‹ Histoire de Provence (volume 5)Chapitre 6 sur 48 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De536à6oo.

État de la Narbonnaise sous la dominatioii des Goths , des BoorgmgnoDS et des Franks. — Tolérance religieuse. — Mort de Saint Césaire, évéqne d* Arles. — Division de la Provence, Tune Austrasienne, l'autre Bourguignone. — Le roi d'Austrasie enlève au roi de Bourgogne la ville d'Arles.

— Cette ville est reprise parles troupes bourgnignones. — Invarîon des Lombards. — Mummolns les met en déroute.

— Les Lombards reviennent en Provence suivis des Saxons.

— Mummolus les arrête aux bords du Rhône et leur fait payer une indemnité. ; — Autre invasion des Lombards en Provence. — Mummolus les défait encore. — Ruine de la ville de Cimiez. — Désordres à Marseille. — Conspiration de Mummolns. — Sa mort. — Horrible tremblement de terre. — Ravages de la peste. — Impostares d'un faux prophète. — État des Juifs* — Les vexations qui les accablent.

— La lèpre. — Réglemens touchant cette maladie. — Réunion des deux Provences en un seul corps politique.

— Nouveaux troubles à Marseille. — Retour du calme.

LiA Provence y sous la domioation successive des Goths , des Bourguignons et des Franks , fut

seulement soumise à l'occupation militaire. Elle conserva ses lois , ses usages et ses mœurs. Les Barbares , colons toujours armés , campaient au milieu des populations vaincues et se souciaient fort peu de leur imposer les institutions germaniques. Sous Tempire uniforme du gouvernement commun , on ne vit pas l'uniformité des lois territoriales. Loin de là , car elles étaient toutes personnelles. I-ie Frank était jugé par la Loi Salique ou par laRipuaire (i), le Bourguignon par laI-.oi Gorabette (a), le Romain(3) par la Loi Romaine; et chacun pouvait même choisir la loi sous laquelle il voulait vivre ; chose qui nous paraît étrange aujourd'hui, parce qu'elle contrarie nos idées d'ordre politique. Gardez-vous de prendre ceci pour de la tolérance généreuse. Assurément vous feriez trop d'honneur aux peuplades guerrières qui vinrent fonder des royaumes sur les débris de l'Empire Romain. Ce ne fut qu'un accident heureux dû à l'indifférence des Barbares pour leurs propres lois. Cependant ils ne firent point abandon de leur droit de conquête. Les Goths et les Bourguignons enle-

(i) La nation des Franks était dÎTisée en plnsienn tnbos. Let deux principales étaient celle des Saliens et celle des Ripaaires.

(s) Gondeband , roi de Bourgogne , avait promulgué le Gode connu sous le nom de Loi Gombette.

(3) C*est-À-dire le Gaulois anciennement soumis à la domination de Rome. On l'appelait Romain pour le distinguer de fétranger appelé Barbare.

vèrent aux Romains des Gaules une partie des terres , bien que leurs lois n'établissent d'ailleurs aucune différence entre les vainqueurs et les vaincas, n n'en fut pas de même des Franks. Il ne parait pas qu'ils se soient attHbué aucune possession , aucun domaine des habitans anciens ; mais ils les tinrent à une certaine distance par des distinctions accablantes. Les compositions pécuniaires en sont la preuve. La Loi Salique fixe l'indemnité due par le meurtrier d'un Romain à une somme bien inférieure à celle que devait le meurtrier d'un Frank. Les curies municipales , les magistratures anci^ines et le système de l'administration romaine se maintinrent en Provence , comme dans le reste des Gaules, sous le gouvernement des nations conquérantes. Le temps dut seulement introduire quelques modifications de détail dans ce système antique , sans en altérer l'essence ni le caractère primitif. Dans le sixième siècle et dans les suivans on trouve encore l'ordre des décurions, les principaux , le défenseur de la cité , les formes des institutions de l'Empire. L'assemblée provinciale rétablie à Arles en 4i8 par l'édit d'Honorius prolongea-t-elle aussi son existence ? continua-telle d'être convoquée annuellement f Je le crois , sans en avoir des preuves historiques. Je le crois parce que les Barbares ne déplacèrent rien , et cette assemblée est évidemment le berceau des États de Provence et de Languedoc Lorsque les

cités avaient leurs curies représentatives , pourquoi la Province aurait-elle perdu sa représentation ? pouf quoi aurait-on rompu ce lien central de tous les intérêts municipaux ?

