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le droit de coimaître de toat œ qui oonoern&it les reliques de Saint-Maziminet chargea quelques*
uns de ses membres d'aller en faire l'inventaire. Instruit de cet arrêt le parlement se hâta d*eD ren« dre un autre par lequel de nouveaux commissaires furent nommés pour remplir la même mission .
Trois ans après il y eut une rupture beaucoup plus grave entre le pariement et le duc de Guise. Ce gouverneur , voulant pourvoir à l'entretien des troupes, ordonna de lever un impôt sur lesvigueries de Draguignan , de Grasse et de-Saint-Paul> sans avoir obtenu des procureurs du pays l'autorisation qui seule pouvait le rendre légal. Mais la chambre des vacations , gardienne des lois nationales, défendit provisoirement cette levée et commença même une information. Le duc de Guise (ut obligé de rétracter son ordonnance. Seulement, pour épargner à son amour-propre une humiliation trop blessante, il donna à cet acte de révocation une date antérieure à l'arrêt du parlement.
Bientôt ces rivalités disparurent devant un fléau destructeur y et l'on ne pensa plus qu'au salut commun. En 169 1 , la peste avait ravagé les Mar^ tigueSi mais elle n'en put franchir l'enceinte , graoe aux sages mesures qui furent aussitôt prises. La sécurité régnait partout lorsque la contagion vint exercer ses fureurs dans la ville de Digne. £lley fut apportée au mois de mai 1629 par un marchand qui revenait de Lyon , et pendant quatre
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DE PAOVElfCE. 35
mois qu'elle dura , Tatmosphère fut embrasée, la chaleur deviot suffocante, le ciel se couvrit d'éjpab et sombres nuages que la foudresillonnaitsouvent. La nature sembla prendre un voile de deuil.
L'inezpérlencedesmédecios hâta le développement de cette cruelle maladie qui s'annonçait avec d'affreux symptômes, égarait l'imagination , enflammait les sens et produisait des choses étonnantes. Un malheureux , atteint du mal pestilentiel y slmagina qu'il pourrait Toler, monta sur un lieu élevé d'où il prit son essor et se fracassa la téte dans sa chute. Un père infortuné jeta par la fenêtre son fils encore au berceau. Des personnes , portées à Je fosse commune qui regorgeait de cadavres ^ donnèrent des signes de vie après plusieurs jours. Un homme laissé pour mort sur son lit de souffrance , se réveilla au bout de quatre jours , courut les champs , ût le prophète, prêcha la pénitence , et recouvra miraculeusement la sauté (i). Digne, livrée à toutes les horreurs du fléau dévorant , n'offrait que des scènes de désespoir et de misère. L'épouvante glaçait les âmes l'égmsme desséchait les cceurs, chacun vivait dans un isolement funeste, et ceux d'entre les maJades qui pouvaient écouter la voix de k pudeur, s'enveloppaient eux-mêmes dans un linceul pour ne pas être ensevelis tout nus. Au milieu de la terreur générale la cupidité se, montra
(t) Pkm GasModi, Hctàdatedeàœélmmuu. DepeitUeMwmi iSag.
hideuse. Les plus mauvaises passions Tinrent se déployer sur le théâtre ailreux où k mort entassait ses victimes livides, comme si la perversité humaine , qui ne sait jamais faire grâce , devait constamment se mêler à tous les fléaux de. la nature. Des malfiiiteurs , encouragés par le sommdl des lois , pillèrent des maisons et s'abandonnèrent à tous les excès. Avant cette contagion meurtrière. Digne avait dix mille habitans. Sept mille cinq cents moururent, et parmi eux il y eut plus d'hommes que de femmes ^ plus de jeunes gens que de vieillards. Les paysans qui gardaient les passages avaient pris la barbare résolution de livrer aux flammes cette ville dépeuplée, croyant éteindre le mal dans un si vaste embrasement. Mais ib y re» noncèrent quand ils apprirent que plusieurs communes voisines venaient de recevoir les premières atteintes du venin pestilentiel.
La maladie se manifiesta à Aix le ag juilTet de la raémé année. Le docteur Franc fut le premier à la reconnaître ; et pendant que ies autres médecins p divisés en deux écoles , se livraient à de longues disputes sur des questions diverses , la peste , trom* pant les stériles efforts de leur science conjecturale, allait sans cesse étendant ses ravages, et la mort fe* sait sa moisson . Le parlement fit dire des messes à tous les coins des rues pour que chacun pût l'entendre de chez soi (i), nomma des intendans
(i) Pitton y ouT. cité , Uv. v.
cliargés de pourvoir à toutes les nécessités , prit eniin toutes les mesures de police exigées par ces circonstaoces calamiteuses. Rien pourtant n'adoucit la TÎoleuce dû mal , qui ne se calma qu'après avoir emporté douze raille personnes de tout âge , de tout sexe et de toute condition. Déjà les pre« miers citoyens , manquant de courage^ avaient abandoiiné la ville. Le parlement résolut , à son tour, de se transporter ailleurs. Toutefois il ne voulut pas que la capitale restât privée de Tadministration* de la justice, et il chargea de de soin onze avocats (i) auxquels il confia aussi l'intendance de la santé. Le octobre , la compagnie ayant à sa téte le premier président Forbin-Maynier baron d'Oppède , se rendit à Salon , après avoir envoyé à Pertuis une de ses chambres , sous la présidence de G>riolis , pour y connaître des appels des sièges de Digne , de ' Fôrcalquier et de tout le pays au-delà de la Durance. La cour des comptes , entraînée par ce mauvais exemple, se retira à Toulon* et la sénéiïhausséed'Aixalla siéger à Trets. L'assesseur Martelli et le consul Borîlli restèrent à leur poste et bravèrent tous les dangers. Les autres deux procureurs du payS| Gaspard Forbin-la-Barben et fialthazar de Yeteris , sortirent de la ville ,
(i) Ces avocats étaient Loques, F«bri, GoridU«» Alaïaidi, Bouaseli, Vitalis , Bruis, Minuta , DalniM, Roque et FabvoL II est boa de rappeler leurs noms à la reeonnaissance publique.
soit que leur cœur fiiillit en ces momens critiques, soit qu'il fallût ailleurs s'occuper des affaires de la province.
. Le parlement y malgré son absence, continua d'exercdr la haute police dans la capitale où rien ne se fesait qu'en vertu de ses ordres. Chaque jour l'assesseur se rendait à la Barrière de SaîDt-Cannat pour conférer ayec les commissaires de la cour , et allait ensuite veiller à l'exécution de ce qu'ils avaient arrêté.
