De Linguâ lalinâ ( Ht
4* Sur le huitième livre de l'Encide.
bonds précipites n*entraient-ils pas dans près* qne toutes les liturgies du culte payen ; ne seraitil pas permis de restituer au mot Salien une origine celtique , de placer Torigine de la fête bruyante de Mars dans la Ligurie-Gauloise , et de prétendre que cette fête , avec ses boucliers retentissans , ses ëpées nues et ëtincelantes et son farouche dieu , arriva en Italie à la suite de cette grande émigration de Ligures , dont il a déjà été question dans le précédent chapitre. Je livre ces réflexions à la sagacité des savans ; peut-être ne sont-elles basées que sur des ressemblances de mots produites par le hasard et accueillies comme des vraisemblances chimériques. Au reste , le culte du dieu Mars était chez les Saliens dans toute sa pompe sauvage ; un peuple pareil , d^une descendance septentrionale , dut nécessairement prendre pour Tobjet de sa vénération la divinité des combats. Des Scythes , d'une origine commune à la leur , il fut transporté chez eux , avec d'accessoires semblables.
C'était dans le champ destiné aux assemblées de la nation , que le singulier temple du dieu était érigé. L'imagination se trouverait en défaut, si elle se figurait un édifice avec une voûte que des piliers soutiennent. On coupait des branches d'arbres , et on les entassait de manière à former une espèce de plate-forme carrée , à laquelle on parvenait seulement par trois côtés : le qua-
trième côté, entièrement penché, était inaccessible. Les pluies , les vents et le tems afFaissaient ces énormes bûchers qui dominaient au loin la plaine ; pour les maintenir à leur hauteur et à leur largeur qui étaient extrêmes, on avait soin d^y apporter chaque année une grande quantité de bois nouvellement coupé. ;Une épée nue était placée sur ce monceau de branches , elle s^élevait comme le simulacre de Mars ; ce cimeterre , emblème énergique de la guerre , avait soif de sang : tous les ans un horrible carnage de chevaux , de bœufs et de prisonniers , entourait ce temple de lambeaux meurtris et de chairs dégoûtantes. Le sacrifice des victimes humaines était accompagné de circonstances particulières : on les rangeait en cercle autour de ce monceau de branchages que dominait la formidable épée; lesSaliens arrosaient les têtes de ces victimes d^un vin pur , et les égorgeaient sur une immense chaudière, où leur sang tombait en bouillonnant. Quand le vase était plein» ils le transportaient au haut de la pile et le renversaient ; ce sang se répandait sur les branchages et les colorait d'une teinte affreuse. A peine le vase était-il parvenu au sommet , qu^aussitôt les barbares coupaient le bras droit avec Té^aule aux captifs , et les jetaient en Tair. ^Ces lambeaux dispersés retombaient sur la plaine , et il était défendu de les enlever de Tendrait où on les avait lancés. Quel spectacle offrait le lieu du sacrifice :
DE PUOTEKCE. 12^
ces bois rougis par le sang , cette ëp^e abreuvée de sang , ce sol couvert d^hommes mutilés , ces bras , ces ëpaules coupées dont la terre était horriblement parsemée » tout portait Tempreinte d^une religion à qui il fallait pour encens la va* peur des blessures , pour victimes , des cadavres afTreusement lacérés '.
Ce n'était pas toujours sur un amas d'arbres coupés que s'élevait Tépée du sacrifice ; quelquefois on se contentait de l'enfoncer dans la terre , ou de la placer debout sur une pierre , et alors c'était autour de ce fer que s'accomplissaient les rites dont )e viens de tracer une image.
Les Saliens ou Sallus^iens étaient donc le peuple le plus puissant de la Gaule méridionale. Le pays qu'ils occupaient était situé d'un côté entre le Verdon , la Durance et la mer , et de l'autre , entre le Yar et le Rhône ; Strabon les répand dans la plaine qui commence au Rhône et finit à la Durance. Ainsi , ce peuple nombreux touchait du côté de l'orient à Nice * , du côté du couchant au Rhône ^ , du côté du midi il couvrait toute la