‹ Histoire de ProvenceChapitre 6 sur 49 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

I^oordc daus la Magistrature Provençale. — Établissewamtda Semestre, ^ÂMaatinût de Philippe de GueidoD. — - If OQveaia troubles. — Le F^ufemeot d'Aix se met k la téte de rinsarrectîon — Le comte d'Alais, gouTerneur dePro- Tence , tombe au pouvoir des révoltés. — Paix imparfaite. — ^Reprise desbostilités. — Combat du Yal entre les trou» pes du Parlement et celles du Gouverneur. — La Provence entière prête son appui au Parlement. — Les deux partis se livrent à des excès. — Ils posent enfin les armes. — Peste à Marseille. — Troubles dans cette ville. — La faction des Sabreurs et celle des Mazarinistes. — Leur lutte jette partout le désordre. — ^Les Sabreurs , réfugiés à Toulon , tiennent en échec les forc^ du Gouvernement— Capitulation. — Christine de Suéde en Provence.^ — ^Émeute à Aix contre 1 c p remier Président du Pariement — Sédition à Dragui^joan.

A.P11BS deux ans d'exil, de fiernet parvint à faire admettre sa justification et à obtenir la première présidence du parlement de Bordeaux. Jean de Mesgriniy de Troyes, membre du grand conseil, fîit appdé à le remplacer à Âix. La haute magistra-

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turo de Provence continuait d'offrir la honteuse image des discordes intestines, et ne craignait pas

de nuire à sa considération par le scandale qu'elle donnait au peuple. Les .iiommes les plus éminenstombaal'iten^lMs^ les persionnages les plus graves deviennent bien ridicules , quand ils attachent aux vainsi)Qcjiie,ts de Torgueil une importance fantasti^^e^fiJAiM(ét; dtt |pted conseil décida que la dia^arbre dee requétés» incorporée an parlement d'AiX | jouirait de toutes les prérogatives et de tous les bommsMiltrihuésrà cette compagnie souveraine. Mm- le parlemebt n'en persista pas moins à refuser ce droit aux nouveaux magistrats. En i644> les membres^ des cçquétes voulurent suivre leurs eolIégiiei^4ii ptiifement à la procession de la Féte^ Dieiir^La cour, persévérant dans son opposition , IsL fonda sur ce que le chapitre d'Àix , ayant surpÉîs W>#ri9ét du iConseil qai lui attribuait qudques stiJlea4nidMBQr de la métropole, il ne convenait pas au parlement de se commettre avec lui ou d'appl^avttr96ii^entreiprisey etqu'ainsivingt-quatre de ses iaseiÉlires seulement, à eommenoer par lesphis anciens, et deux des gens du roi , assisteraient à la cérémonie. Cette délibération excita les vives plaintes des dffîders des requêtes qui se trouvaient ainsi écartés. Le parlement leur envoya denx de ses membres pour la leur notiûer , et ib députèrent , à leur tour , deux d'entre eux au parlement, pour déclarer « qu'ayant l'hoDneiir de frire partie

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« do même corps ^ ils étaient loin de vouloir désce obéir ; mais que, dans FiDlérétiie leurs charges, « ils devaient faire leur protestation. »

Deux jours après» à loccasion d'un Te Deum , le parlement employa le même moyen avec succès contre les magistrats qu'il refusait d'admettre dans son sein. Mais la cour des comptes , qui n'avait oncane raison d'éloigner de la «cérémonie une par* tie de ses membres, se rendit en corps à PégUse de Saint-Sauveur où se pressait un peuple immense. Les saints cantiques allaient commencer au milieu des solennités les plus pompeuses. Un pâr. fum d'encens et de fleurs remplissait la basilique, belle d'ornemens divers, resplendissante de lumières. Tout inspirait le calme et le respect. Il y jTvait en abondance des pensées de recueillement religieux I des trésors de sainte harmonie. Parmi les stalles précédemment destinées à la cour de# comptes, cette compagnie en trouva six occupées *par des ohanoinesy qui refusèrent de les abandonner. Les magistrats 9 blessés de leur résistance, firent éclater une violente colère. Le regard enflammé, le geste menaçant , ils résolurent d'emporter la f^ace de vive force , et les chanoines, de leur côté, se préparèrent à la bien défendre. D'abord il y eut nn bruyant échange d'injures, de déûs, de firossière^s de toute espèce \ et puis Ton en vint aux coups. Les combattans animés d'une rage inouïe , se heurtaient , se mêlaient , se renver-

saient , se jetaient au visage tous les objets mobiles qui tombaient sous leur mains. Les ornemens du sacerdoce et les insignes de la magistrature étaient foulés aux pieds ou volaient en lambeaux. La confusion et l'épouvante régnaient dans le temple. La profanation fut complète, et jamais on ne vit un scandale plus grand. Comme la victoire se range d'ordinaire du côté des gros bataillons , les membres de la cour des comptes restèrent maîtres du champ de bataille y grâce à l'avantage du nombre. Mais ils ne jouirent pas long- temps du fruit de leur triomphe , car l'archevêque , saisi de douleur, interdit aux uns et aux autres le choeur de relise.

Les chanoines, meurtris dans la lutte, portèrent plainte au parlement de Provence, qui les autorisa à se pourvoir par requête et délégua deux de ses membres pour informer régulièrement. Mais le conseil d'état s'attribua la connaissance de cette affiiire*dont nous ne connaissons pas les suites.

Le conseil avait déjà rendu de nombreux arrêts contre les prétentions du parlement qui ne se lassait pas de témoigner à la chambre des requêtes une haine fertile en ressources , et la Cour de France , £itiguée de ces pitoyables débats , voulut enfin y mettre un terme. Louis XlVy encoreenfieint, commençait dans la faiblesse et dans les agitations d'une minorité exposée aux tempêtes un règne qm devait porter au plus haut degré la gloire na-

tionale et le pouvoir royal. Pour le momeuti le cardinal Mazarin , successeur de Richelieu , gouvernait le royaume en maître , sans avoir le génie de cet homme d'état. Le nouveau ministre, suivant les anciens plans de politique intérieure, résolut de briser la puissance parlementaire. Comme cette puissance consistait dans Tunité et dans Tesprit de corps , Ifazarin créa dans les parlemens une nouvelle section qui devait partager avec l'ancienne nuigistrature les travaux de la juridique, de telle sorte que chacune d'elles siégerait six moiâ seulement. Par là le rusé cardinal détruisait l'importance et la force des grandes corporations judiciaires, créait.deux puissances rivales, et préparait, selon les conjonctures , des alliances successives du ministère avec l'un ou l'autre semestre. Tel fut le nom' porté par chacune des deux sections alternativement en exm^ice. Un édit du mots d'octobre 1647 ^^^^ semestre de Provence , composé de trois présidens à mortier, de trente conseillers f d*un procureur général et de deux* avocats généraux;.' Les .membres de la chambre des requêtes y entrèrent moyennant le payement du surplus de la finance à laqudle les nouveaux offices, devaient »étre taxés.

Le parlement d'Aix , menacé dans ce qu'il avait de plus cher, reconnut ses torts et cherra à les

réparer en se rapprochant des magistrats qui avaient été si long-temps les objets de sa haine et

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de ses dédains. Il les trouva généreusement dispo* sés à tout oublier^ ^% Tacçte de conciliation fut signé à La Ciotat chez le président Grimaldi de Régusse. Mais cet accommodement tardif ne désarma point Mazarin. D'ailleurs le nouvel édifc offrait trop d'anantages au cabinet français pour qu'il voulût y renoncer. Le grand conseil cassa le traité fait à La Ciotat. £a même temps il commit le premitf président Jean de Mesgrini , les trois intendans de Provence, du Languedoc, du Dauphiné, et tous les offîciers des requêtes , pour procéder à i établissement du semestre et en exercer la juridiction en attendant que les autres charges fussent remplies. L'intendant de Provence reçut en particulier l'ordre formel d'instruire contre tout ceux qui tent^ raient de s'opposer à l'édit de création , et le gouverneur fut chargé d'y tenir la main.

Le i8 janvier 1648 , Herbin et JMLusnier , huifrsiers du conseil, revêtus de leurs mant^ux à gran> des manches , et décorés d'une chaîne en or à laquelle une médaille était suspendue, entrèrent au palais , lurent au nom du roi 9 et la tête couverte, devant les chambres assemblées , un arrêt portant défense aux. anciens magistrats de remplir aucune fonction, soit en public , soit en particulier, hors de l'exercice semestral , à l'exception du premier président (i) , et se retirèrent sans don- Ci) u devait également servir dans les deux semestres.

n^r au pariement le temps de proférer une seule parole. La compagnie , audience tenante , chargea

les conseillers de Boyer , d'Olivier et de Lombard , de porter aux commissaires du roi son acte d'opposition , motivé sur ce que l'arrêt d'interdiction lui avait été notifié avant qu'elle eût procédé à son enregistrement. Le lendemain, le comte d'Alais, précédé de ses gardes , des consuls-procureurs ^ des trois intendans, de la chambre des requêtes, et suivi d'un grand nombre de gentilshommes d'épée qui voyaient avec plaisir rabaissement de la noblesse de robe ^ prit* séance au palais, y installa le semestre en service, le fit ensuite siéger dans la salie d'audience où Tédit de création fut publié , malgré la protestation des procureurs du pays.

■ Le peuple d' Aix ne voyait cette nouveauté qu'avec une froide indifférence. Mais les avocats , les procureurs et les huissiers , placés sous Tlnfluence de l'ancienne magistrature , refusèrent leurs services, et le cours de la justice fut n^pmentanément suspendu. Il fidlut les ordres les plus rigoureux du gouverneur et des commissaires du roi pour que chacun reprit ses fonctions. Trente des plus jeunes parlementaires , affligés du calme général / dier^ chèrent à le troubler. Le jeudi gras , ils parurent masqués sur les places publiques , pendant qu'une feule joyeuse y circulait ^ et tentèrent de la pousser à un mouvement séditieux ; mais comme personne ne bougea y ils n'osèrent point quitter leurs dégui-

semeus et rentrèrent chez eux. sans avoir obtenu une seule marque de sympathie. Alors quelques hommes désespérés conçurent des projets affreux. Habiles à s'étourdir et à s'aveugler , ils n'eurent pas de peine à se fiiire une hmse conscience , et sans doute ils regardèrent comme un acte de patriotique vertu le plus lâche de tous les crimes. Dans la fiireur de leurs passions , ils jurèrent d'immoler le premier qui viendrait occuper l'un des sièges vacans de la magistrature souveraine , pour frapper de terreur tous ceux qui avaient formé le dessein d'acheter les nouvelles charges , et pour paralyser ainsi la formation du semestre.

Philippe de Gueidon , avocat du roi au siège de Marseille , tomba victime de leur exécrable oo» plot. Inaccessible à la crainte , et livré tout entier au désir de son avancement , il brava les menaces anonymes y repoussa les conseils de l'amitié alarmée 9 obtint des provisions pour une des charges parlementaires, se rendit aussitôt à Aix, et crut s'y trouver en sûreté en descendant à l'hôtel de •la Mule-Noire 9 où logeaient le commandeur de Castellane-Montméyan, colonel du régiment de Provence , et plusieurs offîciers du même oorps. Quelques jours après , sur les sept heures du soir, pendant que de Gueidon était à table, entre le colonel Montméyan et un ofhcier nommé Latour, les conjurés se réunirent au nombre de trente dans une maison voisine. Dix se masquèrent pour met-

tre à exécution le plus audacieux des attentats ^ les autres devaient se tenir dans la nie pour prèier main-forte en cas de besoin. Ils étaient toos amés de pistolets et de mousquetons. Au moment favorable , les dix hommes masqués se précipitent sor l'hôtel ; trois se placent à la porte extérieure; deux se saisissent de la porte de la salle à manger , où se trouvaient une quarantaine de personnes; cinq autres y font irruption, et l'un deux, couchant en j eue les convives, s'écrie d'une voix foudroyante : Que personne ne inmge j on n'en veut qu'à un seuL An même instant, deux de ces assassins s'avançent vers Gueidon, lui donnent des coups de pistolet et de baïonnette , et' le laissent presque mort sous la table. Tous les convives se lèvent en désordre, quelques^ns demandent leurs armes ; les domestiques courent de tous côtés; le tumulte règne dans. ThôteL Les masques prennent la fuite , hormis un qui gardait Ur porte de la salle , lequel, dans Tagitation de son ame , sent ses genoux fléchir, tombe sans connaissance. Ses complices , craignant , s'il était pris , d'être enxrmémes découverts , se mirent en devoir de le jeter dans un puits tout proche. Comme on le secouait, il recouvra l'usuge de ses sens et eut assez de force pour s'eofuir avec les autres. Des pistolets furent trouvés sur le théâtre du crime. On parvint à découvrir l'armurier qui avait 'vendu ou réparé ces armes, et il désigna comme propriétaire de l'une d'elles un

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D£ P]U>V£NC£. 93 bourgeois d'Aix nommé Yaillac. Cet homne, transféré sous bonne escorte au château de Tarascon , fut bieotèt relâché, parce qu'on ne put obtenir contre lui que le témoignage de Tarmurier , témol> gnage insuffisant sous Tempire d'une législation absurde 9 qui , en matière criminelle, imposait des règles absolues à la conviction des juges. L*infor* tuoé Gueidon raconta toutes les circonstances de son assassinat , mais il, déclara n'avoir pu recon« naitre ses bourreaux f et mourut en leur pardonnant.

