‹ Histoire de ProvenceChapitre 7 sur 49 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Sitnalioii politique de Ksneille.—» Esprit- d'égalité et de turbolence. — Le Règlement da Sort --"LeRoi nomme d'office les Consuls. — Ceux-ci mécontentent les citoyens. — Nioselles, chef de parti. — Une première émeute est apaisée. — Bientôt une insurrection générale éclate et les mécontens triomphent.*» Louis XIV se dispose à réduire

. llaneitte, eCpiu8ie«niiot«lilassont iiMDdésàlftOm Le Aie de BUepooBurj gnaveiMur de.Proi«iiee/fint son entrée à. Haneilte. — Nouveaux désordres. — Entrée de Louis XrV en Provence. — Un corps de troupes prend possession de Marseille. — Diverses punitions infligées à cette ville. — Le Roi y entre par la brèche. — Suppression du consulat — LeRoii en sortant de Provence^ se rend à Oiango f s'en empare et en fait démolir les'fortifieatioiis.

MabshtliiK, graoe à la constante bienvdUaiiœdes rois de France , et à l'actif développement de ses

franchises municipales, avait acquis, vers le milieu du dix-septième siècle, autant d'indépendance véritable qu'elle pouvait raisonnablement en attendre d'un gouvernement monarchique , et se trouvait sans contredit plus heureuse qu'elle ne Teut

DE PROVENCE. 153 été SOUS un régime répablicaiD. La liberté absolue sans la puissance est souvent un don bien funeste* Celte viUe célèbrOi livrée à eUe*inéme| aarail présenté^ le f pectade de k fiiiblesse et de risolemeiit. Qui eût garanti sa nationalité précaire? Qui eût donné des gagiss à son avenir incertain? Quel eût été le guide de ses destinées orageuses? Qui eût soutenu sur les mers Thonneur de son pavillon ? Bien qu'elle eût conservé ses moeurs républicaines, elle avait dit on éternel adien au génie de la . république. Le monde avait changé de physionomie autour d'elle. Les intérêts nationaux, n'étaient f4u8 les mêmes. Il y avait en drouktion d'autres idées, d'autres systèmes. On ne voyait ni les individualités des jours antiques , ni le morcellement provincial du moyen âge» et les petits peuples s'étaient fondus dans de grandes agglomérations sociales. £nûn tout était différent, par la raison qui vjeut que les choses anciennes tombent pour. &ire place k des choses nouvelles. A d'autres temps il fallait d'autres lois. Quelle âgure Marseille eût-elle faite , quel rôle €Ût-elle joué, en concurrence avec - les grandes puissances maritimes et à côté des vastes monarchies qui couvrent la vieille Europe? Mais , soumise au pouvoir des rois de France, elle plaçait sous leur sauvegarde sa marine marchande , ses intérêts commerciaux , ses ressources industrielles. Ainsi rien ne troublait sa brillante existence, rien n'ârrétail leooura de ses longues prospérités.

154 âISTOIR£

On «vitt toojottrs yii dâm les camrs malrseOlais

un immense besoin d'égalité politique, et ce besoin vivait alors plus vif ^ plus puissant que jamais. Partoni ailleurs /et notamment à Âix , les nobles aé montraient pleins d'orgueil et de morgue. Ils se tenaient sans cesse à distance du peuple. A Marseflleik s'en approchaient. Il est vrai que quelques familles patriciennes y jouissaient d'une grande influence. Mais c'était Tinévitable et légitime influence des richesses, de nnstruction, des élégantesT manières , et souvent de la bienfaisance. On n'eût pas souffert patiemment un autre genre de supériorité. Les richesses de la plupart de ces fiimiUes n'excitaient même aucune envie, parce qu'elles étaient le fruit du commerce et du travail^ et parce que d'ailleurs rien ne gênait la libre concurrence; Dans une ville où les plus riches ont toujours été les plus nobles /il y avait des avantages de position comme il s'en trouve partout oà les hommes se réunissent ; mais il n'y avait point de privilèges de naissance I de ces privilèges odieux qui offensent h nature y révoltent la raison ^ soulèvent tous les coeurs bien feits.

Tous les hommes considérables de la cité flsL' çaient leiirs -jbnissances dans la possession dea charges municipales , et surtout du chaperon ctm^ sulaire. Aussi, que de cai)ales duns les élections. f d'intrigues en mouvement ! que de passions mises en jen ! que de rivalités en présence! Dans

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les républiques anciennes, les comices n'étaient pas plus tumultbeox, la lotte n'était pas plus ar«> dente. En tout temps , en tout lieu , en toute cir» constance, ainsi sont faits les hommes, quand raittWlIc^i^ii pmwe ^^iioand k'vaoité les idirige; flift déplèiMf^libl^'Viièrgié sur im^iéfttM oh^ ctif que sur une scène éclatante. ' * Depuis ioog46inp» les l^ns esprits de MarseilU difHfRiiliiêM^ deè désolu

dres qui affligeaient la ville à l'époque des élections. Poar détruire le mal dans sa source , il fcdlait moflteii^ lèHM^èitÉ«ht1Ée6tù^ hommes «e pou^ vant changer, il fallait changer l'instrument de leurs passions turbulentes. £n i6Si , les consul^ é^M^im^^Èl^kmi Goasolin^ et i'assèfaseor Jean de Riqueiti s'adjoignirent dik-sept notables pour combiner un nouveau système d'élection qui concîliftrlèflf ^f^èitÉ^ dlùuid cité libi^ et le maintien du boiH rti l #ipWs? mûr examen ^ cette cbn^mission proposa de créer un conseil-général et perpétod^'^rolâ^lxiite citoyens nommés, surla préiï41liMMl èèi''ëéti^h , par lé conseil municipal alors en exercice. Pour remplacer les membres tÊàl^àH* démissionnaires y on devait jeter dans li^' bi^^^di^t rassemblée enHère , les noms de tous les conseillers prèsens. Un enfant de sept ans éii'tihKit sept ,^t les sept membres ainsi choisis éfjftnt proélihïés Surveillons du Sort. Le même enfant désignait par le même moyen un nomina*

m msToiRE

teur et cinq approbateurs. Séance tenante, le nomioateur indiquait à haute voix un candidat , et les approbateurs votaient au scrutin secret sur son admission ou sur son rejet. Si le candidat était reçu f on inscrivait son nom sur un bulletin placé dans une urne. On admettait de la méme.manière trois autres candidate , en changeant chaque Ibis le Dominateur et les approbateurs. Ces quatre noms étaient jetés au sort, et le premier que tirait Tenfiint était celui du nouveau conseiller.