Lespremîers symptômes du mal parurent àMai^ seille le 2a février i63o. A cette nouvelle sinistre , soixante mille habitans sortirentdela ville dans un désordre inexprimable, et plusieurs d'entre eux furent étouffés aux portes , tant la foule s*y pressait. Les chemins étaient couverts de malheureux de tout âge qui ne savaient où reposer leur téte tristement abaissée sous le poids des douleurs. Neuf mille Marseillais succombèrent. Les consuls Nicolas de Gratian et Léon de Yalbelie, restés au foyer de la contagion , méritèrent bien du pays par la chaleur de leur dévouement , par la sagesse de leurs mesures. Après tant d'objets déplorables , après les scènes où Tégoisme et la Êiiblesse viennent jouer leur rôle humiliant , il est bien doux de fixer nos regards sur des spectacles de philantropie et de courage.
Âu mois de juillet i63o la peste disparut en Pr&venoe^ mais elle ne s*en éloigna que pour céder
sa place à un fléau presque aussi redoutable , au fléau des divisions intestines. Le cardinal de Richelieu régnait alors sous le nom de Lonis -XIII; et ce ministre impérieux , organisé pour la domination I voulait que tout cédât à ses désirs inflexibles , à ses volontés absolues. Bien c'eût été chez lui, s'il n'eût fait emploi de ses facultés puissantes que pour triompher des résistances rebelles , pour alMittre les derniers icestiges d'une féodalité orgueilleuse , gênante pour les rois , funeste pour les peuples. Mais il fesait encore servir son pouvoir à des complots de tyrannie administrative , k des plans de fiscalité oppressive ; mais il brisait avec dédain tout ce qui pouvait comprimer ses mouvemens et son allure ; mais il n'avait aucun respect pour les franchises provinciries, pour ces garanties publiques qui maintenaient dans de juste bornes le commandement et l'obéissance. Lorsqu'on s'est abreuvé à la coupedu despotisme, on ne peut pUs se préserver d'un fiital enivrement. Richelieu , sans consulter les états de Provence , éleva à cent mille livres le tribut annuel de trentemille livres 9 dit du taillon , légalement établi vers le milieu du siècle précédent pour l'entretien de la gendarmerie. Peu après il établit aussi un impôt sur le sel , dont il augmenta le prix d'une double manière , en imposant la mesure plus haut et en la réduisant au tiers. Le cardinal alla beaucoup plus loin dans ses empiétemens sur les Uber>
tés dupâyfr. Il créa de nouveaux offîœsà la cour des comptes , au bureau des trèM>riers généraux auxquels il donna une juridiction plus étendue ; ènfiti il nomma des experts jurés et des contrô» leurs des grefies, avec le droit d'exiger des salaires. Ces innovations fiscales excitèrent une alarme générale.!^ états assemblés à Aix en i6a8 envoyèrent au roi » employé en ce moment au siège de la Rochelle, unedéputation composée de Farchevéque d'Âix , frère de Kichelieu , de Casteilâne-Salernes et de Gaufiridy 9 procureurs nés du pays ; du marquis de Forbin-Janson et du greffier deTassem^ blée , pour obtenir la révocation des édits. On espérait beaucoup de i'arcfaevéque d*Aix , mais ce prélat passa au siège de Lyon , et les autres députés n'eurent aucun crédit. D'Effjat, surintendant desbnançesy voulait leur donner audience en plein conseil , afin de sîmider line instance judidaii^ et de rendre contre la province un arrêt de condamnation. Mais ceux-ci , évitant le piège , persistèrent à ne demander qu'une conférence ministérielle. Péndant long*temps on la leur promit, mais ib virent enfin que l'on se jouait d'eux et ils reprirent avec fierté la route de leur pays.
Siir ces entrefaites , la Rochelle , cette ville &meuse par sa puissance et par ses révoltes, ce redoutable boulevart du calvinisme français , se rendit après onae mois de résistance. Le cardinal de Ricl^dieu, poussé à l'arbitraire par un suooès
aussi briUasit i ordonna la levée des cent mille livres de taillon , et augmenta de quarante sols l'émine de sel par un arrêt du conseil où l'on disait fiinsseipent que le pays avait été oui. De plus il envoya un commissaire spécialement chargé de Texécution de ces ordres. Aussitôt les consola - procareurs prolestèrent avec énergie. Sur lear reqnéte le paiement et la oonr des comptes rendirent chacun un arrêt portant défense de lever ces impôts violateurs de la cons» titntion provençale. Il y eut 1 Aix une assemblée générale des communautés , et l'on y manifesta rintention de transiger avec le commissaire royal ; mais comme celui-ci n'avait pas des pouvoirs suffisans, les communautés se bornèrent à approuver l'opposition juridique des consuls-procureurs.
Bien que le calvinisme eût reçu une blessure mortelle, il respirait encore en Languedoc par la fermeté de son chef le duc de Rohan. A la même époque le roi luttait en Italie contre la maison d'Autriche . Dans ces circonstances le cardinal de Richelieu ût demander aux états provençaux asseînblés à Tarascon la somme de quinze cent mille livres, à défaut de quoi il les menaçait non-seulement des, derniers édits, mais encore d'autres actes beaucoup plus acerbes. Les états ofirirentneuf cent mille livres , et le ministre refusa. Quelques communautés élevèrent cette somme , eu ce qui
les CQBcemait, mais elle furent désavouées par une assemblée générale. Richelien , bravant les
plus légitimes murmures , ordonna aux trésoriers généraux de lever mille mulets pour porter les mu* nitions à Tannée d'Italie. C'était encore blesser le droit constitutionnel d*utte province libre où les offîciejrs du roi ne devaient rien prendre d autorité, mais seulement par le consentement des mandataires du peuple. La peste , qui régnait alors , ne permettait aucune résistance , et les communautés, assemblées à Barjok , prirent un parti qui semblait concilier les franchises du pays avec les exigences de Ja Cour. Elles ordonnèrent elles-mêmes la levée de neuf cents mulets, six cents sur le comté proprement dit, et trois cents sur les terres adjaoentes. Peu après, le roi revint triomphant d'Italie pour achever la soumission des protestans languedociens. Une nouvelle assemblée générale se tint àYalensole au mois d'avril i63o. Cette assemblée, voulant terminerles différends avec le premier ministre , envoya des. députés à Louis XllI ; mais ceux-ci furent renvoyés, avec colère; et leur orateur , pour prix de son langage patriotique et mesuré tout à la fois, n'eut que la. moquerie des courtisans , détestable race d'hommes qui avaient aussi &it du sage et vieux Sully un objet de ri- $ée (i).