Qui commanda le crime ? Quds en furent les exécuteurs?' Ceux-là, sans contredit, qui pouvaient y trouver leur intérêt. Aussi bien Topinion publique armée de ce principe de sagesse et d'expérience , accusa les membres du parlement avec d'autant plus de chaleur qu'ils montrèrent peu d'empressement dans la poursuite des coupables. Si les magistrats né firent pas cotiler eux-mêmes le sang de Gueidon , s'ils n'armèrent pas la main de leurs jadhéreos et des membres de leurs familles, peuvent-ils échapper au reproche d'avoir contribué par leurs fureurs à Fexaltation des meurtriers ?-

Quoi qu'il en soit , ces misérables se trompèrent dans leurs calculs , car cinq gentilshommes , aussi intrépides que Gueidon , mais plus heureux que lui , ne tardèrent pas à acheter des offices au nouveau sénat. D'une autre côté le ministère ,

plein d*nne juste irritation , appesantit tonte sa

sévérité sur le parlement de Provence. Les conseillers de Thomassin, de Siguier et de Saint-Marc reçurent ordre de se rendre l'un à Sisteron , l'autre à Entrevaux et le troisième à Antibes. Mais les deux derniers se réfugièrent à l'Isle dans ieConitat Yenaissiny d*où le comte d'Alais ne put parvenir à* les arracher. Le vice-légat , sur la demande de ce gouverneur , menaça de les y saisir ; mais les habitans de Tlsle.annoncèrent qu'ils s'j opposeraient de vive force , et le vice-légat recula devant leur attitude énergique. Peu après , de nouvelles lettres de cachet furent signifiées au président d'Oppède, aux conseillers de Villeneuve. , d'Espagnet , d'Antelmy , du Canet , de Boyer , de Cornillon , et à l'avocat général de Connis. Leidet de Calissane , président au semestre , fut lui-même l'objet d'une rigueur semblable , parce qu'il était devenu suspect à ses collègues y comnie frère de l'un des anciens magistrats les pins zélés pour les intérêts de son corps. Tous ces parlementaires , au lieu de se rendre dans les diverses résidences qui leur étaient assignées par les lettres de cachet ^ allèrent à Garpentras pour se mettre sous la protection du cardinal Bischi , qui leur fit le meilleur accueil. Le ministère, allant trop loin , enjoignit aux nouveaux magistrats , qui étaient en service depuis le premier de janvier , de continuer leurs fonctions dans le semestre de juillet. Les anciens membres

du parlement dont la liberté avait été respectée et

qui devaient entrer en exercice de leurs charges , ne purent supporter ce coup de despotisme. Ils se réunirent au château de la Barben pour adopter un plan de conduite , et leurs collègues exilés vinrent se joindre à eux. L'assemblée délibéra de députer à Paris les conseillers de Barrème et d'André, pour négocier un accommodement avec le ministère I et de lever dans les états du Pape deux mille hommes pour se défendre contre le comte d'Alais dont les dispositions leur semblaient menaçantes. Ils commencèrent à recruter à Avignon; mais le vioe-lé^t ne voulut pas que les levées se fissent sous ses yeux au mépris de rautorité royale, et les meneurs du parlement y renoncèrent.

Bientôt leur parti se renforça par les &ute$ et . par les usurpations du pouvoir. Âu mépris des privilèges provinciaux ^ la Cour nomma d'ofûce de nouveaux consuls-procureurs , par lettres-patentes du mois de septembre 1648. Ce furent François de Villeneuve de Spinouze , Jacques Vianis , Balthazar Rostolan et Meichior de Bompar , hommes honorables qui n'eurent que le tort de servir d'instrumens à l'arbitraire ministériel. Les magistrats mécontens ne pouvaient pas être mieux servis. En effety la violation du droit constitutionnel. et des franchises municipales rattacha de nombreux adhérens à l'opposition parlementaire. Le peuple provençal, et cdui d'Aix en particulier, prirent en

dégoût le nouveau sénat En même temps , grâce

à la chaude protection du cardinal de Sainte- Cécile 9 les conseillers de Barrème et d'André obtenaient à Paris le rappel des magistrats exilés et concevaient mémeFespoir d*une victoire complète. Ils croyaient pai venir , moyennant une indenanité de neuf cent mille livres , à faire prononcer la suppression du semestre. Mais la mort prématurée du cardinal de Sainte-Cécile empêcha cet arrangement; et Mazarin fit confirmer le semestre par un

nouvel édit.

Cependant les magistrats chassés de leurs sièges revinrent de Tlsle et de Carpentras comme des triomphateurs couverts de gloire. L'abbé Féron , envoyé de Paris pour présider à leur réintégration, se rendit au bateau de Noves afin de les y recevoir. Ils y trouvèrent trois cents jeunes gens à cheval qui se mirent à leur téte. Leur cortège grossit sur la route , et six ^ mille personnes les accompagnèrent à Aix , au tnilieu des cris populaires de Vive le Roil vive le Parlement \ à bas le Semestre l U comte d'Alais , qui avait tout à craindre de cette manifestation bostile , se donna une nombreuse escorte ; et la ville d*Aix , où fermentaient tant de matières inflammables , fut travaillée d'une fièvre ardente , triste symptôme de la guerre civile .

Sur ces entre£sdtes de grands événemens se passèrent à Paris. On se souleva contre Mazarin ,

DE PROVENCE. 97 objet de la haine générale ; on fit des barricades , et Louis XIY s'enfuit à Saint^oGermaiD. Ainsi commença cette Fronde qui devait s'éteindre dans le ridicule y parce qu'elle n'avait pour mobiles ni le fanatisme religieux , ni l'enthousiasme chevaleres* que , ni Tamour de la liberté , ni aucune de ces passions fortes quisubjuguent long-temps les masses. Le parlement de Paris lança un arrêt foudroyant (i) contre Mazarin qui venait de donner des lois à l'Europe par le traité de Vestphalie. 11 le déclara perturbateur du repos public y ennemi de l'état , et ordonna de lui courre sus. Quelques jours après , il admit à sa barre les députés du parlement de Provence; et le conseiller de Barrème , prenant la parole en qualité d'ancien , traça d'une manière touchante le tableau des longs malheurs qui pesaient sur sa compagnie, n parla des lettres de cachet , des exils , des emprisonnemens dont les principaux, membres avaient été victimes. Il ajouta que Tédit de la chambre des requêtes et celui du semestre n'avaient jamais été vérifiés; qu'on les avait fait exécuter de vive force , sans observer aucune des formalités voulues par les lois. L'orateur ajouta que le gouverneur et le lieutenant de Provence , soutenus par le ministère, trouvaient toujours le moyen d'étouffer les plaintes légitimes des magis-

(i) Le 6 janvier 1649.

trats courbés sous le poids de l'oppression, et que, dans ces coDjonctures fâcheuses , il ne leur restait d'autre espoir que Tappui du premier parlement du royaume. Ce discours fut vivement applaudi ; de Barrème reçut.de nombreuses marques de bienveillance f et le parlement de Paris délibéra d'adresser au roi des remontrances sur rétablissement du semestre en Provence.

. En même temps les parlementaires d'Aix»

avertis que le comte d'Alais avait reçu dès ordres secrets pour faire arrêter plusieurs d entre eux et renvoyer les autres, dans leur premier exil , s'abandonnaient aux angoisses de la terreur. Recourant à des mesures de défense , ils appelèrent des divers points de la province leurs parens et leurs amis , et le gouverneur ^ à son tour , redoutant Farrivée de ces auxiliaires , enjoignit à tous les étrangers de sortir de la ville dans les vingt-quatre heures. D'Alais^ poussant plus loin les précautions, fit venir de Marseille le duc de Richelieu , général des galères, avec la plus grande partie de ses ofticiers de marine. Quelques-uns de ceux-ci avaient, à leur suite, des turcs de la cbiourme, et la vue de ces bommes enflamma l'imagination de la multitude crédule. Le bruit se répandit qu'ib devaient être les bourreaux des anciens magistrats. Cen fut assez pour préparer les esprits aux fureurs d'un soulèvement.

1 8 janvier 1649 » au moment où le comte

d'Abis passait sur la place des Prêcheurs , accompagné des consuls d'Âix , d'un grand nombre de

gentilshommes et d'offîciers , de ses gardes , du prévôt Artaud et de ses archers , le laquais du conseiller de Saint-Marc affecta de rester assis sur un banc de pierre et de ne pas se découvrir.

Pezenasy un des gardes du gouverneur , s'approcha du laquais et lui arracha violemment le chapeau. Celui-ci dit des injures , reçut des coups en échange ^ et se mit à fuir pour échapper à d'autres coups. Le garde y ne pouvant l'atteindre , déchargea sur lui sa carabine et lui cassa un bras. Dès-lors l'alarme devint générale , et de toute part on cria Aux armes / aux armes l fermez les bour tiques ! Le comte d'Alais mis sa cavalerie en ordre de bataille sur la place des Préclieurs et rangea son infanterie devant son pahis. Ensuite , suivi de tout son cortège , il parcourut les rues , et Castellane-Adhémar , archevêque d'Arles , qui se trouvait momentanément à Aix , se joignit à lui pour calmer les esprits. Efiforts infructueux ! Tinsurrection, qui avait paru s'apaiser, revint bientôt avec plus de force. Plusieurs gentilshommes atûichés au parti du parlement se réunirent dans l'hôtel du président d'Oppède, près de l'Université, et la mère de ce magistrat fut une des premières à sonner le tocsin. Les révoltés firent des barricades, se retranchèrent à la porte de Notre-Dame et dans la Cathédrale. Le conseiller Boyer , en robe rouge

uDe demi-pique à la main , amena trois cents hommes sur la place de l'Université. Le conseiller

de Peynier, vétu et armé de la même manière, en conduisit une quarantaine. Le ciianoine Decormis, masqué et brandissant une pique , rangea cette troupe en bataille, et son frère, l'avocat général Decormis, ayaut un nez postiche pour se déguiser aussiy la harangaa en Texhortantà combattreavec courage pour la patrie et le parlement. Les magistrats ajoutèrent à cette petite armée un grand nombre de paysans qu'ils décidèrent à prendre les armes. Les troupes du comte d'Alais attendaient avec impatience qu'on sonnât la charge. Mais ce gouverneur les modérait, parce qu'il n'avait aucune envie de répandre un sang précieux. On cite de lui une parole qui peint la magnanimité de ses sentimens et qui honore sa mémoire. Le chevalier de Vins, de la famille du célèbre ligueur, supplia le comte d'Alais de lui donner cent cavavaliers, et promit , avec leur secours , amener le parlement la corde aa cou et de passer sur le ventre à tous ces fanfarons, A quoi le comte répondit : Oui^ chevalier ^ mais vous ne dites pas que je mettrais toute la ville en deuil (i).

Quelques personnages honorables, à la téte desquels se trouvaient Tarchevéque d'Arles et Séguiran , premier président de la cour des comptes ,

(i) Pitton, OQT. cité y lir. T.

D£ PROVENCE. 101 secondèrent heureusement les intentions pacifiques du comte d'Aiais et se portèrent pour médiateurs entre les deux partis. Après bien des démarches auprès du président d'Oppède , chef des insurgés, ils opérèrent une conciliation. On convint que d*Oppède congédierait sa tronpe; que le gouverneur, de son côté, ferait sortir de la ville, dans les trois jours , tous les soldats qu'il y avait réunis, et que le rapport sur ces événemens serait assez adoUd pour que le roi n'en fut 'pas irrité.

Malgré cet accommodement , Aix continua d'être en proiè à Fagitation la plus violente. Bien que le président d'Oppède eût licencié ses bandes , le comte d'Alais ne s'en tint pas moins sur ses gardes. 11 fit occuper militairement THotel de Ville où se trouvait la salle d'armes , et la tour de l'Horloge qui dominait toute la cité. Ces précautions , nécessitées par le mauvais esprit d'un peuple encore travaillé par des séditieux , ne furent vues qu'avec colère. On ne manqua pas dédire que le gouverneur f en signant un traité de paix avec les patriotes , avait voulu les endormir dans une sécurité funeste , et que le réveil serait terrible.

