CHAPITRE XXXI
Par ordre da roi le parlement d'iJz réumt Avignon au Comté de Provence. — ■ Peu après cette TÎHe est restituée à la Cour
de Rome. — Scènes de scandale données par la haute magistrature provençale. — Diverses opérations militaires des Français en Italie. — Leurs désastres dans cette contrée.-— Les puissances coalisées décrètent l'invasion de la Provence.
— Le duc de Savoie et le prince Eugène passent le Var et se dirigent sur Toulon. — Patriotisme des Provençaux. — Admirable eonduite du comte de Grignan. — > Les ennemis forment le siège' de Toulon. —Belle défense de cette yille.
— Les Français enlèvent aux coalises la forte position de Sainte-Catherine. — Mort du prince do Saxe-Gotha. — Combats divers. — Le duc de Savoie j ayant épuisé toutes ses ressources , bat en retraite et repasse le Var en désordre. — Paix générale et traité dUtrecht
Alors tout fléchissait sous Fheureux pouvoir de LoQÎs Xiy. Le pape lui-même, Alexandre YII, fut contraint de s^humilier devant les volontés absolues du jeune monarque. Les gens du duc de Créqui , ambassadeur de France à Rome » avaient
Ite HISTOIRE •
maltraité quelques soldats corses de la garde pon« tificale. Ces violences n'étaient que trop ordinaires aux Français dont la pétulance et l'audace bravaient toute discipline en pays étranger. Les Corses furieux assiégèrentrhôtel deTambassadeur, et lui tuèrent quelques domestiques. A cette nou* velie, le roi demanda une réparation proportionnée l'offense. La Cour de Rome, selon son usage, temporisa tant qu'elle put. Mais Louis XIV , impatient de venger l'honneur français, ût passer des troupes en Italie , et commanda au parlement de Provence de procéder à la saisie de la ville d'Avignon et du Comtat-Yenaissin.
Gantés, procureur général, examina les droits que le roi de France avait sur ce pays. Il se convainquit par ses recherches que les titres des souverains pontifes pouvaient être £icilement contestés. Sur les conclusions de ce magistrat, le parlement signifia au Pape , en la personne de Gaspard de Lascaris , son vice-légat à Avignon , d'exhiber des titres-meilleurs, s'il en avait. De Lascaris âe répondît pas. Sur ces entrefeites, des puissances amies s'entremirent pour opérer un accommodement, et Louis XlVarréta les poursuites qu'il avait commandées. Mais l'obstination de la cour de Rome à refuser toute satisfaction força de les reprendre. Par arrêt du a3 juillet i663 , le parlement d'Aix déclara « que la ville d'Avignon « et le Comlat-Yenaissin n'avaient pu être aliénés
« de l'ancien domaine des comtes de ProTenoB, et ' « en conséquence ordonna qu'ils y seraient réu-
« nis, et que S. M. eu serait remise en possession « par des commissaires qui se transporteraient « sur les lieux 9 afin d'y recevoir le serment de « fidélité des habitans et y constituer dès juges ff pour administrer la justice en première instance, « sauf l'appel au parlement »
La force des armes ne fut pas nécessaire pour la prise de possession. Les commissaires nommés fiirent le baron d'Oppède , premier président, son cousin Melchior de Forbin-la-Roque , président à mortier, les conseillers Gautier, Villeneuve , Trichaud , Lombard, Perrier, Thomassin-d*£ynac » Seguier et Saint-Marc. Ces magistrats entrèrent sans obstacle dans la ville d'Avignon. Le vice-légat fiit contraint de s'éloig;ner y muni d'un sauf-conduit 9 pour qu'il pût traverser sans danger la Provence. Les commissaires prirent officiellement possession de la ville au nom de Louis XIY , et se rendirent ensuite à Garpentras , capitale du Comtat-Veiiaissin , pour y procéder à la même formalité. Le Pape ayant ensuite donné au roi les satis^ fiictionales plus éclatantes, la cour de Rome rentra en possession de ses domaines au mois d'août 1664. Mais le parlement d'Aix n'enregistra l'édit de restitution que sous la clause qu'i7 ne pourrait nuire à rinaliénabilité des droits du roi et de la couronne.
IfM) HISTOIRE
La même année, h peste se manifesta à Toulon, et se répandit à OHooUes et à Cuers. L'administration prit les mesures les plus efficaces pour que le mal contagieux n*étendit pas ses ravages. Grâce à ces mesures , le fléau ne frandiit pas les limites que la vigilance lui avait assignées.
Le duc de Mercœur, gouverneur de Provence f obtint, en 1667 , le chapeau de cardinal et s'empressa de se rendre à Paris, pour le recevoir des mains du roi. Par une bizarrerie qui choquerait tout le monde aujourd'hui , mab qui pour lors ne choquait personne , il réunit Pun des plus hauts commandemens politiques à la première dignité de TÉglise. U fut tout à la fois chef militaire et membre du sacré collège. En l'absence du gouverneur , l'administration de la province passait entre les mains du parlement. C'est cè qui était consacré par les habitudes les plus anciennes et par les exemples les plus multipliés. Cependant Louis XIV donna le gouvernement par intérim au premier président baron d'Oppède, et k oom* pagnie perdit pour toujours cette antique prérogative , sans pousser aucun murmure , sans £siire la moindre représentation. Le duc de Mercceur retourna bientôt en Provence ; mais il ne jouit pas long-temps de ses nouveaux honneurs , car le pays eut le malheur de le perdre en 1669 , et les larmes du peuple arrosèrent les fleurs que les grands répandirent sur son tombeau.
L'autorité royale porta un coup plus rude au parlement de ProYeDoe , de même qu'aux autm parlemens du roysôme. Le cardinal Mazarin était mort; et Louis XIV, gouvernant par lui-même , s'accommodait mal de l'opposition , cherchait à contenir tous les corps de l'état dans les limites rigoureuses de Tobéissance passive. Pour faire de grandes et belles choses , il avait tout ce qu'il £ei1lait , la volonté et la puissanice. Il pensait à tout réformer, finance, marine, police , église , discipline militaire , procédure civile , instruction cri« minelle. Il ordonna, par un éditdei675, que jamais les parlemens ne fissent des remontrances que dans la huitaine de Tenregistrement. Ce droit de représentation , exercé dans sa plénitude , n'a* vait produit aucun bien ; et c'est lorsque le parlement de Paris en a été dépouillé qu'ont été portées les meilleures lob , selon la remarque du chance* lier de Lamoignon. Quelle était la valeur politique d'un pouvoir contesté et mal défini ? Quelle était l'utilité d'en corps tantôt frondenr et mutin , tantôt silencieiix et servile? Le parlement de Provence, n'abandonnant pas de bonne grâce Tun des privilèges qui lui étaient les (dus chers, renvoya à des commissaires l'examen préalable de l'édit des Francs -fiefs ^ et en suspendit ainsi la vérification. Le roi , irrité de cette résistance , se hâta de prononcer l'interdiction du président de Régusse, qui avait présidé rassemblée où la résolution fiit prise,
et du conseiller de Gourdon, qui avait été rappoitear. filaU se laissant bientôt fléchir^ il rendit ces deux magistrats à la liberté et àleurs fonctions.