(ï) Sully, rappelé à la Cour cfnéiqiies années aprftsia HMVt d'Henri IV , parce qu'on avait besoin de ses avis , fut tourné en
Richelieu ^ toujours plus à Taise dâos les réibr* mes y ne pensa plus qu'à fiiire exécuter l'édit des élus. Cet aiasi qu'on appelait 1 acte de nomination des nonveaui. olEoes. On disait même que ie mi» nistrese proposait d'aller beaucoup plus loin. On craignait que , dans ses plans financiers, il ne donnât une base plus large à Tassiette des impôts en établissant la taille persoondle, en soumettant aux charges publiques le travail et l'industrie qui jouissaient d'une franchise entière. Ce système , si confiNrme à la justice, aurait eu poçr règle et pour sanction les ^rais principes de l'économie poUti* que y et de nos jours nous ne pourrions concevoir UD système esdusif d'impositions sur les propriétés foncières. Mais comme le projet du cardinal, ou du moins ce que Ton croyait tel , choquait les idées reçues , portait atteinte aux lois fondamentales de la Provence où la taille avait toujours été réelle, et où les habitans , assemblés dans leurs communautés, s'imposaient eux-mêmes de la manière la plus convenable , on se prit à crier Inen fort contre une innovation qui paraissait d'autant plus monstrueuse qu'elle avait pour auteur un ministre chargé de la haine publique. Richelieu nomma commissaires pour l'esécution de l'édit des
ridicule par les jeunes courtisans. Il en fut indigné. « Sire , dit-il « alors à Louis XIll, quand le roi votre père me fesait l'honneur de •< me consulter , au préalable il fesait sortir tous les bouffons et « baladini de Cour ».
élus le doc de Guiae» goatemenr de la province
depuis trente-cinq ans, les deux premiers présidens , Forbio-Maynier-d'Oppède , du parlement, et Séguiran ^ de la ooar des comptes. U leur adjoignit Forbin-k-Barben , premier consul-prociH reur. La Cour , vu les difficultés sérieuses qui menaçaient l'exécatioD de l'édit , recourut de plus à la Domination d'un intendant. D'Aubray, mettre des requêtes , fut pourvu de cette nouvelle charge.
Le duc de Guise' se trouvant à Orgon , où d'Au« bray et les commissaires royaux se rendirent aussi, délibéra s'il fallait agir d autorité , ou demander le consentement des trois ordres. D'après Vsms de Forbin-la-6arben » il résolut de faire présenter les deux édtts des élus et de l'intendance aux états-généraux indiqués à Brignolles, au mois die mai i63o. £n signe de deuil national , les consul!» de cette ville et les officiers de la sénéchaussée cessèrent leurs fonctions ; les artisans quittèrent leur travail , les marchands fermèrent leurs boutiques. Forbin-la->Barben, soupçonné de trahir les intérêts populaires , fut appelé dans les rues vendeur de patrie , et subit d'autres apostrophes injurieuses. Les mêmes symptômesd'agitation se manifestèrent dans toute la Provencet Avouons , à la gloire de ce beau pays , qu'il sut montrer^ en certaines conjonctures , un patriotisme admirable , et que l'esprit public que quelques hommes sans portée regardent comme tout moderne, éclatait quelque-
DE fROVElVCE. 45
fins chez nos ancêtres avec un ensemble étonnant , avec une rare ëoei^. Les commissaines du roi , se voyant exposés à des ressentîmmis qui croissaient en violence , feignirent de ne pas trouver leurs pouvoirs en^ règle y et le duc de Guise , qui devait aller à Paris , rompit l'assembléei renvoyant les affaires à son retour.
Le septembre de la même année , le parle»
ment , n'ayant plus rien à liraindre de la peste , quitta Salon et se rendit à Âix. On devait brûler à cette occasion un feu de joie sur la place des Prêcheurs. Le bruit courutqueles jeunes gens les plus hardis et les plus aiwntureux de k petite noblesse et de la bourgeoisie avaient résolu de jeter dans ce feu le premier consul Forbin4a-Barben. Â cette nouvelle /la cour souveraine d^ndit le feu , et la Barben frappé de terreur prit aussitôt la fuite. Le parlement qui f en l'absence du gouverneur, avait lui-même le gouvernement du pays , autorisa la tenue , à Pertuis, d'une assemblée des Seigneurs. Ceux-ci eurent l'air de ne dresser que des remon- Uances f mais au fond ils délibérèrent de défendre la liberté par tous les moyens, et nommèrent une commission insurrectionnelle de six membres.
Richelieu , dont l'humeur altière n'était jamais blessée impunément, entreprit de transférer à Toulon la cour des comptes ; et la ville d'Aix , voyant dans cette mesure un attentat à ses prérogatives et à sa splendeur , déclara qu*elle s'y opposerait
de vive force. Arle& et Marseille formèrent aussi opposition par requête , et la coar des comptes
maintint provisoirement sa résidence. Au milieu de la fermentation des esprits , le premier président d'Oppède et Tassesseur Martelli eurent rimpradence d'engager d*Aubraj à se rendre à Ai% , où il n'avait pas osé paraître. 19 septembre , cet intendant descendit à Thètel du gouverneur, et le conseil municipal lui envoya de suite les pré» sens usités de flambeaux et de confitures. On répandit le bruit que d'Aubray venait procéder à la translation de la cour des comptes et à rétablissement des élus. Le peuple s'émut aussitôt; on sonna le tocsin ; des attroiipemens se formèrent sous la direction de deux hommes pleins d'influence , le consulaire Sauve et Tavocat Gras. Le logement de d'Aubray fut assailli par cette multitude qui cherchait à Timmoler à ses fureurs , au moment même où le conseiller d'Agut , suivi de tous les officiers de la chancellerie, venait lui apporter les soeaux(i). Pendant que ce magistrat s'efforçait de calmer le courroux populaire » l'intendant se sauva par la toiture de Fhètel de Guise et trouva un asile dans la maison du conseiller la Fare. Un de ses valets reçut un coup d'épée. Ses bardes et son carrosse
(i) Les meaâuti du Comeil SÉM, àoat d'Anbny fesalt partie, avaient le droit de garder, pendant trob mois , lea sceaux de la Pro- TÎnce eà lia ae Croiivatent en miiBlon.
DE nOTSNCE. 47
furent brûlés sur la place des Prêcheurs. Le par* kment, assemblé à la hâte, chargea les conseillers Olivier , Flotte , d'Agut et Boyer , du soin d'apaiser rémeiite, de se rendre auprès de l'intendant et de le placer sous leur sauvegarde. D'Aubray ne demanda qu'à sortir de la ville y et les quatre commissaires du parlement lui procurèrent le moyen de se retirer secrètement à Cavaillon. Forbin- Blaynier-d'Oppède y également poursuivi par Fanimadversion publique , jugea aussi prudent de prendre la fuite.
Le désordre cessa. Mais le peuple d'Aix, qui s'était fait une triste habitude des mouvemens sédi* tieuz y ne resta pas long- temps tranquille. On s'occupa du nouvel état , c'est-à-dire de l'élection des consuls*procureurs. La foule , qui détestait les- . officiers en charge comme vendus au gouvernement , assiégea l'Hôtel de Ville et menaça de se ruer sur le conseil municipal , s'il confirmait les candidats qui étaient présentés y selon Tnsage , par les consuls sortans. Le conseil nomma d'office des patriotes, et leur choix fut accueilli par des applaudissemens unanimes. Le roi était «lors malade à Lyon. Les nouveaux procureurs du pays lui envoyèrent des députés pour excuser l'effervessence populaire et pour tâcher d'obtenir en même temps la révocation des édits. Le comte de Brienne leur déclara que Ton devait obéir avant tout ; qu'il fallait que la cour des comptes sortît d'Aix, et qu'elle
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serait ensuite rappelée. Jacques Gaufridi, Fun des députés, protesta des inconVéniebs , el tous se retirèrent.
