I. Voir Diodorc de Scîcile i livre iv , page 3oS
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prtts que des oraisons latines ou grecques, el SI k goût sëvère d'Athènes pouvait y trouver à reprendre , les merveilleux effets qu'ils produisaient en soulevant des populations entières , les absolvent du reproche d'avoir manque aux règles. L'impression qui en résultait se manifestait par de bruyantes acclamations. A peine l'orateur s'était tu , que cette assemblée d'hommes silencieux éclatait en énergiques paroles et en sonores applaudissemens, à travers lesquels des voix de blâme perçaient quelquefois. Si c'était un général qui venait, avec l'ironie de la nature et non celle de l'art , de rabaisser ses rivaux , de s'exalter lui*méme , et de faire intervenir dans sa harangue la touchante prosopopée des héros morts pour la patrie , alors les gaies ou les sabres choqués contre les boucliers , produisaient un concert 'militaire d'approbation.
L'orateur ne' devait jamais être interrompu ; si la vivacité. gauloise contrevenait à cette loi, un homme qui remplissait des fonctions analogues à celles d'huissier , s'avançait l'épée à la main vers l'interrupteur , et lui imposait silence ; la sommation était réitérée trois fois : si Tinterrupieur ne se taisait pas , l'huissier lui coupait un pan de sa saie , assez grand pour que le reste devint inutile ^
Je ne trace point un panégyrique des Gaulois ;
i. Straboa, livre IV , page 197.
j-^esMiie de présenter à mes lecteurs un tableau
fidèle , dans lequel ce peuple puisse comparaître
avec ses qualités et ses vices. Tous les historiens
l'accusent d^un malheureux penchant à riTrogne*-
rie , détermine par la grossièreté des mceurs et
les besoins d'un climat froid et humide. On re-r
jMt>che aux Italiens et aux Marseillais d'avoir faH
▼crise ce vice pour l'exploiter avec profit* Ils
fesaient parvenir dans les coins les plus reculés
de la Gaule , d'abondantes cargaisons de vin f
contre lesquelles les Gaulois accourus échangeaient
leurs métaux, leurs pelleteries, leurs bestiaux,
leurs esclaves*
Les marchands de vin retiraient de ce commerce des profits incalculables : un jeune esclave ne leur coûtait qu'une cruche de vin ; pour la liqueur, ditDiodore de Sicile, on avait l'échanson. Les effets de l'ivresse étaient terribles chez ces peuples : ils tombaient dans des excès d'une horrible fureur , qui ne cessaient que par un entier épuisement de forces.
La sagacité du lecteur aura déjà remarqué la frappante similitude de ces mœurs avec celles des sauvages de l'Amérique septentrionale. Quand on lit ces divers traits du caractère et des usages gaulois dans les écrivains de l'antiquité , on croit souvent parcourir les récits des voyageurs mo-^ demes au milieu des forêts oii se déroulent l'Illinois et l'Ohio.
Chez ces enfans de la nature , les uns con-* temporains des beaux jours de Rome etd^Athènes^ les autres visites par Ghateaubriant ou décrits par Cooper , des scènes semblables se reproduisent. Les sauvages américains s^exaltent aussi à la voix tle leurs orateurs ; les crânes et les chevelures ennemies deviennent pour eux des trophées ; les prisonniers y accomplissent leur sacrifice sous la hache qui les déchire , ou dans le cadre du feu qui les consume. L^eau-de-vie » que dans^ un langage hyperbolique , pareil à celui du Gaulois, Temphase américaine appela eau de feu , pénètre dans les veines du sauvage comme une lave ardente dont ils sont embrasés , et qui , après les avoir transportés d'une sombre fureur, les livre saiis défense au fer ennemi. L'histoire a recueilli les défaites sanglantes qu'attira aux armées gauloises l'intempérance des soldats et des chefs, et les victoires qu'elle leur arracha. A mesure que je continuerai à décrire les mœurs des premiers habitans de la Gaule, cette ressemblance acquerra encore une plus grande exactitude.
Le lait et la chair des animaux sauvages ou domestiques , surtout de la chair de porc fraîche et salée, formaient la principale nourriture des peuplades gauloises. Nous avons une description Curieuse des repas des Gaulois , tracée de la main d'un homme qui souvent s'assit à leurs tables :
DE PEOVENCE. 4^
c^est de Possidonius que je veux parler, Toici en qaels termes il s^exprime : « Autour dWe table » fort basse , on trouve disposées par ordre des » bottes de foin ou de. paille : ce sont les sièges » des convives. Les mets consistent d^ordinaire » en un peu de pain et beaucoup de viande bouillie^ » grillée , on rôtie à la brocbe ; le tout servi proprer y» ment dans des plats de terre , ou de bois cbezles » pauvres , d^argent ou de cuivre chez les riches. » Quand le service est prêt , chacun fait choix de » quelque membre entier d^animal, le saisit à deux > mains , et mange en mordant à même ; on di^ » rait d^un repas de lion ; si le morceau est trop 9 dur , on le dépèce avec un petit couteau , dont » la gaine est attachée au fourreau du sabre. On » boit à la ronde dans un seul vase en terre ou » en métal , que les serviteurs font circuler ; on » boit peu à la fois, mais en y revenant fréquem* }• ment. Les riches ont du vin d^Italie et de Gaule , )• qu^ils prennent pur ou légèrement trempé d*eau; » la boisson des pauvres est la bière et Thydromel. 1» Près de la mer et des fleuves , on consomme 9 beaucoup de poisson grillé , qu^on asperge de » m1 , de vinaigre et de cumin ; Phuile partout » le pays est rare et peu recherchée.
y» Dans les festins nombreux et d^apparat, la » table est ronde , et les convives se rangent en » cercle à Fentour ; la place du milieu appartient « au plus considéré par la vaillance , la noblesse
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)» ou la fortune, cVst comme le coryphée du chœur; ^ à côte de lui s'assied le patron du logis ; et » successireraent chaque convive , diaprés sa di- » gnitë personnelle et sa classe ; voilà le cercle ft àts maîtres ; derrière eux se forme un second » cercle concentrique au premier , celui des ser- » vans d'armes ; une rangée porte les boucliers , » Pautre rangée porte les lances ; ils sont traites » et mangent comme leurs maîtres. Après des » repas copieux, les Gaulois aiment à prendre » les armes et à se provoquer mutuellement à » des jeux simulés. D'abord ce n'est qu'un jeu : f» ils attaquent et se défendent du bout des mains ; » mais leur arrivè-t-il de se blesser , la colère les ^ gagne : ils se battent alors réellement, avec un 1» tel acharnement , que , si l'on ne s'empressait y^ de les séparer , l'un des deux combattans res- 3» terait sur la place. Il était d'usage autrefois que » la cuisse des animaux servis sur table appartînt n au plus brave , ou du moins à celui qui se » prétendait tel; si quelqu'un osait la lui disi^ puter, il en résultait un duel à outrance. '
Une place était réservée dans les repas à l'hâte étranger. Tant que le festin durait , aucune ques* tion ne lui était faite ; mais à peine l'avait-t^on terminé , qu'il se voyait assailli par une foule de demandes que multipliait la curiosité gauloise. On s'enquérait de son nom , de sa patrie , des