On fesait choix, dans les mêmes formes, des capitaines de quartier j des juges des marchands et de tous les fonctionnaires municipaux. Certains emplois inférieurs étaient donnés sans ballottage par un conseiller que le sort désignait lui-même sUr vingt-cinq de ses collègues.

Pour nommer les consuls et l'assesseur il fallait sept approbateurs au heu de cinq. Il fallait de plus quatre candidats pour chacune de ces Sections.

Les consuls, après leur nomination, proposaient chacun trois gentilshommes possédant ûef comme candidats à la dignité de Yiguier. Ijcs noms de ces neuf candidats, après avoir été ballottés par sept approbateurs, étaient placés dans l'urne. L'en&nt en tirait trois , parmi lesquels le roi choisissait.

Cent membres du conseil-général ^ nommés chaque année par la voie du. sort ^ formaient le conseil de ville et pouvaient être réélus.

Telles élaiétit ks principales dispositions dn système nouveau appelé Règlement du Sort, Comme ce n'était encore qu'un projet , les consuls conYo* qilèrent tous les chefs de fiimille dans le réfectoire des Dominicains , en présence d'Honoré de Puget, évéque deBlarseille. L'assemblée, composée de plus de huit cents personnes , approuva unanimement tous les articles, et le roi les déclara exécutoires par lettres patentes du mois d'octobre i65a«

Pendant q'uatre ans aucune réclamation ne s'é** leva contre le règlement du sort ; mais , au commencement de 1667 y des murmures se firent entendre y des signes de mécontentement éclatèrent diez quelques hommes que travaillait Famour des nouveautés , que tourmentait la vue du repos public Au mois d'octobre, ùu parti , à la téte du* quel Vêtait tont-à-conp placé Louis de Yentô , ' premier consul sortant de charge , envoya des députés àAubagney où siégeait l'assemblée de^ communautés , et oà se trouvaient le duc de Mercœur, le premier président du parlement et la plupart des notabilités provinciales. Ces députés se plaignirent de Finjustice et de la bisarrerie dn sort aux élections municipales, et puis, mauvais citoyens , indignes Marseillais , ils demandèrent ipe les consuls fusseat désonnais élus d'office par le roi. Le succès couronna leurs intrigues infatigables. Louis XIV nomma consub par lettres pateor tes Lasarede Vento-Labanme, Bonifim Pascal,

Joseph Fabre» et donna le chapon d'assesseur à Tavocat Jean Descamps. Tout fit sentir à ces nouveaux magistrats qu'ils n'étaient que les élus de rarbitrairey <|u'ils n'avaient point l'honneur -de nepréienter MarseiUe , que Testime publique se retirait d'eux , serviles instrumens d'un pouvoir détesté. On les abreuva d'humihations et de dégoûts* On prit plaiab à les méconndtre et à Içs braver. Ceux-ci en butte à tant de ressentimens déchaînés pensèrent à leur sûreté personnelle. Il leur fallait jun prétexte pour, introduire des soldatadana la ville , en violation des privilèges municipaux qui interdisaient l'entrée aux troupes royales. iCe pré«> .texte ik reorent bientôt trouvé. Des corsaires avaient été vus sur les côtes , principalement du côté des bouches du Rhône , et l'on craignait pour Jea bâtimens qui remontaient œ fleuve pendant la feare de Beaucaire. Les consuls maraetUais , dV près l'avis d'un comité composé de leurs créatures, firent venir la galère du chevalier de Yandôme, fils du due de Meroœnr, et décidèrent qu'die aérait armée aux frais du commerce f pour donner la jdiasie aux corsaires. En même temps quelques soldats envoyés par le gouverMor entrèrent dans Jllarseille.

' On cria de suite, à l'oppression , car la haine •dans son aveuglement grossit tous les objets sur

lesquels elle veut s'abattre. Du sein des mécon- ^ens les (^us. fougueux surgit un gentilhomme avec

la téte himiB^le ô0eoi^ Indigné. Cél«il Séripard

de Glandevès-Nioselles, puissant par les avantages de la aaissaoce et de la fortuse. Il avait alors trentehwt> a »i»4 tet»iHe fétailiiiipoéaiitey et tons ses traits brillaient d une beauté virile. Nourri dans les prinpiptt^4i|^wiépeod^nfie ^v^» inflexible dans MMit piwHiilvmfi i t«)tetiqùe il ne Tonlait traiter qu'avec Tbonneur, ne savait janaais composer avec l'arbitraire y et regardait coioine. une lacJbeté la jpQpp^i^ilMQeiiiiop temps» hm droonstances , aux bommes. Il a^vait une pétulance plus aveugle , .j^^iotisinç ..|dus aventureux que semblait ne

Ib yiinipptrnljh iminrité de son âge^ Il oédait satu» prudence âfSmeBlbeiinasiiie irréfléchi , à Foitiiâélément de ses convictions cbevaleresques. £n uu aMC,(^lniiiia'de'pes hommes qui, tout. en jsouftimaiitKla^oaiwdel» liberté , ayanceut, sans le savoir y les affaires du despotisme. Cependant ^ ?coyÉflÉHinras, ' défauts n'étaient que FezagéraftioD de M vei*tas'; on ne pouvait s'empêcher de Testimer.

Que de mouvement il se donne pour s'opposer è VÊÊmomm de la galère I il appelle tous ses amis, ift 0fÊm iievÉ» zélé , il veut les animei* de l'ardeur qui l'enflamme. A moi, FélÎK de la Reynarde , jÛquetti de J^rabeau , Antoine de Candole. A -ÉMri dÇAi^ne, fiionau - d'Airargues , Pierre de Paul , de Bausset , Serre , Gueydon. Et vous tous Mapsôliais généreux , venez à moi f venez défendre les précieuses frandilses de votre ville nalefef veoss

en aide*à la liberté menacée. H dit, et de nombreux

champions, disposés à tout entreprendre, se rangent sous ses ordres. Les consuls s'entourent .aussi de leurs amis , à la téte desquels on rémarque le chevalier de Foresta , le chevalier de Valbelle , de Cipières, d'AigluOy Gratian, de Cabre^Boqueyaiiie^ les frères Beaumont, les frères Martiny portant tous à leur boutonnière des rubans jaunes et noirs en signe de ralliement.