On fit courir à Aix le bruit de la mort du surintendant d'££fiaty et l'on brûla son effigie aux Prêcheurs le i3 octobre (i). Cet acte d'indigne vengeance inspira aux mécontens une audace nouvelle. Les principaux d'entre eux s'assemblaient, toutes les nuits , à la plateforme du quartier de VilleneuTe. Là on s^excitait , ou s'échani&it mutuellement ; on se livrait à des exagérations de; tout genre , comme on le £Eiit toujours dans des réunions semblables ou chacun veut lutter de patriotisme et d'ardeur. Tous convenaient de la nécessité de l'insurrection , du besoin de voler aux armes pour défendre les lois avilies. Un membre se mît alors à rappeler Fapologue ingénieux où les rats menacés d'être surpris par un chat , décident de lui attacher un grelot au coup afin d'être avertis de son approche. Mais nul j continua Torateur , ne se présenta pour V attacher , quoique tous con-^ vinssent que la décision était sage, .A ces mots, Ps»ul de JoahniSy seignéur de GhÀteaunenf , s'écria, brûlant d'enthousiasme : eh bien ! c'est moi qui rattacherai. Aussitôt il mit à son chapeau un grelot suspendu à un ruban UaxHu C'était se déclarer le chrf de. la révolte. Ses amis Tapplandirent
(0 PUUMk » iiv. V.
et rimitèrait. L'avocat Vian posta ses jonrnées à distribuer des-frdots aux liabitans d*Aix , et tous
les patriotes du pays adoptèrent le même sigtie. Ce parti prit le nom de CVwofieotfqai MgDÎfiegrfr* lotenkngue provençale.
Le seigneur de Châleauneuf était le neveu du président Coriolis (i) qui venait d'embrasser les itttéréU populaires après s'être brouillé avec le premier président de sa compagnie pour une hv vole affaire d'étiquette. Dès ce moment Coriolis , chef du pai^ementen rabsenoedeForbiBpMàyaierd'Oppède , fut appelé à jouer un grand rôle. Cette cour souveraine délibéra des remontrances à Louis XIIL Tous les corps de la province se réuni* r^dans un mèmeespritd'oppositionauzactesdu gouvernement. Au milieu de firritation générale plusieurs écrits circulèrent, et celui qui portait pour titre/a VériU provençale au Moiûjm surtoetralten* tion. « Sire, y lisait-on , je suis la Yérilé, eette a déesse, fille du Temps, aujourd'hui si peu connue « etsifortmépriséedans le palais des rois. L'ambic tionetTavarlce des courtisans occupent entière* « ment ma place, et me retiennent depuis long-temps « à la porte de votre Louvre. Je me suis habillée à < la provençaloi et poussée de cette humeur bar* c die et impatiente qui est naturdfe à.k nation ,
(i) Coriolis était fib da magîttnt de ce nom qot avait pv^fi^ 1« JNnlaiictt royal de HanoiqpM div^
ir. 4
50 HBTOIRË
« j'ai franchi toutes ces barrières d'iniquité et
« d'injustice pour vous faire mes représentations, a II est vrai » Sire 9 que les peuples doivent contric boer de tous leurs biens pour conserver la dite gnité de leur roi et la garantir contre leurs com- «c muns ennemis. Mais les rois se sont obligés de c &ire tout ce qui serait requis axk bon gouverne* «r ment de ré«at. L'obligation 4es sujets est une « promesse de sang et de biens , et celle des soua verains une promesse de bonté et de sagesse; et < les deux ont rapport à une même fin qui n'est m autre que la félicité commune. La prudence eth « bonté des princes doit aussi garder ses mesures
et modérer cette grande puissance. U ÙLUt, Sire^ m que la raison maîtrise les rois aussi sonveraine- € ment qu ils maîtrisent leurs sujets , que cette « image de Dieu qulls représentent en terre ^ soit « toujoura dans leur souvenir , et que sa orainte a sonne continuellement à leurs oreilles (1). »
Il y avait pourtant des paroles moins pures.
L'insuiteotion la plus l^itimene se maintient pas toujours dans de justes bornes , parce qu'dle est obligée d'appeler à son aide ces esprits désordonnés qui vont toujoara au-^lelà du but, ces mauvaises pAssions qui ne placent la liberté qoa dans la violence et font des spéculations afifreuses sous le masque du patriotisme indigné. Si la résistance
(i) P^n, ton. nrylhr.siis.
DEmOVENCE. 51
du pays n*eût été qmp^riemeiitaire et ntmiicipale, son attitude eût été bién bdle^ car il y a^ait encore
une vie bien puissante dans ses institutions. Mais il en fut autrement. Presque partout et notamment à Saint-Mazimiii ^ à Brignollea, à Dragqîgikii , à Grasse, les Caseaveous se liyrèrent à des actes de vei^eance. Tout ceux qu'ils regardaient comme des ennemis dn bien public souffîrireDt des persécutions , et la plupart fiireot contraints de pren^ dre la fuite. A Aix la populace pilla la maison de DumaSy Ueutenaut du prévôt. Elle se rendit ensuite dans un champ que cet éffider possédait à peu de distance des remparts, en arracha les ceps de vîgne et les apporta en triomphe. Les maisons de Tauditeor Ghaix ; de Mène , greffier en chef de la cour de comptes , du bourgeois Sîgaud , furent aussi dévastées , et leurs meubles jetés au feu sur la place des Prêcheurs. Les excès popidaires ne's'arrétèrent point là. Des paysaiis de Riam , de Lambesc, dePélissane, d'Éguilles, De Saint-Cannat, de Ventabi^n et d'autres villages voisins vinrent se joindre ans fiictieux d' Aix. Le 4 novembre^ deux oriHrchiq cents hommes sortirent de cette ville y tan^iour battant , enseignes déployées , et marchifawijlétinr la terre de Forbin-là-Barben , située à quatre lieues de distance. Ce rassemblement était conduit par le seigneur deChâteauneuf iui'-mémey tandis que le chevalier son frère et la phtpart de ses amis restaient à Alx pour y main»
tenir son pouvoir. Le château de la Barbea fiit pillé f et les bois qui en dépendaient devinrent la
proie des flammes.