De temps en temps la magistrature provençale , poussée par une vanité puérile, semblait prendre plaisir à donner au peuple des scènes scandaleuses qui portaient une grave atteinte à sa considération et réjouissaient ses ennemis. Aux fêtes de Noël 1677, le conseiller de Ballon se rendit à sa paroisse» et s'assit sur un banc que les trésoriers-généraux y possédaient. Quelques-uns de ces officiers arri- Tèrent en costume peu de temps après, et voulurent se placer au-dessus de lui. Cette prétention parut une insulte au conseiller , et il y résista avec hauteur. Mais les trésoriers insistèrent , le repoussèrent rudement et en vinrent jusqu'à lai donner un soufflet. De Ballon sortit tout ému , et se rendit chez le premier président, Àrnoul-Marini successeur du baron Forbin d'Oppède, mort le i3 septembre 1671. Marin , qui pour fi être pas né en Provence nen était pas moins vif{i)^ courut à Téglise suivi de quelques membres du parlement qui se trouvaient auprès de lui, interrompit le divin sacrifice , adressa aux trésoriers les apostrophes les plus violentes , leva sur eux un bâton dont il s'était armé , les força de prendre la fuite , et ordonna de mettre eu pièces leur banc. Ensuite
(1) D'HenoiTy à» Moite » Hiat Mmuim. da Parkmit d'Aix.
D£ PROV£NC£. 193 il réunit à la hâte les membres de sa compagnie , fit décréter de prise de corps deux des trésoriersgénéraux, etentoya 8or4e«chaiDpla maréchaussée pour les saisir jusque dans leur domicile. Des' rapports contradictoires arrivèrent aux pieds du trône y et- Louis XIY chargea son intendant en ProYence de frire une enquête sur . cet étrange événement. Les trésoriers ayant présenté des excuses, le parlement d'Aix n'exigea pas d'autre réparation et l'aflfaire n'alla pas plus lôin«
Une affaire plus grave et plus tumultueuse vint affliger les amis de la paix et fournir pâture à la malignité publique. En i684 , le cardinal de Gri* maldi , archevêque d'Aix , avait ordonné une procession générale pour la cessation de la sécheresse» Le parlement disputait à la cour des comptes le droit d'assister à cette procession. Néanmoins la cour des comptes se rendit à la métropole de Saint- Sauveur, au moment où le parlement venait d*étre introduit dans le choeur , dont les grilles avaient ensuite été fermées et confiées à la garde des archero de la ville. A cette vue , les membres de la cour des comptes firent éclater leur fureur. L'église retentit de leurs cris menaçans. L'un d'eux, Croze de Saintes » s'élance sur la grille , parvient au frite , appuyé sur le Crucifix qui le couronne un mousqueton qu'il avait enlevé à un archer , et couche en joue le premier président Arnoul«Marin^ lequel s'étend à plat ventre sous les accoudoirs
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des stalles pour échapper au feu de son ennemi.
L'archevêque, invité par les gens du roi à faire pesser le scandale, ne se livra qu a d'inutiles efforts, et fût enfin réduit à ajourner la procession. Alors le parlement songea à se retirer; mais rachamcment de ses adversaires devait embarrasser sa marche et prolonger les désordres. Gomme les parlementaires étaient entrés dans leurs carrosses ou dans leurs chaises à porteurs , les membres de la cour des comptes , retournant à pied , ne craignirent point de les attaquer y de leur laneer des pierres , et d'assouvir leur rage sur les laquais et les chevaux. Ayant rencontré le premier présîr dent à la rue des Trois-Ormeaux , quelques-uns des plus furieux proposèrent de Tenlever. Marin , pour échapper au péril , saute à bas de sa chaise » et se met à courir jusqu'au Palais de Justice.
Le parlement s y réunit aussitôt. Le parquet fut chargé de rédiger un rapport et de Fenvoyer incessamment à Louis XIV. Ce prince , en son conseil , ordonna à la cour des comptes d'assister en corps à unegrànd'messequi devait être chantée à l'église de Saint-Sauveur, et de s'y placer, à titre de punition , dans les stalles basses. Le conseiller Croze de Saintes fut personnellement condamné k rester à deux genoux sur les marches de l'autel, avec un flambeau à la main , pour faire amende honorable. Le roi déclara en outre que la cour des comptes n'assisterait plus aux processions générales.
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Louis XIY triomphait de tons c6tés , plus par ses généraux que par lui-même. U reculait les frontières de son royaume, et sur mer comme sur terre il couvrait de gloire le nom français. Alger , foudroyé par Tune de ses flottes, lui demanda merci. Tunis et Tripoli subirent le même sort, et le commerce marseillais cessa d'être inquiété par la piraterie. Gènes, alors faible république , ayant mécontenté un monarque victorieux que les nations les plus puissantes ne bravaient pas impunément, sentit aussi le poids de sa vengeance. Le 12 mai 1684» une formidable escadre partit des îles d'Hyèresy sous le commandement du marquis de Seignelai, fils de Colbert. La plus grande partie de Gènes la ^perbe fut écrasée par les bombes , et il Êdlut que le doge apportât Fassurancé de sa soumission, au milieu des magnificences de Versailles.
L'Allemagne , les Pays-Bas, lès frontières d'Espagne et ritalie furent tout à la fois le tht'Atre de la guerre. Le maréchal de Catinat, vrai pbilosopbe et grand capitaine, gagna sur Victor-Âmédée la bataille de Staffarde, en 1G90. Cette victoire mit en son pouvoir la Savoie et la plupart des places du Piémont. Mais une guerre de chicane que le duc entendait fort bien dans un pays hérissé de montagnes, lui permit d'attendre les secours de r Autriche. Le prince Eugène fit lever le siège de Coni , et' Tarmée française, battue en détail , fut contrainte de repasser les Alpes.
Cependant Catinat entreprit Tannée suivante de
forcer le château de Nice. Plnsienrs corps de troupes fraoçaises arrivèrent successivement en Provence et vinrent grossir Tarmée du Yar. Au commencement du mois de mars 1691, Gatinat arriva à Aix et porta le 1 1 son quartier-général au village de Saint-Laurent. Son armée était forte de douze mille hommes d'élite. H y avait un train considérable d'artillerie de siège avec deux compagnies de mineurs bombardiers. Une flotte de cinq vaisseaux de haut bord.» de quatre frégates et de vingt galères, commandée par le vice-amiral comte d'£strées, reçut l'ordre d'appuyer les opérations de l'armée de terre. Quatre .mille cinq cents hommes défendaient Nice. Le la mars, à la pointe du jour, trois cents cavaliers français passèrent le Yar et mirent en fuite quelques miliciens qui occupaient le bord opposé. Gatinat suivit de près avec le gros de son armée; il parut en personne devant la forteresse de Yiliefranche dans la matinée du 17, et le lendemain les batteries de siège commencèrent à jouer. La canonnade continua sans interruption; et le aOy la brèche étant devenue praticable, les Français montèrent à l'assaut. Le gouverneur fut obligé de capituler, et la garnison évacua la place avec les honneurs delà guerre. Montalban et Saint- Hospice se rendirent bientôt après.
Maître de ces trois places , Gatinat porta toutes ses forces contre la ville de Nice qui capitula le
a6 mars. Le général français prit immédiatement ses mestures pom* foudroyer le château. Les boulets
et les bombes pleuvaient de toutes parts. Le ciel était embrasé. Le canon du château ripostait vivement; mais le feu des Français fit sauter deux magasins à poudre qui ensevelirent sous leurs débris une partie de la garnison. Le comtede Frussasque, commandant de la place , assembla un conseil de guerre, à la suite duquel il consentit à céder la place aux. Français, et Catinat lui accorda une capitulàtion avantageuse qui fut signée le 3 avril 1 691 . Catinat , poursuivant le cours de ses succès , alla cueillir de nouveaux lauriers à Marsailles.
