Aujourd'hui Bretagne
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tërieux. L^œuf des Gaulois , connu sous le nom d'œuf de serpent , ^tait le meilleur et le plus effîr cace des prëservalifs '. Il paraît que €e prétendu œuf n'était autre chose quWe échiniie ou pétrification d'oursin de mer, présentant la forme d'une pomme de grosseur moyenne , dont la substance dure et blanchâtre était recouverte de fibres et d'excroissances pareilles aux tentacules du polype. La rénératidn dont cet œuf était l'objet, aune origine toute orientale. Des fables absurdes se groupaient autour de la formation et de la conquête de ce pré* deux talisman. Pline ajoute une foi aveugle à ces ridicules croyances. Y oici un singulier récit consigné dans l'ouvrage du plus célèbre des naturalistes de l'antiquité :
Quand la terre , dit-il , est échauffée par les ardeurs de l'été , des serpens se rassemblent en grand nombre dans une profonde caverne ; là , dans leurs jeux bizarres , ils s'entrelacent et se replient les uns sur les- autres ; alors une abondante et visqueuse salive jointe à la sueur qui suinte de leur peau forme cet œuf miraculeux. Lorsque cet étrange produit d'immondes embrassemens a atteint sa parfaite configuration , les monstres réunissant leurs sifDemens le soutiennent dans l'air; on le voit ainsi se balancer suspendu sur des cris aigus. C'est alors qu'il fallait le saisir , avant que la terre l'eût souillé de son contact; un homme
t. Angiimimi appellatar. Pline , I. xxix . r. .?.
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apOAlë s'élançait , recevait l'oeuf dans un linge , sautait sur un cheval et s'éloignait rapidement ; les serpens le poursuivaient jusqu'au ce qu'il eâl mis entr'eux et lui une rivière " •
Mais le Druide s'assurait par des épreuves , si l'oeuf avait l'origine qu'on lui attribuait ; s'il surnageait après avoir été plongé dans l'eau ; si , appesanti par le cercle d'or dont on l'environnait, il flottait encore à la surface de la fontaine , alors sa formation était invinciblement démontrée. * Enchâssé précieusement , il était suspendu au cou de celui qui l'obtenait à un très haut prix : le gain d'un procès , un favorable accès auprès des rois , attestaient son pouvoir ; il devenait l'ornement distinctif des Druides ^
Les femmes jouaient un grand rôle dans les cérémonies du culte gaulois. Les Druides s'afElièrent des magiciennes et des prophétesses , et s'en servirent comme d'instrumens àleurs volontés.
Sur les lèvres de ces femmes descendaient les oracles , interprètes mensongers d'un avenir inconnu ; admises dans les sacrifices, elles ajoutaient par leur présence à leur pompe ou à leur terreur.
1. Angoef innameri lesUite conrolati , mIîtîs faaciom corporom que âpumif artifici compleza glomerantur. . Pline , 1. xxix, e. 3.
9. Ezperimentiim ejns eue si contra aques fluitet , Tel auro ▼inetiim. . . . Pline , 1. xziz , c. 3.
3. Ad YÎctoriaj litium et regum aditas miré laudatur insigne Dniidam. Plin. , L c.
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Forcëesde te soumettre à des lois irréTOcaUes * tantôt elles fesaient à la religion le sacrifice de leur pudeur ; tantôt , vouëes à une virginité perpétuelle, elles se renfermaient dansFaccomplissement des fonctions sacerdotales. Celles à qui Tavenir se dévoilait , n^en révélaient les secrets qu'après avoir été brutalement profanées. Dans les sacrifices , elles y paraissaient d'une étrange manière*
La nuit était choisie pour la célébration du mystère ; quand les prières avaient commencé , arrivaient les sombres prétresses , les cheveux en désordre , la fureur dans les yeux , dépouillées de tout vêtement : la blancheur de leurs corps avait disparu sous une couleur noire; alors, s'abandonnant à de frénétiques transports , exécutant d'infernales danses , secouant sur les assistants effrayés des torches enflammées, elles remplissaient les cœurs d'un vague effroi '.