Le duc de Guise i retiré à Marseille et vivant au sein des plaisirs, ne pouvait rien contre la révcdte. Les deux frères Ghàteauneuf , leur onde le président Coriolis , un autre président nommé Laroque y les conseillers Ëspagoet et Villeneuve étaient les seuls maître^ des affidres , disposaient des miUoes et des troupes , régnaient au parlement comme à THètel de \iile. Les nouveaux consuls-procureurs n'avaient plus qu'un simulacre d'autorité^ bien qu'ils appartinssent aussi au parti des Cascaveous. Le cardinal de Richelieu leur ordonna de sortir d'Aixy s'il ne parvenaient pas à remplir leurs ionotions ayecindépendanoe. Le premier coiisul Sextins d'Ëscalis y baron de Bras , était un homme de cœur qui brûlait de venger l'honneur de son chaperon . 11 supportait d'autant moins son injure qu'il avait donné plus de gages à la cause de la liberté.. Se voyaut soutenu par le lieutenant Pélicot^int-Paul et par des amis dévoués» il forma une confédéisar tion qui |K>rtait aussi un grdLot au diapeau , pour indiquer l'objet commun des deux ligues , et un ruban bleu avec cette devise J^ii^e le hoi ! à bas les Élus. La confédération consulaire n'était guère composée que de gentilhommes , tandis que celle de Coriolis et de Châteauneuf s'appuyait principalement, sur la bouiigeoisîe et sur. le peuple.
BientAt ces deux ^rtls qui , au fend f étaient ani-'
mes d*une même pensée, devinrent implacables, et chaçun comprit qu'ib ne pouvaient pas tarder d'en venir ans mains.
En eflet il y ent bientôt une collision , sur la place des Dominicains , entre des hommes au ruban blanc et d'autres hommes au ruban bleu. Cet derniers eurent le dessons , et le parlement parut en corps pour arrêter le désordre. baron de Bras f croyant qu'il ne pourrait rétablir son pouvoir consulaire qu'en chassant de la ville le prési* dentCoriolis et ses deux neveux , les frères Châteauneui , se prépara à frapper ce grand coup. Le 6 décembre, à ckux heures après* midi , de Bras» le chaperon sur l'épaule , Fépée nue d'une main , un pistolet de Fautre , sortit de sa maison , accompagné de Pélicot-Saint^Paui et de quelques officiers armés. Il se rendit d'abord à l'Hôtel deVilte, puis au quartier des Récollets , fit un appel à ses partisans , les attroupa , se mit à leur téte et alla investir le logement de Coriolis qm s'y trouvait avec ses neveux et les conseillers d'Ântehny et Gautier. On tira des coups de pistolet dans la ru^ il y eut des blessés de part et d'autre ; un seul homme , de la fiiction de Bras » fîit tué. Enfin » après une vive résistance , Coriolis et les quatre personnages que je viens de nommer se virent obligés de sortir de la ville et de se retirer au
44 HISTOIAË
oouv«nt de Salnt-Pierre , situé-dans le lemtoire ( 1 ).
Le triomphe du baron de Bras n*eut qu'une bien courte durée. L'assesseur BoUand se déckfmfoor lui I mais ses deux autres ooU^;aes les' consuls Bonpar et Anglesy désapprouvèrent sa conduite. Le lendemain le parlement députa auprès des magistrats' si violemment expulsés lesœnseiUfira'de Périer , d'Agut et Flotte pour les ramener dans son sein. D'un autre coté ^ Bonpar et Anglesy allèrent à la rencontre des deuxfirères Chàtemmenf et ren» trèrent avec eux. Goriolis vint solemieUemeat déposer sa plainte au gouvernement , et Fabry, capitainedu quartierde fieUegarde^&t aussitô t mandé au Palais dé Justice avec sa compagnie, pour la garde de la cour et la liberté des délibérations. Cependant le baron de Bras ne s'endormait pas sur ses dangers/ U courut au eorps-d&fptfdede^ pkce des Prêcheurs , se fit suivre par tons les* sol^ dats de ce poste , fut rejoint par un de ses parens et par phisienn dé ses amis, et s'avança versle Palais où le parlement était en séance. Comme il voulait en forcer l'entrée, Fabry l'arrêta tout court. Un des serviteurs du premier consul tira son mous* quetsur le capitaine, le manqua, etdu même coup blessa à mort l'avocatOrsel, volontaire dans la compagnie de Beliegarde. Le meurtrier fut mis en pièces sur le champ. Tandis- que l'on se battait au
(l) Uon. Bouche, lom. ii, iiv. x.
DEmOYENCE. «5
Palais de Justice j le tocsin soDuait dans la ville \ les con^e&Uers£spagDet et Villeneuve , couraient de boutique en boutique .pour esdter les artisans contre le bardn de Bras et les hommes au ruban bleu. Tous les quartiers prirent les armes. La bande du baron de Bras se dispersa; l'un desfkiyards lut criblé de blessures près Téglise S*-Barthélemy , et ie baron, poursuivi vivement, entra dans le couvrent dflsI^jêiQbeiIrs et se sauva au docber. LalîçNile envahit le doitre par une brèche , poussant des cris de mort contre le premier consul. £n vain le parlement yoj^lut intervenir pour calmer Ja fureur de ces flots populaires. En vain les religieux firent desexhortations. Leur voix méconnue alla se perdre au milieu des plus affreuses clanijeiyr^. Ils crurent réussir en exposant le SainirSajprwenI 9ur T^utel; mais rien n'y. fit. Aiqrs un de ces moines , revêtu des habits sacerdotaux , prit le Saint-Sacrement à la main , et s'écria comme frappé d'une illumina» tion soudaine : «. Dieu tout*puissànt , puisque le « respect de ce saint lieu et la majesté de voire a présence ne sont pas capables d'arrêter l'inso* « kmce de ce peuple obstiné, souffrez que cette c même main et ee même ostensoire avec lesquels « vous l'avez si souvent béni, servent aujourd'hui «( à lui donner votre malédiction (i)^ » A ce dernier mot, les plus forcenés se prosternent en
(i) Bouche, ibid.
detnandant misériGorde , et tous sortent du doitre dans un silence rdigieux. Le baron de Bras, mis
en la protection des moines , se retira quelques jours après dans son cbâteau d'Ansouis ^ avec là permission du parlement.