Yictor-Amédée, Êitigué d'une guerre ruineuse'^ se détacha de la ligue formée contre Louis XIYy et conclut à Turin sa paix particulière le 29 août 1696. U consentit à donner sa fille au duc de Bourgogne comme un gage de réconciliation. Par ce traité la France s'obligea à évacuer immédiatement toutes les places qu'elle occupait en Savoie et en Piémont. Les troupes françaises qui tenaient garnison à Nice repassèrent le Var et rentrèrent en Provence.
Ija paix générale régnait lorsqu'arriva la mort de Cbarles II. Cet événement qui plaçait la couronne d'Espagne au front du duc d'Anjou y petitfils de Louis XTV, ébranla de nouveau l'Europe. Toutes les puissances s'émurent, et la guerre se ralluma plus vive que jamais. Yictor-Amédée crut
que ses intérêts lui cooiinandaient de rompre avec la France et deilsiire cause commune avec les rois ennemis. Une armée française s'organisa en Provence. Le 3 mars 1 705, le duc de la Feuiilade passa le Var, suivant le même ordre de marche adopté quelques années auparavant par le maréchal de (.alinat. Une flotte sortie du port de Toulon, sous les ordres du marquis de B.oye, parut devant Nice. Un corps de six mille hommes , commandé par le chevalier deSimiane , fut aussitôt détaché du gros de larmée pour prendre position sur la route de Sospelloi et tenir en échec les milices des vallées. Sospello tomba au pouvoir de cette colonne. En même temps le marquis d'Usson marcha' sur Villefranche, et cette ville capitula le 10 mars. Les forts de M ontalhan et de Saint-Hospice imitèrent bientôt son exemple , et la flotte française , maîtresse du port de Villefranche , y débarqua librement les munitions et les vivres. Alors le duc de la Feuiilade fit investir Nice de tous côtés. La forteresse 4e cette ville , réparée par les ordres de Yictor Amédée, avait repris son rang parmi les places du premier ordre et se trouvait sous*le commandement du marquis de Carail , qui s'était fait une réputation de bravoure. Les Français bombardèrent la ville , et le feu de leurs batteries vomit sur elle la destruction et la mort. Nice , n'en pouysûtit plus y capitula le 10 avril ; mais le marquis de Carail , retranché dans le château , protesta
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qu'il n*en quitterait les remparts qu'à la dernière
extrémité. Le duc de la Feiiillade, obligé de faire UD mouvement en Piémont pour s'opposer à la marche des impériaux commandés par le prince Eugène , se mit en route par le col de Tende, ne laissant devant le château de Nice qu'un corps d'observation sous les ordres du marquis d'Usson. Celui-ci fit sauter les remparts delà ville, et se retira sur les hauteurs de Montalban pour y attendre les événemens. Ce ftit alors que Ton convint de part et d'antre cPune suspension d'armes , valable seulement dans le comté de Nice , et dont on limita la durée à tout le mois de npTembre suivant.
Sur ces entre£eiites des trotkpes arrivaient en Provence. Seize bataillons , sous les ordres du duc de Berwicky passèrent le Yar le dooctobre, et vin» rent se joindre an corps d'observation retranché à Montalban. Déjà le marquis d'Usson, ayant fait dénoncer la reprise des bostilitési était rentré dans la ville de Nice. Fidèle imitateur de Catinat , Berwick dressa ses batteries de siège sur les hauteurs de Saint-Charles. De Yauvré ^ intendant de la marine à Toulon , lui avait amené un parc considérable d'artillerie. Le feu des batteries recommença le 8 décembre , et pendant tout le mois on se caoonna i^ciproquement a^ec une égale vivacité. Le i**" janvier 1706 , une colonne de grenadiersy dirigée par le duc de Berv^ick en personne , s'empara d'un ouvrage qui couvrait le front de la
place du coté du Paglion. Quelques pièces de ca*
non tournées à bout portant contre le bastion supérieur ouvrirent trois brèches que les assiégés essayèrent en vain de réparer. Dans la journée du trois, deux régimens français montèr^t à l'assaut et furent repoussés. Malgré ce revers , le duc de Berwick ordonna pour le lendemain une attaque générale. La garnison se trouvait affaiblie et dé* couragée y la place ruinée presque entièrement. Dans cette situation y le marquis de Carail , forcé par ses officiers de se rendre , capitula le 4 janvier . La garnison sortit avec les honneurs de la guerre y et on la conduisit prisonnière en Provence. Le roi avait ordonné que l'on rasât lafortei^sse y et ses ordres lurent rigoureusement exécutés.
Yendème commandait alors l'armée dltaHe.
Louis XIV le remplaça bientôt par son neveu le duc d'Orléans, lequd n'ayant pu arrêter le prince Eugène, dont le génie ndlitaire était en aide au duc de Savoie, se joignit à La Feuillade, qui fesait le siège de Turin. Il proposa de marcher àTennemi plutôt que de se laisser attaquer dans ses lignes. Le conseil de guerre convint que c'était le parti le plus prudent comme le plus honorable. Malheureusement la Cour avait décidé le contraire , et le maréchal de Marsin vint en montrer Tordre secret, bientôt le prince Eugène et .Yictor-Amédée forcent les retrancbemens. L'armée entière est mise
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en pleine déroute. L'artillerie , les provisions , le bagage 9 la caisse militaire , tont reste au pouvoir
de l'ennemi, qui devient maître du Milanais, du Piémont y du Mantouan et de ^aples. C'était k 7 septembre 1 706 , et cette journée malheureuse couvrit la France de deuil.
Le royaume était vulnérable sur plusieurs points. Au mois de décembre , Tinvasion de la Provence fut proposée et résolue à Londres. Anne, reine d'Angleterre^ convoitait Toidon. £Ue espérait y en s'y établissant, ruiner la marine et le commerce de la France dans la Méditerranée. La Hollande était aussi jalouse d'iiumilier l'orgueil de Louis XIV , et la coalition tenait beaucoup à la prise de la plus forte place de nos provinces méridionales. Au mois d'avril 1707 , l'amiral Schowel commandant une flotte anglo-hollandaise y forte de trente vaisseauk de ligne et de vingt-sept frégates ^ vint croiser sur les côtes , avec le dessein apparent de se ravitailler dans les ports d'Italie. Cette flotte avait à bord toute sorte de munitions, de la grosse artillerie, des pièces de campagne , des équipages de siège. £a même temps le duc de Savoie , s'appuyant toujours sur Eugène, portait son armée à plus de quarante mille hommes. U avait sous ses ordres les princes de Wurtemberg , de Darmstadt , de Saxe- Gotha, de Hesse-Cassel, et d'autres princes des états d'Allemagne , du Palatinat et de la Prusse , avec leur contingent de troupes. Le plus grand
secret ctohait le but de ses préparatifii menaçans, et la position de son armée ne l'indiquait en au» cune manière t ^^^^ ^^^^ divisée en trois corps, l'un aux environs de Pignerol 9 Tautre près dlvrée, et le troisième sous Goni.
Tantôt le bruit courait quç les ennemis allaient forcer le pays de Suze et pénétrer dans le Dauphiné. Tantôt on disait que leur dessein était d'en* vahir la Franche-Comté par le val d'Aoste et la Savoie. Une autre fois c'était la Bresse qui semblait exposée à l'invasion ; et au milieu de ces rapports confus , de ces opinions contradictoires , la Provence n'était que rarement nommée. On ne ût rien pour la défendre.