Marseille , privée de sa nationalité , de son indépendance politique , était incorporée à la Provence depuis la conquête d'Euric en l'année 480. A cette époque elle n'avait pk» son aristocratie républicaine , et ce vieux gouvernement des Timouques , tombant de décrépitude , s'en allant pièce à pièce, fat remplacé par un large régime municipal, que les Goths, les Bourguignons et les JFranks respectèrent. Le sort de Marseille n'étmt donc pas à plaindre. Sa nouvelle constitution contenait de nombreux élémens de liberté et valait mieux que celle des curies romaines*

Le Gode Théodosien , depuis la promulgation qui en avait été faite en Occident sous l'empire de Yalentinien III , était la source de toute la législation provençale. Mais l'obscurité de plusieurs lois et la diversité des interprétations causaient des lenteurs fanestes et rendaient les jugemens incertains. Alaric II , voulant se concilier l'affection de ses sujets provençaux , résolut de fiaire commenter ce code par te plus habiles jurisconsultes romains de son royaume , et de le proposer pour la régie invariable de toutes les décisions , afin de fixer la jurisprudence. Les jurisconsultes qu'il réunit convinrent du sens qu'il fallait donner à chaque loi; et

rédigèrent leur ioterprétation qui fut appelée BréuiairCj parce qu*elie contenait en abrégé TexpUcation claire et distincte des lois du Code Théodosien , lesquelles servaient de texte au commentaire (i). Alaric imprima à cet ouvrage le sceau de son autorité j et ordonna que les tribunaux ne s'é<:arteraient pas de ses règles (a). Il en envoya à tous les gouverneurs des cités un exemplaire certifié par Ânian , son secrétaire ou référendaire; œ qui a tàxt croire mal à propos que celui-ci en était l'auteur. Depuis ce temps , le Droit Romain du Code Théodosien ainsi commenté fut en usage en Provence. Seulement le commentaire y eut toujours plus de force que le texte , et l'on ne recourait même à ce dernier que lorsque l'interprétation manquait (3).

L'Empire d'Occident vivait encore par la puissance des souvenirs y par le pouvoir moral des lois, par le prestige des anciennes magistratures et par tout ce qui tenait au grand nom de Rome. Le titre de Citoyen Romain se portait avec fierté; on ne trouvait rien au-dessus de ce titre imposant, et les vaincus s'estimaient d'une condition bien supérieure à celle des vainqueurs. Ils dédaignaient de s'allier avec eux par le mariage , observant rigou*

(i) GoAof. Prolê^, cap, ▼ et seq,

(i) En TaDnée 5o5.

(3) Qadques-oiies de ces lois ne sont pas commentées.

270 mSTOIRE

reusement une loi du Code Théodosien qui leur en fesait la défense (i). Et ces vainqueurs eux-mêmes se laissèrent subjuguer par le système administratif de l'Empire ; ils le regardèrent comme le beau idéal de la science gouvernementale. La maladie dé Fautorité romaine travaillait tous les Barbares, dirigés qu'ils étaient par Tinstinct du commandement, et ne voyant pas de meilleurs maîtres que ceux dont ils prenaient la place. Théodoric , roi des Ostrogoths , se fît une gloire de maintenir les lois impériales en Italie et dans tous les pays de son obéissance. Ce fiit un bien grand monarque. Un cœur d'homme éclairé battait dans sa poitrine forte, et son souffle régénérateur ranima pour quelques instans le cadavre de la vieille Rome. Ce prince , devenu maître de la Provence et du Midi des Gaules , exhorta les habitans à reprendre les mœurs de leurs pères. Il leur écrivit : a Soumettezr <c vous avec plaisir aux institutions romaines qui a vous sont enfin rendues. Il est agréable aux <c enfans de retourner aux lois qui ont faitl'avana tage des ancêtres. C'est pourquoi , rappdés , « avec l'aide de Dieu , à vôtre antique liberté , a reprenez les mœurs de Rome. . . y a-t-il en eflGet « pour les hommes un plus grand bonheur que a de vivre sous l'égide des lois ? Les droits publics ce sont la plus sûre consolation de la vie humaine,

(i) De Ifupt. GenHL CoeL TheotL — FiiL Gothof. in ftanc Legem.

