HI5T0IR1E
Sous les roues des pagodes ambulantes , dans les flammes des bûchers , elle broie ou brûle les membres de ses victimes. Ce n^est pas aux rayons d'un beau soleil que s'accomplit alors le sacrifice. Une nuit sombre , voilà le dais de son autel ; la lune , son pâle luminaire ; des forêts ^ les voûtes de son temple ; un vieillard ou un prisonnier que le fer va torturer , sa sanglante hostie. Tels sont les traits sous lesquels s'offre à nous la religion gauloise. Nëe , sans doute de l'Asie , elle se rattache par une chaîne mystérieuse à ce berceau antique des croyances et des erreurs de l'esprit humain. En examinant attentivement le corps des doctrines religieuses du peuple gaulois , on y reconnaît deux systèmes d'idées tout à fait distincts, deux religions. L'une rappelle le polythéisme de la Grèce , parce que , comme cette dernière , elle personnifie et déifie les phénomènes naturels ; l'autre est fondée sur un panthéisme matériel; métaphysique, toute mystérieuse
et sacerdotale , elle reproduit le caractère des religions orientales. EUe est connue sous le nom de druidisme ^ à cause des Druides qui en étaient les fondateurs et les prêtr^^s.
Nous les examinerons séparément.
Le polythéisme a dû nécessairement précéder le druidisme; telle est l'invariable marche des idées. De la personnification, on s'élance dans un champ de doctrines plus spirituelles, plus dé-
DE PftOYENCE. 5j
gagées de Tiafliieace matérielle des objets. Lej traditions des Kimris attestent cette progression qui s'opéra dans les croyances gauloises. Un culte grossier régnait dans la Gaule jet la Grande-Bretagne , quand le druidisme s'y introduisit ; Hu, Heus ou Hesus , surnommé le Puissant , chef de la première invasion des Kimris ,. fut celui qui implanta sur le territoire gaulois le sytème religieux et politique du druidisme. En lui se reunissaient les triples fonctions de conquérant , de prêtre et de législateur ; après sa mort , il devint Dieu.
Ceci se passe dans Penfance des sociétés :
d'abord , un fétichisme grossier expose à la vénération des peuples la matière brute ^ insensible , et déifie les phénomènes de la nature. Le Gaulois transformait en divinités les rochers, les vents , et en particulier le terrible Kirck ou Circuis, Mais peu à peu sa religion s'épura ; il mit sous la g^rde des esprits les objets de son premier culte, et ^ dans les mouvemens calmes ou désordonnés de la nature, il crut voir des divinités qui les dirigeaient à leur gré. Alors le dieu Tarann ' fut chargé d'attacher au tonnerre ses ailes étincelantes ; dans les Alpes , vint s'asseoir , sur un trône de frimas et de glaces , le dieu Pennin * ; la déesse ^r-
1. Taranii , Lucan-Phan. , 1. I. t. 44^* Torann (Gaël) tonnerre, a. Tite Life , 1. jlxi , c. 38.
58 HTSTOIHE
duine ' ajoutait par sa présence à la sombre hor-* reur de la forêt des Ardennes. Des tribus eurent leur génies protecteurs : la déesse Bibracte ' veillait sur les Eduens, et le Dieu Nemausus sur lesArecomikes.
Le champ des idées religieuses d^abord si rétréci , s'agrandit prodigieusement. Telle est la constante voie de Tesprit humain : il multiplie ^s dieux j il personnifie la nature , ses élémens : Famé , ses facultés ; puis , honteux d'avoir ainsi prodigué le titre de Dieu , il chasse devant lui cet immense troupeau de créatures divinisées , et proclame sur les débris des autels et des temples renversés , un seul et grand être auquel il finit par restituer des droits long-tems méconnus.
Le polythéisme gaulois fit de nouvelles conquêtes. Cette force , toujours agissante de la nature , qui brise aujourd'hui l'ouvrage d'hier pour lui redonner une forme nouvelle , reçut un nom , de^ vint un Dieu. Tarann , qui d'abord n'était que le génie du tonnerre , vit ses fonctions s'accroître : il fut le moteur invisible de l'univers , et la foudre arma d'une vengeance prompte sa main puissante. Bel ou Bellen , attaché autrefois aux roues brûlantes du soleil qu'il guidait comme un radieux esquif , dans les vagues ardentes du ciel , reçut