Les regards étaient irrités, les fronts ezpri«> maient la menace , et de sombres présages annon* çaient la guerre civile. Il eût faUu, pour Tempécher> beaucoup de ménagement et de sagesses U eût fallu des deux cûtés des vues conciliati4oes , et malheureusement il n y avait que des haines accumulées, des semtimens d'exaspération et de^vern^ geanoe. Des perdes trop vives, prononcées par le premier consul Labaume, causèrent un soulèvement populaire le i3 juillet i658. Gueydon, Tépce à la main , voulut forcer l'Hètel de Ville à la téte d'un rassemblément. Nioselles , armé d'un mousquet , vint se joindre à lui. Greffet , trésorier .de la commune , le blessa au.bras gaucd^e d'un coup de pistolet , et fut aussitôt Mt prisonnier. Pendant que Ton se battait à lHotelde .Ville, les consuls, suivis de leurs partisans, paroonraient les prinoirpales rues, y fesaient plaoer d^ canons, usaient enEn de tous les moyens de déiense. D'un autre côté, Mioselies, malgré sa Uessure» se disposait à

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combattre encore. Ses amis s'assuraient de la Porte Rc^alç et de celle du Marché.

Déjà quinze penomm «vaient perdn la TÎe dans cette émeute , lorsque Paul de Fortia de Piles , gouverneur du Cbâteau-dlf , vint se jeter comme médiateur entre les deux partis. Us écoutèrent sa voix aimée, abandonnèrent leurs positions respec- .tives et déposèrent ks armes. Les consuls promirent d'éloigner la galère » (^jet du méconteiitement public ; mais ils oublièrent bientôt leurs promesses et prièrent le duc de Mercœur de leur envoyer des renforts pour en imposer aux nratins. Dans la nuit du 18 au 19 du même mois, le duc ùt entrer secrètement à Marseille des soldats qui se réunirent à ceux qu'il avait déjà intrôduits.

Le 19 an matin le calme régnait dans la ville , chacun vaquait à ses affaires , et les négocians i^ iaiiwirianéiMW i à la Bourse , selon leur coutume, loffftN^ll%iMl«upe de partisans des consuls , les uns armés de mousquets , les autres de hallebardes , vint tout«àNBaup faire irruption. Les n^odans se dlipersèrent, l'àlarme se répandît de proche en proche , toutes les boutiques furent fermées. En n^ine temps;<ie bruit courut que Nioselles et ses ptfi i Ll ( à iMi mnis aHaient être arrêtés. Alors Tindii»

gnatioii pTil)lic[iu' ne connut plus de bornes. On sonna le tocsin dans toutes les églises , et l'insurrection devint générale. Les chefs ne lui manquèrent point. Nioselles n elait-il pas là ? Son énergie

patriotique poavait-dle £siire défaut? Son courage

impatient ne cherchait-il pas l'occasion de se montrer avec éclat ? L'un des premiers il parut dans les mes saivi de son frère le commandeur àe Cuges et de trois capitaines de vaisseau , tons armés de fusils. Lasalle fils^ Félix de la Beynarde, de Bausset, le chevalier de Montfuron » plusieurs négocians recommandables , un grand nombre de capitaines marins , se retranchèrent à la place ^uye. Les con- 8uk envoyèrent contre eux une compagnie de sc^ dats , laquelle fut mise en fuite et chassée jusqu'au corps-de-garde de TUotel-de- Ville , où elle essuya une décharge de mousquelerie. Des barricades-fiBiites avec des poutres , de grosses pierres el: des balles de laine, étaient élevées dans plusieurs rues. Le peuple entier bouilloonait de fureur. Les femmes même avaient pris les armes. Bionau-d*Ayrar* gues occupait la place de Vivaux avec deux cents hommes déterminés; un autre détachement s'était fixé à la place du Palais. En vain de Piles ^ toujours animé d'un généreux esprit de conciliation, fait de nouveaux efforts pour rétablir la paix. La tâche est trop au-dessus de ses forces. Un de ses dômestiques est tué à ses cotés, et lui-même n'échappe que par miracle aux coups de fusil qu'on lui tire. L'insurrection déployant sa fureur se rend, midtresse de la ville entière , sauf le quartier de Cavaillou , que défend le chevalier de Foresta» et les consuls sont investis dans rHotel-de-ViUe par les

flots irrités d'une mahitode victoriease. Labaume,

déguisé en abbé , trouva le moyen de s*enfuir en passant par une fenêtre à Tide d'une échelle. Ses deux collègues , Boniface Pascal et Joseph Fabre , désespérant d*étre secourus , mirent une serviette au bout d une pique en signe de capitulation. On exigea d'eux qu'ils licenciasseat les soldats que le duc de Mercoeurlenravait envoyés, et qu'ils ordonnassent au chevalier de Foresta d'évacuer le ouar»

lorsque eurent exécuté leurs promesses, et la ville reprit son calme ordinaire. Mais le deuil régnait dans plusieurs familles , car le sang des^icti» mes fumait encore^ et la guerre civile avait partout laissé des marques déplorables. Cinquante personnes , au nombre desquelles se trouvait le jeune de Cabre, venaient de périr dans ce mouvement insurrectionnel.

On ne concevait rien à la conduite du duc de Mercosur qui se tenait alors tranquille à Tarascon , quand tout lui fesait un devoir de prendre des mesures vigoureuses. Quelques hommes ardens du parti populaire voulaient de suite procéder à l'élec^ tîon de nouveaux consuls. Leur avis fut rejeté , et les consuls en charge reprirent leurs fonctions. Mais que peut un pouvoir convaincu de fiiiblesse , un pouvoir qu'on vient d'avilir ? Nioselles exerça toute l'autorité. Ses partisans résolurent d'envoyer Félâ ^ la Reynarde auprès de Mazarin , et de dé-

puter en même tempA Gérente^^aiMnes m due éb

Meixœur , pour faire connaître à Tun et à Tautre les Téritables causes de . la sédition. LaRejrnaide quitta Blaraeille pour se rendre à la ooor $ nais il ne put y paraître et fut jeté dans les cachots de Fierne-«n-Cize« Le dac de Merooeur, après avoir reçtt Géreote43abaiies avec an visage sévère et des paroles rudes d'indignation , songea sérieusement à sortir de son repos, li revint à Aix et mit toutes ses troupes en mouvement. Cette armée , divîsée en trois corps, se composait de quatre régimens d'in£anterie, de deux de grosse cavalerie , et d'une compagnie de chevau-légers. Le premier corps fut cantonné à Yitrolies, le second aux ii^eunes , le troisième à Aubagne. £n même temps le chevalier Paul» chef d'escadre, sertit du port de Toulon avec m, vaisseaux , «t vint mouiller devant Marseille, de sorte que cette ville se trouva l^oquée par terre et par mer.