La confédération des Cascaueous bleus ne put pas se relever de la chute qu'elle venait de faire, et lès blancs exercèrent sans trouble un pouvoir in» contesté . Leurs ennemis ne cherchèrent qu'à leur nuire hors de la Provence. Le baron de Bras se rendit à Paris où se trouvaient déjà les premier présidens d*Oppède et de Séguiran , le conseiller de Paule , Forbin-la-Barben , Ghaix , Dumas , Tintendant d'Aubray^et tousensemUe» travaillés d*un même désir de vengeance , ils fatiguèrent la Cour de leurs plaintes, ils excitèrent par des récits passionnés le ressentiment du roi, et surtout oe» lui de Richdteu. Le parlement d'Aix fut instruit de leurs intrigues. Toujours dominé par les Cascailéons blancs , il déUbéra d'envoyer des députés à la Gour pour y balânoer l'influence des ehefe de la fiiction contraire. Le président de Gallifet, les conseillers de Collongue , d'Antelmy , et le procureur général Guérin furent chargés de cette mission délicate. D*Antelmi prit le devant avec son frère r«« vocat, lequel avait reçu un mandat semblable du conseil municipal. Les deux d*Antelmi , arrivés à Paris, n'écoutèrent pas les conseib de la prudence. Ils écrivirent à leurs amis d'Aix pour les engager
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DE PEOTEHCE. 57
à ooQlinuer les troubles afin dlntimider le gouvernement. Richelîea les fit ûsmiMt mettre k h Bastine f et donna ordre anx antres députés de se retirer en toute diligenoe. £n même temps , pour en finir avec tous ces monvemens derévi^te^ ou si Ton veut d'indépendanœdéréglée , le ministre se décida à envoyer en Provence Henri de Bourbon , prince de Condé , à Ja téte d'une armée de cinq mille hommes dinfiinterie et de six cents chevadz*
A cette nouvelle , l'assemblée des communautés
•Tt
pour le lo Janvier i63i, àFabbaye Saint-Victor de Marseille. Tout s'y passa dans un désordre extrême, et l'on n'j prit aucune résolution • Si les défenseurs des intérêts populaires avaient eu pour cbef un de ces bommes puissans par la parole et par le génie , un de ces hommes privil^^és <pii entndnent sous leur drapeau les masses obéissantes ; l'insurrection provenç^ale aurait pris sans nul doute un développement redoutable. Mais ce chef désiré ne se renGonbapas.Qudqnes-unsfireut ' un moment reposer leur* espoir sur le duc de Guise. Ils pensèrent queee gouverneur pourrait se •mettre lui-même à la tête des méoontens , pour se Venger du cardinal de Ridielieûy qui voukit le perdre parce qu'il n'avait pas voulu se démettre en sa faveur de la charge d'amiral des mers du Levant , jusqu'alors attadiée au gouvernement de Provence.
58 HISrmES
Maîftde Gui^e» amldurepos, comme k sqat en général tous 1^ hommes avancés en Age > ne fit
rîen qui pût compromettre sa fortune, son existence et son nom. Ce qui finit d'ailleurs d'ôter au mécontcttteoMBt public son énèinia primitîYO, c'est que l'on sut que le prince de Gondé avait pouvoir de traiter pour la révocation des édits.
Gondé s'avançait vers la Provence i accompagné du marquis de Nangis , commandant en second , des présidens d'Oppède et Séguiran , de Tintendan^ d'Aubray auquel on avait adjoint Chaj:les de .la Potiierie, conseiller d'état. Las personnages les plus compromis se sauvèrent à l'approche des troupes françaises , et il n'y eut nulle part des projets de résifi^U9<oe. (les procureurs du pays néaet joints , ass^hlés à Aix W .a3 janvier ^ résolurent d'envoyer une députation à la rencontre du prince de Condéf pour conjurer rorage qui semblait menacer la capitale; car on disait qu'elle devait étc^ livrée au pillage , et les habitans commençaient à cacher leurs eifi^ts les plus précieuiu Les députés étai€(nt Louis Dudiaine, év^uede Senea» le grandvicaire Mimata, l'assesseur Rolland , le vicomte de Fourrières* l'avocat Arnaud, premier consul de Aies , y iUeneuv^Yaucftauae , Meyronet , Bandun , Yala^oire et Volone. Us rencontrèrent Condé au pont Saint-Esprit et lui promirent obéissance au nom delà Provence. L^ prince les reçut avec bonté et . continua sa marche sur la viUe d'Ais. En même
DE FEOVSNCE. SO
temps ii somma les deux cours souveraines | le Inirêau des trës<Nri€rs généraux et la sénéchaimée d'en sortir, eoufiinnéiiient ai» ordres du roi. Le
parlement se retira à Brignolles, la cour des comptes à SaiiDtnM^sLimin , le bureau des trésoriers.à Perli|^i|Atoifl(é|uéc)u^^
d*abord ses troupes dans les villages voisins d'Aix. Mais h 19 mars i63| , le marquis de Nangis, à la téterdeiqpalnitf^iiliftQf» entra dans la cfipifale et s*eiif(Mir» d(»<t<i«is les postes^' Lelendemain le prince,
entouré d'un imposant appareil de guerre , fit son entrée et refusa to^s \çs honneurs que les consuls
Bientôt la consteraation régna dans les&milles,
car d'Aubray et de la Potherie, chargés d'informer pi^?ôuAEHi|^t) OQQtfe, les plus coupables d'entre les motinsv sa firent assister par quelques officiers du Languedoc et déployèrent toute la sévérité de cette justioe/i^xceptionnelle qui peut bien être indépepciamifi^jmais qui semble toujours asservie^ qui peut^ Inen.obéir aux inspirations de Téquité , mais qui a toujours l'air de frapper avec passion. Xrenle(;|pa)hei|reux furent condamnés , les uns au bannissemetit^ les autres aux galères , et plusieurs à mort. Parmi ces derniers un se trouva qui fut saisi d'uue telle fureur à la lecture de Tarrét fatal dans la. •ebap^e de la Conciergerie , qu'il rompit avec les dents les menottes de fer dont il était garrotté 9 s'empara d'un couteau qu'il avait cacbé
sur Tautel , mit en fuite les assistans et tomba enfin percé de coups d'airquebuse (i). Le roi fit ajounier devant son conseilles présidensdeGoriolis et de la Roque, les conseillers Flotte, d'Espagnet, de Perrier , et il interdit de leurs fonctions les conseillers d'Antelini ^ de Yilleneave et l'avocat général de Cormis.
Le duc de Guise convoqua à Tarascon les étatsgénéraux suivant les instructions que le prince de Gondé avait reçues de la Cour de Fk-ance. Â Fouverlure de cette assemblée , le prince prononça un discours sur la puissance du monarque et sur les travaux de Rididien dont il fit un pompeux éloge. La conduite des états fut noble et digne. Au lieu de se courber sous le joug de la servitude ^ ils défendirent pied à pied les privilèges du pays. L'éyéqne de Sisteron réfata avec une chaleur géné* reuse les impostures de Charles de la Potherie. Mais celui qui porta tout le poids des afbires fut l'assesseur Rolland. Magistrat sans tacbe , patriote sans ostentation , il donnait à ses paroles Fautorité de ses vertus , et à ses argumens la profondeur de sa science. Dans les séances générales et dans les conférences particulières il attribua les dernie» mouvemens non à un esprit de révolte , mais à un juste et naturel sentiment de liberté, La Cour demanda un subside de deux mlHions de
(i) Bouclie ei Pitton, on?, dté.
livres. I^es états , représcnUiiit rimpuissaBoe du pays , oflrirent un millioD. Les commissaires
royaux déclarèrent que cette somme était insuffisante* La discussion s'échaufiO» et tmina en Ion* gueur j les uns demandant da^ntage , les autres ne voulant rien donner de plus. Enfin, de guerre las , les états consentirent à accorder quinze cent mille lirres. Le gou^mement' promit, de son côté/ de rétablir à Aix les corps judiciaires, le bureau des trésoriers généraux , et de révoquer Tédit des tins , cause de tous les désordres.