Ne sachant sur quel point éclaterait l'orage , Louis XIV rassembla des troupes le long de la chaîne des Alpes , de manière à les réunir là où les alliés dirigeraient leur principale attaque. Il donna le commandement de cette armée au maréchal de Tessé , qui venait d'éprouver des revers en Espagne, et il attendit ainsi les événemens.
Le lieutenant - général Castellane - Adhémar , comte de Grignan , gendre de madame de Sévigné y commandait alors en Provence, en Pabsenoe du duc de Vendôme , gouverneur titulaire. Il était âgé de soixante-quinze ans, mais la vieillesse n'enlevait rien à son étonnante activité , à son brûlant patriotisme. Il avait établi un service de correspondance secrète avec l'Italie, de sorte qu'il savait
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ce qui se passait au quartier-général des alliés , et il envoyait à la cour de France courrier sur courrier pour lui donner l'éveil et pour demander des secours. Mais la Cour était sourde à ses avis pressâuSy à ses vives instances. Elle riait de ses terreurs , etKmprévoyant CliamiUarty ministre delà guerre , se moquait j avec quelques jeunes sei* gneurs, de ce bon vieux Grignan (i). Le gouverneur « toujours admirable de prévoyance et de sagesse , ne se rebutait point , parce qu'il connaissait le véritable état des choses. Un instant il fut écouté y et on allait prendre des mesures e£6lcaces pour protéger la Provence , lorsque de fausses dépèches venues de la Savoie remirent tout en suspens. Ces dépêches apprenaient au ministère qu'une téte de colonne de l'armée des alliés s'était présentée au val d'Aoste et que des forces considérables se portaient sur le même point. Dès lors on envoya au maréchal de Tessé Tordre de rester dans ses positions , afin de défendre la Franche- Comté.
Cependant tout étant préparé pour Tinvasion delà Provence, l'armée impériale, précédée d'une
avant-garde de dix mille hommes que conduisait le marquis de Senantes ^ s'ébranla sur la ûn du mois de juin 1 707, ne laissa dans le Piémont qu'un
corps de réserve , s'avança vers le comté de ISice^
(i) Labdet de la Lende,HtM.d«M^d« Toulon, «B 1707^
et vint camper sur les collînes qui s'étendent du PaglioD au Yar. £n même temps la flotte combinée parat devant SaiDt-Tropez.Le doute n'était plus permis. Tontes les incertitudes tombaient devant l'évidence. C'est bien sur la Provence que la ligue ennemie allait décharger sa colère. C'est à Toulon qu'elle en voulait surtout , à Toulon où brillait la puissance française. A l'aspect des périls , le comte de ûrignan sentit redoubler son ardeur. Sous ses cheveux blanchis ses regards s'animèrent du feu de la jeunesse. II accourt à Toulon , ordonne à la noblesse de se rendre auprès de lui | forme les bourgeois en garde civique , communique à ceux qui l'entourent son généreux enthousiasme , se crée des ressources inattendues , fait partout des miracles de patriotisme et d'énergie. Comme par enchantement , la ville se trouve transformée en un camp de travailleurs. Hommes, femmes, enfans, tout met la main à l'œuvre. Toulonnais , gens de la banlieue , ouvriers de l'arsenal, soldats de la marine , rivalisent de zèle , et la gaité provençale éclate au milieu d'eux en piquantes saillies , èn patriotiques refrains. De Grignan les encourage tous de la voix, du geste et de l'exemple. Présent partout , il prend ses repas et donne ses audiences au milieu des fortifications. L'argent vint à manquer. La Cour n'en envoyait point, et les ressources de la municipalité de Toulon étaient épuisées. La province pouvait, il est vrai , fournir
quelques secours pécuniaires. Mais il était difficile de se procurer les premiers fonds d'urgence. Que £dt alors le comte de Grignan? l'infatigable et n6«> ble vieillard se rend à Marseille y envoie à l'hôtel des monnaies toute sa iraisselle , et n'épargne pas même celle de sa fiemme. Tonte l'argenterie aux armes des Grignan et des Sévigné , convertie en pièces d argent, va circuler dans les mains des ou* Triers. Lebret , intendant de la province , suit ce bel exemple. Le parlement d'Aix , le commerce de Marseille , la ville d'Arles , les babitans de la Pro- Tenoe entière envoient des offiandes en numéraire , en véteoiens, en denrées. L'élan est général et l'enthousiasme électrique. L'horreur de la domination étrangère soulève tous les coeurs. On cantonne dans les gorges d'Olioulles un bataillon de garde-côtes appuyé par un grand nombre de milicieiw. Sous la direction de l'ingénieur Niquet , on fit un camp sur la hauteur de Sainte-Anne avec une double ligne de retranchemens , dont l'une commençait en avant de la demi-lune de la Porte Royale , et l'autre à la Courtine entre les bastions de la Fonderie et de Sainte-Ursule. Les deux lignes furent poussées» en s'élargissaut, jusqu'à l'escarpement de la montagne de Faron.
La Cour désabusée autorisa le comte de Grignan à entreprendre tout ce qu'il jugerait convenable pour le salut de Toulon , et envoya le lieutenantgénéral marquis de Saint-Paters en qualité de com-
mandant supérieur de la place. Le maréchal de Tessé arriva sur ces entrefaites et témoigna son admiration en voyant tant d'activité dans les oavrages de défense. Après avoir donné quelques ordres , il alla rejoindre son corps d'armée en Dau* phiné. Toulon , hors d'état au commencement de juillet de soutenir un siège de trois jours , était déjà vers le quinze dans une situation imposante.
Mais il Allait une armée , et les ordres de la Cour retenaient les troupes du maréchal de Tessé dans leurs cantonnemens. Le camp de Ste.-Anne était vide, et pouvait être occupé par l'ennemi lui-même. Le temps pressait, carie duc de Savoie et le prince Eugène se disposaient à franchir le Yar. Dans la nuit du lo au 1 1 juillet , le comte de Breîner s'avança sur les bords du fleuve avec une division de grenadiers hongrois. Deux ponts volans construits l'un en &ce du village St.-Laurent» l'autre entre Gattieras et Garros , facilitèrent le passage de l'artillerie de campagne. Un corps de cavalerie ^ commandé par le prince d'Ânhalt , se porta sur le village de Cannes (i).
Le marquis de Sailly , général français , avait été chargé de défendre le passage du Var avec sept bataillons , deux régimens de cavalerie , un de dragons à pied , et les milices de Grasse et de St.- Paul sous les ordres de Grimaldy et Clirestien .
(i) Dannte , hiat de Nice , t. m , chap. i.
Cette divisioD se retira précipitamment sous le feu des colonnes ennemies et de la flotte combinée qui mouillait à rembonchare du fleuve. Bientôt le gros de l'armée impériale se mit en marche en trois corps par les routes de Grasse, de Dragui* gnan et de Fréjus.
Tout semblait perdu sans espoir. Mais Grignan, plein de calme , ne se découragea point. Il se rendit à Aubagne où venait d'arriver le marquis de Broglie, envoyé par le maréchal de Tessé, pour annoncer que l'armée du Dauphiné, fÎEitiguée de ne point recevoir des ordres de la cour, se mettait en mouvement et que l'une de ses divisions, commandée par le général Goesbriand, se portait à marches forcées sur Riez pour de là arriver à Ton- Ion par Barjols, Brignolles, Cuers et Solliés. Or l'ennemi pouvait être rencontré dans le voisinage de ces deux derniers villages. Le comte de Grignan en fit Tobservation. Le marquis de Broglie la trouva juste , et proposa aussitôt d'envoyer à la division Goesbriand l'ordre de foire route par Saint-Maximin , Saint-Zacharie , le Beausset et Olioulles: ce nouvel itinéraire ne valait pas mieux queFantre ; car il s'agissait avant tout de devan-' oer les ennemis sous les murs de Toulon. De Grignan en fit encore la remarque à de Broglie , qui répliqua qu'il fellait pourtant suivre l'une ou l'autre route : « Non , Monsieur le Marquis, non , « répondit le vieux général, ni Tune ni l'autre.
