MaritÎDM AvatÀcortim 8^4ip)A Msîdet. Pomp. Me)c
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scion Pline , placer sur la côte , après la Crau , depuis Tëtang de Berre jusqu*au Rhône , et le long de ce fleuve jusqu*au*dessus de la Camargue ; celte île fut même occupée par eux '.
Âulour de Marseille se trouvaient les Commo-m nés ; dans Counioux , nom d^un bois au nord de La Ciotat , on a voulu voir une corruption des Commoni. Ptolëmée assigne pour demeure à ce peuple les environs de Marseille, de Tauroentum , de Ceyreste , d^Olbia ; il nous les montre sur les bords du fleuve Argens et dans la plaine où Fre'ju» 8*éleva • .
Parmi ces Commones se fesaient remarquer deu^c tribus « celle des CamaiulUciens , qu'on met près de Toulon , ou , selon d'autres versions , de S'-* Tropez, et celle des Bormannîens. Quant aux Sueltères, déjà nommés, on peut ajouter que leur position est indiquée non loin de Bngnoles et de Draguignan. Les Véruciniens étaient voisins de Grasse , ou, si Ton préfère le sentiment de NIci>las Sanson , de Bargemont.
Autour d'Antibes ( AntipoIIs ) , colonie mai^ scillaise , s'étendaient les Dcccaies. Il paraît , d*^
1. Supenfoe campi lapîdei , Hereald pnslîonan mamonà t régi» Aluitilîornm. Pliniof.
9. Commofiorum nrbt Munli* » TaiiitXBtiiiii oj^Mdvm «I Cj^ . tbonstcf promontoriiun , Olbia cWiUt , fonim JuUi colom*» Ptolcmeiiu.
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près Etienne de Byzance et Mêla , que leur ville se nommait Dectatum ; Honore Bouche la retrouve dans Grasse ; d^autres historiens renoncent à en indiquer la position '.
Entre le fleuve d^Argens et Antibes» tous les géographes s'accordent à placer les Oxyhiens. C'était une peuplade puissante et guerrière ; on nous la représente sous les remparts de Nice et d'Antibes , livrant à ces deux villes des assauts multipliés. Elle accueillit , les armes à la main , les légions romaines , et ce fut contre cette nation aguerrie que celles-ci firent le premier essai de leurs forces h leur entrée dans la Gaule. Une ligue qu'ils formèrent avec les Déceates , achève de nous c'clairer sur le pays que les Oxybiens occupèrent : lis devaient être voisins de Cannes ; les Nérusiens s'étendaient derrière eux , et à leur droite les Sueltères. Etienne de Byzance indique une ville àiOxybium ; Strabon appelle un port du nom à^Oxybîus ; il paraît que c'était le port de la ville maritime èi^gyina , sur la plage de Cannes « au golfe Juan.
Les Lii^auniens , que Pline nomme après les
1. At in orl oppidum latinum Anti^lis regio Deceatum, Plmitis.
Hiaee daubiu nationibus Lignrtim , pol/bia« unam Oxjbiorum , •Hcram Decentum adjusgit. Strab.
^icara tanpit Alpes , tangit oppidum Bec^atum, tanp't AiitipoKs.
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Oxybiens , ont dû habiter cette terre fertile de Grasse, où le sol se couvre de fleurs, où Ton moissonne des roses. Un pays que favorise un ciel si doux , où tant de fécondité éclate , ne tarda pas à recevoir des habitans, qu'attiraient les dons d'une nature libérale.
Les Quariaies , que le père Foumier place dans la valle'e de Qucyras ^ sont mis par Papon à la suite des Sucfriens , près d'Auvaye. L'opinion du père Foumier , admise par d'Anville , est contredite par Pline , qui , après avoir établi au voisinage du fleuve Argens les Oxybiens et les Ligau^ ttiens^ place les •Sx^tf/r/V/w, XesQuariafcs^ les Adunicaies au-dessus de ces deux premiers peuples. Or , si les Quariaies avaient habité la vallée de Queyras , en Piémont , l'écrivain romain les aurait-il nommés à la suite d'autres nations qui résidaient dans un pays éloigné de celui où d'Anville a voulu les mettre \
Papon fixe la position des Adumcates à Audaon et Caille , non loin de Grasse , au nord-est des Quariaies.
Les Yédiantes se trouvaient dans la contrée dont Cemenellum (Cimîez) était la capitale. Cette cité, jadis si florissante, est maintenant ruinée; on rencontre ses vestiges à un mille et demi au nord de ISice.
1, Flayias Argenteiu j regîo Oxybiorum > Ligaunonim <{oe auper ^noâ Suetri f Quariates, Aduaicatef. Plîniua.
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Je viens d^offrir au lecteur la longue et poui^ tant incomplète nomenclature des peuples que la gc'ographie ancienne indique. Que d^omissions seront encore signalées sur cette liste turaulaire ! En présence de tant de versions diiTeVente», de tant d'indications contradictoii^s , j'ai souvent éprouve combien de recherches pareilles offraient pou de certitude. L'homme se plail à reconstruire le passe; quand les générations ont disparu , quand les cités sont mortes , il vient, au milieu de ces poudreux débris , souiller sur des ruines , pour leur donner une nouvelle vie ; mais peut-il se flatter que cette résurrection de peuples et de monumcns soit la fidèle image d'une existence tarie ? Les traces obs-* cures de cette existence se retrouvent presqu'effacées dans des phrases écrites il y a quelques mille ans , et arrivées jusqu'à nous a travers les siècles ; des caractères ont survécu à la ruine des nations et des villes , et quand des ouvrages crus impérissables sont anéantis , la pensée humaine ^ si fugitive en apparence , surnage seule sur ce continuel naufrage d'hommes et de monumens.
