‹ Histoire de Provence (volume 2)Chapitre 14 sur 112 · Carpentam trgenteum · texte numérisé non relu

Carpentam trgenteum

Teur populaire exerçaient d'inouies prodigalités. Un certain Luem , ou Luer , roi des Arvemes , fesait tomber sur la foule une pluie d^or et d^argent chaque fois qu'il paraissait en public. On assure que dans ses festins, où une somptuosité de mauvais goût était étalée , il fesait creuser de larges citernes remplies de vin , d'hydromel et de bière.

Les femmes gauloises étaient dans la dépendance entière de leurs époux ; ceux-ci avaient droit de vie et de mort sur elles comme sur leurs enfans. Quand un homme puissant et considéré était frappé par une mort subite et extraordinaire » toutes ses femmes ( la polygamie était en usage chez les Gaulois ) étaient appliquées à de cruelles tortures ; si le moindre soupçon d'attentat contre les jours d'un époux existait , on livrait ces malheureuses aux flammes, après leur avoir fait subir d'effroyables supplices. Lespa* rens du mari poursuivaient ces barbares exécutions. '

Les enfans restaient auprès de leurs mères jusqu'à l'âge de puberté. Un père aurait rougi dé laisser son fils paraître en public avant qu'il

1. Qiinm pater familias illnstriore loeo natos dccaamt , ejas propinqai cottreniuDt ; et de morte si res ad suspîciooem yenit , de

moribof , m aenrilem modum quKStioiiem babeot • . C«t»

lococitato.

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posait des anciennes familles souveraines des tri* bus et des notabilités rëcenles , créées soit par la guerre , soit par Tinfluence de la richesse. '

Les habitans des campagnes fqrmaient la clientelle des nobles ^ ; ils se groupaient autour d'eux comme autour d'une aristocratie patriarchale; leurs vies , leurs personnes leur étaient dévouées ; ils contribuaient ainsi à augmenter cette dignité individuelle qui tire des forces de plusieurs mises au profit d'un seul , sa grandeur et son pouvoir. La Gaule était partagée en une infinité de tribus rangées sous les enseignes d'une multitude de chefs, dont elles servaient l'ambition et nourrissaient l'orgueil. Une ombre de liberté s'était, réfugiée dans les villes : là vivait une population affranchie du joug nobiliaire , et dont les efforts pour obtenir une indépendance plus tard conquise , furent continus et non sans succès. Les esclaves étaient peu nombreux en Gaule.

Le peuple , ainsi placé sous la double influence des nobles et des prêtres , fit , pendant long-tems , d'impuissans efforts pour s'affranchir de l'une et de l'autre. Mais des révolutions politiques, préparées pendantune longue suite desiè-

t. In omiii Gallià , eortim homioum qui aliquo sont numéro at qoe honoto , gcDcra sunt duo. . . . alteram est Druidum , allcrum equituDi. Caa. Bell. Gai. , I. vi , c. i3 , i5.

a. Clientes ^ clieutcla. Caes. Bell. Gall. i passim.

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des y amenèrent d'importans changemeos dans les institutions gauloises. A peine Thistoire côm* mence-t-elle à s^occuper^ de cette nation , que nous voyons sMtablir au milieu d^elIe une théocratie bien distincte : toute Tautoritë est con<^ centrée dans les mains des Druides , ses prêtres ; c^est de leur bouche que sort le terrible anathème , dont TefTet était de séquestrer un homme de la société , et de l'écraser sous le poids d^une éternelle ignominie. Maîtres de la vie des Gaulois , retranchés derrière ce formidable rem* part que la superstition asseoit sur la peur et la crédulité , objets à la fois de respect et de crainte , les Druides nous apparaissent à cette époque armés du double glaive de la loi et de la religion. Mais ces guerriers , dont les Bardes exaltaient le courage par des chants où revivaient les noms et les exploits de leurs aïeux , voulurent aussi revendiquer une part de ce pouvoir mystérieux îq>puyé sur Tempire des idées ; ils avaient pour eux ce droit que donne Fépée ; aussi parvinrent-ils à faire marcher leur puissance presque régale de celle des prêtres gaulois. Itous retrouvons sous la hutte du sauvage des passions semblables à celles qui s'agilent aii sein des sociétés civilisées : au milieu des forêts comme dans les villes , Tesprit de Tfaomme ne reste jamais stationnaire , à moins qu^un despotisme fort et édifié sur de larges bases , n^arrête Tessor d'une

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marche ascendante, et n^emprisonne Tame hu^ maine dans une atmosphère de terreur et de silence. Mais comment le despotisme aurait-*il pu germer sur la terre des Gaules ? Un lien faible unissait entr'elles les tribus de cette grande famille. Les Druides ou les nobles n^auraient jamais pu obtenir im concours de forces stipendiées suffisantes pour asseoir et prolonger long-tems leur domination contestée. D'ailleurs la Gaule contenait une population remuante et inquiète , lancëe de bonne heure dans les hazards des combats , et qui n'avait retenu de son origine asiatique que la pompe des mots et la vivacité de l'imagination. Des mœurs fortes et grossières ne se plient pas aisëment aux exigences d'un pouvoir sans boi> nés. SouS'Ce ciel âpre, au sein deces forêts coupées par des fleuves et de larges marais ; au milieu de ces hommes familiers avec les scènes du danger , une domination unique et absolue ne pouvait s'établir. Us consentirent bien pendant quelque tems , ces fiers Gaulois , à déposer leur sauvage indépendance d'abord aux pieds d'un Druide, sombre image d'une divinité sanglante ; plus tard , dans les mains d'un chef d'une éclatante bravoure ; mais à peine eurent-ils creusé des fossés , élevé des murs et construit des villes , qu'ils se proclamèrent indépendans , et remirent le soin des décisions importantes à cette volonté qui surgit, forte et incontestée , de l'admirable concours de l'élec-

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lion populaire et des vœux du plus grand nombre. £h ! bien , ces institutions poliliques qui nous paraissent Fadmirable résultat des progrès des lumières , se retrouvent chez les Gaulois. A la yérite , les rouages qui les mettent en jeu sont moins compliques et moins réguliers , mais les ëlémens premiers s^y font reconnaître. Une grande civilisation n'aurait-elle donc sur une moindre que Tavantage d'une rédaction de principes plus dé* taillée et plus élégante ?

La Religion , ce pi-emier besoin de Phomme, semble recevoir du climat une influence singulière* Sous les cieux doux et favorisés , elle se manifeste par des temples aériens , oii descend un jour rayonnant , par des autels parés de festons , quelquefois par de voluptueuses danses. Dans Faccom* plissement de ses mystères , elle fait intervenir des chœurs de jeunes filles , les mains chargées d'odorantes offrandes. Dans ses hymnes, dans ses sacrifices respirent Pamour ou un paisible recueillement ; les images qu'elle offre à l'adoration des peuples , n'éveillent aucun sentiment de terreur ; mais autre est son caractère dans des contrées exposées à la rigueur des saisons ou aux ardeurs d'un soleil brûlant. Là , elle taille de hideux simulacres , tantôt exagération grotesque et affreuse de formes humaines , tantôt, produit bizarre d'une imagination en délire , qui réalise avec la pierre ou le bois des monstres qui n'ont pas de nom dans nos langages .

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