C'était le ao janvier , deux jours après Tinsurrection que je viens de décrire. Ce jour-là , les babilans d'Aix, d'après un vœu du roi René, étaient dans Tusage de célébrer avec pompe la féte de

Sébastien et de &ire autour des remparts une procession générale , pour supplier l'Être Suprême

de ne plas déchaîner les fureurs de la peste.* Déjà les bannières flottaient au vent ^ le son des pieux cantiques remplissait Tair. Les corporatioDS' d'arts et métiers , les confréries religieuses , des per^ sonnes de tout sexe , de tout âge et de toute condition étendaient leurs longues ûlés au milieu d'une foule immense. Cette multitude ^ inquiète et mobile , fermentait sous l'influence des événeraens de la veille , sous l'empire de ses craintes , de ses intérêts et de ses passions. Le moindre accident imprévu, le souffle d'un seul homme pouvait Ten- Ûammer subitement , de même qu'une étincelle jetée sur un amas de matières combustibles suffît pour produire un vaste incendie. Tandis que le clergé sortait de la métropole j et que les consuls se préparaient, selon Fancienne coutume, à porter le dais sous lequel les reliques de Saint Sébastien étaient exposées à la vénération des ûdèles , un paysan, intimidé sans doute par la vue des soldats qui gardaient l'Hôtel de Ville, s'enfuit vers la place des prêcheurs en criant de toutes ses forces : ^ux armes I aux armes ! rtous sommes perdus \ Aussitôt les consuls allèrent, saisis d'épouvante , se cacher dans la sacristie. Les rangs de la procession se rompirent. On sonna partout le tocsin, et tous les habitans prirent les armes. Hommes , femmes, vieillards, enfans , chacun se jeta téte baissée dans le mouvement insurrectionnel. Ce fut une levée en masse. Le baron de Saint-Mare èt le conseiller

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DE PEOYENGE. iOS

ilascas du Canet s'emparèrent de l'Hôtel de Ville 5 la tour de THorloge et tous les autres postes tom* bèrant en un instant an pouvoir des réiroUés. On fit des barricades dans toute la ville avec une rapidité étonnante sous le commandement du président de GalUfet, des conseillers Clapiers de Vaovenargues , Beaurecuml , Laurens , Venel , Saint- Marc , Cousin du fiarou. Des personnages riches enrôlèrent des pauvres sous leurs drapeaux en leur distribuant de Targent ou du pain. D'autres , armés d'énormes pierres , se tenaient aux fenêtres pour écraser les soldats du gouvernement s'ils s'engageaient dans les rues. Plusieurs criaient : Vive la Liberté \ point d impositions ! Un attroupement se disposait à briser les portes de la Cathédrale où les consuls s'étaient réfugiés et où ils allaient être mis en pièces, lorsque le cadet Duchaine leur sauva la vie par sa présence d'esprit. Ce jeune bomm&y de &mille parlementaire, exerçait beaucoup d'influence sur la multitude. Comprenant qu'il fallait un aUment à la fureur populaire ; il prit les chaperons des consuls et les jeta au milieu de la foule. On se précipita sur ces insignes du pouvoir municipal, qui n'étaient plus que la livrée du despotisme ministériel , puisque les consuls tenaient illégalement leur charge de la Cour y au lieu de la tenir du libre choix de leurs compatriotes. On traîna dans la boue ces chaperons prostitués $ on les porta au bout d'une pique comme

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un trophée ; on les exposa devant l'Hôtel de Ville où ils furent bientôt déchirés à coups de mousquet et de hallebarde. £n marne temps le peuple pilla rhôtel de Gaufridi, président au semestre, et y massacra un prêtre qui voulait le défendre. La maison du consul Rostolan et celle de son cousin Benoist subirent aussi les horreurs du pillage.

L'hôtel du président d'Oppède était encore le quartier-général de Tinsurrection. Tous les membres du parlement s'y étaient réunis et l'on délibérait sur un plan de conduite , lorsque le conseiller de Boyer qui était toujours un des plus ardens non-seulement pour le conseil 9 mais aussi pour l'action , se prit à dire : que feso/is-nous, Messieurs P voulez - vous attendre qu'on nous amène le comte djilais garrotté? Mlons^ûourage^ nous l'emporterons. A ces mots , la plupart sortirent avec lui pour attiser le feu de la révolte. Quant k d*Alais, il se trouvait ches le cardinal. Barberin, au couvent des Capucins, au moment où le soulè* vement commença. 11 ût diligence pour entrer en ville y rangea ses troupes en bataille sur la place des Prêcheurs , en donna le commandement au duc de Richelieu, confia la garde du Palais à Féiixk'Jaconière et au chevalier de Village , tous deux marseillais et capitaines de cavalerie. Mais les troupes, pressées par les barricades qui s'élevaient autour d'elles, abandonnèrent la victoire au peuple et rentrèrent dans leurs quartiers. Un of&cler de

mérite , nommé la Male-du-Bar , fut tué d'un coup de fusil à la rue Papa$saudi« Cepeudaut comme la lutte n'eut qu'une très-courte durée ,

on ne compta que sept ou huit morts dans les deux partis.

Le comte d'Âlais était assiégé dans son hôtel

par une populace ivre de son facile triomphe. Grâce à l'archevêque d'Arles , aux présidens de Séguiran et de Banville , à d'Assane et à Barbentane-Ramatuelle , cette foule en fureur se calma bientôt. .« On n'a jamais vu , dit un auteur con* « temporain (i), témoin de ces événemens , on a n'a jamais vu une ardeur pareille à celle de ce « prélat et de ces magistrats. Comme ils se mé- « laient parmi les armes! comme ils franchissaient « les barricades pour faire les allées et les venues! » Le gouverneur signa un traité qui n était que la preuve d'une humiliante défaite. On convint qu'il ferait sortir le jour même toutes les troupes qui étaient dans la ville ; que , pour sa sûreté , le président d'Oppède et le conseiller de Vend demeureraient dans son hôtel auprès de lui , et que les anciens magistrats reprendraient leurs fonctions. D'Alais, mis de cette manière à la discrétion des rebelles , devint leur prisonnier et leur servit d'otage. Ou mura toutes les avenues de son appartement , on tendit des chaînes dans les environs de

(l) Piltou , ioco cit.

son hôtel , et on ne lui laissa pas même la liberté de paraître à ses croisées.

Les événemens de la journée de Saint-Sébastien furent à Paris une source d'intarissable raillerie. On ûl des chansons (i) contre le gouverneur de Provence, comme on en fesait alors sur tous les sujets politiques. Selon l'esprit du temps , les plus grandes affaires se traitaient en vaudevilles.

Les conditions imposées au comte d'Alaîs par la révolte triomphante furent exécutées avec promptitude. Quoique la nuit fut déjà fort avancée f les troupes évacuèrent la ville. Les anciens magistrats, revêtus de leurs robes rouges, partirent de l'Hôtel de Ville à la lueur des torches , au milieu des acclamations et allèrent s'installer au Palais de Justice. L'affluence était telle dans toutes

(i) L'une de ces ehanimM était ainii conçue : Le jeudi, nous apprimei tons Qne dans la Tene Frofrençale La propesNon génàvle Que le peuple d' Aix • bon dirétien »

Fait le jour de Srâit Sâtattîen, Fut inteiTonipae en w file Par des soldats Tenus en TÎlle Sons l'ordre dn ctHnle d'Aude f Gouveineor de la TÎUe d'Aix ; Sur quoi la populace fière» .

Avec la croix et la bannière , Le bénitier et l'aspergés , Battit ces gens et prit Alais.

les mes où passa le cortège , qu'il lui &Uut plus de deux heures pour faire cette route , bien que la distance fut peu considérable. Lorsque les magistrats furent réunis dans la grand'ohambre , ils prêtèrent un nouveau serment de fidélité au Souverain , pour que chacun restât bien convaincu qu'on n'avait pris les armes que contre l'arbitraire ministériel. Ensuite le parlement délibéra que les magistrats présens ne s'éloigneraient pas de la ville j et que ceux qui en étaient absens seraient invités à rentrer sans délai.

Le lendemain , pressé de recueillir les fruits de sa victoire , il rendit solennellement trois arrêts. Par Je premier il cassa le semestre ; par le second il destitua les consnb nommés d'office , et mit à leur place les consuls de Tannée précédente. Par le troisième^ il enjoignit à tous les citoyens d*abat* tre les barricades^et de déposer les armes. Quand l'agitation publique fut calmée , le parlement ordonna ia levée de quatre compagnies bourgeoises^ élut douze capitaines de quartiers » et lès chargea du maintien du bon ordre.

Cette Ck>ur souveraine , maîtresse paisible de l'administration et des afi&ires ^ voulut justifier sa conduite. Elle rédigea un mémoire qui contenait de chaudes protestations de fidélité à Louis XIV, et le conseiller de Bonfils fut chargé de le porter aux pieds du trône. Le roi, préférant les voies de la douceur à celles de la violence , invita le cardi«

nai Bichi f résidaot à GarpeDtras , de ménager un accommodement définitif entre lé parlement et le

gouverneur de Provence. Bichi, acceptant cette mission honorable , engagea cette cour et le comte d'Âlais dans des conférences, ou l'on dressa des accords qui eurent pour base la ratification de tous les actes parlementaires. On convint que le roi serait supplié de supprimer le semestre (r)y de licencier les troupes , de rendre aux villes la libre élection de leurs consuls et de leurs officiers municipaux suivant les anciens statuts. TTn édit royal, donné à Saint-Germain-en-Laye au mois de mars 1649» approuva accords, et des lettres de grâce fiirent accordées à tous ceux qui avaient pris part au soulèvement. Le parlement de Provence enregistra cet édit , et le même jour le comte d'Alais vit cesser sa captivité. Le temps était mauvais, la pluie tombait assez forte ; mais le gouverneur ne se disposa pas moins à sortir de la ville d'Aix. Comme son valet de chambre le priait de remettre son départ au lendemain : Non , rèpondit^il , le temps est toujours beau quand on sort de prison. Il se rendit à Marseille où le chevalier de Vins , tout dévoué à ses intérêts , venait de lui former un parti avec l'assistance du Jean Boule, troisième consul. Accueilli d abord avec les témoignages de

(i) La suppression totale du semestre n'eut lieu qu'au mois de mars lôSd » et l'on reiuboursa aux titulaires le prix de leurs olilices.

ra£fection la plus flatteuse, il conçut le projet d'attaquer ]a ville d'Aix en se mettant à la téte des

Marseillais ; mais ceux-ci se refroidirent quand ils vireut les premiers préparatifs de guerre. Yalbeile» lieutenant-général de ramirauté , Glandevès et Curet , premier et second consuls , se déclarèrent pour le parlement. Alors le comte d'Alais f renonçant à son dessein , quitta Marseille et prit la route de Toulon , sous le prétexte de visiter les côtes.

Durant ce voyage , le peuple d'Aix se livrait à la plus basse vengeance » et le parlement ne Tempécha pas, frappé qu'il était du même vertige. Le jour de la Féte-ûieu , on ût marcher à la procès* sioUy parmi les personnages qui y jouaient les mystères , un acteur tout aussi ridicule représentant le comte d*Alais dont il avait le costume , la démarci^e et la .taille. Deux planches qu'on levait et baissait à volonté par le moyen d'un cordon, soulevaient de temps en temps son habit pour lui faire montrer le derrière. Près de lui marchait une femme habillée de telle manière qu'il était &cile de reconnaître la comtesse son épouse. Les magistrats du semestre suivaient dans un piteux et grotesque équipage. A qudques pas de là quatre paysans, vêtus de robes jaunes et rouges aux cou» leurs de la ville, chantaient la Farce ^ œuvre indécente tirée de Thistoire du goi|verneur , de sa femme et de ses partisans, suivant l'antique droit qui permettait aux derniers du peuple de fronder,

dans une satire annuelle , les vices privés et pii<« blics des grands du pays.

Le comte d'Alais, naturellement doux et modéré, sentait pourtant le besoin de se mettre en garde contre ces excès audacieux. Il fit venir du Dauphin é le régiment de cavalerie de Saint- And ré MontbruUy lequel entra en Provence par Sisteron et ravagea les terres de qudqnes magistrats. Le parlement, voulant aussi se mettre en défense, chargea le riche président de GalUifet de lever un régiment de gendarmes. Dans cette situation la Provence se divisa. Deux factions menaçantes sortirent de son sein, celle du parlement et celle du semestre. La première se distingua par des rubans blancs» la seconde par des rubans bleus. Les personnages influens des deux partis no marchèrent plus qu'avec une escorte, et des combats particuliers furent souvent livrés dans les rues et dans les chemins. D'Alais avait pour lui Sisteron, Tarascon, Brîgnolles, Antibes , Toulon, la Tour de Bouc et la Citadelle de Saint-Tropez. Marseille flottait incertaine, chaque &ction y trouvant des partisans dont les forces se balançaient. Les autres villes étaient pour le parlement y qui voyait aussi sous ses drapeaux presque toute la noblesse.