Mais puisque la vérité et l'erreur mêlées dans les vieux récits , se présentent à nos regards sous un aspect semblable , comment peut-on prétendr'e qu'en s'al tachant à la recherche de l'une , on n'accueillera pas quelquefois celle qîii n'en est que la trompeuse image.
Tous les lecteurs ne trouveront pas un intérêt
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égal h, Toiâ- dérouler celte llsle de peuplades oubliées, qu'on n'Indique souvent que pour faire preuve d'une science aisée; Térudit, d'ailleurs, se fait un scrupule d'omettre une dénomination consacrée par une phrase de Tacite ou de Pline : quelque rôle insignifiant qu'ait joué une obscure tribu sur la scène historique , il en enregistrera soigneusement le nom , si l'ouvrier romain l'a gravé avec son ciseau sur une pierre usée où sur un trophée écroulé. J'ai donc , me rangeant a la suite des historiens de Provence, essayé d'in diquer la position des peuples gaulois , premiers Iiabitans de notre pays ; mais je suis loin de^-me flatter d'avoir , dans un travail dénué d'intérêt , mis au moins cette exactitude , qui seule peut eu compenser l'extrême aridité.
Rome aimait à multiplier sur le sol conquis ces trophées, où le peuple dompté frémissait enchaîné dans des liens de pierre ; son orgueil élevait au milieu de la nation subjuguée le monument chargé de transmettre à la poslcrité la gloire du vainqueur et la honte du vaincu; le soldat romain qui passait sous l'arc triomphal , y voyait se dérouler , d'assises en assises , les feuillets du li^Te qui lui racontait sa renommée ; ces arcstle triomphe que le voyageur rencontrait en tous pays, formaient, pendant plus de mille lieues, la pompeuse et imposante avenue de la ville éternelle. La Provence conserve encore quelques-uns de
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ces ouvrages dont les peuples modernes sont ra* rcment parvenus à reproduire les gigantesques proportions. Mais l'antiquaire qui les contemple ne peut souvent en signaler la vraie destination ou l'origine ; son œil , perdu au milieu de ces i:gures multipliées , de ces chocs d'hommes et de chevaux , de ces insignes de victoires navales , de ces amas bruyans d'armes « de lances , de piques entrelacées , de ces processions de captifs les mains enchaînées , de ces chars depuis si longtems lancés , ne saurait saisir l'idée primitive qui présida à l'éreclion de cet ouvrage. Approchezvous de l'arc de triomphe d'Orange , noirci par le tems ; les uns vous diront : Voilà le témoignage toujours subsistant de la victoire que Marins remporta sur les Cimbres et les Teutons , près d'Orange; alors, étalant complaisamment leur érudition , ces antiquaires soutiendront cette opinion combattue , en présence des navires , des ancres , des proues et des mâts sculptés au-dessus des frises et sur les corniches de la façade méridionale et septentrionale de cet arc , ornemens qui attestent des combats sur mer ; tandis que Marins remporta sa mémorable victoire non près d'Orange , mais dans la plaine qui s'étend entre Trets et Fourrières.
A ce système détruit , en succède un autre sur la destination de ce monument. On veut qu'il conserve le souvenir des combats que Rome livra ,
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avec son bonheur ordinaire , aux ÂUobroges et aux Arremes; deux généraux , Ch. Domiiius j^nobarbus et Quin/us Fabius Maximus , triomphèrent de ces peuples ; cet arc se rattacherait donc à ces premières TÎctoires obtenues sur la terre des Gaules ; mais pourquoi , s^Il ne s^agit que de batailles sur terre , ces instrumens nautiques , langage symbolique et clair , dans lequel on lit plutôt le témoignage d^un succès naval. De plus , rhistoire raconte que ces deux romains érigèrent non pas à Orange , mais sur le lieu , théâtre du combat ^ de hautes tours comme un souvenir de leur victoire.
Les savans ne se découragent pas si facilement, quand ils ont commencé à créer des hypothèses plus ou moins ingénieuses; à force de tatonemens et de recherches ^ ils veulent arracher à des pierres d'une muette éloquence , les ■ secrets qu'elles gardent ; c'est à Auguste qu'on a prétendu aussi devoir faire honneur de ce monument. Ces emblèmes de combats sur terre et sur mer , de sacriBces peuvent lui convenir , mais d'où vient que le nom de cet empereur ne se trouve pas sur l'arc de triomphe ; la seconde Narbonnaise avait-elle été préférée à la première dans le choix du lieu qui devait le recevoir ? Les mêmes motifs peuvent être invoqués pour détruire le sentiment qui le rapporte à César.
Une autre opinion qui étend la puissance de
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ftourenir de ce nionumeat a surgi en opposilîon avec les trois premières. Diaprés Cette opinion , Tare de triomphe d^Orange , au lieu de se borner h retracer quelques exploits d'un seul homme , aurait été consacré à consen^er la mémoire de toutes les yictoires que les Romains remportèrent dans la province où il fut érig%'^. Cette supposition admise, un arc de triomphe n'aurait paa toujours eu pour but de flatter Torgueil d'un général , mais une haute destination politique lui aurait été réservée. Ëtalant au vainqueur l'image aggrandie de brillans faits d'armes , il offrait aux vaincus le souvenir des malheureux efforts tentés pour soutenir une indépendance qui s'était brisée contre le bouclier de Rome et le mur d'airain de sa légion. Alors le savant explique tout dans cette multiplicité de figures qui couvrent le monument : chaque victoire y est enchâssée dans un médaillon , chaque bataille navale gagnée y a suspendu son vœu nautique.
Le souvenir du combat que Sexiius livra aux Salyens , à l'endroit même où Aix s'éleva , plane au milieu de ces captifs que la façade orientale nous montre enchaînés ; des trophées , que surmonte la figure d'un sanglier , les dominent ; au bout d'une lance se déploie le labarum orné de franges.