« le secours le plus certain des faibles ^ le frein le « plus fort des pnissans (i) ». Théôdoric rétablit à Arles (a) la préfecture prétoriale des Gaules qui s'était abîmée dans rinvasion gothique. Il conféra celte dignité à Libère , Tun des plus sages et des plus illustrer Romains de l'Occident. Il disait à Gemellus , homme de mérite y qu'il nomma vicaire du préfet : m Remplissez les fonctions qui vous sont tt confiées de manièreque les peuples fatigués vous

< considèrent comme le mandataire d'un prince « qui est tout romain. Après leurs lopgs désas- « très y ils désirent des magistrats distingués^ Traitt tez-les si généreusement qu'ils sentent combien

< il leur est avantageux d'avoir été vaincus , et « faites cesser leur regrets de n'être plus romains. « Qu'ils se réjouissent, leurs vœux seront ac- « complis (3)». Théôdoric s'occupait sans cesse du bonheur de ses peuples. Rien n'échappait à sa vigilance éclairée , et l'intrigue était impuis* santé pour le tromper comme pour le corrom-

pre. Les choix qu'il fit pour l'aider dans ses fonctions royales, annoncent un esprit juste, appréciateur de tous les talens et de tous les mérites. Le comte Marabadus , nommé par lui gouverneur de Marseille , y arriva avec une lettre conçue en termes flatteurs pour les habitans de cette illustre

(i) CaMiodor. Vttnar,

WEnSii.

(3) Cftsûodor , Ufid.

cité y où des magasins de grains furent éfabUs , et où se trouvait Teiitrepôt des munitions nécessaires aux troupes. Le roi Goth , plein d'admiration pour le génie et pour la puissance de Rome, ne déplaça aucun ressort du gouvernement impérial. Au contraire, il en restaura l'administratration et se mit à sa tête. Ainsi firent les Franks. Tous ensemble ils se complurent dans leur imitation servile. Mieux sans doute eût valu leur rudesse sauvage, car , après tout , pouvaient-ils rappeler à la force et à la ver^u cet empire avili dont ib secouaient la poussière? £ux^ du moins, ils ma^ cbaient fièrement dans leur indépendance. Au milieu de leurs camps nomades et sous leurs peaux de bétes fauves fermentaient des caractères fortement trempés et des courages indomptables. Mais leurs modèles que montraient-ils ? Des vices sans énergie , une corruption sans édat et des plaisirs sans gloire.

Les Gotbs et les Bourguignons étaient ariens , mais ils ne persécutaient pas les populations romaines de la Gaule attacbées au catbolicisme. L'intolérance religieuse est un fléau beaucoup moins ancien. Tbéodoric , autorisant les Juifs à réparer leurs Synagogues , prononça ces paroles remarquables : a Nous ne pouvons commander la reli- « gion, parce que personne ne peut être contraint a à croire malgré lui (i) ». Les catholiques ne

(i) Eiiict. Theod. Régis. Art. 143.

professaient pas davantage des sentimens d^intolérance. Salvien nous en fournit la preuve en s'exprimant ainsi sur les Yisigoths : <x Ils sont « hérétiques sans doute , mais ils l'ignorent* Au « reste y ils sont hérétiques chez nous, mais ils ne « le sont pas chez eux , car ils se jugent tellement « catholiques , qu'ils nous flétrissent nous-mêmes « du titre d'hérétiques. Ainsi ce qu'ils sont à nos « yeux , nous le sommes aux leurs .... La vérité » est chez nous , mais ils pensent qu'elle est chez « eux .... Us sont impies , et ils croient avoir la « véritable piété. Assurément ils errent , mais c'est « avec bonne foi , non par haine , mab par amour « de Dieu y croyant l'honorer et l'aimer (i) ». Ce langage si beau de vérité et de philosophie ne doit pas nous étonner. L'on n'est intolérant que lorsqu'on est fort. Sous le pouvoir des Bourguignons et des Goths, comment les catholiques auraient-ik pu prétendre à se fsdre oppresseurs des opinions , eux qui avaient besoin de bienveillance j eux qui ne demandaient qu'à être protégés dans l'exercice de leur culte ?