Cependant les semestres, encouragés par l'arrivée du régiment de Monthrun, prirent le dessus en divers endroits , et Louis de Flotte de Meaux , membre de la nouvelle magistrature^ chercha à

s'emparer de Draguignan. Le pariement y envoya

Rascas du Canet , et chargea Vaucroue, lieutenant à la sénéchaussée de cette ville, d'informer contre les habiUuis de quelques villages du voisinage qui s'étaient déclarés pour le comte d'Alals. Vaucroue fut lâchement assassiné sur un chemin avec un gentilhomme nommé Villehaute. L« parlement commit le président d'Oppède , les conseillers de Maligeai, d'Espagnet, et Tavocat général Decormis, pour aller sur les lieux informer contre les coupables. Ces commissaires partirent le 6 juin 1649, escortés par la maréchaussée et par soixante fantassins sous les ordres de Durant! Mouplaisan, second consul -procureur; Leur petite troupe se grossit en chemin jusqu'au nombre de trois cents hommes, et ils arrivèrent sans obstacle à Draguignan. Le comte d'Alais, cherchant l'occasion de venger ses injures et d'user de représailles , ordonna au colonel du régiment de Montbrun de se loger du côté de Brignolles, et de s'emparer , si c'était possible, des commissaires à leur retour. A celte nouvelle, le parlement délibéra d'envoyer à leur rencontre un corps de troupes sous le -commandement du lieutenant général comte de Garces. Onût aussitôt des levées. Le chapi|;re de Saint-Sauveur fournit six mille livres pour les fjrais de cette campagne. De Garces partit aVec quelques escadrons, et fut suivi d'un régiment d'infanterie sui»^ les ordres de Barthélémy, troisième oonsi

jonction des commissaires envoyés à Draguignan

et des troupes du comte de Carces se fit à Barjols. Cette petite armée comptait quinze cents hommes; et c'était au Val, entre Barjols et BrignoUes, que le régiment de Montbrun , fort de trois cents hommes seulement, avait pris ses positions. Le i4 juin au matin y les principaux ofûciers parlementaires tinrent un conseil de guerre. De Rispe, maréchal de camp, et Forbin-la-Barben ne furent pas d'avis de commencer l'attaque. Mais les Ccuiets d*Aix à qui le sang bouillaU dans les veines^ et la démon" geaison défaire le coup de pistolet, Remportèrent, Même la division se mêla parmi eux pour avoir la première pointe (i). On résolut donc de combattre, et l'on fit de suite lesdispositions nécessaires.

Le comte de Carces forma ses troupes eo trois colonnes. Il mit à Pavant-garde les maréchaux de camp du Bourguet et de Rispe. Lui-même se plaça au centre avec les commissaires du parlement; et il donna le commandement de l'arrière-garde aux généraux Lachaud et de Gordon.

L'action ne fut pas longue. Les chevaux des parlementaires, presque tous de trait ou de louage \ prirent répouvante. Les carabins du capitaine Pourcelli, peu accoutumés aux combats , plièrent les premiers; les autres cavaliers ne résistèreiit pas davantage au feu des ennemis. La frayeur les pré-

(i) Pitton , m.

dpila left ans èùt Ibb antnes; et l'infiinlaiie^ sur la^ quelle ils se jetèrent, se rompit en désordre, ne connut plus ni chefs ni drapeaux , et ne se rallia qu'à Bar|o]s.Xe régiment de Montbran ne perdit que trois ou quatre hommes; mais la perte des parlementaires fut beaucoup plus considérable. Le consul Barthélémy, le bourgeois VaiUac, oeluL-là même qui amt été arrêté lors de l'assassinat de Gueidon, son frère Pierre, le jeune Duchaine, fils du conseiller de ce nom, Nadal-Beauvezet, Étienne YiUemuSy Montpezat» Gérente-Cabannes, Arbaud et de Buse se trouvèrent au nombre des morts. Parmi les blessés il y eut d'OUières, Cbateauneuf , d*Étienne du Bourguet, Honorât de Pourcioulx, Astier, Vitalis, Mingaud, Guerre le jeune et Ran* carel. Les uns et les autres appartenaient à des milles honorables de la ville d'Aix.

La consternation fut au oomUe dans cette capitale quand on y apprit la défaite du Val et quand on vit arriver les vaincus, la honte sur-le front et la douleur dans Tame. Cependant les alarmes se dissipèrent et la confiance revint. Le mouvement, d'abord purement pad^mentaire , prit un caracr tère plusimposanty etdAvinttout-à-&it provindal. Tous les corps en possession des respects populaires , tous les représentans. légitimes du pays , s'y laissèrent entraîner. U y eut pour gouvernement provisoire, agissant au nom du roi, un comitégénéral composé du parlement, de la cour des

eomptes , ém consuh-prodireon nés^ des procii** reurs- joints , de quelques ecclésiastiques et des

délégués du bureau des trésoriers généraux. Le chapitre de Saint-Sauveur dépouilla Tautel de gros chandeliers d*argent et les envoya à k monnaie; l'université fournit quatre mille livres; le corps des marchands dix mille; les dames donnèrent leurs bagues et leurs joyaux ; les officiers du parlement et les principaux citoyens , leur vaisselle. Les habîtans de la ville d'Aix qui avaient abandonné leurs foyers furent condamnés à c|nq cents francs d'amende. Parmi eux se trouvaient tous les magistrats du semestre» et Ton vendit les meubles des uns et des autres pour se payer de cette amende. Avec tout l'argent qu'on put se procurer, on leva plusieurs escadrons de cavalerie sous les ordres du conseiller de Glandevès, du baron de Saint-Marc; deLamanon,le Vernègues, Vauvenargues , Valbelle, Pourcelli, Gaillard, Ghasteuil-Tressemanes, Majastre d* Arles et du baron de Gastellane. On leva aussi sept régimens d'infiinterle dont les commandans étaient les présidens d'Oppède, Grimaldi-Régnsse et de Gallifet, les conseillers fieaurecueil et Rascas du Ganet , le banon d'Esèalls de Brai et les consuls d'Âix. Les conseillers de GlumansetSegnier forent mis chacun k latéte d'une compagnie franche. Le comité nomma le comte de Garces général en chef de l'armée provinciale, et lui donna pour bfu tenant François de Maugironi gentilhomme du

oe nonaicE. m

Dauphîné. Les enseignes colonelles portaient cette devise : Pro patrid mori vwene eH (i)« D'Ëscalis de Bras investit la Tille de Berre qui s'était prononcée en faveur du comte d^Alais y et s*en rendit bientôt nsaitre*

Les provhiees volsijm étaient tranquilles. €e^ pendant les états du Languedoc , assemblés à Montpellier sous la présidence de Tarchevéque de NarboDue , eurent des sujets d'inquiétude. Ils craignirent que l'embrasement de la Provence ne s'étendit jusque chez eux ; et, pour prévenir oe danger , ils offirirent d'être médiateurs entre le parlement d'Aix et le comte d'Alais. Mais les deux £sictions se sentaient animées d'une haine trôp vive pour lasaorifier à l'intérêt général.D'Alais ne voulut se rdâcher d'aucune de ses prétentions, et le parlement, de son côté, refusa de consentir à des conditions raisonnables. Le désir d'une vengeance implacable étooffii tout sentiaoent de oonci* iiation, et l'on ne respira que pour la guerre.

Le eomted'Alais se rendit à IMiarseille où son parti s'était renforcé. Il j reçut une lettre du roi qui approuvait sa conduite depuis le traité fait par Tentremise du cardinal Bichi. Louis XIV lui disait ensuite : « Si ^ au préjudice de mes défenses, il se « trouve des gens qui assemblent des troupes dans

(i) Mourir pour la Patrie , c'est vivre. — Registre du parlement. — PittOD , loco cit, ^ • '

« la province sans mes commissions et vos ordres, « T008 devez leur courir sus, comme criminels et « perturbateurs du repos public; ne Youtaut point « qu'on reconnaisse , dans Tétendue de votre char- « ge autre autorité pour les armes que celle qu'elle « Youa donne. * . • SerYes-vous de toutes ks voies « que vous aviserez pour empêcher qu'il ne se < passe rien qui puisse troubler la province, et c employer la force où. elle sera nécessaire pour « réprimer la licence et châtier la rébellion. Sûr « que vous saurez bien mêler la rigueur à la prum dence, et vous en servirsebn le besoinen toutes «( rencontres , je me confie entièrement en vos « -soins et en votre fidélité. »

VAlais i fort de l'approbation de sop soavjerainy sortit de Marseille le 8 juillet à la téte d'un corps de cavalerie qu'il avait recruté dans les Cevennes et d'une petite colonne d'in&nterie commandée par le chevalier de k Marcouae. Il se dirigea vers Aubagne où il avait mandé les régimens de Montbrun et de Saint-AunaL Les troupes réunies sur ce point s'élevaient k trois mille dnq cents hom-; mes. Le parlement d'Aix , se voyant menacé , rendit plusieurs arréAs.par lesquels il ordonna que les troupes kvées dansles contrées vobines sortimient de Provence dans les trois jours; défendit à toutes les communautés de leur fournir des subsistances: enjoignit à tous ceux qui avaient pris les armes pour le gouverneur de les déposer incontinent, à

peine d'élre poursuivis comme rebelles; le somma lui-même de licencier son armée, autrement dédara qu'il serait procédé contre lui suivant k ri* gueur des ordonnances.

D*Alais, bravant ces stériles arrêts et ces me* nactt impuissantes | prit le oonmandement des troupes campées à Âubagne, se présenta devant Trets qui lui ferma les portes, et vint s'établir à Gardanne d'où il envoya un héraut k Aie pour sommer les habitans dé déposer les armes, de sa saisir des officiers des troupes parlementaires et de tous les cbe£s de la révolte, comne anssi poor enjoindre auÀ consuls de se démettrede leurs fonc» tions et de se rendre auprès de lui. Il déclarait dans ce message que si on obéissait sans tarder davantage, il n'entreprendrait rien contrôla ville et son territoire; que même il intercéderait auprès du roi pour que le peuple obtînt le pardon de ses &ules; mais que si cette capitale aveuglée prolongeait sa résistance coupable, il saurait bien la ramener à son devoir et la frapper d'un châtiment exemplaire. Le comité général renvoya sans [réponse le béraut du gouverneur, fit élever à larhâis quelques fortifications, et réunit dans la ville cinq mille hommes pour la défimdre. Gomme quelques pleees de canon , qu'on attendait de La Giotat , n'arrivaient point , un menuisier offrit d'en faire de bois cerclés en^fer. On accepta son offre avec empressement; mais ces canons crevèrent à la pr&

118 HISIOIEE

mière épraim « et le mêmuâier ne rempotât autre chose que la honte d'avoir mal pensé (i).

Le bmn de Riana, cooseiUer au parlement de Provenoe ^ se trouvait alors auprès de la Cour de France pour quelques affaires particulières. Il lui fit y an OQoadeaa oompaguie et de tous ses compatriotes 9 de si chaudes protestations de fidélité» ^ lui traça un tableau si touchant des maux où la gnerre civile allait plonger le pays» que œ mouar* que chargea d'Élampes de Yakn^ , conseiller d'état , de rétablir l'union entre le gouverneur et les parlementaires» Pendant que ce commissaire rajâl se rendait en Provence à petites jotméest les troupes du comte d'Alais , dispersées aui: environs de la ville d'Aix g portaient sur leurs pas le pillage, Tinoendie et foules les horreurs de la guerre civile. Jjt comte gémissait en secret de ces ai&euic malheurs; mais il cédait , malgré lui , aux passions implacables de qudques hommes ulcérés qui avaient à régler avec leurs ennemis un compte de vengeance et de sang ; et ces hommes , presque tous magistrats au semestre» blessés dans leur orgueil y froissés dans leurs intérêts dépossédés violemment de leurs chaînes , qu'ils avaient payées fort cher, poussaient à toutes les violences une soldatesque avide et brutale, ta terre de Rognes fut dévastée. Le territoire de Pélissane et celui de

(I) fittoB, mr.'

