre le jeune André , lesquels devaient former le conseil de la princesse Jeanne, jusqu'à ce qu'elle eût atteint l'âge de vingtcinq ans. Elle n'en avait alors que seize. Ce conseil fut composé de la reine Dona-Sancha (i), Philippe Cabassote , évéque de Cavaillon , Philippe Sanguinette , sénéchal de Provence, l'amiral Geofiroi de Mursan et le grand chambellan Charles Artus. Des soucis domestiques empoisonnaieqt les derniers momens de Robert. La froide politique avait seule formé l'union de Jeanne et d'André. Ces deux jeunes époux , dans un âge où le coeur s'épanouit au souffle de l'amour , se haïssaient mortellement^ et cette antipathie mutuelle s'annonçait grosse de calamités publiques. Le monarque expirant fit appeler sa petite-fille , et , la serrant dans ses bras , U lui adressa une allocution touchante et lui donna les p 19 janvier i3 soixante-quati trois. Pétrarqu
{1} Malgré cetle pour n'en plus lort
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tueuse épitaphe. Il y célébra son caractère et ses vertus avec un luxe d'éloges qui trouve son excuse dans l'épanchement d'une noble reconnaissance.
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