Des gladiateurs dessinent leurs attitudes musculaires sur la frise où éclate une tête ceinte d'une
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auréole , que décorent deux cornes d^abondance ; deux sirènes y font circuler leurs queues ëcaillées. Ces divers emblèmes semblent se rapporter il la victoire de C. Sextius : les Saliens captifs furent par son ordre conduits au marché. Dans ces combats que les gladiateurs se livrent , dans ces images de fécondité retracées par la corne d'abondance , dans cette figure d'Apollon attentive au chant des Sirènes , Rome a voulu représenter les feux et les arts qui consolaient les nations vaincues. Sur la face occidentale, on a multiplié les trophées cl les captifs ; une pierre s'en détacha, il y a longtems; sur cette pierre se lisait : Teu/oùoc/ius ; c'était le nom du roi Teuton , tombé au pouvoir de Marins. C'est donc ici la page triomphale du vainqueur des Ambrons , qui continue , plus significative encore sur la façade méridionale : les figures et les ornemens y sont prodigués, des épées et des boucliers y sont amoncelés; sur un de ces boucliers , le nom de Marlus se lisait autrefois ; des gladiateurs combattent encore sur la frise ; des navires , des mâts , des rames , un trident , des ancres , des cordages sont sculptés sur les extrémités du tympan , tous ces ornemens sont dominés par le buste d'une femme qui appuyé sa main gauche sur le visage, et étend la main droite; une draperie légère la couvre , elle vient flotter au-dessus de sa tête ; près d'elle un guerrier couvert d'armures presse un cheval : au milieu de
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la façade éclate Timage d^une bataille, des che-* vaux s^agitent au sein de Tardente mêlëe, des lances , des ép(fes s*y entrechoquent , des soldats morts ou mourans , des coursiers renverses couvrent le sol.
Cest là la seconde bataille de Marins ; la cavaleric de Marcellus la décida ; aussi , Tare triomphal élale-t41 des combattans à cheval! Auprès de Marius se dessine la tête de cette prophétesse qui le suivait à la guerre. On pourrait ajouter que les emblèmes nautiques se rapportent aux gigantesques travaux ordonnés par ce grand homme pour rendre le Rhône navigable ; le vieux fleuve y semble peint sous les traits d^un Dieu , qui , portant une longue barbe , se montre sous ces instrumens maritimes; peut-être aussi a-t-on voulu fixer par là le souvenir de la victoire navale que Brutus remporta sur les vaisseaux marseillais.
La façade septentrionale reproduit presque les mêmes figures et les mêmes ornemens que Tautre; cependant la scène n^est animée ni par des gladiateurs , ni par des combattans : des trophées , des débris de vaisseaux y sont am.oncelés; on voit audessus du tympan le tableau d'un combat à pied et à cheval ; à côté une patère et un bâton augurai , images des sacrifices qui suivaient le gain d'une bataille.
Ce serait ici le témoignage de la victoire de Bomitius .ffiiobarbus, et de celle qu'obtint César
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SUT les flottes réunies des Marseillais et de Pompée. Ce monument où les premiers combats des Romains dans la Gaule se trouvaient retracés , était donc , pour ainsi dire , une imposante prise de possesion d'un pays. Une mesquine colonne , comme le font les peuples modernes , n'aurait pas sufB à Forgueil de Rome pour attester sa domination nouvelle ; elle Fannonçait avec une pompe architecturale digne d'elle et de ses miraculeuses destinées.
Carpentras conserve encore un autre reste de la magnificence romaine. Un arc de triomphe y fut érigé , et il a , comme celui d'Orange , donné lieu à une foule de conjectures soutenues par les uns et attaquées par les autres. La position du lieu et les figures qu'on y a tracées, semblent prouver cependant qa'il fut construit en mémoire de la victoire que Cn. Domitius Mnobarbus remporta sur les Allobroges et les Arvemes, réunis près du confluent de la Sorgue et du, Rhône, à deux lieues et demie de la ville de Carpentras.
A chacun des angles du monument est attachée une grande colonne cannelée , élevée sur un piédestal. Des arcades aux jambages cannelés et rudentés percent les quatre faces de l'édifice. Un tronc d'arbre saille sur la face orientale, entre les colonnes ; sa sommité soutient iin grand tro* phée , auquel sont appendus des boucliers char* gés de quelques armures ; h sa base circulent des javelots et des dards liés en faisceaux.
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La vicloire de C" Doniitius jSEnobarbus sur les Allobroges et les Arvernes fut un coup décisif pour les Romains : ils ne sVtaient encore mesures qu^avec les Saliens et les Liguriens; les ArTernes» dont la renommée exaltait le courage comme su^ périeur à celui des autres nations gauloises , n*a-> yaient pas encore paru sur les champs de bataille ; aussi leur défaite fut-elle accueillie avec une joie extrême par les soldats des légions ; dans Ti- Tresse du succès , ils érigèrent sur le champ de bataille des tours de pierre , que surmontaient des trophées d^armes. Plus tard on voulut perpétuer le souvenir d'un combat si mémorable , en cons* truisant un arc triomphal à Carpenloracie. Au reste, des figures gauloises se font reconnaître sur ce monument : le casque rond qui décore le faîte du tronc d'arbre , et d'oii sortent de longs che^ veux , rapelle la nation vaincue ^ chez laquelle se. trouvait Tusage d'une chevelure flottante. La saie ^ vêtement gaulois ^ revêt les deux captifs , qui s'appuyent au trophée ; le bandeau , emblème de la royauté, indique peut-être que l'un représente Bituit , roi des Arvernes , envoyé à Rome chargé de chaînes , et l'autre , son fils Cogentiac , reservd au même sort. Une attache , dont les bouts pendent au-dessus des boucliers , lie un faisceau de javelots ou de dards ; le haut du tronc d'arbre sVlève à travers une cotte d'armes sur le devant de laquelle vient se nouer une espèce
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de manteau ; un casque rond qui laisse «échapper de longs cheveux , termine le faîte de Tarbre. Sous cet amas de javelots et de dards , et à chaque côté du trophée « on a sculpté deux figures d^hommes debout , dont les mains sont liëes derrière le dos ; un manteau qui s^arréte au-dessus du genou 9 et se noue sur les ëpaules , les recouvre ; leur barbe est courte ; la figure qui est à la droite a les cheveux longs et voltigeants , un bandeau lui ceint la tête. Un savant académicien crut que cet arc de triomphe rappelait la victoire que Seplime Sévère remporta sur Tarmée d'Albium , dans la plaine qui sVtend depuis Trévoux jusqu^à Lyon.