Les chefs de la faction triomphante montrèrent alors des craintes et parlèrent d'accommodement. Les consuls de Toulon et d'Arles , ainsi que ceux de plusieurs autres communautés, se trouvaient à Aix pour y régler quelques affaires avec les procureurs du p^ys. Les uns et les antres ezprimèreot le désir de travailler à k pacification des troubles , et le duc de Mercœur ne voulut pas les contrarier. Meyrargnes et Saint-â^mphorien, oonsdHers an parlemeut, se rendirent à Marseille pour y con-

dttire à boone im ce projet honorable. Leur succès fat complet. NioscUes et sesadhérens s*eiif[agèreiit

à déposer les armes et à ne pas entraver l'exercice légal de Fautorité consulaire. Le duc de Mercœur promit de son côté d*éloigiier de Marseille les troupes et les vaisseaux, de passer te voile de Toublisur les derniers événemens , et de solliciter auprès du roi une aninistiegénéraleé Ces articles furent exécutés de part et d'antre avec bonne^i. Le coorrier que le duc de Mercœur avait envoyé à la Cour fit diligence et arriva à Marseille le 1 4 du mois d*août. Il apportait l'amnistie telle qu*dle avait été stf pnléé par TintermédiairedeMeyrargues et de Saint-Sjmnhorien.

Conformément an régtement du sort, les élections municipales devaient commencer à Marseille le 28 octobre. On attendait ce jour avec impatience, lorsqu'on apprit qu'un arrêt du conseil d^état renvoyait sans aucun motif raisonnable les élections au a8 décembre. 11 parait que cet arrêt n'était pas légalement obligs^oire, parce qu'il ne fut pas signifié dans les loraies ordinaires. D'ailleurs les Marseillais avaient pris la résolution de s'opposer par tous les moyens aux nouveaux empiétemens delà Cour. Bn conséquence , sans aviiîr égard à Tarrét du conseil considéré comme non ' avenu , ils procédèrent aux électiooa. François de Bausset , Yaeon et Lagrange furent pommés consuls, et lavocat deLouUe eut le cbaperon dasses-

seur. Le peuple Marseillais , ivre de son triomphe et jaloux de braver le gouvernement d'une manière édatanle » ae livra pendant trois jours à des £ètes animées , à de bruyans transports de joie.

Et quel était celui dont on méconnaissait ainsi l'autorité î Cétait Louis XIV ^ c'était un prince qui portait haut le diadème et ne savait parler qu'en maître , c'était un monarque impérieux qui poussait Joiu les raffînemens du pouvoir absolu et ne laissait jamais une offense impunie. On l'avait vu en bottes et le fouet à la main entrer au parlement de Paris et-lui dicter ses ordres despotiques. Jugez s'il y avait prudence k blesser un pareil roi; jugez si ce roi , entouré de séductions et d'hommages | n'était pas en mesure de venger l'honneur de son trône et d'infliger à Marseille désobéissante un châtiment exemplaire ?

Aussi bien il^t des choses dont on a de la peine à se rendre raison. A qud entraînement les Marseillais cédaient-ils , au lieu de se soumettre à la nécessité? Qui pouvait leur enfler le cœur? Qui leur inspirait tant d'audaoe? La Provence, étrangère à leurs mouvemens déréglés , les regardait avec indifférence. Us n'espéraient point de secours, aucun appui n'était possible. Quel est le sens d'une révolte qui n'a point de chances favorables et dont le dénoûment est prévu ?

Un arrêt du conseil fit défense aux nouveaux consuls d'exercer leurs fonctions. Louis XIV les

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manda à Lyon oà il se trouvait alors i et donna le

même ordre à Nioselles, au commandeur de Cuges, à Lasalle et à d'Arène. Ils refusèrent tous d'obéir. Le bas peuple se livra de rechef à quelques désordres ; mais les citoyens éclairés comprimèrent ces tentatives insensées , et le conseil municipal , reve* nant aux sentimens de modération qu'il- n'aurait jamais dû perdre, chargea Gérente-Venelles, d'Arèné et Tavocat d'Artigues de se rendre à la Cour et de calmer la colère du Roi. Ges députés se tinrent cachés à Lyon durant plusieurs jours, employant aupiès du cardinal Mazarin la protection du duc de Vendôme , père du duc de Mercoeur. Us purent enfin se montrer , et le cardinal leui* promit que le roi oublierait la conduite coupable de Marseille, si les personnes qu'il avait mandées obéissaient en toute diligence.' Toutes montrèrent sur ce point la meilleure volonté. Nioselles seul voulut résister parce qu'il était le plus compromis , et il ne cortsentit k partir avec les autres que. lorsque BAazario lui eut donné un sauf-conduit.

Les cousais et les gentilshommes de Marseille eurent à Lyon une audience du premier ministre , lequel se plaignit en termes fort vifs de ce besoin d'agitation désordonnée , de ce déplorable esprit de révolte qui ne cessait d'animer une ville insensible aux bienfaits du gouvernement le plus doux. Mazarin voulut ensuite avoir une audience particu* lière avec Kiosdles, et celui-ci » qui aurait cm

£ûllir à 80fi cafflfilere et compromettre sa renommée en paraissant fléoliir devant le pouvoir, se

montra plus intraitable et plus fier que jamais.

Jusque-là LoutsXIV avait refusé de voir Nioseiles et ses Compagnons; mais enfin il leur permit de lui présenter leurs hommages, et le jour d'audience fut^fixé au 6 janvier lôSg i dans le cabinet du roi. A cette époque les députés du clergé et de k no* blesse avaient seuls le privilège de parler debout au monarque y et tous les autres devaient se mettre à genoux devant loi. L'audience allait commencer , et l'antichambre où les Marseillais se trouvaient était pleine de courtisans empressés , lorsque Nioselles et son frère le commandeur de Cages dirent à Saintot , maître des cérémonies , qu'en leur qualité de gentilshommes ils se croyaient dispensés de prendre la posture des. supplians. Saintot en fit de suite son rapport au roi qui rejeta la demande de Ifioselles et du commandeur, parce qu'ils n'étaient point députés de la noblesse et qu'ils ne parais^ saient k la Cour que pour se justifier. Peu après Louis XIV sortit de son cabinet et passa dans un salon voisin. Au même instant les MarseiUaia sV vançant vers loi se mirent àgenoux^ maisNioselles et son frère restèrent debout, au grand étonnement des assistans et surtout du monarque , qui enfonça son chapeau sur la téte. Le comte de Brienne, placé à ses côtés, dit à haute voix: Messieurs de MarseUi^f tous à genoux f le roi rentend ainsL

Il répéta ce conuDandement ; mats les é&a% Mar-

seiJlais conservèrent leur attitude , et le roi fit semblant de n'y prendre pas garde , pour éviter tout sujet de scandale.

