O HISTOIRE
ennemis et des guerriers fameux : on réservait pour elles les parfums et Pembaumement ; après les avoir enduites d^huile de cèdre , on les déposait soigneusement dans des coffres» où elles étaient rangées par ordre de date. Souvent un chef gaulois, dont les cheveux avaient blanchi au souffle des combats , conduisait son jeune fils devant ces poudreux reliquaires ; sa main ridée âtait le couvercle '^ des tètes dépecées s^offraient métho* diquement rangées; cVtait là Tllliade de ce Gaulois; il invitait son fils à ajouter d'autres sanglantes pages à ce livre horrible.
Un crâne ennemi obtenait quelquefois une meilleure fortune : un ouvrier habile le nétoyait , et fesait circuler sur ses bords une lame d'or amincie; alors, ce reste d'homme devenait la coupe des festins ' , ou figurait dans les temples.
Un voyageur, né dans la Grèce élégante et polie , Possidonius, vint dans la Gaule quand ces mœurs sombres et barbares n'avaient pas encore été adoucies ; il raconte l'impression dont il fut saisi à la vue dWe cité gauloise. Partout étaient appendues des têtes noircies par l'air et la pluie ; il suivit quelque tems des yeux ces files immo-* biles qui circulaient de huttes en huttes. Ce spec-
1. Calram aaro C8b1 avère , id qae sacrum vas ils erat , quo aolemuibus libarent , poculum que idem sacerdoti ac templi antistibus. TiU Liv. I. xxiii » c. a^* ^
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tacle souleva son cceur : ce n'étalent pas là le9 riantes corniches qui , sous le ciseau athénien , sVpanouissaient en festons au front des temples. Le Toyaf^ur grec ajoute cependant que ses yeux finirent par s'accoutumer à l'aspect de ces formidables rangées*
Les Gaulois avaient un son de voix fort et rode ; leurs idiomes étaient .gutturaux. L'hyperbole était leur figure favorite : brefs et saccadés dans leur conversation , ils réservaient pour des discours d'apparat la multiplicité des expressions et l'éclat des pensées. Des images vives et pittoresques abondaient dans ces discours. A la tète d'une armée silencieuse et attentive ^ .au milieu d'une assemblée grave et posée , retentissait forte et accentuée la voix du général ou celle de l'orateur. Alors de l'éloquence sauvage et belle se fesait au milieu des piques gauloises, ou sous le dôme des forêts. Les Grecs , railleurs et compassés , l'ont tournée en ridicule cette éloquence née au bruit des torrens , et exaltée par le spectacle d'une nature sombre ; ils l'ont , dans leurs épigrammes attiques , traitée de fanfaronne , de bour soufflée et de par trop tragique '. A la vérité les Gaulois ne procédaient pas par exordes et ne finissaient pas par péroraisons ; mais leurs discours remuaient plus fortement les es-^