CHAPITRE IL
^teOBA^HIB AIVCIENNS DB LA PROVBltai.
jLjeS divisions politiques impriment au sol des
caractères divers ; une carte de Provence avec les noms de ses anciens peuples , de ses cites main-* tenant détruites , de ses monumens , de ses tem* pies dont les ruines mêmes ont disparu , fait une toute autre impression qu'une toile sur laquelle le géographe moderne a tracé les routes , les canaux actuels, indique les communes, les ar* rondissemens , les tribunaux , les cours royales , les académies , divisions de Tadministration présente , et sous lesquelles le sol lui-même semble perdre son antique physionomie. Uétude d*une carte ancienne inspire mille pensées philosophiques ; arrêtons nos regards sur celle <le la Provence quand des peuples d'une origine ligurienne oo gauloise occupaient ce pays. Si nous la trouvons dans quelque vieux in-folio , son été* CQtion nous frappera singulièrement Un btirin
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lOO HISTOIRE
grossier a figure par des lignes heurtëes les fleuves, les courans d^eau ; des tours accumulées et imperceptibles sont chargées de représenter les villes ; jamais des raies onduleuses n^iraitent le mouvement des flots, et les montagnes ressemblent aux tentes d^un camp romain. Alors les cités étaient peu nombreuses ; aussi de grands espaces vuides envabissent-ils le papier jauni par le tems. Les conquêtes des langues s'y font reconnaître , car le monde a été un champ de bataille où des mots long-tems dominateurs ont disparu devant d^autres appellations victorieuses ; à peine si quelques dénominations plus favorisées n'ont perdu , dans ce conflit d'idiomes vainqueurs ou vaincus, que quelques désinences , ou des syllabes anéanties. Hélas! rien de l'homme ne laisse de durables traces sur cette terre mouvante. Le barbare impose aux lieux des noms qu'il emprunte au ciel , aux grandes eaux , aux forets ; la civilisation vient ensuite tracer .d'autres délimitations , et introduire l'ordre dans des divisions nées du hazard et du tems. Quelques mots ont été écrits au commencement de celte histoire Mir la Provence actuelle ; j'avais hâte de faire connaître le sol sur lequel des événemens allaient éclore ; je sentais en le traçant toute l'insuffisance d'un tableau dont des traits rapides ont été à peineébauchés ; j'ai cru que l'historien devait s'attacher , comme le peintre , à préparer la toile sur laquelle
DE PROVENCE, XOÎ
se dessineront les figures dont se compose son CBUTre. Aussi me suls-je imposé Tobligatlon de faire halte au milieu d'un re'cit suspendu , pour esquisser le cadre géographique où viendront se grouper les peuples avec leurs changeantes inlilulations. Une imparfaite image de Tancienne Gaule a été par moi suspendue au frontispice de mon livre ; les tems de la barbarie touchent à leur terme ; le souffle poétique de la Grèce va animer cette terre sauvage. Les arts , les formes d'un culte gracieux descendront, conquérans pacifiques , sur nos belles rives. Plus tard , Rome y enverra ses invincibles légions ; et la Provence , enfin nommée , recevra le camp latin , la çilla d'un épicurien du Tibre , l'arc de triomphe aux bases élargies , un aspect italien.
Une ceinture d'iles peu éloignées les unes iï'és autres , semblent vouloir protéger contre la violence des flots la Provence > coupée par de nonir: breux golfes. Quand on s'avance vers elle , on* voit s'élever du sein des eaux un riant archipel. L'histoire ancienne , le moyen âge y ont laissé de beaux souvenirs. Quelque incertitude règne dans les récits des écrivains au sujet des dénominations que ces îles portèirent dans l'antiquité.
Il est difficile de concilier les versions différentes dont mille interprétations attestent l'obscurité. Les géographes anciens mentionnent des îles qui reçoivent de quelques-uns le nom géfié-
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rai de Sthœcades ' ; ils en placent deux h rembouchure du Rhône , que ce fleuve formait em se divisant autour d^elles ; Pline les appelle Me* tina et Blasco \ Dans la première , le nauton* nier apercevait les colonnes d^un temple grec consacre à Diane d^Ephèse. Ces deux îles ont disparu ; le Rhône s^est ouvert une autre route , et Metina et Blasco se sont réunies au continent En naviguant dans le golfe qui sVlargit devant Marseille , trois îlots vous apparaissent à une lieue
t. At in GatliA qiiM referre conveniat aol» rant SMecbadet •borALiguruDi adMassiliamusquediepersK. Pomp. Mêla., 1. u.c. 7.
Ptolëznëe dit qu'il y a cinq ilea des SiœcUaAet , Banales nommer. Stncbades antem quinque numéro ; 1. Il , c. to.