a Sire, dit alors Tassesseur , bien que Votre tt Majesté connaisse notre fidélité et notre obéis- « sance/et qu'elle soit pleinement informée qu'il « ne s'est rien passé contre son service dans la a ville de Marseille, nous sommes néanmoins c prosternés à vos pieds pour vous en donner un « témoignage plus anthehtique , et vous assurer « qu'il n'y a aucun de nous qui n'aimât mieux « perdre la vie que de vous déplaire. Si nous étions m assez malheureux pour que Vôtre Majesté eût te pris contre nous des impressions peu favora- « bles y nous osons nous flatter qu'idle s'en dé- « pouiUera en nous voyant dans la ferme résolu- « tion d'exécuter tout ce qu'il lui plaira de nous « ordonner. Car quelle que soit la loi que Votre « Majesté voudra nous imposer , nous reaéoute» « rons sans nous plaindre , pourvu qu'elle nous M fasse la grâce de croire que nous serons inviom kblementses trés4iumblesy très-obélisans^ très- < fidèles sujets et serviteurs. »

Si l'on ne connaissait pas le mensonge des harangues officielles, celle-d le ferait connaître. Le roi répondit à. l'assesseur que les Marseillais ne lui avaient que trop donné des sujets de mécontentement; que néanmoins il était satisCsiit de leur obéissance, et qu'il verrait ce qu'il aurait à fiiire.

Le cardimd Masarin qaî avait usé jusqu'alors

d*une modération infinie , voulut en combler la mesure en rendant la liberté à Félix de la Reynarde. Ce ministre, contre lequel tant dé ressentimens et de préventions s'élevaient , mit tout en' œuvre pour inspirer aux Marseillais des sentimens pacifiques ^ des pensées de concorde et d'ordre public Persuadé que la clémence ne gâte jamais rien etcpi'îl est des momeus où le pouvoir ne perd pas de sa force en fesant des cc^noessions mesurées , il ût confirmer l'amnistie. .Mais l'élection des quatre consuls nommés au mois d'octobre précédent fut de nouveau déclarée nulle, et le duc de Mercœur, qui se trouvait à Lyon , reçut l'ordre de se rendre à Marseille pour y faire procéder à une autre élection. De leur côté, Nioselles et ses amis retournéreut dans cette ville, qui les reçut avec toute la pompe d'un triompbe solennel , comme si elle avait eu à saluer les soutiens de sa liberté et les vengeurs de'ses droits , comme si elle avait eu à célébrer la gloire de ses héros tutélaires. L'espritd'opposition inspira seul cette démonstration éclatante* Teiies sont toujours les passions politiques qui font emploi de tous les instrumeos pour se satisfaire , sauf à les briser un moment après dans leur mobilité capricieuse.

Le ai janvier, le duc de Merooeur entra à Blar* seille sans appareil militaire et même sans la moin» dre escorte. U n'était suivi que de six notables

envoyés' à sa rencontre par le conseil mnnicipal. Quelques houimes de la dernière classe du peuple eurent la bassesse de routrager y et lui, dans sa grandeur d'ame , dédaigna de tirer vengeance dé ces outrages ignobles. Il poussa même la complaisance bien loin en acceptant un arrangement qui donnait gain de cause à ramour-propre des Marseillais, mais qui semblait contraire aux devoirs de sa cbarge et principalement au but de sa mission. On voulait avoir les mêmes consuls. £n conséquence , l'élection ne devait se faire que pour la forme, et Ton avait décidé de ne mettre dans l'urne du scrutin que les noms des quatre magistrats- dont h nomination venait d*étre cassée. Le a6 -du même mois , le duc se rendit à l'Hôtel-de-Ville. Tout s'y passa comme l'on était convenu. De Baussett Yacon , Lagrange , et l'assesseur de Loulle parurent régulièrement nommés selon le règlement du sort, et le peuple donna un libre cours à sa joie* Mais comme il ne pouvait jamais garder une mesure raisonnable dans Tardente expansion des sentîmens qui l'agitaient , il fit repentir le gouverneur de son extrême condescendance en composant cmtre lui des chansons injurieuses.

Sur ces entre&ites la sédition violente que j'ai décriteau chapitre précédent éclata dansia ville d'Âix. Plusieurs coupables vinrent chercher un asile à Marseille , et Nioselles eut le tort de les accueillir avec unebienveUlaiioeaffectée. Peu après, un bour»

geois nommé Perret , attacbé k l'âneien parti consulaire , fut assassiné en plein jour sur le quai du port par des hommes de la faction opposée. Niosdies ne pouvait être «ccsusé d'un crimeanssi odieux qu'inutile. Son caractère bien connu le mettait audessus de tous les soupçons. Cependant le parlement d'Aix t 80U8 rinflnence de ses ennemis , le décréta d'ajournement personnel Nioselles refusa de comparaître devant cette cour souveraine et ne marcha plus qu'eimronné d'une escorte nombreuse que ses partisans lui formèrent. Quelques jours après ; le parlement lança contre lui un décret de prise de corps ; tnais comme la mise à exécution de ce décret paraissait dangereuse , on ne trouva aucun huissier qui voulût le signifier. Le cardinal Mazarin poussé à bout renonça à son système de ménagement. On ne fait représentait Nioselks que sous les couleurs les plus noires. On le lui peignait de tous càtés comme un brandon de discorde civile , comme le mortel * ennemi du trône et des lois, comme un tribun séditieux dont il &liait courber la téte menaçante. Louis XIY 9 irrité contre lui par les rapports de- son premier ministre, crut à son tour que son pouvoir serait désormais compromis s'il souffrait plus long-temps les hostilités insolentes du gentilhomme marseillais. U le somma de se rendre de suite à la Cour, sQus peine de désobéissance au premier chef; et Mazarin adressa cet ordre au duc de lienxmif* f le-

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qud en confia la signification à un UeuteDant de ses gptrdes , appelé la Gouvernelle.

Cet officier CDtra dans Marseille le 16 octobre 1669 y alla droit à FHôtel-de- Ville , y trouva les consuls en conférence avec Nioselles , et kit tout haut Tordre du roi. lilioselles , répondit en s'inclinaot , que Ton pouvait compter sur son obéissance, et pendant qu'un commis rédigeait le récé* pissé de Tordre transmis par le lieutenant des gar* des y Serres, l'un des plus chauds partisans de Nioselles» descendit sur la place de la fionraei y rassendik une troupe de mutins, et se présenta bientôt à leur téte dans le cabinet des consuls. On se jeta sur La GouverneUe^ on l'accabla deeoups et d'outrages , on lui arracha les moustaches et Ton déchira dans ses mains l'ordre de Louis XIY. £nfin Venvoyédu duc de Mercoeur courait risque d'être jeté par la fenêtre, lorsque Nioselles, qui d'une seule parole mettait en mouvement ou en repos la foule qui l'idoiÀtrait, lui sauva généreusement la vie et le fit sortir de Marseille.