DE PROVKIfCE. 119

plusieurs villages eurent le même sort. Meyrargue9> fleigoeorie da conseîUir de Yûlbelle, ne pr^ntâ f»lus que des ruines. Son château , attaqué par le marquis de Vignol » l'un des meilleurs officiers du «omte d'Alaîs , se rendit à diacrédoii. Mais , contife la foi jurée, les ^inqoeore le pillèrent et pendis rent le commandant. Saint-Paul sur la Durance ^ qui avait pour aeignenr le conseiller de TiionMisttii, Ait d'abord livré an pUlage et devint ensuite k proie des flammes.

Le peuple d'Aix se montrait tout aussi crueL Un cadet nommé Beaumont , qui avait suivi le comte d'Alais, voulut rentrer dans la ville pour viailer ses parens ou pour servir d*espion. Reconnu k la porte des Frères Mineurs, il allait être mis en pièces par les soldats du poste , lorsque le capitaine f l'arrachant des mains de ces furieux , le fit oondinie en |>riaon sons l'escorte de qndqCies mousquetaires. A la rue de la Boucherie, Beaumont échappaot à ses gardes se mit à fuir et se réfiigia dans la maison d'une femme de sa connaissaâce. Aux cris des mousquetaires, les bouchers envahirent cette maison et poursuivireut jusque sur les toits le malheureux jeune homme. Deux d'entre eux l'égorgèrent avec leurs couteaux* et le précipitèrent, respirant encorci dans la rue , où la populace le déchira.

Enfin toutes les troupes parlementaires , jalouses de porter à leurs ennemis des coups plus hono^

120 mSTOIEE

rables , allèreàt à leur rencontre dans b pkûne de h Tooloubre. Bientôt les deux armées furent en

présence. Mais quand il fallut se mettre en bataille pour aller à la charge, les escadrons de cavalerie du baron de Saiht>Marc et du baron de Bras se disputèrent l'honneur du premier poste. Pendant cette contestation, les parlementaires qui n'étaient pas soumis à une discipline rifooreuse , perdirent leur première ardeur, et il fallut battre en retraite. Peu après, le régiment de Grimaldi-Régusse fit une sortie et passa la DoHince à gué pour défendre la terre d*Ânsouis , seigneurie du baron de Bras. Mais les habitans de Pertuis fermèrent les portes à ce oorps dé troupes, lui tirèrent des coups de fusil du haut des remparts , et il se vit obligé de retourner à Aix sans atteindre le but de son expédition.

Sarxsos entrefiiites, d'Étampes de Valençay se

présenta au parlement et lui remit une lettre de Louis XIV qui ordonnait à la compagnie de s'entendre avec le comte d'Alais pour mettre un terme à tous les troubles. D'Etampes transmit aussi au gouverneur les intentions du roi; mais d'Alais con> sultant toujours moins son coeur que des influences étrangères , refusa de signer un armistice , demanda cinquante mille écus de dédommagement à. prendre sur les biens des révoltés, un régiment pour servir sous ses ordres , et quelques autres artides qu'on refusa de lui accorder. Louis XIV, fatigué

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I>£ PAOVfiNCË. 121

de tcyBlM œS' lentieiirs , envoya à Aiz le général Saiat-AignaD avec un traité de paix auquel il voulait que les deux partis se ooiiferBiasseiity sous peine de.désobéissanee. B'exigeait que les troupe» fassent licenciées de part et d'autre ; que le parlement» la cour des comptes , les autres compagnies et le conseil municipal d'Aix envoyassent des députés au comte d'Alais pour lui donner des témoignages d'estime et pour le prier de tout oublier. Les arrêts et* les ordonnances, rendoa à roccasion des troubles , étaient annulés ; le roi se réservait le droit d'expédier des lettres d'évocation (i) pour ceox qui avaient suivi le parti du gouverneur. Du reste, il confirmait les franchises municipales, il garantissait la liberté des élections consulaires , et pfodamait nne amnistie générale.

Le parlement, pénétré de joie et de reconnaissance , déclara qu il était prêt à obéir , et il écrivit au roi pour Tassurer de ses dispositions pacifiques- De son côté, le comte d'Akis n'osa pas persévérer dans sa conduite hostile, et reçut . bientôt avec bienveillanoe les députations des corps judiciaires et delà capUale. Le parkment licencia son armée^

' (x) On appelait lettre d'érocatiom le droit que le monarqaeMOOl^ dait à l'un des plaideurs de traduire son adyersaire devant un autre tribunal que celui dont la compétence était déjà déterminée par le domicile dn défendeur ov par la nature dn litige.

Ce droit était ici âeeordéaax partisant dn conle d^Alaitpoar canie de m^don Intime contre le pailenent de Frovenccé

J22 Hl&TOIAE

et les troupes étcangères sortiraii de ki province;

mais ce ne fat pas sans y faire beaucoup de ravages f et d'Alais^ retiré à Toukin, rendit une ordonntDoe qui permettait aux Provençaux de frai*' ter en criminels tous les soldats qu'ils prendraient en flagrant délit. Ainsi fut terminée la guerre du Semestre > an mois de septembre 1649*

Vers la fin de la même année la peste pénétra dans Marseille y comme si la Provence ne pouvait échapper à un fléau que pour être frappée d'tui antre. Le parlement enjoignit par arrêt aux faabi» tans de cette ville , de se renfermer dans leur ter» ritoire , et rompit toute communication avec eux. Malgré ces mesures , la maladie contagieoae .pai^ vint à Aix par des femmes de mauvaise vie. Les corps judiciaires y selon leur lâche habitude en pareille occurrence y abandonnèrent leur siège. Ijà parlement se retira à Salon, la cour des comptes à Pertuisyla sénéchaussée à Pélissane (i). Les procu* reurs du pays abandonnant aussi leur poste , suivirent à Pertnis la cour des comptes , à l^exœption du second consul Pélicot-Saint-Paul , au zèle 4uquel la police de la capitale fut confiée.

A Marseille la peste empêcha les élections consulaires qui devaient se faire au mois de janvier i65o. Le comte d*Alais s'était rendu maître des délibérations du conseil municipal par la. grande

(i) Ces eoipi ne itntrèreiit à Aix qu'au ouns d'octobre i65i.

D£ i>JiOY£HC£. 123

influenoe qu'il y aynit acquise. Ses créatures en majorité dans le conseil , se voyaient en minorité dans la vlUe, parce qu'il y a toujours phis de fie* tioDS que de vérités dana le mouvement de^ assemblées délibérantes, comme dans une foule d'institutions politiques. D'Alais, jaloux de oomerver son pouvoir à Marseille y y envoya son gendre le duc de Joyeuse, fils du duc de Guise, ancien gouverneur de Provenqe. Les Marseillais reçurent oe jeune prince avec affection et respect ; mais craignant que sa présence ne jetât le conseil municipal dans un asservissement plus grand encora, ils employèrent un singulier moyen pour l'âoigner. Us apoetèrent des hommes chargés d'exagérer k ses domestiques les ravages de la contagion , et firent passer devant son hètel tous les malades que l'on conduisait à Phôpital'et tous les morts que Ton portait au cimetière , qu'ils eussent été frappés du fléau pestilentiel ou de tout autre maladie. Le dnc de Joyeuse , effirayé par la vue de tant d'objets si* nistres, alla rejoindre son beau-père à Aix. En même temps le roi , voyant qu'on ne procédait pas k rélectkm des ooosnls et de l'assesseur pour Tannée i650f les nomma lui-même d'office. C'étaient François d'Acéoe f Charles de Mazenod, Antoîne Grange et Pierre d'Ortigues* Le i4 mars, te peuple marseillais, indigné de la violation de ses droits politiques, prit les armes, s'empara de la. Porte Boyale., de i'ahbaye de Sain^Victor , de la tour

124 UlSTOIR£

Saint-Jean y et da fort de Notr&*Dame*de»la«Garde;

il investit rHôtel-de-Ville., en chassa les consuls et Tassessear Dommés par le roi , proclama dans tou^ tes les rues la dissolution du conseil monîcipal et la destitution des capitaines de quartiers, fit enfin tout œ qu'il voulut, sans pourtant.se déshonorer par des actes de vengeance et de barbarié.

Une nombreuse assemblée des notables, présidée par l'évèquCi élut consuls Nicolas de F^ix , seigneur de la Reynarde, Pierre Dupont et Jean-Bap-; tiste Mazet , donna à Henri de Coutron le chaperon d'assesseur , choisit un autre conseil de ville et d*atttres capitaines de quartiers. Les nonveaux consuls n'eurent rien de plus empressé que d'écrire au comte d'Alais pour lui faire agréer leur élection; en même temps ils députèrent auprès du roi un gentilhomme nommé Montolieu , pour le supplier de les maintenir dans l'exercice de leur magistrature , et ib envoyèrent à Aix deux autres gentilshommes de la maison Félix de la Reynarde, pour se mettre sous la protection du parlement. Cette cour souveraine et les procureurs du pays accueillirent favorablement la demande des. consuls marseillais ; mais le comte d'Àlais se montra pIuS' sévère. S'annonçant comme le yengenr de la royauté censée , il marcha sur Marseille à la tété de six cents hommes et rencontra du côté de Roquevàire trois notables qui venaient le prier de ne rien entreprendre avant la réponse du roi au mes-

aaf» de Montolm. D'iUak vepcmiMi toutès ces ré* présentations , continua sa route , et-donna ordre

à Mathan , capitaine de. ses gardes, de le précéder à MaraeUk aw^^nelqim carraiiers. Mathan s'étaot fTéaaM*ë toffopté Rb^aie y y fiit tué par uner dé^ charge de mousqueterie ; ses cavaliers prirent la ftiite> efr'ie'^OMate'd*Alais comprenant alors qu'il ne pottmrak^paa réduire atec une poignée de sol* dats une ville populeuse et si bien préparée à se défefidre |<lMUtit de suite en retraite. Sans doute il pdn^iailinMiseaibler des forces plus considérables, mais la lutte pouvait aussi traîner en longueur, et TatUtude insurrectionnelle de Marseille pouvait ranunie»»ri«0||i)JaJ^vencè entière leji feuit mal assoflfpis «de-la 'foerre cîtAc. Le comte d*Alais , ne vo^ulant pas tenter la fortune des armes , demanda sagpBwtteulàla'Gbttr de France une amnistie pour Manille f^ieelte amnistie fut accordée par lettrespatentes du mois de mai.

JUi-geiumtefr continua d'avoir un parti à Mar- 8^e-> iel< he tliommes de ce parti reconnaissant pour chef le marquis de Marignane , se donnèrent tout te laouvement que les minorités se donnent dV>rdiDaif«f ^ îempressées qu'elles sont de suppléer au nombre qui leur manque par un redoublement d'audace et de clameurs. Gaze, hardi capitaine du comte d'AlaiSy s'empara par surprise, avec quelques soldats , du fort de Notre-Dauie-de-la-Garde. Les patriotes , pour exciter le peuple , iirent aussi-

126 ' HRTOŒ

tôt courir le bruit que la oomte voulait livrer Marseille aux Espaguoby «t que sou complot venait de

recevoir un commencement d'eséoitioii. Tous le« habitans volèrent encore aux armes , assiégèrent le Ibrt et le reprireot bientôt. Ëniuite ils députèrent au roi Antoine de Félix pour lui exprimer leur seutimens de fidélité et leurs sujets de plainte contre le gouverneur. D'un autre côté, le parlement d'Aix irrité de ce que le comte donnait des certificats à tous ceux qui en demandaient pour obtenir des évocations» en abusant de Tun des artides du traité de paix imposé par Loms • XIV , déposa ses griefs au pied du trône, et sollicita surtout une réparation publique au sujet des termes injurieux employés par le gouverneur dans la rédaction de ses certificats. Le cardinal Mazarin, qui n'aimait pas le comte d'Alais, fiit bien aise d'avoir Tooeasion d'accélérer sa chiite » préparée de loin, en l'abandonnant à la faiblesse de son caractère et aux conseils de ses amis. Au mois de septembre i65q y le roi le fit venir à Paris sans encore lui ôter sa charge, et en même temps il manda auprès de sa personne le comte de Garces , Tancien chef du parti parlementaire» pour tonr la balance égale avant toute décision définitive. Le marquis d'Ai* guebonne reçut le commandement provisoire de la Provence.

