‹ Histoire de Provence (volume 2)Chapitre 16 sur 112 · D. Martin ; Diction, topog · texte numérisé non relu

D. Martin ; Diction, topog

' a. Dom Bouquet, p. a4.

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de phis nobles attributs; c^était lui qui fesait croître les plantes salutaires , et présidait à la médecine. Heus ou Hesus devint le dieu des combats, et souffla Tardeur des conquêtes au cœur des Gaulois '. Il finit même par se mettre à la tète de ce sauYage olympe , et reçut tout le caractère du Dieu par excellence. Le Dieu du commerce , Teu-^ iatés * , étendait sa protection vigilante sur les arts y les routes ; à la suite de ce dieu, arrivait le génie de Téloquence et de la poésie. C'était un vieillard armé de la massue et de Tare ; mais sur le front de ceux qu'il enchaînait à ses pas , se dé*ployait une joie vive ; des chaînes d'or et d'ambre sortant de la bouche à^Ogmius (ainsi se nom-

1. Le fameux bas-relief trour^ sous l'ëglise de Notre-Dame de Paris , en 1711 > nous montre ce prêtre lëgislatenr coaronné de fcnUI^ I à demi-nu , on^ cognée à la main et le genou gauche appuyé snr un arbre qu'il coupe , donnant à weB sujets l'exemple des trayaux rustiques.

a. Le nom de Teutatés rappelle le dieu Thêut des PhénîcîeBs

et d'une grande partie de l'Orient. Si l'on songe que les Phéniciens

propageaient yolontiers leur religion chez les peuples au milieu desquels ils s'établissaient , et qu'ils introduisirent ainsi le culte de ce même Tentâtes en Espagne ; si l'on songe , en outre , qu'ayant oommeroé les premiera avec les Gaulois encore sauvages , ils ont dà chercher à leur inspirer du respect pour les relations commerciales et pour les voyageurs , en répandant le culte d'un dieu qui protégeait les routes et l'industrie , on sera tenté y peut-être avec quelque raison , d'attribuer au Teutaié$ gaulois une origine ienac.

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mait ce dieu ) retenaient par Totcille ses heureux captifs.

La frappante ressemblance de cet olympe avec celui des Grecs et des Romains , saisit d^abord Tesprit. Elle nVchappa pas à Cësar. Ceci est une preuve nouvelle de Torigine du peuple gaulois , et de Finfluence que TAsie a exercée sur les idëes. Ce vieux berceau de toutes nos croyances a vu sortir de son sein un fleuve mystérieux, qui s^est ëpanchë sur le monde. Quelques idëes , des formes de culte à peine ébauchées , des noms qui malgré de graves altérations , devaient con* server quelques syllabes éternelles et respectées ^ destinées à frayer une route à des systèmes yraisemblablés , naissent dans ces plaines où la raison humaine balbutia les premiers essais de sa^ pensée première. Ces idées, ces formes , ces noms s'embarquent sur le frêle navire de Cecrops et de Cadmus , s'attachent aux pas des tribus errantes , abordent aux rives de la Grèce , aux côtes sauvages de la Germanie , aux champs de l'Italie , et bientôt le Druide les dépose dans les feuillets sacrés de son livre ; le Grec et le Romain les grave sur son papyrus et son parchemin , et les nations modernes les accueillent comme des pen* sées contemporaines du monde.

Il y a quelques années qu'un jeune Marseillais plein d'imagination et d'un savoir étendu , arriva dans une de ces îles de l'Océanie qui cha-

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que jour surgissent, nouvelles et isolées, sur nos cartes européennes. Un édifice qui sVleTait au milieu d'une plaine le frappa ; il entre. Gravement assis sur le sol , des sauvages écoutaient un vieillard qui s^exprimait dans un langage déjx connu à notre compatriote. Des morceaux de bois grossièrement sculptés , paraissaient être les étranges divinités de ces hommes. En présence de ces symboles ridicules , le vieillard racontait la création du monde , la chute d'Adam , la barque flottante de Noé. Sans doute de grotesques accessoires déparaient le texte sacré ; mais au milieu de cette genèse barbare , Poreille du voyageur européen saisit Tidée primitive , à laquelle de pauvres sauvages avaient mal-adroitement cousu les rêves de leur imagination. Grande fut sa surprise; à trois mille lieues de sa patrie , au milieu -d'hommes nus , et qui n'ont point de nom dans la famille humaine , il retrouvait quelques pages arrachées au plus étonnant des livres.

Les Druides proclamèrent l'éternité de la matière et de l'esprit ; l'univers était , selon eux , une substance inaltérable , dont la forme éprouvait de continuelles variations , produites par l'eau et par le feu , puissans agens chargés par le grand être de faire subir à la matière de perpétuelles transformations. L'ame , qui ne mourait pas , voyageuse de corps en corps, communiquait ainsi le souffle de la vie , pareille à ce flambeau toujours

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allume que les iniliés de la Grèce se passaient de maia en main '. Cette métempsycose, fille de rAsie, ne dëtniisait pas Fidée morale des peines et des recompenses : des cliàtimens étaient attachés à ces dirers degrés de transmigation in* férieure à la condition humaine ; ces degrés devenaient des états dVpreuve ou de peine.