Ce système , vivement combattu par Papon , îie peut s^admettre. Pourquoi Carpenioracle aurait-elle voulu oiTrir cet hommage d'admiration à un général romain , pour une bataille gagnée à plus de quarante lieues ? D'autres villes plus im^^ portantes et plus riches devaient plutôt se réserver l'avantage d'ériger à grands frais un arc de triomphe, et l'enlever ainsi à une cité obscure à laquelle importait bien peu la gloire de Septime Sévère.
Cavaillon a aussi son arc de triomphe : c'est une seule arcade avec deux pilastres , dont les chapiteaux sont ornés de feuilles d'acanthe ; une victoire ailée , qui tient dans ses mains une palme et une couronne , s'élève sur les cintres de l'arc. En l'honneur do qui ce monument fut-il érigé? Un savant a répondu que les habitans de Ca-
vaillon , jaloux de perpétuer le souvenir de trois yictoires remportées par Constantin , lui décernèrent cet arc triomphal, destiné à en conserver la mémoire ; mais il semble , avec raison « que ce nVlait point dans Tenceinte d'une ville petite et ignorée qu'un pareil monument , avec une destination semblable , devait se trouver ; il j avait dans les Gaules une cité de prédilection pour le vainqueur de Maxence : Arles , que Constantin gratifia de son nom « dont il admirait la position magnifique « se serait-elle laissé ravir rhonneur d'ériger cet arc de triomphe par une cité presque inconnue ?
Pompée gagna une bataille non loin de Fas/o , Vaison ; les Marseillais reçurent de lui les deux bords de ce fleuve. On a pensé que Marseille , à laquelle Cavaillon appartenait, éleva cet arc de triomphe pour consacrer ces combats et cette donation. A la vérité , les Grecs ne connaissaient pas cette manière monumentale d'éterniser un souvenir de victoire ; mais Marseille , malgré ses coutumes et son origine ioniennes, n'avait-elle pas pu , imitatrice cette fois de Rome , adopter dans sa reconnaissance un de ses plus remarquables usages. L'opinion la plus vraisemblable est celle qui , sans chercher à inscrire un nom fameux sur le frontispice de cet arc , en attribue l'érection à une émulation louable. Orange , Carpen- Iras étalaient complaisamment leurs monumens :
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Cavaillou voulut aussi avoir le sien : deux voyageurs modernes ont essaye de combattre ces diverses hypothèses. Diaprés leur système , Tantiqnite romaine n^aurait pas à réclamer celte arcade; c^est, ont-ils dit, le portail d'une église incendiée , que Ton a cherche à transformer en arc de triomphe ; dans cette victoire ailëe , ils ont vu un ange balançant dans ses mains les insignes du martyre chrétien.
Voilà sur quelles bases incertaines on est forcé d'asseoir les inductions historiques! Quelques pierres placées en ordre s'élèvent devant vous ; le ciseau y a souvent sculpté des chefs-d'œpvre de grâce et d'obscurité , les savans s'en emparent , chacun bâtit son système et crée son hypothèse ; tous veulent lire sur ces pages écrites en caractères inconnus ^ et le monument ne sort que plus inexplicable de ce flot d'interprétations h l'aide desquelles on a prétendu dissiper les nuages dont se couvre son origine. Un peuple sage multipliait autour de ses obélisques , de ses temples , de ses places publiques , des sphynx aux regards gravement moqueurs ; n'avait-il pas voulu d^avance condamner, par cette image mystérieuse, les futiles recherches dont les monstrueux colosses de pierre s'étaient réservé le secret.
Le tems a singulièrement endommagé l'arc de triomphe de St.-Rémy ; une seule arcade est encore debout ; mais quelle délicatesse et quel fini
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dans les ornemens et les figures qui la décorent ! L*ordre corynthien qui semble rapporter ce reste précieux d^antiquité au siècle d'Auguste , y éclate dans toute sa grâce. Parcourez ses pilastres » vous y admirerez des feuillages d^un travail exquis ; dans les voussoirs de Tare sont sculptées , en bas-relief, deux victoires ailées, avec une palme à la main. Des fleurs , des guirlandes , des fes-* Ions élégans sont prodigués sur le bandeau de cet arc , qui sV'Iève entre deux colonnes cannelées , privées de leurs chapiteaux. Au milieu des colonnes, à fleur de mur, sur des pierres saillaii* tes , sont placées quatre figures d'hommes de plein-relief ; une tunique couvre la première de ces statues , dont la tête a disparu ; une saie est le seul vêtement de la seconde. Des deux dernières, également enveloppées d'une longue robe, l'une est aussi sans tête ; l'autre a la sienne cou* verte d'une espèce de bonnet rond , d'où sortent quelques cheveux.