. La première guerre de la Fronde était terminée ; Mazarin conservait sa place et le parlement de Paris

8011 poof oirv Mns de nooimraK tranUcB édatèrant dans k royaume. Màzaria ^ cédant à l'orage , fut

obligé de quitter la France sans rien perdre de sop crédit à la Cour. Le parlement de Paria nût sa téte à prix. Le pariement de Bonkam s'anit à cette compagnie , qui jouait alors un rôle si actif sur la scène politique; et le pariement d*Aix , à qui celui de Paris atait envoyé «on arrêt du 9 février i65i , rendit un arrêt semblable le a3 du même inois. Dans la chaleur de cette lutte, le comte d'Alaia offirit aea servîeea aux prinoea du sang. Se» ennemis crai^irent qu'à la fiivecir de leur protee» tion il ne fut rétabli dans son gouvernement de Promice. Le parlement d' députa au roi le pré» fiident de GaHifel, et la ville lui envoya le baron de Saint-Marc, premier consul-procureur, pour s'opposer à son retour» Les partisans du comte st'agitÂrent de lenrc6lé. Le marquis de Trans, le comte de Luc et plusieurs autres gentilshommes se réunirent poar adresser des remontrances au roi contns le parlement de Provence. Le comte d'Alais ■voulant braver ses adversaires et leur donner en même temps une preuve de son crédit, obtint, à la fin du mois d'août, une évocation générale au parlement de Dijon pour tous ceux qui avaient servi sous ses drapeaux dans la guerre du Semestre.

Le président de Gallifet et le baron de Sainte Marc, désespérant alors du succès de leur mission, retournèrent à Aix. Mécontens de la Cour et du

128 HiffromE

OHPdinal Manriiiy ib ae rangèrent aa parti des princes, 6tae virent appuyés par le plus grand nom^

bre des jeunes gens de la capitale , de Marseille et de quelques autres villes. On appela sabreurs les hommes de œtle Action , parce que le baron de Saint-Marc portait un grand sabre , et menaçait souvent ses adversaires en disant : Je les sabrerai. Ceux qui se pronooeèfent pour k cour eurent le nom de Çanweîs y ou TaUle^plumes , parce qu'ils étaient beaucoup plus paisibles. On les appela «iissi Mazarimtiu. Le parlement d' Aix ne put con* server son repos au milieu de ces nouveaux fermens de discorde, et Tambition rivale de deux de ses cbâfs augmenta ses agitations. Le premier prési* dent de Mesgrini , dégoûté de ses fonctions péni» bles en ces temps orageux, pensait à s'en démettra pour finir ses jours dans une douce retraite. D*Oppède et Grlmaldi de Régusse, qui aspiraient à le remplacer , comprirent qu'ils ne pouvaient pas réussir par les mêmes voies , et cbacun deux se jeta dans une &ction opposée. D*Oppède s'attacha au parti des princes. De Régusse, embrassant la cause du roi et de Mazarin , agit avec tant d'adresse e^ d'habileté, qu'il parvint en peu de temps à ra« mener la compagnie à ses opinions intéressées , cette piéme compagnie qui venait de £aire parade de sentimens contraires , en lançant contre le . premier ministre un arrêt de proscription. Voulant donner une preuve non équivoque de son retour i

die Um an roi des lettres que Je.duc d!Orlé«lft et le fMriiMe de Condé hii ayaient écrites pour la mettre dans lemslntéréts, et par cette démarche inattendoe, pal* i»i brasc^ue revirement y elle courut même fortnMrque^Mazarin.

Les principaux sabreurs s'étaient assemblés dans Thètel du président de La Roque, le 3i octobrp ï6&t , à k suite d'une querelle particnlièreé^Us en sortirent pour aller à la place des Prêcheurs , où ils tirèrent en Tair quelques coups de pistolet qui mirent les passaus en. fuite. Mais le prieur Deeormis , cannivet plein d'ardeur et de bravoure , s'arjTiêta^tout court , jetant des regards de oolère sur le Jbaron. dei SsiotmMarc , qui était à*, la téte du rassemblement. Les deux champions se menacé»

jmnt^pendant quelque temps le pislolet à la mani, sapp^'a«çuAd^deux osàtti«er. Les sabreurs passèrent soustle Palais de Justice , se dirigèrent ensuite vers FHôtel de Ville , et.s*en .xepdirent facilen^ les maitm» Durant cte tumulley la plupart des n^embres du parlement se réunirent dans la n^aison de l'avocat du Peri^r. Ils en sortirent avec leurs insignes et s'amoèreut en corps jusqu'à Téglise de Seint&Glaîre. Là le conseiller de Tressemajies de Cbasteuil, qui lésait partie de la minorité-opposée au premier ministre, quitta sa robe , prit Tépée et le chapeau de son laquais , et par» courut les rues pour soulever le peuple. Quelques bourgeois le suivirent ; mais les ouirriers dirent ne

vouloir sortir s'ils ne Toyaient une robe mige à lear téte. H fiilhit les sstisfiiire , et Tressenanesy

ayant repris sa toge , vit bientôt sous ses ordres une foule considérable qui le suivit k la place des Prêcheurs. Pendant qii*il y stationnait » on vit paraître la daine de Venel, que le peuple aimait avec passion , parce qu'elle avait consacré ses richesses an soulagement des pauvres et des malades pendant la dernière peste. L'épée d'une main , le pistolet de Tautre, elle criait: f^wo lou Beyl Fouero hu sabré / ( i). Ce cri ent partout de l'écho , et des clameurs retentissantes s'élevèrent de la multitude comme une tempête furieuse. Les membres de la majorité du parlement s'animèrent à i'envi , reprirent tous du ottor, s'èiuparèreàt à ienr toor de THotel-de- Ville et des postes les plus avantageux* Les sabrears , repotissés de tous cotéSi se disper^ ■sèrent , et les principaux d'entre eux allèrent dièrcher un refuge à Marseille et à Toulon.

Cette &ction a&iblie se réunit aux ofiSders dit semestre, aux amis de ces magistrats , aux partisans du comte d'Alais, à tous les ennemis du parlement , et se flatta d'obtenir du succès avec le concours de ces divers auxiliaires. Le retour inopiné du comte de Garces , qui avait quitté Paris sans prendre congé du roi , ranima les esprits. Les nombreux amis qui rentodraient firent ombrage au

■(i) Vire le roi , hon d'kâ let Mlirenrs.

DE nOVENCË. 131

mirquis d'Aigiid>oiiiie» eomounidant provisoira ; lequel quitta sopJe^amp la Tour d'Aiguës , où il résidait, pour venir exercer à Aix les fonctions de sa charge. Le parlement, craignant que sa présence ne devint le signal de nouveaux désordres , le fît prier d'ajourner son projet. Mais d'Aiguebonne fut inflexible. De, Garces , plus docile aux vœux de la compagniei congédia les amis qui Ifenvironnaient, et ne conserva que quelques domestiques. B'Aiguebonne s'étant présenté à Tune des portes de la viUe , y fut arrêté par un grand nombre de per» sonnes considérables, qui le prièrent de ne pas en franchir le seuil. Mais comme il ne tenait aucun compte de leurs Kprésentations , un coup de fusil parti du sein de la foule, étendit par terre un de ses gardes. Au milieu du tumulte, qui s'accroissait à chaque instant, la porte se ferma, et d^lguebonne prit la route de Roquevaire. Cette affaire n'eut aucune suite fâcheuse.

Le9 cheÉs du sabre et du semestre^ espérant toujours que le comte d^Alaîs, rentrerait dans son gouvernement de Provence, voulurent faire quelques efforts. Au mois de mars i65a ils excitèrent à Draguignan une violente émeute, dans laquelle trois hommes perdirent la vie. Le comte de Garces parvint heureusement à calmer les troubles; mais les séditieux, sans se décourager, s'approchèrent de la ville d'Aix pour la surprendre. Ils comptaient s y introduire par un aqueduc qui conduisait dans

rhàteldtt pr6ùd€iil d'Oppède^ eft qu'on WÊtçcm kar a^it promis d'bfiTiir. Cette' entrepr i ie ayanf manqué » les procureurs du pays n'en sentirent que mieux le besoin de prendre enfin des mesures pour rétehiir la tranqufltité publique. Lë paiiement et la cour des comptes eurent le même désir. On tint une assemblée générale , et Ton y arrêta des remontrances au roi pomr le supplier de nommer un gouverneur qui put contenir les perturbateurs par la fermeté de son caractère.

Voici quel était alors l'état des afibires en France. La guerre civile déchirait micore plusieurs provinqes. Mazarin, comblé des faveurs royales , était venu d'Allemagne à la téte d'une armée. Bravant cens qui l'avaient proscrit, il s'aVançait dans le royaume non pas comme un banni qui secoue le poussière de la terre d'exil , mais comme vtn conquérant en» touré de splendeurs sur son char de triomphe. Paris penchait vers la révolte. 1-^ Cour était à Poitiers. Les d^us premiers capitaines du siècle , Ck>ndé et TurennCf s& trouvaient en présence les armes à la main.Condé s'était malheureusement ligué avec les Espagnols , et Turenne les avait abandonnés pour servir la Cour. Ces deux grands hommes mesorèrent leurs forces à Gien , où Tùrenne sauva le roi et sa famille , et ils allaient les mesurer encore sous les murs de Paris au combat de Saint-Antoine.

En ces circonstances difficiles , la Cour, bien aise d'assoupir «n Provence les haines poUtiques, fit

DE nOTENCE. m

acte de sagesse en rappelant le marquis d'Aiguebonne, eo ivtenant anprès d'eUdle comte d'Alais , sans \ai àler mua gonvernement , et en nommant gouverneur par intérim Loiiis de Vendôme , duc de Meroœur, pair de France, lequel avait épousé la ciemolseUeMancim, nièice du cardinal Mazarin. Le nouveau gouverneur entra à Aix le 8 mai i65a« U croyait que son autorité serait reconnue sans bbstade dans la province entière.Mafo qud fut 80« élonnement , quand il vit que plusieurs places lui refusaient l'obéissance. Toulon, Saint -Maximin^ Antibesy Tarasconi Sisteron , Saint-ïropeeetla TonrdeBouc tenaient encore pour le comte d'Alais. L'assemblée générale des communautés , tenue à Aix au mois de juin , déUbéra de fournir assis* tance au docdéMèroœur pour la réduction de ces places. Le duc, fort de l'appui d'une assemblée qui sur ce point représentait véritablement le pays , commença bientôt ses opérations mililaires. La forteresse de Sisteron se rendit après une faible résistance. Le château de Tarascon, sous les ordres fXna capitaine nommé Lacan , se défendit avec plus de vigueur. Il capitula le a4 juin, après quatorze jours de siège, et quand il n'eut plus de munitions de guerre. Antibes, Saint - Maximin et la Tour de Bouc cédèrent à leur tour. Restaient Toulon et Saint-Tropez. Toulon ^ où les mécontens avaient lassembié leurs forces, était défiandu par le régimèttt d'Angouléme tout dévoué au comte d'Alais^

XU mSTOIRE

Pour nu fiiiro le siège , il Cillait de grands sacrifioea,

beaucoup de temps, des ressources considérables.

L'assemblée générale des oommunautés tenait encore ses séanoes, et il y fut arrêté qu'on traite* rait d abord d'un accommodement, A cet effet , Nicolas 4e Mimata, grand vicaire dn diocèse d'Aix, et dnq autres députés, se rendirent au village de La Valette , où les cbefs des réfugiés se trouvaient aussL Après plusieurs conférences, on convint de quelques articles , sauf l'approbation de Tasseiii* blée générale, du parlement et du duc de Mercœur Par ce projet, la ville de Toulon se déclarait prête k servir le roi sous les ordres du gouverneur de Provence, Elle devait députer à rassemblée des communautés son premier consul, un capitaine du régiment d'Angouléme , m des onembres de la minorité du parlement et un gentilhomme d'entre les sabreurs réfugiés , pour aller traiter des moyens de pacifier la province. Le régiment d'An» gouléme devait sortir île la place , après avoir reçu du pays le paiement de tous- arrérages de solde. Enfin , on déclarait surseoir aux décretsr de prise de corps décernés contre les mécontens, jusqu'à ce que le roi y eût lui-même pourvu*

L'assemblée accepta ces articles, le duc de Mer» cœur les approuva; mais le parlement ne voulut accorder le sursis aux décrets de prise de corps que pour dnq personnes, sans toutefois les dési« gneir. Un gentilhomme, nommé de Bendor , et les

D£ rAOV£MC£. m

oooBulft d'ÂBtibes, de Perlais el de Lanbesc , et»

lérent à Toulon pour y notifier Facceptation des articles , sauf le sursis général. Les réfugiés ne se pressèrent pas de terminer raoconunodement. Sur ces entrefaites , de Bendor s'étant livré à des voies de (ait contre un garde-chiourme, les mariniers e'ameaterenty et' les. députés de l'assemblée -gêné* raie sortirent de la ville. Les réfugiés , avant de renouer les négociations y demandèrent des otages qui répondissent de leurs députés à l'assemblée.