Cette protection ne leur manqua jamais. Ils se livrèrent librement à toutes leurs pratiques religieuses , à toutes leur cérémonies liturgiques. Les assemblées du clergé et du peuple pour la nomination des évéques se tinrent sans obstacle ,

(i) De Gubemat. Dm. tih, ▼.

comme avant rinvasion, et l'Église continuait d'être fidèle à cette maxime généreuse proclamée par le Saint Siège lui même : que celui qui doit commander à tous y soit élu par tous (i). Les conciles furent plus fréquens que sous les empereurs. St. Césaire d'Arles les présida tous. Celui d'Agde, en Sofi, commença par prier Dieu d'accor^ der un règne heureux et long au roi Âlaric , et le nomma un prince très^pieux ^ tout arien qu'il était. L'assemblée fit un canon qui peint la tendance du clergé à se soustraire à l'autorité séculière. Elle déclara que les laïques qui obligeraient injustement un clerc à plaider devant un juge laïque seraient excommuniés. Les autres concUes plus particulièrement provençaux se tinrent à Arles en 5^4 « à Carpentras en 5217 ^ à Yaison et à Orange en Sag , à Valence en 53o. St. Cyprien, évéque de Toulon et disciple de Césaire , se distingua dans ces assemblées par son asèle et par son savoir.

Cet illustre St. Césaire , la lumière de l'Église Gallicane au sixième siècle , avait formé plusieurs élèves qui brillèrent dans la carrière épiscopale. A l'exemple d'Honorat et d'Hilaire ses prédécesseurs glorieux , il porta les vertus chrétiennes aussi loin que l'humanité peut aller. Tendant à toutes les infortunes une main secourable, il fonda

(i) 3« Canon du Concile d'Orléans de l'an 538.

des étabUssemens de charité pour les pauvres et les malades. Sa maison était ouverte à tous ceux qui s'y présentaient , la nuit comme le jour ; et quoiqu'il fut assis sur le premier siège des Gaules , il vécut comme un simple moine, exagérant même les règles de la discipline ecclésiastique et les principes de l'austérité religieuse. Il voulait que les nouveaux époux , après avoir reçu la bénédiction nuptiale , gardassent trois jours la continence (i). St Césaire , sentant par l'affaiblissement de ses forces les approches de la mort, se fit porter dans un monastère de filles dont il était le fondateur et à la tête duquel il avait placé sa sœur Césarie. Il exhorta ces religieuses à persévérer dans l'observation de leurs devoirs , leur donna sa bénédiction , leur dit le dernier adieu , et vint expirer dans son Église entre les bras des évéques de la Province , des prêtres et des diacres , le S17 août 54^, dans la soixante-treizième année de son âge et la quarantième de son épiscopat (a). Le peuple se jeta avec empressement sur les habits du saint pasteur et les coupa par morceaux que l'on conserva comme des reliques. Le deuil fut général au convoi.

(i) Cypriao. Fita Cœsaiii

(1) Césaire dans son testament désigne son successeur sous le titre d*Archeyé<{ae. Cest le premier acte authentique qui donne cette qualité à un évéque métropolitain.

276 raSTOIRE

Césaire composa plusieurs Homélies , et les défauts qu'il remarquait dans son peuple fesaient la matière de ses moralités (i). Il recommandait souvent la modestie dans les temples , et se plaignait de ceux qui se tenaient droits comme des colonnes quand le diacre avertissait de se mettre à genoux. Quelques-unes de ces homélies nous donnent une idée des pratiques superstitieuses , mêlées à des restes de paganisme , auxquelles les Provençaux se livraient encore. On dansait devant les églises. On jetait de grands cris pendant les éclipses de lune , comme pour la défendre. On chômait le jeudi en l'honneur de Jupiter. On adressait des vœux aux arbres et aux fontaines. On avait recours aux devins dans les maladies , et l'on portait sur soi certains signes cabalistiques pour recouvrer la santé. Les esprits s'élançaient impatiens dans les mystères de l'avenir , et l'on considérait comme un texte augurai le premier passage qui se présentait au hasard dans les livres sacrés subitement ouverts. St. Augustin n'avait pas approuvé cette coutume absurde , néanmoins il n'avait pas osé la défendre absolument {pi). On attribue à St. Césaire un sermon sur les folles mascarades dont quelques chrétiens donnaient le spectacle au commencement de janvier. L'évéque d'Arles dé-

(i) Longueval , Ouv. cité , t. ii , liy. vi, (a) Âugtut. Epist. 5$.

plora l'aTeugletneDt de ceux qui, en ces jours d'allégresse insensée, prenaient des figures obscènes et moDstrueuses , et couraient les rues déguisés en bètes. Il déclame aussi contre l'abus qui s'était introduit de boire plusieurs coups à la fin des repas, en l'honneur des Anges et des Saints.