« Le camp retranché sous Toulon est vide. La <r victoire appartiendra aux premiers occupans »
a et ce sera nous , j'en jure par mon épée. Il ne « sera pas dit que la prudence du comte de Gri- « gnan a échoué contre l'audace de monseigneur* « le duc de Savoie .... Marquis de Broglie , voici a le relevé exact de tous les lieux de la Provence, a- Portez^le de ma part au maréchal de Tessé , et ff dites-lui que je le conjure, au nom de la patrie , « de ratifier Tordre que je vais dicter.»
£t se tournant vers son officier d'ordonnance : <r Chevalier Bernard, écrivez : Nous comte deGri- <K gnan , commandant la province en Tabsence de «c monseigneur le duc de Yendème y gouverneur , « ordonnons à tous lieutenan8*généraux , maré^ « chaux-ès-canips et brigadiers de l'armée de « Dauphiné, présens ou arrivant à Riez, de porter « leurs troupes jusqu'à Tavernes, pour de là les «c faire tirer droit sur Toulon, à travers les mona tagnes , passant par IU>quel>rusâane et la Char- « treuse de Montrieux (i). »
A cela point d'objection . De Broglie et Bernard partirent en diligence , le premier pour le quartier-général du maréchal de Tessé, le second pour Riez*, afin de joindre la division d*avant-garde et la diriger sur Tavernes. De Tessé approuva cechangement de route, et la marche de ses troupes s'exécuta avec une précision admirable,
(i) Laindet de la Londe. Ouvrage cité.
Le sa- juillet, à trois heures après midi , un
bruit de fanfares et de tambours retentit sur la route de la Valette. C'était le général Goesbriand, à la tête de quatorze bataillons couverts de sueur et de poussière , marchant au pas de charge , enseignes déployées. Dans les murs, hors des murs^ tout s anime d'une vie nouvelle» tout palpite d'enthousiasme; on se ^SUcîtey on s'embrasse avec une ivresse entraînante. On vole à la rencontre des soldats libérateurs; on s'empresse autour d'eux , chacun leur tend une main fratemdle. Les cris de Vive le Roi! vive la France! seiouX entendre au loin, répétés par Técho des montagnes voisines. Dans cette fonle émue, dans ce péle-méle d'hommes de toute condition , de tout rang et de tout costume j au milieu de cet appareil de guerre , de ces drapeaux flottans et de ces armes étinoebutes, apparaît à cheval le comte de Grignan , digne héros de cette belle féte. Salut à lui ! Gloire à son nom ! Il est là contemplant son oeuvre et recevant d'unanimes hommages. La joie rayonne sur son front vénérable , la plus pure de toutes les joies ^ celle qui noblement enflamme un cœur d'homme et de citoyen.
Victor Amédée avait établi à Fréjus son quartier général. Ce prince y reçut avec bienveillance le baron de Ghateauneuf , • député de Grasse , et lui adressa cette question : « Y a-t-il dans le pays « beaucoup de gentilshommes de mon parti? » —
« Point 9 répondit Chateauneuf. » — « Comment, « répliqua Victor Âmédée , je sais -pourtant que « la Doblessenest point contente , et je ne doute « pas qu'elle ne soit bien aise * de me yoir arriver «c en Provence. Elle et le peuple sont surchargés « d'impôts, et cela seul doit leur faire souhaiter « le changement.» A quoi le baron de Chateauneuf répondit : « Prince , en Provence , dans la mau- « vaise circonstance où nous sommes, nous nous et souvenons encore de deux choses , fidélité au « roi I amour à la patrie. La cause des impôts et ir l'usage qu'on en (ait en 6tent tonte l'amertume, «( et s'il £àut un jour donner tout notre bien, toute « notre existence y nous ks donnerons sans mar> ce mure.» Gela dît, le baron de Chateauneuf fut congédié (i).
Le duc de Savoie arriva à Pignans le a3 juillet , et y apprit quHl avait été prùnékTovlon» Comme il calculait la marche des troupes françaises sur les journées ordinaires , il ne pouvait croire à leur entrée au camp de Sainte-Anne. Il avait beau consulter les cartes , interroger les gens du pays , il ne comprenait rien à la marche précipitée de la division Goesbriand. £t quand il sut que le commandant de la Provence avait tracé cette route jusqu'alors inconnue , il dit au prince Eugène : Ce vieux Grignan nous a gagné de vitesse. £n
(i) Relatioti publiée à Turin ea 170S.
même temps il réunit en conseil de guerre tous les
chefs de son armée. On y débattit longuement le parti qu'il convenait de prendre. Eugène opina pour la retraite. Les princes de Hesse et de Wurtemberg furent du même avis. Mais le duc de Saxe- Gotha émit une opinion contraire , et Victor- Amédée trancha la question , en disant qu'il était décidé à continuer l'entreprise , et qu'il prenait sur son compte tout ce qui pourrait en arriver.
L'escadre combinée , après s'être emparée des Iles d'HyèreSy vint mouiller à une petite distance de Toulon , et y débarqua le matériel de siège. Un péril imprévu se présenta bientôt. La division Goesbriand ne suffisait pas pour défendre les K* gnes , et le maréchal de Tessé , au moment où il allait concentrer son armée sous la ville , reçut des ministres Tordre de la diviser en trois corps ^ de diriger le premier sur Toulon , et c'est ce qui était déjà £9iit ; d'établir le second sur la Durance près de Pertuis , et d'échelonner le troisième sur les bords du Rhône. Le maréchal, prêt à obéir, vint montrer cet ordre au comte de Grignan; mais celui-ci n*bésita pas à dire qu'il prenait sur luimême la responsabilité d'une désobéissance qui seule pouvait assurer le salut de Toulon , l'un des boulevarts du royaume. Comme le maréchal hésitait , de Grignan déclara qu'il ne voulait pas devenir complice d'une trahison envers de braves babitansy et qu'il allait se retirer. Tant de fermeté
remporta, et Tordre du ministère fut mis de coté. Le lendemain au soir, a5 juillet , une seconde di*
vision aux ordres du comte de Dillon arriva au camp de Sainte-Anne , et s'y plaça en seconde ligne. Restaient encore la division Médayi, campée sur les bords de la Durance, et quelques bataillons épars. Mais le maréchal de Tessé se chargea luimême d'aller presser leur arrivée ( i ) .
Dès lors Toulon n'eut plus rien à craindre. On avait joint les deux lignes du camp de Sainte-Anne par un retranchement en forme d'ouvrage couronné, afin de couvrir les batteries. La marine formait douze brigades de trois cents hommes chacune dont huit étaient chargées de l'artillerie , et quatre de la garnison intérieure de la place. Un vaisseau de quatre-vingts canons , le Saint- PhU^pe y mouillé du coté de Missiessy, battait la plaine entre les hauteurs de Malbosquet et la ville, et découvrait jusqu'à la gorge Saint- Antoine . Un autre de même rang, le Tonnmtt échoué en avant de la Ponche^Rithadej battait la plaine de ce côté, depuis la hauteur de Sainte-Catherine jusqu'à celle de la Malgue. Sur la route de la Valette , on avait coupé les arbres des deux côtés de la chaussée pour découvrir au loin les mouvemens de l'ennemi. Dans l'intérieur de la ville^on avait placé des barriques pleines d'eau devant chaque maison.