Conionnément au règlement du sort, les Actions se firent le a8 octobre. Les nouveaux consuls fiirent Antmne de Candole, Pierre Gueidon et Barthélémy Cousinery. L'avocat Claude Keynaud eut le chaperon d'assessénr.

IMsqfue ces magistrats furent installés, c'est-èdirele 4 novembre, le duc de Mercœur adressa un nouvel ordre du roi, plus pressant que le premier.

174 raSTOIRE

et par lequel il leur était enjoint de £iire partir pour la Cour Niosdles qui ne se pressait guère

d'obéir, bien qu'il en eût donné la promesse. Le duc accompagna cet ordre d'une lettre conçue en ces termes :

«t Ce serait commettre ouvertement Tautorité « du roi que d'exposer une seconde fois ses or- « dres dans une ville où le respect et la retenue a viennent d'être étouffés par les mouvemens et « les violences d'un tas de factieux.... Le roi veut c que le sieur Nioselles obéisse ^ ou qu'il soit ar- « rêté. C'est votre intérêt de faire valoir sa volonté, «. et c'est aussi la seule voie pour réparer ce que « la mauvaise conduite de vos devanciers préff pare de fiicheux. Je ne prétends pas vous a exhorter à cette obéissance; vous savez ce que « vous pouvez et devez faire en semblable conjono- « ture, et vous n'avez personne à consulter que « vous-mêmes. Vous m'avez pourtant cette obli- « gation que je juge par avance favorablement de « vous, et que j'estime que vous ne serez pas fi* a chés de travailler au repos d'une ville assez en- « gagée. Quoi qu'il en soit, vous pouvez prévenir « bien des choses et adoucir par votre obéissance « ce qu'on doit attendre d'un roi offensé. »

Le duc de Mercœur ne trouvant pci^sonne qui osât se charger de ses dépêches, parce que chacun craignait d'éprouver le sort du lieutenant La Gouvernelie, les lit secrètement passer à une demoi-

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selle de Marseille dont le nom ne nous est point panreDU« et 1 lovUa k les remettre au premier consul aveclesprécautioiis qu'elle jugerait convenable. Celte demoiselle choisit le jour où de Candole, au milieu d'une nombreuse et brillante assemblée^ recevait des complimens suraon élection à la première magistrature municipale. Elle s'approcha de lui après s*étre glissée dans la foule, mit les dépêches dans sa main et sortit aussitôt sans qu'on la remarquât. Lorsque de Candole fut libre, il lut la lettre du gouverneur de Provence et la montra ensuite à ses collègues qui furent d'avis de la communiquer à l^ioselles et d'en faire un secret à tous les autres. Ils résolurent aussi d'envoyer un exprès au duc deMercœur pour lui peindre les difficultés de leur position. Mais le duc , refusant de recevoir ce député I exigea que Nioselles obéit avant tout. En même temps le cardinal Mazarin écrivit au:t consuls de Marseille.une lettre qui les frappa de terreur.

c Je ne vous cacherai pas, leur disait-il , que « quand même j'aurais entrepris de justifier auprès a de S. M. Tinsulte faite à La Gouvernelle, cela c n'aurait servi de rien, chacun trouvant l'action « scandaleuse et criminelle en toutes ses circons- <c tances, et qui plus est, le roi en étant indigné « à un td point qu'il n'y a personne qui ne juge « que son. autorité y son service, le bien de la pro* <c viQce et le repos même de Marseille ne permet-

176 BBlOmE

« tant pas qu'un tel attentat, qui est en suite de « beaucoup d'autres , puisse demeurer impuni. »

Louis XIV et sa cour, voyageant à petites journées dans les provinces méridionales , étaient alors à Toulouse 9 pendant que la France et l'Espagne finissaient, par les négociations du cardinal Mazarîn et de don Louis de Haro, une guerre de vingtcinq ans également funeste aux deux royaumes. La main de Tinftnte Marie-Thérèse fut accordée à Louis XIV ; mais ce traité de mariage souffrit d'abord quelques difficultés, et en attradant que la princesse arrivât sur la frontière le roi continuait de se promener triomplialement dans le midi de ses .états. Le 7 janvier 1660, le duc de Mercoeur et le premier président baron d'Oppède partirent d'Aix et se rendirent à Montpellier pour présenter leur^ hommages au scmverain. Peu^après, les députés du parlement et de la -cour des comptes, le premier et le troisième consul de la capitale , deux procureurs joints pour chacun des trois ordres et le greffier de l'assemblée générale des communautés prirent le chemin d'Arles où toute la noblesse provençale s'était donné rendez-vous. Le la du mémemoiSi Louis XIV pasealeAbèoeàTanscoDi etFévéque de Digne , procureur joint pour le clergé, le complimenta au nom de la province. Le iendenudn le roi entra dans Arles et y fut reçu avec magnificence. Après avoir confirmé les privilèges de la commune, il partit pour Salon , et fit son

DE PROVENCE. il!

entrée à Âix^le 17 janvier , par la porte des Âugos» tins, sans beaucoup de bruit et defeste, selon son exprès commandement. Les compagnies des quartiers étaient allées à sa rencontre. On voyait à sa . suite la reine-mère, le duc d'Anjou son frère, mademoiselle, fille aînée de Gaston duc d'Orléans, le ' cardinal Mazarîn. et quatre secrétaires-d'état , le prince de Gonti , le cointe de Soissons , la comtesse Palatine de Nevers, le nonce du Pape, l'ambassadeur extraordinaire de Venise , ■ les évéques de Poitiers y de Rhodez, de Béliers, de Valence et de Fréjus, les maréchaux de Grammont, DupUssis , et de Villeroy , les ducs de Damville et de Noirmoutier^ le comte de Brissac, le marquis de Yille*quier et plusieurs autres grands seigneurs et digni*taires. Le roi descendit à l'hôtel du président de Régusse auquel on joignit celui du baron de Château -Renard. La reine-mère et le duc d'Ânjou logèrent à l'Archevêché ; mademoiselle s'établit diez Maurel de Pontevès ; Mazarin occupa la résidence- du baron d'Oppède , et lés seigneurs, de la cour furent reçus dans divers hôtels (1).

Sur la prière des consuls » Louis XIY jura le maintien des. franchises municipales d'Aix. Ces magistrats lui donnèrent, au nom de la ville, des boîtes de confitures, des flambeaux de cire blanche et deux pièces de vin du pays. Lè roi se mon-

(i)Pitton,hi8t. d'Aix» liT. v.