On leur enyoja cinq gentilshommes; mais ils élevèrent de nouvelles difEcultés et traînèrent Taf* taire en longueort parce qu'ils espéraient toujours que le «comte d'Âlais reviendrait en Provence. Le cooutei pressé par eux de hâter son retour, se mit en route, fiit bientAt arrêté en Poitou et conduit à l'armée royale qui campait devant Montrond. Le bruit courut qu'il avait lui-même préparé son arrestation y en £asant avertir le roi de son départ f ptmt échapper aux importuuîtés des méoontens de Provence. Ce qui accrédita cette opinion généralement répandue y c'est qu'il laissa à Orléans une escorte nombreuse que le prince de Condé lui avei| donnée, et ne prit avec lui que vingt cavaliers.

Le duc de Mercœur^ avant de tourner ses armes contre Toulon, jug^ convenable de réduire le fort de Saint-Tropez , placé sous le commandement d'Ardenty, homme de cœur, tellement résolu k faire bon marobé de sa ne , que Ifwsqu'on le somm ds

136 UISTOIKË

se rendre^ il répondh: cpi'tt tiemiriit teaie tint

qu'une goutte 3e sang coulerait dans ses veines. Vivement attaqué par le régiment d'£ntragues et parles milièes dn pays sous les ordres de Cojgpoltn, dé Saint-Tropez et de Ramatuelle , il se retrancha dans le donjon lorsque les brèches faites par rar-^ tittérie dès assiégéans ne lui permiireiit plus deres» ter ailleurs. Enfin, se trouvant au bout de sa résistance intrépide, il signa^ le 7 août, une capitulatioo ayttntagense et sortitavecles honneurs dekgverrs.

Les réfugiés de Toulon, consternés de la prise de ce fort et de l'arrestation du comte d*Alais, pensèrent aux dangers d*ane pins longue lutté. Le la ^tembre , ils firent , avec le duc de Meroœnr , établi à Olioulles, une convention dont les articles poimifint que la ville serait maintenue en ses priv viléges municipauic; que le régiiiient d'AngoUénid suivrait la route que loi indiquerait le duc pour le service du roi; cpie pour ks arrérages de solde, on lui paierait soixante et dis mlUe livres avant sa sortie de Toulon, et trente mille quand il ne serait plUà en Provence; que la ville lèverait pour sa garde hait compagnies de quarante hommes chacune, sous les ordres d'officiers nommés par le conseil municipal , avec l'agrément du gouverneur; que rentretien de cette troupe serait aux dépend du pays; que la demande faite par la ville , pour le rétablissmnent des magistrats du* semestre et de la minorité du parlement, sevait renvoyée au roi, et

quVn attendant ils pourraient se retirer en td lieu '

de la province qu'il leur plairait choisir, excepté aux vUlescFAiz, d*Arles et de Marseille; qde tous le» antres réfugiés, ainsi que leà citoyens dé la ville f seraient dès maintenant rétablis dans leurs charges, offices et propriétés; qu'ils jouiraient des évocations par eux obteiiues ; enfin , qu'il serait accordé une amnistie pour tous les faits politiques commis depuis k 4 septembre j65i jusqu'à ce jour.

L'assemblée des communautés, tenue à Aubagne an mois d'octobre , ratifia les accords passés entre lé duc de Mercœur et les réfugiés de Toulon. Le roi les confirma ensuite dans leur intégrité , et il u*j eut d'exception que pour le président de Gallifetqui fiit enfermé dans la citaddie deSisteron(i).

Cour se montra plus sévère à son égard, parce qu'U avait entretenu des liaisons plus intimes avec les princes qui lui témoignident une entière confiance.

Ainsi finit en Provence cette guerre civile qui n'avait jamais eu des proportions tant soit pen imposantes , parce qu'il n'y avait pas dans ses causes fiitiles de quoi remuer les esprits. Le calme revint aussi en France. Le roi,, cédant auxuéces* sités politiques y de l'avis même de Masarin, sacri-

(i) n «n aortU en i6S4|wr U protaotion da piîiiM de Gonti» Uxntp» caliii^i fit ma aocoauBodraMOt avM leto^

m HI6T0Ul£

fia .de oooveiiu mioistre au bien public , k la paix désirée. La Fronde disparot et Paris se soumi t. Au bout de quelques mois , Mazariq » qui s'était eetiré à Sédan, retourna plus puissant que jaouiis. Aussi absolu que Richelieu , il vit tous ses ennemis à ses pieds. C'était l'oeuvre de la souplesse , de la ruse et de k patience. Le génie n'aQrai|.pas mieux fiiit.

Le comte d'Alals, qui était toujours gouverneur titulaire , se démit de sa charge, et le roi la do»» na définitivement au duc de Meroœnr. Ce fiit le marquis de Janson qui en porta les lettres à Aix le 17 mars i653. Comme le duc deMercœur s'était concilié l'afibction populaire, il y eut des feux de joie, des illuminations et des fêtes. Trente jeunes gens des meilleures &miiles parcoururent les rues habillés en garçons de cabaret , une senriette sur le bras y une bouteille à la main , et donnant à boire à tous les passons , au bruit des tambours y au son des &nbres. Les principales dames yaccom« pagnées chacune d*un cavalier , firent des fiunndoles, et tous les corps de métiers, excités par ces exemples, se livrèrent aussi à des jeux pubUpi^(i)*

Jean de Bfesgriui s'était rendu à Paris pour se démettre, entre les mains du roi, de la première présidence du parlement d'Aix , suivant le dessein qu'il avait formé depuis long>temps. Cette place

(1^ PflpQn , ton. HT, Kv. xsfm

D£ PApV£19C£. 13»

éminente était promise au président Grimaldt de

Régusse, qui avait des liaisons avec le premier ministre auquel il témoigoait le plus chaud dévoûment. Son ooocunrent , Foribtn d'Oppède , ardemment attaché à la faction des princes , fesait partie des réfugiés de Toulon qui veuaieut d'ohtenir leur rappel. Ttittt semblait anooiioer le triomphe de. Régusse. D'Oppède pourtant l'emporta , mais par des moyeuâ peu honorables. Il fit à Mazarin une eour assidue, quand il le yit raffermi au pouvoir* n jouait tons les soirs avec sa nièce, la duchesse de Mercœur , et perdait , pour lui complaire , des sommes considérables (i )« Il promit de plus cent mille écns ah secrétaire ( j) du ministre , s'il lui fesait avoir la charge qu'il sollicitait. Après deux ans d'intrigues et d'efforts y d'Oppède obtint en sa frveur, avec Fagrément du roi , fat démission de Mesgrini , auquel il donna une indemnité de cent mille livres. Le a5 novembre i6ô5 , il fut installé avec pompe à la téte du Parlement d*Âix. Gertal* nement il n'y était pas déplacé. Issu d'une ancieu-^ ne famille qui trouvait dans son sein tous les genres d'illustration, il se distinguait lui-même par l'huti^ grité de son caractère, par la pureté de ses mœurs, par l'éteudue de son inteUigence. K'eût-il pas été

(t) HcMiihy dc M b imc . Mit, nuusnc^ dn p«il«m«nt dt Pmk TflBoe, t n. — GabuM, ton. n, cbapb'xm.

(s) Caait Ondedn . ^ fet flnwSle éféfM d*

plus flaAtèlir pour lui de w àmcàr qu'il la j«ttioe

le premier poste de la magistrature provençale ?

Après ce pénible traYail d'une ambiUoD persé^ vèmoÊBf èo vit un nénohrabie coutraste dwoâ une vé|*ion pkis életée. Christine , reine dé Suède, pré* férant les douceurs de la vie privée à la pourpre du pouvoir aupréoke-, voulut échapjper aux soucia du trône pour s'appartenir à eUe-mékne , poiir cultiver les arts et les sciences qu'elle aimait passionné* mient , et pour se livrer stkvà contrainte aux pnti<« ques de la religion catholique , dans le seîii de la» quelle elle venait de se jeter. Après avoir remis à son oonsin le sceptre de Gustave-Adolphe» Christine fit on voyage à Rome , y prononça une abjuration solennelle , monta sur les galères du Pape , et vint, le ^9 juillet i656» débarquer à Marseille, pour visiter la France. Ou lui rendit les plus grands hoo,* neurs , 'selon les ordres du roi. Les consuls mar^ séillaiSy revêtus de leurs toges de velouns cramoisi , la reçurent «ww une profonde référence^ sans toutefois se mettre à genoux, ainsi qt^ il avait esté résolu en une conférence sur sa réception a^anl esté décidé qu'une telle posture en cette ville n'estait due qu'à Dieu et au Roi souverain seigneur (i). Ou s'ingénia pour lui plaire ; il y eut des iétes pour l'honorer y mais froides comme tout ce qui est d'étiquette et de commande. A Aix, quand elle y

(i)Hoo.BoiiGlie;tin. n,lhb ZyS »•

DE FROVBIfCB. 141

passa > «neore des fêtes avec un redoublement de froideur. I^a princesse , qui avait loi le tumulte cf rédat des grandeurs souveraines , ne put se soustraire à Tennui de ces démonstrations officielles que pe r son n e ne prend au sérieux ^ de ces barau* gues adulatrices où î! n*y a jamais rien de vrai , si ce n'est pourtant la bassesse serviie de ceux qui les font Du haut de ses idées religieuses et contempla* tives , il lui Mkst descendre, étourdie, fatiguée, sur toute cette boue pétrie par le mensonge. £t puis elle partit pour Paris,. eUe trouva plus de dégoûts avec plus d'honneurs , plus de misères avee plus de magnificence.

Les agitations politiques laissent toujours de longues traces dans les esprits. Tout n'est par ter» miné lorsque les lois ont repris leur empire. L'ordre matériel existe, mais Tordre moral ne règne pas encore y et dans cette situation que fiiut-il pour soulever les flots d'un peuple mutiné, pour raviver les haines qui semblaient endormies ? Peu de chose, comme, on va. le voir. Deux, jeunes gens des meilleures familles d'Aix , dTEstienne et de Ba» rate, s'étaient voué une haine implacable à la suite d'une querelle.particulière. Chacun des deux avait suivi un parti différent dans les derniers troubles, et le premier montrait autant d'attachement à Forbin^d'Oppède , qoeie second lui témoignait d'animostté. Le 1 4 février 1669 ils se rencontrèrent sur le grand chemin deMarseiUe, en vinrentaux mains

14^ . HVnMAE

aussitôt , et de Barate. fut grièvement blessé. A cette nouvelle, ses amis croyant ou feignant de croire qu'on Favait immolé aux passions de d'Oppède, coururent dansk villel'épéeàla main, parvinrent à ameuter les hommes des fiiuboai^ qu'os nommait les Manteaux gris, et le» poussèrent dans Fliôtel du du premier président. d'Oppède, sans se troubler, revêtit sa robe de pourpre, monta dans son car* rosse pour se rendre au Palais de Justice et traversa la foule des séditieux, qu'il salua d'un air serein. Geux*ci , saiais de respect , n'osèrent pas attenter à sa vie. Arrivé à son poste sans aucun accident , il convoqua la Cour. Pendant que les magistrats accouraient , la sédition croissait en violence , et deux mille forcenés demandaient à grands cri» la téte de d'Oppède. Le parlement chargea le président d'£scaiiSy les conseillers Raphelis, de Leydet, d*Agut, et l'avocat général Gakup de Chatleail , d'aller apaiser ce tumulte. On les choisit de préférence parce qu'on savait qu'ib étaient attachés ans cbefe de Témeute. Biais leurs efforts furent infructueux, et rien ne put calmer la fureur popukire. Les consuls André d'Aube de Roquemartine^ Jean Peissonel , Alexandre de M ichaélis et Joseph de Redortier ne furent pas plus heureux. Comme les mutins exigeaient que l'un d'eux se mit à leur téte pour légitimer sans donte par sa présence le dâx>rdement de leurs excès , Roquemartine se dévoua , dans l'espoir d'arrêter de plus grands mal-

DS FROVElfCE. 14S

heurs. Chacun des factieux, voulant le faire agir à Isa fiintaisie /le pousse , le tire à soi» le quitte, le reprend , et dam ce combat , oà Vott se le dispute avec une brutale vivacité, tout son corps est inéartri» sa robe est mise'en f^èces. Le etyiiBeiUer d'Honoratfut rencontré par les mutins tandis qu'il se rendait à Tappel de son chef. Froissé , battu par élut/ïil était iBièDacéd'tiD coup d'arquebuse, lorsifbé Bfo^ii^DMhrtihe parvint à le sauver en détéuir^ nant cette arme pointée sur sa poitrine. Le président d'£scaiis se vit contraint à son tour de marcher aii' milieu de ces forcenés , qui se porté^ébt éti masse à l'hôtel du premier président pour le mettre au pillage* Mais les domestiques de Forbin d^Oppèdil'Iëâr opposèrent une vive résistance, et des coups de fusil , tirés des fenêtres , tuèrent un artisan , en blessèrent d'autres , mirent en fuite la populace, toujours insolente quand on la craint , toujours lâche quand on la brave. Elle retourna brusquement au palais, espérant obtenir dés suècis plus âciles. Les révoltés s'animent léé'utis les antres, font un bélier en toute hâte, brisent la porte ex.térieure , enfoncent la porte de la grande salle, se présentent enfin devant celle de la ctiàltnbre d'audience, où le parlement était réuni. Les huissiers et le prévôt des archers-en défendent l'entrée avec peine. £n ce moment terrible, on proposa à d'Oppèdede s'enfuir par une issue dérobée. « A Dieu ne plaise , dit-il , que je lasse cet affront

J44 BIfiaX)tt£

« à 1^ magistrature. Si quelqu'un d'entre vous ne « se €r<Ht pas en sûreté, qu^l .sorte. Mais pour « moi je reste à mon poste. Pour moi je ne dois a rien craindre dans un sanctuaire où résident la « justice et la majesté du spaverain. » Ces nobles paroi», électrisèrent les membces de la eour, c|K tous se sentirent fiers d*an chef si intrépide.