(i) Lalndet de la Londe.
DE PROVENCE. 213 et des ouvriers s'étaient établis sar divers points pour porter secours en cas d'incendie. Des hommes âgést munis de bayarts» s'étaient voués au transport des blessés , et des femmes préparaient des linges à pansement. L'argent ne manquait plus. Une assemblée générale des nobles et des bourgeois, tenue à l'Hôtel de Yille y avait pourvu par de généreuses offrandes. Bonnin de Chalucet, évéque de Toulon , déposa entre les mains des consuls la somme de quinze cents livres pour suh* venir, dit le registre des délibérations, aux ùe^ soins de la mauvaise circonstance causée par t entrée en Provence de monseigneur le duc de Savoie, à qui Dieu pardonne, Burgues de Missiessy, membre du conseil municipal y contribua pour cinq cents livres , et son exemple eut de nombreux imitateurs.
L'attitude de la Provence entière était des plus imposantes. AAix, la noblesse et le parlement montaient la garde dans les rangs des compagnies bourgeoises. Arles avait formé quatre bataillons de milice de quatre cents hommes chacun , sous le commandement de Montfort , fils du premier consul. D'Aubagne à Toulon , les milices cantonnales sillonnaient les routes. Marseille offrait un aspect militaire. Cette ville opulente avait organisé un corps de neuf mille sept cents hommes d*in£uitene , sans compter quatre compagnies de mousquetaires composées de jeimes gens des meil-
214 HlSTOlIUi
lettres familles. On avait aussi levé un escadron de œnt vingt cavaliers, dont la plupart avaient déjà servi. 11 y avait en outre six mille paysans armés dans les environs de Marseille (i)« £n général ils étaient tons debout en Provence , et ils harcelaient Fennemi avec une bravoure qui tenait de l'audace. Ceux du Yaly petit village près de Brîgn<dleS| attaquèrent et défirent une colonne d'Allemands et de Piéiii entais (a). Centcinquante hussards de Brandebourg étant venus à Méounesj cinq paysans seulement, qui s'y étaient retrànchés, soutinrent leurs efforts, en tuèrent huit, et forcèrent les autres à se retirer. Mais les hussards revinrent en plus grand nombre » et n'ayant plus trouvé les cinq paysans , ils mirent le feu au village (3). Un gros parti pié» montais s'étant avancé pour occuper Signes, où il n'y avait qu'une compagnie de grenadiers firan* çais, les habitans de ce village coururent aux armes , reçurent les alliés avec vigueur , les repoussèrent f blessèrent le major qui les commandait , et le firent prisonnier avec plusieurs de ses soldats. Les paysans d'Auribeau qui , en côtoyant les bois f avaient tué deux ou trois cents ennemis, furent acculés dans leur village par trois mille hommes. Leur vicaire en téte ils fermèrent les
(i) Devlze , Relation du Siège de Tonloa.
(s) Notes dû chevalier Bernard.
(3) DevÏM. Oim»f0eilé.
DE mOVENCE. 215
portes et soutinrent un siège de plusieurs heures* Les ennemis se retirèrent , de guerre lasse contre cette poignée de villageois intrépides ( i ) . Au Cannet f à une demi-lieue de Gagnes y le vicaire Ardiason se mit à la tête de quelques paroissiens, s'élança sur les soldats ennemis qui commettaient d'horribles désordres, et parvint à les repousser, niais oeux-d revinrent plus nombreux à la charge» et le braire Ardiflsonles reçut aveoune rare bravoure surla placedel'Ëglise.Mais accablé de toutes parts, il tomba, criblé de blessures (a).
Tels étairat les sentimens patriotiques deaProvençaux ; telles étaient leurs dispositions belliqueuses. Il était facile de voir que le duc de Savoie n'en aurait pas bon marché, et que son expédition tournerait mal.
Ce prince venait d'établir son camp sur deux lignes , la droite au village de la Valette , la gauche à la mer. Le 29 juillet , il ordonna au comte de Coningsek et au baron de Rebender d'attaquer le fort Sainte-Catherine , commandé par le général Tillars, et par les brigadiers de Tessé (3) et Guei^ chois , pendant que le prince de Saxe-Gotha et le général Zinjungen, qui devaient arriver par la oréle de Faron , seraient engagés avec le poste
(r) Notes du chevalier Bernard, (a) Id.
(3) Fils du maréclial.
avancé d'Artigues, défendu par le marquis de Broglie. A huit heures du matio, le feu commença
sur les deux points à la fois , et les ennemis furent obligés de se retirer après quelques heures de conibat Victor-Amédée fit appuyèr ses premières colonnes par quatre mille grenadiers aux ordres du prince de Wurtemberg ^et le feu recommença avec une nouvdle ardeur de part et d'autre. L'affaire dura toute la journée, et lesennemîs battirent encore en retraite. Le lendemain ils renouvelèrent l'attaque avec trois mille homsies de plus. Ils se rendirent maîtres du poste d'Artigues , que le général Goesbriand avait ordonné d'abandonner ; mais ils échouèrent une troisième fois devant la hauteur de Sainte-Catherine. En même temps la flotte anglo-hollandaise débarquait des troupes sur la côte. Les généraux français, voyant combien il serait difficile de défendre toutes les batteries , les désarmèrent toutes , à l'exception de celles de la plage et de l'oratoire Saint-£lme. £nhn le duc de Savoie , voulant à tout prix s'emparer de Ste* Catherine dont il sentait l'importance , prépara une quatrième attaque . Trois colonnes commandées par. le prince de Uesse-Cassel , le comte de Larocque et le marquis de Salles , abordèrent ensemble , par trois points difïérens , le Plateau et la Chapelle. La garnison française se défendit avec courage. Mais forcée de céder au nombre, die se retira en bon ordre. Ce premier succès coûta cher
aux alliés : car ib eurent beaucoup de morts» et le prince de Hesse-Gassel fiit blessé griè^ment.
Après une tentative infructueuse contre le camp retranché du côté de Saint-Antoine , le duc de Savoie et lë prince Eugène tirèrent & trois cents toises de Toulon , depuis le fort Ste-Marguerite , jusqu'à La Malgue, une ligne de contre-vallation, le long de laquelle ib établirent quatre batteries , dont la dernière était dirigée contre le fort Saint- Louis. De leur côté les assiégés se livrèrent à de nouveaux travaux de défense. Sur ces entre&ites , k maréchal de Tessé , après avoir envoyé dans la plaine de Saiut-Maximin le général Médavi, avec six bataillons et quarante-deux escadrons, et laissé trois régimens de dragons au Beausset • arriva hnméme à la téte de dix-huit bataillons qu'il campa en troisièmeligne entre Missiessy et Saint-Antoine ou il étaUit son quartier^néral.