Voici le passage de Slrabon au sufet des lies de Prorence : Antè bas Angustias facto à Massiliâ intiio , âts» aunl Staecbades inaulft , ires eamm memorabilcs , duae exiguae , agros eanun colunt Massîlienses , antiquitùs ctiam prA:stdium ibi crat contra prsdonum inenrsîones , babent et poitus suos. Post SiœchaïUs cl Planasia et Lero io qnibas aimt pagi. Lerone , quae est antipoli objecta , etiam Sacellum est Leronia. A lis auntparvae insulaft memoratu.non dignie , partis anté îpsam stt^e Massiliam , partlm antè alius ora partes ; 1. 4*
Ce passage de Slrabon me parait délruire l'opinion qui range an nombre dea Staecbades les trois petits îlots situés vis-à-vis de Mar> teille^ Ce gëograpbe appelle sans doute ainsi les lies aujourd'hui conimei sons le nom de Porquerolle» 1 de Port-Cro2 et de Titan ; Plnftasia et Lero deviennent les ilea Lerina » et les autres , au nombre desquelles nous rangerons celles qui sont voisines de Maraeille lui paraissent peu dignes d*ctre mentionnées.
S. Pline assure que les Siœrhadet ne sont qu'au nombre de trois j teici en quels termes il parle des deux iles voisines du Rb6ne : Onlli» «otem ora in Rbodani oatio àiétina 1 moz qne Biascon to*
DK PROVENCE. io3
de cette yille. Ruffi, appayë sur un passage de Pline, Toulut que Tantiquitë les eût décoras de trois noms harmonieux. LVtyraologie lui fit retrouTer Proté dans Ratoneau , et Pomponiona dans Pomègue.
L^ile d'If avait jadis , selon lut , reçu le nom d*H]rpea ou Hypata : cette île est un rocher portant sur sa base ëtroite une citadelle que François 1" construisit pour arrêter dans leur marche les flottes de Charles-Quint.
• L'opinion de Ruffi est attaquée par d'antres écriyains , qui transportent ces noms aux îles d^Hyères , connues particulièrement sous le nom de Sthœcades, mot grec qui indique qu'elles étaient rangées en ordre.
Sous un ciel pur et rayonnant , non loin de rives de pins et d'orangers , s'élevaient les Stha^-
catur , trea Staechades à TÎcinis MasàtieDabuf dicte , propter or-
dinem , qnas item aominaiit singulis Tocabulii Pt*oten et mesen ,
qiue et Pomponiona ( aut Pompeîana ) Tocatur, tertia hypaea, ab bit
aturîom , Pbsnice , Pbila , ' Lero et Lerina adversùs antîpolim in
quA Tergoanni oppidi memoria.
Les ilea de Metina et de Blaseo «ont placëei par qaelqves gëo*
pvpbet dans Tétang nommé par les anciens Maslrameia Stagmim.
Dliprés ces dirers témoignages , l'ancienne géographie indiquait dix
îles : Metina et Blaseo y trois Slaecliadcs : Prote , Meze et Hypea ,
qn'on a prétendu être Ratoneau , Pomègue et le CbAteau-d'lf ;
Sturîom , Pbenice et Pbila , qui seraient les Iles dfHyères ; Lero
et Leiina, les lies Lerins. Les Iles roîsines de Marseille auraient été
les Sutchades minorés* Le lecteur Terra , en lisant le texte , quelle est Topiniou qui me
parait la plus vraisemblable.
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cades , appelées , dît-oa , Proté , Meze ou Pomponiana et Hjqpœa ou Hypata , et aujourd'hui connues sous les noms de PorqueroUes , de Port-Croz et de Titan»
Quant aux îles de Sfurium , de Phœnice et de Pkila^ il est inutile de rapporter les opinions diverses des historiens , qui ne sVccordent point pour en indiquer la position actuelle. Les îles de Lerins se retrouvent dans les îles de Lero et de Lerina ou Planasia. Tacite nomme cette dernière dans le Uvre premier de ses annales, en racontant qu'Auguste y exila Agrippa , un de ses neveux , non moins remarquable par la force prodigieuse de son corps que par rimbëciilité de son esprit \ Lero est aujourd'hui Sle -Marguerite , et Lerina St.-Honorat. De distance en distance , des rochers rendent l'approche des côtes dangereuse ; les Provençaux leur ont donné des noms ; Slrabon assure que ces îles ne sont pas dignes d'être citées : non memoraiu dignœ.
De tous les golfes de la mer de Provence , l'antiquité n'en a nommé qu'un seul : le Sinus Sambracitanus , aujourd'hui golfe de Grimaut , qui s'ouvre entre Fréjus et Hyères , et dont la forme circulaire embrasse quatre lieues de longueur et une de largeur.
La nature semblait réserver notre Provence