178 HI8TCMRE

tra souvent en public, et ce fut durant son séjour dans la capitale de Provence qu'on vit arriver le prince de Gondé suivi du duc de Longueville. Des mécontentemens particuliers l'avaient £ait passer au service de TEspagne. Mais lorsque la paix âit signée il rentra en France ^ vint à Aix , et se jeta aux genoux du roi pour le prier d'oublier le passé. Louis XIY l'interrompit, et annonçant dès lors tout le tact de son caractère, toute la justesse de son esprit, « Mon cousin , lui dit-il , je n'ai garde cr de me souvenir d'un mal qui n'a porté doip* « mage qu'à vous (i). »

A l'approche du roi, les Marseillais lés plus compromis perdirent l'assurance et pensèrent à leur sûreté. La fuite était diiEcile, car des vais* seaux partis de Toulon bloquaient le port et des troupes occupaient les routes. NioseUes choisit d'abord poar retraite une maison particulière, mais craignant d'y être découvert^ il s'ensevelit avec son valet de chambre , les deux frères Serre et Feautrier, habitant de Cuges, dans un souterrain que le confesseur des capucines lui avait préparé dans l'enclos du couvent de ces religieuses. Ses amis se cachèrent partout où ils purent.

Le conseil municipal de Marseille, fesant tous ses efforts pour détourner l'orage qui menaçait la ville y délibéra d'envoyer auprès du roi l'évéque

(i) Anqu«til, Hût. de France, t u, p. ii3.

Étienne de Puget. Ce fut en vain que ce prélat demanda la grâce des Maraeiftlais. Louis XIV fut sourd à toutes les prières. Le do janvier, le duc de Mercœur partit d'Aix avec une armée de sept mille hommes. Le lendemain il établit son quartier«général fout près d'^/vn, et envoya aux consuls l'ordre de lui porter les defs de Marseille. Ceux-ci obéirent aussitôt , et le duc leur enjoignit d'aller l'attendre à l'Hôtel de Ville. Le même jour il fit son entrée à Marseille à la té te de toutes ses troupes. En lui tout annonçait le ministre de la vengeance royale. Il mit de^ corps-de-garde aux portes de la ville, aux Boulevarts, aux Tours, aux Moulins, au Porty à la Loge» et refusa de voir les officiers de la s^échaussée ainsi que plusieurs notables qui se présentèrent pour le complimenter. Il fit dresser des potences en divers endroits pour contenir le peuple et même ses propres soldats auxquels il avait prescrit la plus sévère discipline , mais qui n'étaient que trop portés à se considérer comme les maîtres d'une ville ennemie. Puis , au milieu du silence universel et de la consternation générale , le gouverneur parut à rilôtel de Ville où siégeait le conseil municipal. Tous les membres se tenaient debout y et les consuls s'étaient confondus parmi eux.

«t Messieurs y dit alors le duc, je vous crois plus

« malheureux que coupables , mais vous étestombés daos la disgrâce du roi. S. M. ne veut pins

m HISTOIRE

a que vous soyez consiib^ ni qa*à l'avenir il y ait

« à Marseille des magistrats de ce nom. £lle a « résolu de changer la forme du gouvernement de « la ville, ro'ayant commandé de vous déposer et a de remettre votre autorité entre les mains de « M. de Piles y pour commander aux habitans et « aux gens de guerre qui y sont et y , seront en « garnison, jusqu'à ce que Sa Majesté ait réglé la « forme du gouvernement politique. »

Ensuite le gouverneur ordonna aux consuls de quitter leurs chaperons qu'il envoya au cardinal Mazarin. Il déclara confirmer au nom du roi les autres charges municipales, même celles de capitaines de quartier qui conservèrent leur organisation ancienne; cependant il confia la police à l'un de ses officiers nommé commandant de place. Fortia de Piles fit publier à son de trompe dans tous les carrefours l'ordonnance du roi qui déclarait Nioselles et ses adhériens criminels de lèse-majesté. Défense était fiiitede les recevoir, sous peine de la vie, avec promesse de la somme de six mille livres pouiT cewi qui les livreraient. Tous les habitans furent désarmés; on les obligea de se retirer dans leurs maisons avant huit heures du soir, et on les soumit au logement des gens de guerre, contrairement aux privilèges de la commune. Le gouver» neur frappa Marseille d'une contribution militaire de huit mille livres au profit de la ville d'AijL qui avait à sa chai^ la résidence de la Cour. De plus

il fit scier et transporter à Toulon , pour y être fondus y les canons de bronze qui étaient sur les remparts.

Le ^7 du même mois, le parlement d'Aix envoya à Marseilie une chambre de justice composée des présidens de Goriolis et de Forbin-la-Roque,

des conseillers de Ballon, de Villeneuve, de Saint- MarCy£tienne, Tressemanes y Antelmi, Foresta, LaurenSy Maurel, Duchafeiut, et de Tavocat-général de Vergons. Cette chambre devait juger prévôtalement les auteurs des derniers troubles. Aussi elle ne traina pas la procédure en longueur. Nioselles fies quatre complices qui l'ayaient suivi dans sa retraite, le notaire Jauhert et neuf autres furent condamnés à mort par contumace , avec confiscation des biens. Un seul dont le nom nous est inconnu fut exécuté réellement. La Salle père et fils, de Félix Tainé et son frère l'abbé, de Beausset père et fils 9 Charles de Mazenod et l'avocat Âmbroise Cornier furent exilés. Le même arrêt ordonna que la maison de ioselles serait rasée et que Ton y élèverait une pyramide infamante pour transmettre à la postérité son crime et son châtiment. Mais cette pyramide ne fut considérée par les Marseillais que comme un monumènt de patriotisme et d'honneur. Tant il est vrai que l'opinion publique se jouant toujours, sous le rapport moral , des vaines sentences de la justice bumaine, est la seule puissance qui inflige souverainement des punitions ou qui décerne des récompenses.

Comme le duc de Mercœur, selon les instructions qu'il avait reçues de Louis XIV, tenait beaucoup à la prise de Nioselles, on fit par ses ordres les recherches les plus sévères , on se livra aux investigations les plus minutieuses. Mais tous les efforts de la police échouèrent, bien que Tasile de Nioselles fût connu par un grand nombre de personnes. A la gloire des Marseillais, aucune d'elles ne se laissa séduire par l'appât des six mille livres promises. Les cinq proscrits restèrent cachés dans le souterrain pendant plus de trois mois. Le ^5 avril, un de leurs amis, nommé Audiffret, facilita leur embarquement, et ils se réfugièrent à Barcelone (i).