Aprèsb dôtnrè de rassemblée, le princedeCondé retourna à Paris , laissant au comte de Soycourt le commandement des troupes françaises. Le parkment, la cour des comptes et le bureau des trésoriers revinrent à Aix où 1» sénéchaussée siégeait déjà. lie président Coriolis obtint la permission de se retirér dans une de ses terres pour y finir tranquillement ses jours. Mais averti quMI n*y était pas en sûreté ^ il résolut d aller en Cour pour se réunir aux autres magistrats qui poursuivaient leur réintégration. Un peu plus tard, Gaston , duc d'Orléans et frère du roi ^ se révolta pour se venger de Richelieu , se jeta dans le Languedoc, et entraîna dans son parti le maréchal de Montmorend, gouverneur de cette province. Coriolis, qui aurait dû n!aspirer qu'au repos et se tenir çn garde contre de nouvelles intrigues politiques , embrassa fort imprudemment la cause du prince rebelle. Ijneesp
carmouche plutôt qu'un combat finit la guerre à la journée de Gastdnaudarî. Coriolis se réfugia à Barcelone où il donna des leçons de droit romain pour vivre. Kiohelieu assembla des commissaires qui le cbndaninèlrent par coi^maoe à la peine capitale^ .Sa maison d'Aix lut rasée y et ses biens confisqués au profit du roi. Cependant la fin des troubles et Tamnistie accordée au plus grand nombredes révoltés firent espérer àCpriolis qu'il pourrait sans danger quitter TEspagne et se retirer à Avignon pour se rapprocher de sa famille. Mais enlevé sur la nmte, ii fnloooduità la tourdefiouc et enfermé dans une mauvaise chambre , qui n^était pas même à Vabri des injures de Tair. Ce savant magistrat y digne d'un sort meilleur, supporta 'son adversité avec une constance admirable et termina sa vie dans le calme de la philosophie chrétienne.
Le duc de Guise-^ privé de protecteun et dévoré d'inquiétude, se voyait sans crédit et presque sans pouvoir. Sa carrière politique était achevée. Appelé à k Cour par le cardinal de Richelieu^ il craignit les embûches de cet ennemi puissant et s'exila en Italie. Au mois d'avril i63a , le roi donna au maréchal de Vitry le gouvernement de Ptt>vence.
Cependant les griefs du pays n'étaient pas redressés encore. On se lassait d'attendre la révocation de Tédit des élus f et le sort des afbires restait
inoertain. L'indigne conduite du commandant
Soycourt , son insolence proconsulaire , la licence de ses soldats aliénaient tous les esprits etleste» naient dans de continuelles alarmes. Le maréchal de Vîfry avait , il est vrai , desqualités estimables, beaucoup d'honneur, une probité sévère. Mais il était aussi d'un esprit inconsidéré , d'un caractère hautain , dur et violent. En somme il ne semblait pas fait pour rétablir la confiance publique , pour travailler à une oeuvre de réconciliation et d'harmonie. La Cour de France , corrompue par ses succès, se fesait un plaisir de braver la colère delà nation provençale , et Talon , conseiller d'éut , fîif envoyé à Aix pour mettre à exécution dans toute la province Fédit sur Paugmentation du prix du sel. Le maréchal de Vitry et Talon allèrent à Marseille, mais ib furent, obligés d'en sortir à la hâte , pour se soustraire à la vengeafice d*nn peuple exaspéré. En même temps Louis XIII ordonna au maréchal de réunir les états-généraux pour en obtenir de nouveaux subsides. Le rèdres* sèment de tous les griefs était mis à ce dernier prix. Le gouverneur convoqua l'assemblée à Brignollés , au mois de janvier i633. Charles delà Potherieet le conseiller d'état Léon Brulart, commissaires du roi , demandèrent un million. On accorda cinq cent mille livres , sous la forme d'un don gratuit. L'impôt sur le sd fut supprimé aussitôt. Mais le roi ne révoquafédit des élus qu'au mois de juillet
suivant, par lettres-patentes données à Chantilly, et la Provenoe resta en possession de ses antiques
privilèges.
Cependant elle eut encore bespin de . toute son énergie pour se défendit contre les entreprises du pouvoir. La Cour n'avait cédé sur la question des éditSy que parce qu'elle avait besoin d'argent, mais son système était toujours le même, et Todieux caractère du maréchal de Yitry secondait les abus d'un gouvernement tracassier quand il n'était pas oppresseur. La Provence était chargée de troupes qui se croyaient en pays conquis et qu'il fallait nourrir sous peine de pillage. Vitry, orgueilleux contempteur de la toge parlementaire et du chaperon jnunicipal , fesait mciptre , dans tous ses actes, d'une grossièreté soldatesque. U s'arrogea le droit dénommer d'offîcelies consuls de plusieurs villes, et voulut enlever au paiement les matières de police. Il considéra comme une atteinte à ses droits , un arrêt portant clôture des théâtres pendant le qiréme , les fêtes et les dimanches. Cet arrêt reçut néanihoins son exécution. Mais le maréchal de Vitry ne tarda pas à casser de sa pleine autorité un autre arrêt de la même compagnie , par lequel die ordonnait aux .oonsob de fidre sonner, la retraite à neuf heures du soir , et au viguier d'assister au guet , selon un ancien usage. Le gouverneur fit afficher à tous les coins de mes et publier devant le Palais de Justice , pendant que les
D£ PRGVEirCE. U
magistrats y siégeaient, rordonnance qui annulait leur décision. Recherchant toutes les occasions^ dë les bM^H^téd ^dat , il affecta de placèr soiÀ son appui Raphélis-Saint-Martin , second consul d'Aîx, décrété de prise de corps pour des excès aux-^ queb* il s'était Ijivré énfvérà Bon eollèguè Gabassol j tt^UiMë'(dtiM»ull ilii9 âr pa^ deVaiit le Palais^ décoré de son chaperon. Ensuite , pour pousser le parlement à bout par des humiliations réitérées^ fl'^BlQl>4|«fe( '6aib^lliaHln àss^^ à une :procés; éiMf S(ilË!fiiK41éi 'iÉt^ec les insignes de sa dignité, et pour le protéger contre les huissiçrs porteurs , du mandal^de à» 'Cotps -, il lui donna une tBécorte ^ quaàtMi^Mïmes de sa compagnie d'ordonnance. Un magistrat contemporain et bien digne de foi (i) assure dans ses mémoires que le maréchal^ia^abé fM^k route d'Âpt au mois d'octobre i633ir<èt^ flÀiTttnt rester en voiture par la difficulté des chemins, fit demander des porteurs à LourmanOy-ei que n'en trouvant pas, il força les oonsab de oetir petite ville de s'associer avec ses domestiques pour le transport de sa litière.