Aussi quelle crainte n'inspiraient-elles pas ! Dans cette mer orageuse qui , pressée par la Gaule et la Bretagne , élève entre des écueils rongés de hautes et mugissantes vagues , la nature a placé un sauvage archipel. Dans ces îles que d'éternelles tempêtes assiègent , résidaient ces prophétesses. Là s'élevaient leurs temples et les murs de leurs sombres demeures. Iles redoutées , le
I. lu mednni foriaruin , crîaîbus dejeclif , faoM pmferelMint. . . in tuvwû turbaUe. Tacit. , Annal. , 1. xiv
DE PÉOYENCE. 75
Gaulois ne les contemplait qu^avec épouTante. Si un étranger osait y aborder, sa tëmëritë était bientôt punie ; accueilli par la foudre , enveloppé dans le tourbillon rapide d^un ouragan , il mourait de terreur à Taspect dVtranges visions qui se dressaient menaçantes , indéterminées deVant lui».
Bans ce séjour d'orages , exaltées par la superstition y les prophétesses mêlaient leur voix à la voix do la t^npéte. Quelquefois , déités farouches , du haut des monts , semblables à de blanches et fantastiques apparitions , elles suivaient de rœil une frêle barque descendue dans les vallées larges et profondement creusées de la mer , et en résolvaient soudainement le naufrage ; Pocéan , obéissant à leurs chants sauvages , se soulevait et engloutissait la fatale embarcation.
D^autresfois, divinités secourables, elles fesaient éclater une puissance bienfaisante. Le bras étendu dans Porage , en présence des flots émus , elles suspendaient le vol de Touragan , et leurs chants dispersés sur les eaux , en enchaînaient la fureur.
Puis , déposant la figure humaine , elles empruntaient des formes capricieuses ou se changeaient en animaux ; leurs pouvoirs sur la nature n'avaient point de limites ; les maux incurables cédaient à TefBcacité de leurs enchantemens :
i. Platarch. , de Onrul.
souveraines redoutëes et adorées , elles étendaient leur puissance sur les vents , les mers , Tavenir , les maladies \
Le plus célèbre de tous les oracles était celui de Sena. Cette île , située vis-à-vis du cap le plus occidental de TArmorike , renfermait un collège de neuf vierges , qui , de son nom , étaient appelées Senes \ Un marin seul avait le droit de les consulter , et il fallait , de plus , avoir fait le trajet dans ce seul but '.
Un autre collège de prétresses était établi dans un de ces îlots que la Loire forme à son embouchure. Elles appartenaient toutes à la tribu des Nanètes , et vivaient séparées de leurs maris. Dans la nuit elles allaient visiter la couche nuptiale ; mais à peine Taube rougissait-elle Thorizon , que , s^arrachant des bras de leurs époux , elles s^élançaient dans leurs nacelles et regagnaient leur solitude.
I. Pntint iogeniis tingalaribas prieditaB , maria ac yentos ooncitare carminiboii seque in que Telint animatia Tertere , sanare qam apad alios iasaDabilia sunt , scire Tenlura et pradicare. M cl. t 1. 111 , c. 5.
a. Galli senas Tocaot. Mel , I. m , c. 5. — On troaTe dana les manuscrits , Gallîzenas , GaHisenas , Gallîgenas , Barrigenas et d'autres variantes plus ou moins corrompues. — Sena est aujourd'hui 111e de «Sai/i.