Les Franks n'eurent pas beaucoup de peine à se maintenir en ProTence. Tous les vœux et toutes les sympathies les y appelaient depuis te baptême de Clovis. On préférait leur domination à celle des autres peuples qui occupaient les Gaules, parce t{ue ces peuples professaient les opinions d'Aiius , détestées par les Provençaux , tous attachés à la communion romaine. Il est probable que la fameuse conversion de Clovis, semblable à celle de Constantin , fut moins une affaire de conviction qu'un calcul de politique. L'intérêt parla plus haut dans son cœur que les prières de sa femme Clotilde et les instructions de St.-Remy. Le roi des Franks ne voyait en Europe que des princes hérétiques. I^es Vandales d'Afrique étaient aussi ariens. La secte d'Eutichès, protégée par l'empereu: natt dans l'Orient. Clovis,

seul p aplanit la voie de ses con-

quête: it l'affection de ses peu-

ples l t de sa religion nouvelle

comme d'un levier pour remuer en sa faveur les évêques et le pape. Le succès démontra que ses calculs étaient bons , car ce fut ainsi qu'il devint

276 HISTOULE

l'idole du clergé, le fils aîné de l'Église et le maître

de plusieurs provinces de la Gaule Méridionale.

La Provence qui , dans le partage fait par les quatre fils de Clotaire, avait d'abord été comprise dans le domaine de Caribert, roi de Paris, fut divisée entre Sigebert , roi d'Austrasie , et Contran , roi de Bourgogne , en l'année 567. Le sort donna Marseille au premier et Arles au second. Ces deux villes devinrent capitales des deux provinces provençales; l'une forma la Provence Austrasleone, et l'autre la Provence Bourguignone. Les diocèses d'Uzès et de Lodève , qui appartenaient à Sigeber^» furent joints au gouvernement de Marseille , et Beaucaire dépendit du gouvernement d'Arles (i).

La même année , un accident étrange arriva. Salonius et Sagittaire , frères , évéques de Cap et d'Embrun, turbulens et séditieux, souillés de meurtres et d'adultères , se mirent à la tête d'une troupe de gens armés, allèrent k la ville de Saint-Paul- Trois-Chàteaux , attaquèrent l'évéque Victor au moment même où il célébrait dans sa cathédrale l'anniversaire de son sacre , se saisirent de sa personne, déc iteurs, s< le et s'em( itran , v< à Lyon ui le

S' Kisier. Quatorze prélat&y assistèrent. Salonius et Sagittaire, convaincus des crimes qu'on le^r imputait, furent déposés (i). fTonobstant cette sentence flétrissante, ils eurent le bonheur de regagner l'affectton de Contran qui se laissa tromper par leurs promesses hypocrites et crut à la sincérité de leur , repentir. Forts de k protection royale, ils se plaignirent de ce qu'on n'avait pas observé dans les poursuites dirigées contre eux. les formes ordinaires pour la condamnation des évéques; que le Pape n'avait pas eu connaissance de l'accusation. En cooséquence, ils se pourvurent à Rome. Le Souverain Pontife accueillit leur requête, et ils furent rétablis sur leurs sièges, au grand scandale de tous les hommes de bien. Chose étonnante! Victor seul futpnni, lui k qui était due une réparation solennelle. On le priva de la communion des autres évéques pour avoir violé ta discipline ecclésiastique en pardonnant à Salonius et à Sagittaire de son autorité privée et sans le consentement des membres du synode qui les avaient déposés. Les deux, frères ne se sentirent pas d'aise , et ces marques de faveur in qu'à les rendre plus méchans.

bientôt entre Contran et Sige- Im }i d'Austrasie , voulant enlever

la t son frère le roi de Bourgogne,

01 'irmin , gouvemeurd'Auvergne,

( i) Grég. d« Totirt , liv. v ,

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