Marseille fut encore frappée d'une contribution de quatre-vingt-dix-mille livres qui servirent à la construction de la citadelle Saint-Nicolas, élevée pour tenir en bride les habitans de cette ville dont l'indépendance turbulente paraissait peu d'accord avec la subordination monarchique. Le 1 1 février on traça sur la première pierre cette inscription : De pew que la fidèle Marseille, trûp souvent en proie aux criminelles agitations

(x) Qudqaet années après , Nioselles obtmt la penmssion de se retirer dans rone de ses terres. U ne pat rentrer à Hamlle qa'en 1714 , et il moumt la même année , âgé de 94 ans. La pyramide fut alors détruite.

Depuis long-temps les biens de Kioselles avaient été rendus i fteçoise de Félix , sa mère.

€le quelques-uns f ne causât du dommage' à elle'

même et au royaume^ ou par la fougue des plus audacieux^ ou par une trop grande passion de la Uberié^Loms XlV'^ rei des Franqais^ a pourm^ en construisant cette citadelle^ à la sûreté des Grands et du peuple. Le roi Va ordonné. Le cardinal Jules Mazarin^ après la paix signée aux Pjrré» néeSf raeonseUlé, Louis de Vendôme (i), gouverneur de Provence^ Va exécuté (a).

Pendaat que la CkHir de France déployait à Marseille tant de sévérité, on célébrait à Aix des fêtes solennelles. La paix avec l'Espagne excitait les traiisportsdela joie populaire. Le parlement vérifia le traité en audience publique , ensuite le greffier annonça au peuple cette bonne nouvelle, dans un brillant appareil. 11 était précédé delà maréchaussée et des huissiers, de trompettes et de hérauts d'armes. Les consuls et les officiers de la sénéchaussée marchaient derrière lui 9 tous en robe de soie avec les chaperons fourrés d'hermine, tous montés sur des chevaux à honsse traînante. Quand les cérémonies furent terminées , le roi sortit de la ville d'Aix, prit la route de Saint-Maximin, et fit ses dévotions à la Sainte-Baume. Puis il visita successivement SoUerSi Toulon , Hyères, fielgencier,

(i) Le titre de dao de Vendôme appartenait an dnc de Mereœnr depids la mort de «on père, (s) Le £»rt Saint-Jean fnt conttnût en 1664.

BrigDolles, Caroes, Notre-Dame-de-Grioe au territoire de Gotignac. Après quoi il se dirigea vers

Marseille.

Le duc de Mercœur avait £Etit une large brèche aux remparts tout près de la Porte Royale. C'est

par là que Louis XIV entra, comme si Marseille eût été une place ennemie prise de vive force. Uy entra le a mars 1 660 , à quatre heures après midi , suivi delà reine mère, du duc d*Anjou, du cardinal MazarÎD et d'une partie de sa cour. De Piles, accompagné d*un grand cortège, lui présenta deux dés'd'or sur un plat d'argent. Mais le prince les lui rendit après les avoir touchées. La stupeur était peinte sur tous les visages, l'indignation bouillait liu fond des cœurs. On assure qu'un officier suisse, placé à la téte de deux compagnies , refusa de passer par la brèche en disant avec fierté : ies Suisses nepasserd que par les brèches faites à coups de canon.

Le roi choisit pour logement l'h&tel de Thomas Biquetti de Mirabeau. La reine mère descendit chez Léon de Valbelle; le duc d'Anjou, chez Charles de Mazenod, condamné à Texil; Mazarin, chez Balthazard de Cypriani.

Le 'j mars, Louis XIV supprima le consulat de Marseille et le remplaça par deux échevins. 11 maintint la charge d'assesseur et voulut qu'elle continuât d'être remplie par un avocat. 11 pourvut d'ofiice à ces trois places , en déclarant toutefois

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que c'était sans préjudice du règlement du sort

pour les nominations subséquentes. Le conseil municipal fut réduit à soixante-six membres, y compris les échevius et l'assesseur, et le tiers sortait chaque année. Les deux tiers restans admettaient ou rejetaient au scrutin secret les candidats proposés parles échevins et par l'assesseur. Fortia délaies fut nommé viguier perpétuel ; et deux ans après, le roi porta à quatre le nombre des écbevins.

Louis XIY partit, le 8 mars, de Marseille où il laissa une garnison de 3,5oo hommes. Il retourna à Aix, en sortit le 16 avec toute sa cour, et alla passer plusieurs jours à Avignon où il fit plusieurs actes de souveraineté. 11 se rendit ensuite à Orange. Cette place et son territoire appartenaient depuis long-temps à l'illustre maison de Nassau. £n i6ao, le prince Maurice, Mé protestant , avait donné au château onze bastions liés par leurs - courtines avec un fossé creusé dans le roc , et en avait fait une des plus fortes positions de l'Europe. La ville fut aussi fortifiée de plusieurs ouvrages sous la direction de l'ingénieur Servole. La place d'Orange, occupée par une forte garnison de soldats hollandais et suisses , devint le boulevart des protestans des provinces voisines, et ils lenommèrentle Crêpecœur des catholiques. Cette garnison , mal payée , infestait les lieux d'alentour et fesait même en Provence des exécutions militaires. Louis XIV, au sortir d'Avignon , voulut posséder la place de gré

OU de force. Ayànt obtenu le oonsentement de la

princesse douairière d*Orange , grand-mère du fiameux Guillaume III de Nassau » alors en bas âge, ildoDoa ses ordres pour en fiiire le siège. Le comte d'Hona , gouverneur , n'attendit pas l'assaut dont on le menaçait. Le 21 du mois de mars il parut à la. porte de l'Ange pour y recevoir le marédial Duplessis*Pralin qui venait, au nom de Louis XTV, prendre possession d'Orange et de ses dépendanœs, à la tête du régiment des gardes françaises. Le comte d*Hona sortit du Châteafi avec toute la gar» uison par la porte de la Vignasse , après avoir signé une capitulation par laquelle il devait recevoir du roi la somme de deui. cent mille livres. Louis XIV donna legouvernement de la principauté au chevalier de Gault. Gela hit^ il s'avança vers les Pyrénées y eut une entrevue avec Philippe IV , roi d'Espagne , épousa l'infante , et rentra dans la capitale, au milieu des acclamations et des fêtes. La même année, il ût démolir les fortifications d'Orange , ne voulant pas , dit le dernier historien de cette principauté (i), qu'une place aussi importante, enclavée dans la Provence, le Languedoc, le Dauphiné et le Gomtat-Venaissin , devint une autre Genève.

(0 L« père BonaTentnre, p. 410 et tniv.

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