Cependant les séditieux redoublaient de. rage, et la porte allait céder à leurs efforts f lorsque le cardinal de Grimaldi, archei^éque d'ÂiXy accourut au secours, du premier président. Il avait eu avec lui de récens démêlés ; mais en digne pontife d'une

Ml

nous fait une loi du pardon des injures , il écoutait la voix de son cœur généreux et venait supplier d*Oppède d*accepter chez lui un asile. La foule se rangea respectueuse sur le passage du vénérable prélat y lequel prit par la main le premier président y le couvrit de son manteau, l'amena jus* qu'à sa voiture. Ix conseiller de Thomassin-Einac , qui avait épousé la cousine germaine.de d'Pppède^ ouvrait la marche , un pistdet. de chaque main , un poignard à la ceinture, et prononçait à haute voix ces mots : le premier qui branle est mort. Le danger ^t bien grand dans la cour derArchevéché où les factieux arrivèrent en foule. D'Oppède néanmoins put échapper à leur fureur , mais il resta captif au palais du cardinal de Grimaldt L'insurrection s'était rendue maîtresse de la ville entière*

DK nOTEIfCE. 145 Elle avait placé des coirpsde garde. aux porjteBy à la place des FréGhenrs, aux .endroits lerplus avaAtageox. EDe traînait des ^canons dans les rues après avQÎr forcé Tarsenal.

]>tduG de Herceour se tftMmitàToukm lorsqrfil apprit^^jetfe révolte.: en partit aussitôt, et se iixa au château de Saint-Marc, près de.Lam* beso.. Trente-cinq conseillera des plus aiboiicMuiés au premier président , desdépulâi de la cour des comptes et du bureau des finances se rendirent auprès de lui. Les consuls^ procureurs voidaioal aussi le joindre, mais les mutins les retinrent au

milieu d'eux. Le duc , persuadé par tous les renseigneniens quiluiparvinrent,.que oe.soaièveaient populaire ne rencontrait aacnne.sympathie dans la province, qu'il n'agitait même que la surface de la capitale , ne voulut pas confiée à des troupes réglées, le soin de i'étou&r, et crut que. ka milices du pays suffiraient à cette mission. Par ordon^nance du 1 8 février il convoqua à Lambesc tous les gentilshommes provençaux , et il enjoignit aux communautés de fournir un homme par feU| armé du mousquet et de l'épée. Ces hommes devaient être rendus à Aiguilles le 27 du mémç mpif. Le premier consul de Marseille^ l'assesseur et plusieurs notables allèrent offrir leurs services au duc ; la ville d^Arles lui envoya deux cents volontaires et deux oM^ons.

A la vue de tous ces prégaratifs de guerre qui

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d4plojaifliit menaçans , les révoltés perdirent leur .«MUoeet parièrent de a0i»iisioD.Le eerdinal ^ de Grimaldi et les oonsuls^procureurs , voyant \eut repentir, prièrent Duchainey. évéque donnez , et S^iran , président de 1» cour des comptée , daller désarmer ta colère du diic de Mercœur. Le duc voulut avant tout que les séditieux missent bas les «mes et 'rendissent la iibeKté à Forbin d'Oppède. Il kmr fit espérer leur gi>aeo sHb donnaient aetee marque d'obéissance. Sur cette promesse ^ le pre*- Inlèr président put sortir de rArcbevéchéet rentra dans son Mtel^ oA il reçut les félicitations des toyens notables. Le même jour d'Oppèdese rendit fc Lambesc auprès du gouverneur , e^^ 3 mars ik «minèrent tons les de«L à Alz, snivis. des trentecinq conseillers. Le lendemain le duc les installa nu parlement , et la con^agnie ût aussitôt arrêt portant sursis de tontes aCEiires civiles pendant dii jours, pour s'occuper sans relâcbe des informations contre les prlndpanx coupables. D'Oppede reçut dé toutes parts des éloges flatteurs sur sa sagesse 'et son courage. Le cardinal Mazarin , joignant sa voinàoe concert unanime , écrivit au premier pré* 'sidentt avïiht de cônmdtre sa mise en liberté i « le •€ n'ai pas été surpris de la fermeté extraordinaire M que vous avez Êiit paraître. On n'en devait pas M moins attendre de vôtre , naissance etdevotrè « vertu. Je veux espérer qu'à présent vous serez j( ^ortide&çon oud'autredes mains de ces furieux;

M stmWtaréf car je'fréniisàla'fléiile pensée dés pé»

. a rils queyou^ave^ çourus dans cette perturbation.

ifc i^^se. Sa Majesté en est si bien informée, qu'on fm$iibs»iBMi9A}^imA flatter que youa néiioiis ^fiëffuUiÊrei't^iÈtékïs parifotaq tifl îi tu c eax pièpar « vos services. Je continuerai de foire valoir auprès »4|C^Uejleiittén^)cles4Uis et des autres; et s'U se >• i«pp ni i >l t làyMtBT à familSé que j'ai poiirTott^, je a la redoublerais en cette occasion. Je prends as- -«L^surémeut pUisde part à ce qui vous touche que ^liqutqbfltoemldet Tos aiiiis^ r ' ^' n^i ^ Les chefs de Fémeute s'étaient réfugiés les uns dans le Cointat-YeDaissin , les autres dans la prin- 4âfi|«tédâ*â«aiige^:qttiàNi€e, qulàCenes, et le plus grànd 'nombre à' MàrsèîUe. Le parlement de Pmyeoce, déployant toute sa sévérité , en con- -daaimailàuitàétrè rompus vifs, dix à étrè pendus, «inq àntrélr' h téte tratichée. Tous eurent letiris biens confisqués. Un seul fut condamné contradic- <toiifHnflDtià dix ans de galères. Peu de jours après •céstcraeU arrêts, le ministère fit peser ses rigueurs sur le parlement lui-même. Le duc de Mercœur se présenta devant la compagnie pour lui annoncer qi/il a^it reçu du roi Tordre de s'emparer des présidens Decormis et d'£scalis de Bras, des conseillers de Ll^det , Sigoyer père ;ei fils, deBarrème,

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et de rav<>cat général Galaup de ChastettU, lesqueb devaient être enfermés an château de Pierre-en-

Cise à Lyon. Le gouverneur ajouta que le président Decormis était ie seul que Ton avait pu arrêter, les antres ayant pris la iuite. Tous oés magistrats avaient , en plusieurs occasions , donné à Forbin d*Oppède des marques de malveillance. Le ministère n'était pas encore satisbit ; il voulait inspirer une terreur plus grande ; il lui &Uait d'autres condamnations , et comme il craignait de ne les pas obtenir de la justice du parlement , il fit emploi d'une juridiction exceptionnelle. Il cbar^ fiasin deBezonSy intendant du Languedoc , etYerthamon, midtre des requêtes , d'informer de leur cheé sur les derniers événemens, et de juger en dernier ressort. Le 20 avril ^ ces commissaires se présentèrent au parlement pour y feireenregistrer leurs pouvoirs. La mère du président de Bras et bellede Tavocat général de Galaup formèrent opposition à Tenregistrement dans Tintérét de leurs fils, pour lesqueb elles rédamèrent le privilège d*étre jugés par leur compagnie. Le parlement les débouta de cette opposition ; mais il délibéra desremontianoes au roi, pour obtenir qu*à Tavenir tous les magistrats poursuivis par la justice n'eussent d'autres juges que leurs pairs.

Les commissaires s*étant retirés jiyillenenve4ea> Avignon le mai, s'y entourèrent de sept gradués du Ijanguedoc et pqrtèreot rapîdem^t de sé- '

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vères senlBimi. Plosieun habâtào» . d'Ak fiirbnt

condamnés , par contumace, à la peine de mort » 4'autres aux galères à vie , et les magistrats, que le goaveroeur afail élé chargé d'arrêter » .an bamiiesèment perpétuel et à k confiscation de leurs. char* ges. L'extrait de ces jugemens fut gravé sur une pyramide à la place des^Préchears, devant le Palais de Justice. Le roi nsa d^ndnlgenoi» par l'actiTe intercession du parlement. Les conseillers de Leydet, de BarrémCy Sigoyer père et fils forent réintégrét dans leurs charges , et les présidens Deoonnis et de Bras obtinrent six semaines pour disposer des leurs. L'avocaigénéral de Galaup fut leaeulilont la charge .demeura confisquée; Bien quelacondnite des consuls d'Aixfût irréprochable, la commission les déclara déchus de leurs fonctions^ les priva pour toujours des prérogatives attachées aux personnages consulaires, ordonna que leurs^ noms se* raient rayés des registres de lHôtel de Villq , enjoignit enfin aux habits de la capitale de pourvoir àlenr remplacement dans le délai d'un mois ( i ). Ce dernier arrêt est à la. date du 20 juillet. Monument d'iniquité monstrueuse , il sacrifiait l'innocence à oes considérations politiques qui ne sont que les mauvaises pensées du pouvoir et servent de prétexte à tous les actes de tyrannie.

(i) Mémoires du président de La Roque , cités par Papou y t. it t liv. XIV,

La séditiôp , chteiée d'Ai» , alla Mùaaet ses tmt^

ches sur la ville de Draguignan. En Tannée i653 , le parti des sabrenrs et celui des caoivets qui daos cÀte ville, s'appelaient les hommes <le dustriey s'étment heurtés avêo furèar. On eé battit dans les rues pendant dix jours; plusieurs maisons tarent ravagées^et ily eut des deoxcètés un grand nombi^ de morts* Par ordre du dnc de MéreoBUiy le comte de Garces rétablit la tranquillité publique avec leseoonrs de quelques troupes. Mais les pas-" sibos ne ae calmèrent pas; les haines oonservèrenr toute leur violence , et le feu qui couvait sous la cendre , ralluma Tincendie au mois de juin i659« Le premier consul et son fils, outragés dea forcenés qui en voulaient à leur vie, se réfugièrent dans, le couvent de Saint-François. Plusieurs per* sondes de condition forent tuéas. Le parlement èn^ voya sur les lieux le président de La Roque, les conseillers de Yalbelle , d'Albert, et Favocat géné* ral de Gautier « accompagnés dn prévôt de la maréchaussée et d'une colonne d'infanterie. Ces cornmissaires, après toutes les informations légales, emmenèrent à Éâx sept prisonniers , dont l\in fut condamné à être pendu à Draguignan. L'arrêt condamna les autres aux galères. U y eut aussi des condamnations aussi rigoureuses contre une œn^ tainede contumaces. Le parlement ordonna de plus la démolition de la tour de l'Horloge et de la porte des Corddiers , qui avaient servi de retraite aux

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factieux ; et pour punir la ville entière il fit transférer à Lorgnes le siège de la sénéchaussée. Ces actes de rigueur exaspérèrent la population. Dans la nuit du ao Mpteoibre^ quelque» exilés escaladèrent les murailles , blessèrent le premier consul et tuèrent quelques-uns de ses partisans. Le régiment deClmmbeUay vint de suite occuper cette ville malheureuse qui fut tenue en état de siège. Enfin le gouvernement, voulant gagner par la clémencé tant de coeurs ulcérés , accorda , àu mois de décembre 1660 9 une amnistie générale et rétablit la sénéchaussée.

. Marseille venait de lui donner des occupations plq# sérieuses. Depuis Iftng-temps^ on voyait dans

cette ville une surabondance capricieuse de passions démocratiques , un vague besoin de liberté remuante. En vérité, il y avait trop dé mouvement, trop de bruit , trop de feu. levais tracer le curieux tableau de ces agitations politlt^es.-

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