Un jeune Romain , fils de Livie et beau-fils d'Auguste , après s'être signalé contre les Germains , obtenu l'ovation , repassa de nouveau le Rhin , pour combattre des peuples dont il triompha naguères ; déjà de sa main victorieuse il avait placé un trophée sur le bord de l'Elbe ; Rome s'apprêtait à applaudir à ses rapides succès, lorsqu'une chute de cheval le ravit à ses soldats •et à l'empire ; il se nommait Nero Claudius Dru^
sus; le beau nom de Germanicus passa à sa postëritë. Les légions le pleurèrent ; des courses annuelles furent ordonnées autour de son cénotaphe : les irilles des Gaules participèrent à ces funèbres honneurs, et Auguste prononça dans le cirque son éloge , interrompu par les larmes des Romains.
L'arc de triomphe de S*-Rémy fut aussi , diton , un hommage offert à la mémoire de ce jeune et malheureux capitaine.
Sur quelles conjectures cette opinion s'appuyct-elle ? Près de S*-Rémy , sur le penchant d'un coteau , et dans une plaine qui se prolonge à s^& pieds , des fouilles ont fait découvrir une quantité considérable d'antiquités. Le sol lui-même a conservé des fragmens de murs et de débris romains , qui semblent attester qu'autrefois une ville occupa ces lieux ; cette ville était Glanum Lim\ la conformité de position qui existe entre cet emplacement et celui de Glum , marqué sur la table de Peuiinger , est une nouvelle et convaincante preuve du lieu que cette cité avait couvert de ses édifices , maintenant anéantis ou ruinés. Un proconsul , M, Lmus Drusus , pour se conformer aux vues d'Auguste , qui aimait h créer des colonies dans les Gaules , agrandit , sans doute » et embellit Glanum , qui porta son nom. Ce Marcus Livius Drusus était parent de Nero Clau^ dius Drusus , dont la mort racontée plus haut ,
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excita , comme nous Tavoas dit , d^uaiversets regrets. Les habitans de Glanum , au milieu du deuil geaëral, pensèrent quUls ne devaient pas se borner à des preuves passagères d^une admiration m(fritée ; ils voulurent graver leur douleur sur la pierre , et ériger à un parent du bienfaiteur de leur ville un monument oii le souvenir des conquêtes germapiques fut retracé en caractères immortelsr Aussi, voit-on sur cet arc des statues vêtues avec le costume que Tacite donne aux Germains ; elles représentaient les captifs que Drusus avait enchaînés à son char de triomphe.
Tels sont les monumens qui , se rattachant à la gloire de Rome , attestent , encore de nos jours 9 ses premières conquêtes ' dans la Gaule. Avant d'esquisser rapidement la physionomie antique des cités dont Torigine se lie avec les premiers cvénemens de notre histoire , j'ai pensé que je pouvais clore la longue indication des peuplades vaincues et soumises par Rome , par ces arcs de triomphe qui devinrent leurs fourches caudines. Maintenant il me reste à décrire les villes d'origine gauloise , grecque et romaine , où nous pourrons retrouver d'autres restes d'une antiquité respectable. Plusieurs cités de Provence se plaisent à cacher leur berceau dans ces tems lointains qui virent les émigrations gauloises. Elles prétendent , sous le rapport de l'ancienneté , n'avoir rien à envier à ces villes dont l'histoire a inscrit les noms aux premières pages de s^& livres.
Mais SOUS quel aspect se présentent-elles h, nos regards, quand la hache du barbare en façonna les premiers poteaux ! De misérables huttes , dispersées sans ordre , recouvertes d'une paille détrempée , branlant au souille des tempêtes , et ne recevant le jour que par dVtroites ouvertures , s'appuyaient au carrefour d'une forêt , ou s'élevaient sur un sol disputé par les eaux capricieuses d'un fleuve, ou couvert des vapeurs pestilentielles des marais voisins^ Des murs déjà décrits cci*** gnaient cette cîtébarbare et la 'protégeaient contre les lances ennemies. Le Gaulois coupait quatre pieux , les plaçait à égale distance , en forme quarrée , ou le plus souvent circulaire , en remplissait les intervalles avec une terre gazon née et boueuse , les recouvrait d^une toiture de paille ou de branchages , clouait sur la porte , par décoration , quand une bonne fortune de bataille le permettait, quelques têtes bien hideuses , bien décharnées, et s^endormait ou s'enivrait sous cette cabane , un peu phis commode que la tanière de la bête sauvage. C'est sous un aspect semblable qu'il faut se figurer Albece , ville gauloise , voisine du Keu oii la colonie de Reis Apollinaris fut plus tard bâtie. Aliece était la capitale des jilii" ciens; son nom se conserve dans celui du village à^Albiose , situé à deux Keues au sud-ouest de Riez , près du Verdon ; mais on y chercherait vainement des ruines liguriennes. Les Barbares
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ne songent pas à la posterilé , quand ils bâtissent; aussi les traces de leurs ëdiBces sont-elles vite eflTacées du sol.
Je me retrouve encore dans cette voie de con* jectures , où Ton ne peut marcher qu^à pas in-certains ; je m'appuyerai surtout sur les ëtymologies pour Torigine des cités que je divise en trois classes : les cités gauloises , grecques et romaines.