Sous le feu de la place , les assiégeans perfectionnèrent leur parallèle et poussèrent des boyaux derrière leurs batteries, dont ils augmentèrent le nombre sur une foule de points. Solidement établis à Sainte-Catherinei ils ne voulurent pas jouer dans une bataille le sort de l'expédition. Leur plan était de réduire la place en détruisant les maisons par le boulet et par la bombe. Pour échapper à ce péril , le maréchal de Tessé> le comte de Grignan et ies autres cfae6 de l'armée française résolurent de prendre l'offensive, d'enlever à l'ennemi
sa forte position de Sainte-Catherine, de le chasser de tous ses retranchemeds et de raser tous ses ouvrages. Le projet était hardi et l'exécution difficile. Mais rien ne pouvait. effrayer nos soldats, qui demandaient une occasion pour signaler leur courage.
C'était dans la nuit du quatorze au quinze août, et void comment le maréchal de Tessé disposa l'attaque. Quatorze mille hommes de toutes armes, auxquels s'étaient joints des bourgeois , des ouvriers et des paysans, se formèrent en quatre colonnes dans le camp de' Sainte Anne. Celle que commandait le lieutenant-général Comte de Dillon sortit la première avec six canons portés à dos de mulet* Elle était composée des brigades du Lyonnais et de la Fare,et devait parvenirà la crête de la montagne de Faron, par un chemin qu'indiqua un bourgeois toulonnais nommé Léraud, lequel s'était engagé à servir de guide. D'un autre côté, le brigadier de Cadrieux s'embarqua à minuit avec six compagnies de grenadiers et six piquets de la garnison, pour s'emparer de la batterie que les ennemis avaient élevée à la Malgue. Pendant qu'ils portaient sur ce point leurs principales forces, Dillon, parvenu au sommet de Faron, dont il avait enlevé la redoute, l'annonça au maréchal de Tessé par trois fusées volantes. A ce signal convenu, les trois autres colonnes sortirent des retranchemens de Sainte-Anne. Le comte Caraccioii , maréchal de
camp j commandait la premiers ; Goesbriand oonduisait la seconde ; le comte de Tessé, 61s du maréchal , avait la troisième sous ses ordres , et le maréchal lui«méme| qu'on voyait partout où sa présence était nécessaire, réglait par ses ordres le mouvemeDt de ces troupes pleines d'ardeur^ impatientes de vaincre.
Le général Goesbriand commmça le moure-
ment , renversa tout ce qui se trouvait devant lui, arriva sur la hauteur de Sainte-Catherine au milieu d'une grêle de balles^ et se rendit maître de la chapelle. Le comte de Tessé, coupant par les vignes et les oliviers entre ce poste et Faron, tomba à la téte de sa colonne sur quatre bataillons piémontais qu'il défit complètement. Caraccioli attaqua les ennemis dans leur parallèle défendue par des muraiUes , derrière lesquelles ils tinrent plus d'une heure. Mais les ayant pris avec un feu supérieur, il les mit en pleine déroute. La résistance fut plus vive à l'endroit que le prince de Saxe-Go^ défendait, entre la chapelle et le pont de TEygoutier. Ce jeune prince, d'un esprit orné , d'une figure agréable et d'une taille imposante, se défiandit avec un courage digne d*une meilleure fortune. Les officiers et les soldats qui combattaient sous ses ordres furent tous tués, pris ou blessés. £nûn ne voyant plus autour de lui qu'une quarantaine d'hommes, il s'écria : mes chers amis, mourons en gens d'honneur^ et ne souffrons pas qu*on dise
que le prince de Saxe^otha a été chassé de son poste. Un moment après il tomba mort sur la place, de deux coups de fusil qu'il reçut Tua à la téte au dessous de rœil gauche, l'autre daos la poitrine au dessous de la mamelle droite. L'Empereur d'Allemagae, dont il était Tun des lieutenausgénéraux , TAugleterre et la Hollande qui counaissaient son mérite, payèrent à sa mémoire un juste tribut de regrets.
Le duc de Savoie avait envoyé au secours du prince dé Saxe-Gotha quatre bataillons , qui arrivèrent trop tard pour lui sauver la vie. Toutefois Faction recommença de part et d'autre avec beaucoup de vivacité, et l'affiiire devint générale. L'artillerie française venait de s'augmenter de six pièces envoyées sur des traîneaux disposés en a£Biits par le commandant de la marine. De Court de Bruyères, capitaine de vaisseau, les fit servir avantageusement contre les ennemis qui se réfugièrent derrière leurs murailles. De Broglie et Garaccioli firent une brèche , y montèrent la baïonnette au bout du fusil, tombèrent sur les ennemis, en tail* lèrent en pièces le plus grand nombre, mirent en fuite les autres, rasèrent les retranchemens, détruisirent les plate-iormes, brûlèrent les batteries, les gabions, les fsiscines et les madriers qui se trouvaient sur la montagne, puis ils rentrèrent dans le camp de Sainte-Anne. Les Toulonoais étaient animés d'une ftireur si grande, qu'on vit des femmes,
une bouteiUe à k main^ suivre nos soldats pour
leur donner à boire. Des enfans suivaient aussi , achevant à coups de pierre les ennemis blessés. Le même jour le brigadier Barville et le colonel de Nisas attaquèrent avec sept bataiUons le prince £ugène au château de Dardennes, le délogèrent de cette positioq, lui tuèrent cinq on six cents soldats et le chassèrent ensuite des hauteurs du Revest.
Douze cents hommes de l'armée française périrent dans cette journée niémorablci qui sauva Toulon et la Provence entière. Généraux , officiers , soldats, marins, miliciens, bourgeois de toute fortune , artisans de toute sorte, firent admirablement leur devoir ; tous se couvrirent d'une gloire immortelle.
Jjà lendemain, l'armée des alliés demeura , sans fiiire un mouvement , à la Valette et au pont de
TEygoutier, où elle avait conservé quelques batteries, de l'autre côté du canal. Le duc de Savoie et le prince £ugène, tout étourdis de leur débite qui leur avait £ait perdre le fruit de leurs travaux , mirent leur espoir dans la flotte. L'amiral Schovirel était resté jusqu'alors dans Tinaction, parce que les forts Sainte-Marguerite et Saint-Louis le tenaient au large. Le 6 août, Victor- Amédée en ordonna le siège. Deux mille cinq cents hommes s'approchèrent de Sainte-Bfarguerite , ouvrirent la tranchée et établirent une forte batterie, laquelle battit en ruine les murs de oe château. De Grenonville , ca*
pitaine de frégate, qui en était le commandaDt, se défendit avec bravoure pendant dix joors y après
lesquels , voyant tous ses canons démontés, manquant d'eau et de munitions, il se vit contraint de capituler. A la même époque, Daillon, capitaine au régiment du Vexin, et Cauvières de Saint-Pliilippe, lieutenant de frégate , abandonnèrent le fort Saint- LooiSi entièreinent ruiné par l'artillerie ennemie, etse retirèrent à la grosse Tour. Alors la flotte combinée, manœuvrant librement, débarqua ce qui lui restait des équipages de siège. Yictor-Amédée et le prince Eugène, d'accord avec l'amiral Schowel, se préparèrent à bombarder Toulon par terre et par mer.