3. Non uisi dedttas narigantibus , et in id tantùm ut se cousulerent profectis* MeL , 1. m , c. 5 .
DE PROVEÎÏCE. 77
La mort est une âîvinitë que ]a superstition fait toujours intervenir dans tes fêtes. Chaque annëe reyenait , chez ces femmes , une cérémonie sanguinaire, ainsi décrite dans les anciens historiens. II leur ëtait ordonne d^ahattre et de reconstruire , dans rintervalle d^une nuit à Tautre , le toit de leur temple. A peine le jour commençait-il à blanchir 9 que y ceintes de lierre et de Tert feuillage ^ elles se mettaient à Fouvrage ; la charpente ëtait brisée y les pieux arrachés du sol , le chaume renverse , les poutres enlevées; Fouvrage de destruction achevé , commençait celui de la reconstruction. Avec une infatigable ardeur , elles creusaient aussitôt les fondemens du nouvel édifice « et le bâtissaient avec les matériaux de Tancien. Mais si Tune déciles laissait , par malheur , tomber à terre la moindre parcelle de ces matériaux sacrés , un cri horrible lui annonçait sa mort. La troupe frénétique de ses compagnes sVlançait sur elle ; on la battait , on la mettait en pièces , et ses chairs sanglantes dispersées sur le sol , attestaient le triomphe d'un ardent fanatisme.
Parmi toutes ces îles oii le druidisme avait établi ses fêtes et ses mystères , il y en avait une dont une terreur plus grande, une vénération plus religieuse interdisaient Tapproche aux voya* geurs ; on la rencontrait non loin des côtes de la Bretagne ; à travers les brouillards se dessinaient ses cimes isolées. Objet des plus étraii-*
^8 msToiHE
ges rëchs, elle servait de théâtre à des mystères sans initiés « à des fêtes san» spectateurs ; nuit et jour des bruits retentissans de Yoix humaines irritées et de bruyantes cymbales s'élevaient de Tîle sacrée.
Un usage atroce se trouve chez les Gaulois.
La superstition leur persuada que Vavenir et le succès d'une bataille prochaine , étaient cachés dans le sein d'un ennemi. Quand l'armée avait un instant suspendu sa marche , au milieu du camp, de hideuses femmes dressaient un effrayant appareil. Auprès d'une énorme chaudière de cuivre étaient placés de longs couteaux et un escabeau. Les vieilles prétresses s'avançaient , conduisant le prisonnier qu'elles avaient choisi pour victime ; elles se rendaient au lieu du sacrifice les pieds nus , couvertes de vélemens blancs que retenait une ceinture garnie d'airain. Alors , saisies de fureur , elles garrottaient la victime et la tenaient suspendue sur la chaudière , l'une d^elles frappait à la gorge ; puis , les yeux fixés sur le sang qui jaillissait dans une coupe , elles cherchaient des signes prophétiques dans sa couleur et sa rapidité.
Sous Ja voûte abaissée d'un temple , les Gaulois se rassemblaient pour assister à l'agonie d'une victime humaine. On la plaçait au milieu du cercle redoutable des prêtres ; ceux-ci la perçaient au-dessus du diaphragme ; des yeux étincelans de fureur étudiaient alors ses convulsions dernières ;
si rhomme ainsi frappé gardait en tombant une pose héroïque , si dans les frëmissemens de ses membres , l'abondance et la couleur de son sang , de favorables pronostics se manifestaient , le peuple et les Druides accueillaient avec une grande îoie ces augures prospères '. Il me reste à décrire le dernier cérémonial le plus solennel et le plus usité dans ces abominables sacrifices. On construisait un colosse de proportions gigantes^ qaes « en paille ou en osier , représentant une figure bumaine ; après TsToir rempli d'hommes TiYaoïs , on le plaçait sur un bûcher ; un Druide 7 jetait une torche enflammée ; bientôt , envahi par le feu , le colosse s'embrasait et péfillait dans Tincendie qui l'enveloppait ; de lamentables voix sortaient des flammes *, c'était le signal des chants et des acclamations. En cet instant les hymnes des Bardes , la barbare musique des prêtres , les prières éclatantes des Druides dominaient les cris des victimes ; cette vapeur empestée qui montait en colonnes lourdes et noires vers le ciel, était, aux yeux^ du Gaulois , un encens de prédilection pour ses terribles divinités. Ce sacrifice solennel as^ surait le repos de sa patrie , en conservait la gloire,