Au-delà des bornes de ce monde visible » dans une région inconnue , qui flottait , radieuse , dans les plaines incommensurables de Tespace, arrivaient les âmes affranchies tout-à-fait des liens du corps. C^était le paradis des Gaulois : les guerriers y retrouvaient une image perpétuelle des plaisirs de leur vie ; les passions , les habitudes , les goûts de la terre survivaient à la ruine du corps. Le cheval de guerre dont le héros pressa le flanc rapide au jour des combats , attendait son maître aux portes de la céleste demeure , et le recevant sur sa selle éblouissante , il remportait dans des routes sans fin. Le Gaulois pouvait se parer de ses armes favorites ; alors , des armées vaporeuses commençaient autour de lui un cercle qui allait

1. Idem senserant. . . . quod Pythagoras ; Yalcr. Max . 1. il , c. 9.

Régit idem spiritas artus orbe alio : loogé ( caDitis si cognito )

TÎtae mors média m est ; Lucan. Pharsal. , 1. i. In primis hoc volant pcrsuadére non interire animas ; Caes. Bcll. Gall. , 1. iv, c. 14. AEternas east animas ; Mêla. > 1. m , c. a. Animas cssc immortnles ; Anmiîan. Marc. , 1. XV , c. 9. Valer. Maxim. , 1. 11. Animas alMliis post mortem transirc adalios ; Caes. , 1. Vf , c. 14.

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toujours s^agrandissant ; des ombres de forme indétemim^e s^allongeaient devant lui ; Tardeur des combats échauffait son cœur : armé d'un sabre d'une trempe céleste , il dissipait ces étran^ fes milices , et trouvait dans ces jeux , images des combats humains , Tëmotion de la victoire* Le chasseur autour duquel se pressait, la gueule en* flammée , la meute aux aboiemens multipliés, dispersait ses flèches dans dVtemelles forêts.

Les Druides enseignèrent une croyance touchante. Toute relation nVtait pas brisée entre les morts et les vivans. Le tombeau garde un silence qui a quelque chose d'effrayant. Hier, à vos côtés , s'asseyait , lisait , parlait un être chéri , compagnon de vos promenades , dépositaire de vos se * crets, confident de vos peines. Aujourd'hui le trépas a posé son sceptre de plomb sur des lèvres d'où nul bruit ne s'échappe plus. Le cœur se serre d'un vague effroi : à votre voix , une autre voix ne répond pas, et ce n'est que dans des songes que l'ombre regrettée vient , silencieuse et abattue , vous visiter.

Une correspondance mystérieuse fut donc éta-^ blie par les Druides sur les limites des deux mondes. Les amis , les parens jetaient dans les flammes des bûchers des lettres qui arrivaient , d'après les idées religieuses , au séjour des âmes. Dans les funérailles , on en brûlait une quantité prodigieuse.

Cette croyance dans une autre vie , si fortement empreinte dans Tame des Gaulois , fut pour eux une source de déyouemens admirables et d^actions atroces. Quand la flamme du bûcher dévorait les restes d^un être regretté , autour d^elle se plaçaient les parens , les amis du défunt. De ces rangs mornes et silencieux , sVlançaient souvent des fils 9 des femmes , des cliens qui se précipitant dans le feu , mêlaient leurs cendres aux cendres du mort , afin de retrouver dans une autre terre le père , Pépoux , le patron si vivement pleuré. La superstition s'assit aussi auprès des funérailles. Quand un personnage important avait fermé les yeux, sa famille fesait égorger un certain nombre de ses cliens et les esclaves qu'il avait le plus aimés ' ; on les brûlait, et leurs restes , ainsi que son cheval de bataille , ses armes et ses parures étaient enterrés à ses côtés. Alors ils s'imaginaient que belle et triomphante serait dans l'autre vie l'entrée du guerrier. Les Gaulois renvoyaient souvent en ce monde à venir la décision de leurs affaires d'intérêt ; ils se prêtaient quelquefois des sommes payables après leur commun décès *.

1. Omnia quae tîtis cordi fuisse arbitranlur in îgnem inseront , etiam animalia : ac paulè suprà banc memoriam servi et clientes , qoos abeo dilectos esse constabat, nnà cremabantiir. Cœs. bel!, gall. 1. VI I c. 19. Cum mortois cremant et defodiautapta ylTentibns olim. Mel. 1. m , c. a.

9. Negotiorum ratio etiam et exactio crediti difierebatar ad infcrot. Mel. 1. III , c. a. Valer. Maxim. 1. 11 , c. 9.

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Tels étaient les dogmes que les Druides enseignaient ', toute leur science nVtait pas renfermée ^ansle cercle des opinions religieuses , ils avaient â« plus hautes prétentions : dépositaires de n^ys* térîeuses connaissances , sur lesquelles le peuple n*osait porter une vue profane , ils VMnonçaient comme initiés dans les secrets d'une na* ture qui avait dévoilé à leur esprit ses opérations les plus cachées ; . ils disaient que leurs regards avaient dessiné la grandeur des corps planétaires , et étudié leur marche dans Pespace ; que les plantes leur avaient révélé les singulières vertus dont elles étaient douées ; que Tavenûr n'avaient point de voiles pour eux.

Bs ne négligèrent point l'étude de Pastrono^ mie : l'observation des phénomènes célestes jouait un rôle important dans tous leurs rites religieux , comme dans un grand nombre d'actes de la vie civile. Leur année se composait de lunaisons* Elle commençait non à la syzygie , ou nouvelle lune , ni à la première apparition de cet astre , mais à son premier quartier , lorsque près de la moitié du disque est éclairée '•

Leur siècle était de trente ans * ; quand le cercle de ces trente aimées était accompli , alors

1. S«xta lima principîa amomm menainm que hû Uéh ti ^- «ali. PUn. , ]. xvt , c* 44*

■ %. Secnlaaa poft tnccnnuan aanan. .« . Plln. , l. xvi ^ e«44*

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