Des mcfrtîers placés derrière FLygoutier jeté* rent dans la ville une innombrable quantité de bombes. Le bombardement commença le 17 août et ne discontinua point jusques au ai. Ce jour-là, à onze heures du matin, six galiotes anglaises vinrent mouiller au pied du fort Saint-Louis et bombardèrent de leur côté le port et la ville. En même temps cinquante-deux vaisseaux formèrent une ligne d'embossage depuis Sepet jusques au fort de Sainte-Marguerite, et battirent à la fois toute l'entrée de la rade. Six cents maisons furent endommagées par ce feu continuel , par cette pluie borrible de boulets et de bombes (i), plusieurs furent
(i) Une bombe éunt tombée à la me ée» Arbres, creva à l'endroit même où se tnmTatt noe pauvre femme, laquelle fntempOTtée
ruinées entièremeDt» et denx Taisieanx, leTonoant et le FortODéy devinrait la proie des flammes. T^es
habitaos de Toulon, encouragés par l'exemple de leurs consuls Joseph Flamenq, Ferand, Marin, et de leurs autres magistrats, rivalisèrent de zèle, de dévoûraent et de courage. L'évéque BonnindeChaluoet travailla avec soin à mettre tous les pauvres en sûreté, se distingua par ses bonnes œuvres et brilla de toute la splendeur de ses vertus apostoliques, (i)
Les alliés avaient épuisé leurs ressources et feit
leurs derniers efforts. Le duc de Savoie, mécontent et découragé, ne recevait pas des Anglais les subsides qu'ils lui avaient promis pour cette expédition. Son armée abattue par la chaleur , affaiblie par les maladies , démoralisée par la victoire des français et par la résistance de la place, manquait de vivres et ne pouvait continuer ses travaux. Elle avait déjà perdu quatorze mille hommes, tandis que
par un éclat sur le toit d'une maison de quatre étages. Cette femme c{u*on trouva morte le lendemain avait le bas des cuisses meurtri et fracassé. Elle était aussi blessée au bas ventre , mais elle ne l'était point au-dessus de la ceinture. Une partie de son tablier resta accrochée à une branche d'arbre à travers laquelle l'éclat de la bombe l'avait emportée. ( Journal du Siège de Toulon par Ferand , second consul de cette ville en 1707
(i) Extrait d'une lettre de l'abbé Vionyï prieur de Saint-Jean , d'Aix. Journal de Ferand.
des mforts am?aieiitaii maréchal de Tessé. Une batterie s'établissait à la Malgue, sous le commandement du brave capitaine de vaisseau de Court de Bruyères et inquiétait les galiotes à bombes. Vio tor^Amédée, désespérant du succès desonratre* prise, assembla un conseil de guerre et proposa de lever le siège. Lavis ayant passé, le duc embarqua ses blessés et ses malades a^ecune partie de son matériel, fît sauter le fort Sainte*Marguerite et donna le signal delà retraite. Le 2a août, son armée se mit en marche sur. cinq colonnes et prit la route qu'elle avait tenue en vmint à Toulon. Le duc de Savoie formait l'arrière-garde avec soixante escadrons. Ces troupes, fuyant en désordre , brûlaient les fourrages, gâtaient les pronsions qu'elles ne pouvaient emporter, corrompaient les eaux, mettaient en contribution les villes et les villages situés sur la route. Un détachement de nx cents hommes ayant paru devant la ville de Grasse , une des portes lui fut livrée. Mais les babitans furieux se barricadèrent dans les rues ; les femmes même voulurent avoir part à la défense commune , et cette résistance donna le temps au comte de Sailly et au prince de Robecq d'arriver avec un détachement de cavalerie et de chasser les ennemis. Les paysans provençaux , exaspérés des mauvais traitonens qu'on leur avait fait subir, tombèrent sur les fuyards et se livrèrent à des représailles cruelles : les galiotes anglaises levèrent lancre et rallié-
rent la flotte , qui elle-même retourna aux iles dHyères. Le vj du même mois, Yictor-Amédée
repassa le Var. C en était fait de cette invasion qui s'annonçait si ûère et si terrible.
L*armée des alHés , ne s'arrétant pas dans les montagnes du comté de Nice, franchit rapidement le col de Tende. £n sortant de Provence^ die avait j€té trois compagnies dans la forteresse d'Antibes. Cette faible garnison capitula le 1 1 septembre. En même temps, le maréchal de Tessé s'avança parla vallée de Barcelonette avec trente-six bataillons, et couvrit les hauteurs des Alpes , traçant un arc de cerde dont le centre était à Briançon , la droite à la vallée d'Entraunes , la gaache aux montagnes de la Maurienne. Dans cette position il tint les ennemis en échec. Le 12 septembre , le marquis de Mont-Georges passa le Yar à la téte des dragons dUautefort. Les consuls de Nice allèrent an-devant de lui, pour le conjurer d'épargner la ville. Il &lliit payer dans les vingt-quatre heures ime contribution de guerre de cent mille francs. Gomme la caisse communale se trouvait épuisée, une commission fut chargée de répartir cette somme parmi les plus riches propriétaires. Ceux qui n'avaient point d argent livrèrent des marchandises et des denrées que des négoûans provençaux achetèrent à vil prix. LesFrançais se rendirent maîtres de tout le comté de Nice. Le gouvernement de Louis XIY se préparait à pousser ses avantages eu IF. 16
Italie. Déjà le marédial .de Villars s'était emparé du duché de Savoie. Déjà il avait forcé les passages de Fenestrelles , d'Eziles et de Sase. Mais la chute des neiges et Texcessive rigueur du froid pendant l'hiver de 1709, suspendirent le» hostilités de part et d'autre. Cet hiver , l'un des plus désastreux dont l'histoire fasse mention , ruina en Provence tout espoir de récolte $ les oliviers succombèrent , la vigne perdit sa sève , les champs se couvrirent de deuil » et dans les villes la misère fiit grande*
Toutes les calamités de la guerre se déchaînèrent
sur la France épuisée . Le comte de Thaun , général autrichien, pénétra dans la vallée de Barcelonnette et poussa nos troupes jusques sous les murs d'Embrun. Mais le duc de Berwick , étant accouru de ce coté, obligea l'ennemi à battre en retraite. £n Flandre et sur les bords du Rhin, la fortune trahit la bravoure française, se plut à nous causer des déplaisirs mortels. Yillars, vainqueur à Denain, eut la gloire de sauver l'état. Cependant Louis XIV, dans ses vieux jours, se voyait accablé de malheurs domestiques , et la £atale succession d*£spagne n'avait £iit couler que trop de sang. Il y avait lassitude chez toutes les puissances belligérantes. Après tant de tempêtes , peuples et rois aspiraient au repos, I^a paix , si désirée et si né* ccssaire , hit enfin signée à Utrccht , le if avril 1713 , entre la France , l'Espagne, la Savoie , le
DE PROVENCE. 227 Portugal , la Prusse, la Hollande et TAngleterre. La cour de Vienne ne voulut point entrer dans cette négociation. Mais de nouvelles conférences s'élant ouvertes à Rastadt , toutes les difficultés furent aplanies ; l'empereur Charles VI signa la paix à son tour le 6 mars lyi/j, et l'Europe respira librement.
Par un article du traité d'Utrecht, Barcelonnette et la vallée de son nom , qui s'étaient données à la maison de Savoie , en i388 , furent cédées à la France. Un arrêt du conseil d'état , à la date du 1 3 décembre 1714, les réunit au gouvernement général de Provence , et le roi y établit un commandant particulier. Cette vallée, réputée terre adjacente , n'eut rien de commun avec le corps de la Province , et n'envoya point de représentans aux assemblées générales des communautés (i).
(i) En 170a , Louis XIV avait réuni à sa couronne la principauté d'Orange et l'avait placée sous le gouvernement de Provence.
Par le traité d'Utrecht, cette principauté demeura définitivement à la France , et en 17 14 le roi la donna à Louis Armand de Bourbon , prince de Conti , sous la réserve de la souveraineté et de l'hommage.
En 1731 , la principauté d'Orange cessa d'être un état particulier et fut unie au Dauphiné.