Quand les Romains établirent des colonies en Provence « ils s^attachèrent'à les fixer dans des lieux où déjà des cités gauloises sVtaient élevées ; mais bientôt Taspect sauvage disparut sous les édifices et les monumens durables que les conquérans édifièrent ; quelquefois ils conservèrent le nom de ces villes, et se contentèrent de leur'donner une désinence latine ; d^autrefois , ils les firent totalement disparaître ; c^est ce qui arriva à Fréjus , que Ton s^accorde à recounaitre comme une cité des Suelleri. Lorsque les Romains occupèrent ce pays , ils durent y trouver une ville à l'endroit même où ils placèrent leur colonie ; Tavantage d'une position pareille avait firappé sans doute les Barbares , et César ne fit qu'y ajouter des maisons et commencer le port qu'Auguste acheva. Cet empereur y envoya une colonie des soldats de la huitième légion ; son projet était d'en faire une ville importante. Aussi Pline la nomme-t-il Octaçanorum Colonia ; Tacite l'appelle illustre et ancienne , Veierem et illustrent Fori Jalii coloniam.
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Une inscription rapportée par Bouche et par Papon t nous apprend que les habitans de Frëjus avaient choisi pour leur protecteur auprès de Tempereur , un certain E. Salonius , de la tribu de VàlUnia , un des juges divises en cinq decurics , ex V decuriis ; chevalier , equo publico ; prêtre de Pan , luperco ; un des quatre pontifes préposés à la garde du trésor , iv çiro ab arario poniifici\ un des flamines choisis pour assister à la célébration des fêtes établies par la Narbonnaise en Thonneur d^Âuguste , fiamini proçinciœ Narbonensis ; enfin tribun des soldats de la huitième 9 qui portait le nom d^Âuguste : Trsbuno miliàim , leg. y m Aug. On voit par cette inscription que ce Q. Salonius était un grand personnage, et que , pendant sa vie , il dut se complaire dans cette belle énumération de titres : sans le hazard heureux pour lui qui a fait découvrir une inscription long-tems oubliée, qui maintenant saurait que toutes ces dignités furent accumulées sur la tète de cet homme par la reconnaissance d'une ville ?
. Auguste après avoir fait creuser le port de Fré- )us , voulut amener à cette cité les eaux de Siagne, sur un long rang d'arcades. Un aqueduc superbe de sept lieues , fut un des plus beaux monumen s de cette ville , le tems Fa fait presqu'entièrement disparaître ; quelques arcs mutilés ont seuls sur^ vécu à un de ces ouvrages on se manifestaient à la
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fois la prévoyance et la grandeur de Kome. Ce qui peut donner une idée de l'imposant aspect de cet aqueduc , c'est que les pilastres qui subsistent encore, sont en certains endroits éloignés de quarante-trois pieds l'un de l'autre.
Fréjus n'eut bientôt plus rien à envier aux cités italiennes : un théâtre et un amphithéâtre , ima* ges raccourcies mais élégantes du cotisée romain, la décorèrent; un palais antique, auquel on donne encore , de nos jours , le nom de Panthéon , étala ses colonnades , ses salles et ses galeries de marbre au sein de la colonie aimée d'Auguste ; maintenant les restes de ce palais se font encore admirer à cinq cents pas de la ville ; l'épaisseur de ses murs est ccmsidérable ; les fenêtres s'élargissent en dedans et se rétrécissent en dehors , de grands arcs aux cintres miijestueux en soutiennent les voûtes ; dans les murs sont creusées des niches , où sans doute des idoles avaient été placées. Des ruines attestent aussi l'existence des thermes de Fréjus. Ces thermes ont du avoir trente-une toises de long , sur qiSnze de large. Un espace avait été ménagé entre ces bains et un mur qui s'élevait au nord , c'était dans cet endix>it que la jeunesse s'adonnait aux exercices gymnastiques.
Une grande quantité de pierres volcanisées se mêlent à ces débris ; sans doute quelque volcan a dii , a une époque bien reculée , noircir de ses laves et de ses feux les lieux voisins de Fréjus.
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Le port de cette ville recevait la flotte qu'Auguste chargea de protéger le commerce et les côtes de la Provence. Cet exemple fut imite par ses prédëcesseurs. Dans la suite la flotte romaine cessa de stationner dans ce port ; Fréjus , au milieu des troubles qui déchiraient l'empire , fut abandonné; les trirèmes d^Ostiâ oublièrent le chemin qui conduisait à la colonie d'Auguste. Le port a disparu, les attcrrissemens de la rivière d'Argens ont reculé les limites de la terre , et la mer a baigné uo nouveau rivage à plus d'une demi lieue de ce port, qui était encore fréquenté au neuvième siècle. Un siècle avant, Fréjus s'élevait encore au milieu de ses édifices antiques ; les grandes lignes de Tarchitecture romaine se dessinaient à son horizon ; mais alors la mer se couvrit de ces bàtimens de guerre que les pirates conduisaient à tous les points de la Méditerranée ; ils vinrent au port de Fréjus ; la cité fut ruinée , les monumens détruits , et les ouvrages où le génie de Rome s'était conservé si long-tcms , disparurent.
Dans le pays des Salyes se trouvait cette cité de Glanum , dont nous avons déjà parlé , après avoir décrit le monument de triomphe que S^- Rémy conserve. Tout atteste que Glanum , d'origine gauloise , portait ce nom avant que la conquête romaine y fut parvenue. Le mot Lhii , qu'on y ajouta, indique seulement les accroissemens
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dont elle fut redevable à uo personnage de la famille de M, Lwius, Une inscription trouvée en cet endroit , est ainsi conçue :
MEMORIJS jETERNjE
EBVn. AGATHON. VI RO. AVG. CORP. TER
AREL. CVRAT. EIVSDEM. CORP. BIS.
ITEM. SEVIRO. COL. JVL. APTAE
NAVITAE ARARICO. CVR ATORI. PECVLI. R. P. GLANICO
QVI. VIXÏT AN NOS LXXIV AEBVTA. ETYCHIA PATRONO. ERGA. SE PIENTISSIMO.