C'était mettre le comble à l'oppression la plus smdménwêé* Le^ressentiment populaire ne se çonte^ naît qu'avec peine , et le parlement d'Aix délibéra de s adresser au garde des sceaux et au roi lui-même pour obtenir un terme à tant d'outragés. Le
(i) Le président Oaufridi. ••
souverain , accudllant les pDaintee légitimes dea
magistrats qui rendaient la justice en son nom , déclara par arrêt du conseil , à la date du 3o novembre i633 y qu*à lui ^eul il appartenait decasser les arrêts des cours souveraines ; ôta au maréchal la connaissance du guet dans les villes qui n'étaient point places de guerre, lui laissa la juridiction des patrouilles dans tous les lieux où il y avait garni-, son , et le droit exclusif de permettre les assemblées des communautés, excepté lorsqu'il s'agirait d'affiiires litigieuses. Abra c'était au parlement à permettre ces réunions , à la charge par lui d'en donner avis au gouverneur. Louis XIII en- Imi, aussi au maréchal- le pouvoir arbitraire qu'il s'était arrogé dans l'élection des consuls ; ' et comme sa présence pouvait causer de nouveaux malheurs 9 il lui ordonna de se rendre à la Cour. Le marquis de Saint-Ghaumont fut envoyé m Provence avec la qualité de lieutenautdn roi ^ et chargé du commandement provisoire.
Le maréchal ne se hâta guère d'obéir , et Saint- Ghaumont arriva en Provence au mois d'octobre 1634. Partout sur son passage il y eut de bruyans transports de joie , qui n'étaient que Tesplosion des sentimens de haine à l'adresse du gouverneur.
commandant provisoire n'osa pas entrer à Aix où Yitry se tenait toujours. 11 alla droit à Toulon et s'établit ensuite à Hyères. Il y resta comme assiégé , et le maréchal, dominé par une incoqoe-
Digitizeu Ly v^jOOgle
DE P&0yB!fCE. 67 vable frénésie, entreprit même de le faire enlever pc^adant lanuit. Mais les babitans d'Hyères s'armèrent pour défendre le commattdàtit ^ et cette tentative coupable tourna à la bonté de son auteur. Saint-Cbaumont se plaignit au parlement et aiik {irooiireurs dii pays. Le parlement rendit ani» sitôt un arrêt qui enjoignait aux gentilsbomines et seigneurs feudataires de la Province , à tous les gouverneurs de places et cbàteaux , à tous les of* fièiera » consuk et babitans des villes de prêter main-forte a» lieutenant diï roi contre les entreprises des étrangers et perturbateurs du repos public. On comprend aisément quel est cdui que le-paflMMÉljMrmilait désigner sous ces dénominations. Ensuitela compagnie envoya vers Saint» Gbaumont le président de la Roque , deux conseillers et lè procureur général , pour l'assurer de la protection des corps judiciaires. En même temps la province lui députa un des procureurs du pays et un greffier des états pour se tenir auprès de sa personne. De tout côté on lui offrit des secours. Le maréchal voyant bien , dans cette situation des esprits , qu'une plus longue résistance serait aussi dangereuse qu'inutile, prit enfin le parti de se rendre à la Cour.
Les remontrances du parlement d'Aix , les cris accusateurs delà nation provençale semblaient inévitaUement attirer sur le marécbal de Yitry une disgrâce complète. Mais ce gouverneur avait du
crédit , et l'inflexible Richelieu aurait cru faire une concession dangereuse en le sacrifiant à la colère publique. D'ailleurs, cofnraeil Tavait lui-même pourvu de cette charge importante , il ne voulait point faire l'aveu pénible d'un mauvais choix et d'une erreur. Il en coûte à tous les hommes de détruire leur ouvrage y et lorsque les gouvernans sont engagés dans une voie mauvaise, ils n'en sor-^ tent qu'avec répugnance , dominés qu'ils sont par une ÊEiusse politique et par un misérable orgueil. Le maréchal de Vitry obtiqt son pardon et retourna triomphant en Provence, tandis que Saint-Chaumoot reçut une destitution brutale.
Le cardinal de Richelieu, au milieu des cabales et des conspirations qui se formaient sans cesse contre lui , poursuivait avec une constance iné* branlable le cours de ses grands projets politiques^' parmi lesquels il plaçait eu première ligne rabais<sement de la puissance autrichienne. Il souleva contreelleune partie de l'Europe et déclara la guerre à TEspagne sous le* plus frivole prétexte. En cette conjoncture, les Impériaux et les Espagnols s'unirent pour conjurer l'orage dont ils se voyaient menacés. Ces derniers envoyèrent dans la Méditer^ ranée une armée navale, pleine de conlianee et d'espoir parce que les Français n'avaient aucune force à leur opposer dans les ports de Marseille et de Toulon. Le iS septeikibre i63ôy les ennemis attaquèrent l'île Sainte-Marguerite et s'en rendirent
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inaitres lelendeuiaiD. Ik emportèrent aussi 111e de Saint-Honoraty et fortifièrent ces deux Hes que le
gouvernement français avait laissées presque sans défense. Les Espagnob se tournèrent ensuite contre le village de Cames et le fert delà Groi2ette. BIsIs ils en furent repoussés par les efforts réunis de Saint-^Marc-Chasteuil» de son ûls le baron de ChàtesuneoEvidecViUeneuYe-Monset de Grasse-itoquebrune. Le maréchal de Vitry , qui se trouTait aloirs à la Tour-d'Aigues , vint fixer son quartier-général à Cannes , où il convoqua la noblesse et les milices du pays. Secondé par le zèle patriotique de d'Au^ trîc-Yintimille, de Julianis , de Mathuron-Salignac et de Baltbazar Boucbe, consuls-procureurs, il pourvut à la sûreté des cônes. Cest tout ce qu*il pouvait faire 9 car il fallait une escadre pour reprendre les îles d'Hyères.
Dé plus, la Cour de France avait besoin de fonds pour soutenir une guerre qui épuisait les finances , et l'on eut recours à i'expédient des édits bursaux. Ces édits créaient en Provence des ofEces de tréso* riers, de greffiers , de receveurs des épiées , un siège de judicature à Riez et des droits jusqu'alors inconnus sur les cabaretiers, L'exécution en fut confiée à Tabbé de Beauvau » évéque de Nantes. Ce prélat , nommé 'commissaire extraordinaire du roi, était aussi chargé de presser l'armement de plusieurs vaisseaux dans les ports de la Méditerranée. Aumoiade février i636 les états-généraux