Cette inscription garde donc le souvenir d*un Ebulius-Âgathon , qui cumulait divers emplois , et dont la présence était réclamée dans diverses villes par la multiplicité de sts fonctions ; il était à Arles preire-^ugustai pour la troisième fois, et curateur du collège des prêtres de la famille impériale ; à Âpt, il exerçait la charge de sévir \ on le comptait donc dans cetteîcolonie pour un des six premiers magistrats de la ville ; ces emplois imporlans ne le détournaient pas du commerce; car il avait , diaprés Tinscription , des bateaux sur la Saône , nai?itœ ararico, A Glanum , il administrait les deniers publics.
Cette cité de Glanum , dont j^ai indiqué déjà la position à un mille sud-sud-est de S*-Rémy , fut détruite à une époque inconnue. Il est probable que cette dévastation eut lieu Tan 4<^8; alors les Vandales répandus dans la Provence promenèrent Fincendie dans une foule de bourgs de
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cette contrée. Les habitans qui échappèrent au massacre , retournèrent ensuite au lieu qui avait vu fleurir leur ville détruite; une nouvelle cité sVleva non loin des ruines de Tancienne ; .elle prit le nom de S^-Rémy , parce que Tun de ses habitans « nommé Benoît , donna , Tan 5o4 , ses biens à S' Rémy , qui avait guéri de cécité sa fille.
Déjà Tare de triomphe de S*-Rémy a ét^ décrit ; d^autres monumens témoignent de Texistence de Ja ville gauloise dont les débris n'ont pas encore totalement disparu. On voit en ces lieux un tombeau; quelques-unes de ses parties ayant beaucoup soufTert de Faction du tems , montrent de notables dégradations ; c'est un monument admirable par la beauté de Tarchitecture et Télégance des ornemens. Qu'on se représente un édifice bâti de grosses pierres de taille , s'élevant à huit toises trois pieds de hauteur. Les figures qui se dessinent en relief, sur la face occidentale , n'offrent plus que des traits à demi effacés ; Bouche crut y distinguer une jeune femme renversée par un cheval furieux , et qu'entouraient des spectateurs , dont les uns donnaient des signes d'inquiétude , et les autres s'empressaient autour d'elle pour l'aider à se relever. Il paraît plutôt que c'était l'image d'une bataille , que l'œil apercevait sur ces larges pierres , avant que les années, ou d'autres causes, les eussent endommagées. Des combats devaient
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également figurer sur les trois autres faces. Un portique ouvert par quatre arcades , aux angles ornés de pilastres cannelés, d'ordre corinthien» domine ce piédestal ; Tinscriplion suivante :
SEX. L. M. JULIEI. C. F.
PARENTIBUS SUEIS.
. demeure encore profondément gravée , et en caractères bien conservés , sur rarchitravc de Tarcade occidentale. Elle semble révéler la destination de ce monument , et en faire honneur à la piété filiale. Voici comment le savant Barthélémy rinlerprêle : Sexius Luclus Marcus JulUîCaii fila parent ibus suis ; Sexius , Lucius , Marcus , tous trois fils de Caius Julius , à leurs parens. Nous serions donc là en présence d'un magnifique mausolée , où les cendres de deux époux furent renfermées par leurs fils. M. Ménard , rapportant Tépoque de la construction de ce tombeau à celle où fut édifié Tare de triomphe de Glanum Ijçii ^ incline à croire que la famille Julia éleva ce mausolée en l'honneur d'un C Julius , qui s'était signalé dans les expéditions de Drusus.
D'autres ornemens décorent ce tombeau : sur la frise , des bas-reliefs représentent des tritons et des chevaux marins. Un dôme , image d'une coupe renversée , couvre tout l'édifice ; des colonnes isolées , cannelées et d'ordre corinthien , soutiennent l'élégante coupole ; deux grandes figures vêtues à la romaine se dressent au milieu de ce dôme.
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Une statue, dans laquelle se révèle la grâce înimliable du ciseau des anciens , fut trouvée au même endroit. Elle représente une jeune femme , belle et pudique ; sur sa tunique , qu^une ceinture paraissait retenir « descendait une longue robe , qui arrivait aux talons ; une inexprimable élégance ondulait dans les plis de cette robe qui trahissait de beaux contours ; . une patère chargeait la main droite de la statue , les doigts de la gauche se fermaient sur quelques épis de blé et une fleur de pavot. La décente nudité des pieds ne disparaissait sous aucune chaussure. On crut voir dans cette statue Timage de la divinité connue sons le nom de foi publique, fides publica.
Arles est la plus noble des villes de la Gaule ; son nom celtique atteste son ancienneté. Constantin frappé de son admirable position , voulait la rendre la capitale du monde ; à cette époque sa vaste enceinte renfermait une immense population , qui circulait dans ses marchés , courait à ses cirques , remplissait sts théâtres et ses temples. Un autre empereur fit son bel éloge dans une lettre qui nous est restée ; aucune ville des Gaules ne lui paraît plus digne qu'elle de rassembler les députés de cette contrée ; la beauté de son ciel , la fécondité puissante de son sol , ce fleuve qui grondait entre ses palais de marbrç , ces chefs-d^œuvre d^art dont ses bords étaient couronnés , sa grande étendue , l'écrivain impé-
rial n'oublie rien dans la pompeuse énumeraûon des titres qui rendaient Arles , chère à Tempire el à ses maîtres. Tant de grandeur a disparu , Penceinte de la reine des Gaules rëtrëcie de jour en )our, n'embrasse plus de son vaste contour left deux rives du fleuve ; Arles antique ne se retrouve plus que dans d'imposantes ruines. Que d'ëcrnvains anciens ont rappelé son souvenir ; son nom est inscrit dans une foule de livres que rantiquité nous a légués. L'opinion des géographes va* rie sur l'étymologie de ce nom; ceux qui ont cherché à lui assigner une origine grecque , ont trouvé en le décomposant, peuple de Mars^ dénomination qui attesterait l'humeur guerrière de ses premiers habitans ; d'autres , voulant faire honneur à la langue latine de la création de ce même nom, l'ont traduit par area lata , ierrein spacieux , interprétation qu'aurait justifiée la vaste circonférence qu'embrassent les champs voisins de cette ville.
Mais toutes ces opinions , et celle surtout qui voit dans Arles l'indication d'un lorge auéel ^ ab ard laid , où les Gaulois immolaient des victimes humaines , ne peuvent se soutenir qu'à l'aide d'interprétations forcées et de bizarres étymologies ; la seule qui doive être admise , est celle qui dérivant du celtique , s'appuye sur la position de cette ville que les Gaulois appelèrent cité twsine des marais ^ parcequ'elle fut bâtie auprès
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de ces eaux que le Rhône épand dans les plaines '.
Honorius et Théodose s^expriment ainsi dans la leltre qu4Is écrivirent à Agricola , préfet des Gaules , au sujet d'Arles :
Tania esi loci opportunilas^ tanta est copia commer" ciorum , tanta iltic frequentia commeantium , utquid^ quid usqùam nascitur , illic commodiùs distrahatur. Neque enim ulla proçinciafructâs sui facultate lœta^ tur ^ ut non nîsi hœc propria Arelatensis soli cre-datur esse Jecunditas. Quidquid enim disses oriens , quidquid odoratus Arabs , quidquid delicalus Assy-rius , quod Africa fertilis , quod speciosa Hispania , quod fecunda Gallia poiest habere praclarum , ità illi exhibetur affafim ^ quasi ibi nascantur omnia quœ ubiquè constat esse magnifica , etc. (Quidquid habei terra prœcipuum ad hanc vel havi , çel çebiculo , terra , mari , Jlumine dcjertur , quidquid singulis nascitur *, £n faut-il davantage que ces lignes pour
1 . Sans cloute on trouTcra dans mes descriptions de villes et de monnmens ^ des omissions nombreuses ; mon plan ne m'ayant pas paru comporter de plus amples dëveloppemcns au sujet des anti" quitët gauloises , grecques ou romaines , je me suis réserve de don-> ner place aux plus minutieux détails descriptifs dans un ouvraga qne |e publierai après cette histoire , sous le titre de Voyage piUo" resque en Pnh^nce.
a. Vita Imp. Honora et Theod.; lib. il, 5 3. — Comme plusieurs faotcs typographiques s'étaient glissées dans ma première livraison , et principalement dans le texte latin , J'ai prié mon ami M« Andouard | président de la Soàké He Statitliifue de Marseille , de vouloir bien se charger du pénible travail de la révision des épreuves. On peut compter sur le zèle de ce grammairien éclairé pour être sur qa'un pareil travail sera fait avec soin et conscience.
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prouver à quel haut dégre de magnificence et dV'clat Arles était parvenue. Toute sa splendeur passée vous apparaît quand tous parcourez ce témoignage de son antique opulence. Aussi , sur la foi des maîtres de Tempire nous voyons dans cette ville Tentrepôt des richesses du monde : la mer , le fleuve lui apportaient les tributs des nations qu^elle étalait dans ses somptueux marchés ; on eut dit , à la quantité des objets qui lui arrivaient des extrémités de la terre , que Tin comparable fécondité de son sol les avait tous produits. Tout ce que le riche Orient , TArabie odorante, la molle Syrie, la fertile Afrique, la belle Espagne, la féconde Gaule recueillait dans ses campagnes , Arles le prodiguait aux caprices du Sybarire , aux besoins de Fhomme heureux.
Son commerce embrassait le monde , et dans son enceinte tant de richesses abondaient , qn^en parcourant ses places , ses quais , on voyait partout empreinte l'image d'une opulence sans rivale alors dans les Gaules. Cette Tyr des contrées du nord convoquait tous les peuples à ses fêtes et à ses travaux ; des vaisseaux nombreux et pressés sillonaient les eaux de son large fleuve ; les mille routes qui conduisaient à ses murs, retentissaient du bruit des chars. La Gaule ravie admirait tant de grandeur et de magnificence.
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Les historiens d'Arles ont consigne , presque tous , des fables dans le début de leurs livres ; on a quelque honte à rappeler ces erreurs graves , auxquelles des ressemblances fortuites de noms prêtent un frêle appui. Ainsi , ouvrant une vaste carrière à des suppositions ridicules , on s'est plu à reculer dans la nuit des siècles Vonpne de cette ville ; les livres saints ont ête' d'abord feuilletës ; on y a trouvé avec surprise le nom d'un jérulus , fils de Gad ; c'est là , s'estr on ëcrié , le fondateur d'Arles ; cet Arabe îaconnu fit voile , a-t-on dit^ vers nos mers septentrionales , et bâtit , sur les bords du Rhône , une cite. Cette fable hébraïque a été rejetée , et c'est dans les traditions homériques qu'on a ' voulu découvrir ensuite la fondation d'Arles. Priam eut , assure-t-on , un neveu nommé aussi Arulus ; c'est lui qui vint aux rives de la Gaule édifier des remparts , dans lesquels il se plaisait à voir une image affaiblie de sa première patrie. Le champ illimité des conjectures a toujours été intrépidement parcouru par les savans ; on me saura gré de ne point m'égarer sur leurs traces hasardées.
Dans d'autres récits , Arles nous est montrée comme ayant existé avant Marseille ; on en fait la demeure du roi qui accueillit si bien la colonie phocéenne ; quelques écrivains logent ce roi . dans le voisinage de Riez ^ dépouillant ainsi Arles de sa vénérable antiquité. Quelle opinion adop-