‹ Histoire de Provence (volume 2)Chapitre 72 sur 112 · M» Calvet U croit U ménç qii« la décaw Fortune · texte numérisé non relu

M» Calvet U croit U ménç qii« la décaw Fortune

!l8o- HISTOIRE

seîile. Aiasi , sous les créations du génie ionien ,' le sol de la Celto-Ligurie se dépouillait peu-^à* peu de sa première âpreté. DVlégantes tilles succédaient à des enceintes sans art , qui renfermaient de chétives demeures. Peu-à-^peu la cinlisation poussa ses reconnaissances dans la terre ennemie ; on eut dit que porté par un génie bienfaisant , un souflle de la Grèce , traversant la Iner, était venu animer un sol qui continuait éous nn autre ciel , près de fleuves inconnus , au sein de longues forêts , les merveilles des arts et les progrès des lumières.

Une trirème dut sortir un jour du port où Corinthe se mirait , resplendissante à voir ; un vent propice eji arrondissait la voile; glissant avec grâce sur Fétincelante courbure des flots, elle suspendit un instant sa marche , pour écouter les concerts de Syracuse. Là , dans cette Sicile , esquisse charmante de la nature , où les feux des volcans dorment sous des fleurs , où des vallons essayent de désarmer TElna géant armé de foudres , en lui offrant le sourire et le parfum des roses , elle vit de voluptueuses danses , des chars dans la poudre des lices , des prêtres couronnés de myrthes, de belles esclaves aux seins nu». Puis ritalie lui apparut ; Tltalie , où Troyes renaquit dans Âlbe ; Lacédémone , dans Tarente ; Gnosse , dans Salente ; la Grèce , dans une autre Grèce. La houlette patriarchale du bon

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Évandre avait fait place aux faisceaux consulaires , el des bruits ardens de lointaine» conquêtes et de renommée colossale , grondaient dans Rome aux sept collines.

* Mais à ces lieux expirait la civilisation : les jeunes Corinthiens embarques sur Tagîle trirème; avaient recueilli des récits étranges. On leur dit tm jour que derrière ces Alpes , couronne et boulevard deTItalic, frémissaient des hordes sauvages; et ces Alpes leur apparaissaient maintenant dans on msqestueux lointain. Aux pieds de ces ihonts résonnaient d'un côté des chants adoucis par les arts , et de Pautre , des voix barbares ; ici des villes embellies par le génie de Thomme , là , des huttes suspendues au front des coteaux « ou cachées dans les bais; ici, des manteaux et des toges sur des épaules parfumées ; \h , des peaux de bêtes pour vélemens , ou des nudités tatouées. Le pi-* lotc allait sVloigner de ces rives inhospitalières ». où dans la voix de la tempête irritée éclataien i {adis des accens de joie sauvage. Mais un spectacle surprenant a frappé ses regards : il est en présence de cette terre où Marseille presse de ses remparts le sol de la Gaule. Cest plus loin qu'il doit placer la sombre image d'une barbarie fuyant devant la Grèce en emportant dans ses bras ses farouches divinités. Déjà elle a abandonné un coin de son empire ; depuis les Alpes jusqu'aux Pyrénées, sur cette large étendue

de cdles que de beaux fleuves aiment , que de beaux soleils caressent, Corînthe aux deux mers , Athènes fière de son parihënon , Pise, de ses jeux, y retrouvent une autre Corinlhe, une autre Athé^ nés, une autre Pisc. Tems heureux , et qui vont re-* naître de nos jours; la Méditerranée à cette époque n'embrassait phis de sa vague que des terres con* sacrées aux beaux arts , au commerce , aux scienr ces. De PÉgypte grave et instruite, elle relom-^ bait sur cette Asie mineure qui avait des fleuves si calmes comme le Cydnus pour ses villes , des monts si beaux comme le Tmolus pour ses campagnes ; puis elle s^allongeait étincelante autour de la Grèce , qui semblait pendre sur elle avec set mille temples; Tltalie voulait son double murmure; vis-à-vis , elle trouvait des cités savantes aux bords de FAfrique , et arrivait , après avoir répété des colonnades , les milliers de feux allumés le soir dans Alexandrie, des monts chargés de portiques, les carènes de quelque flotte gravement endormie dans un port , aux rives de notre Provence qui avait aussi pour elle des arcades et de kautes tours sur de longs promontoires.

Maintenant le tour des Romains est arrivé ; ils vont aussi édifier leurs cités munidpaliîs et planter leurs colonies sur nos bords. Mais de plus longs développeraens , regardés comme des détails oiseux , ne doivent pas encore venir s^n* terposer entre mon tableau critiqué de la Celt

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Ligorie, tl le» récits historiques déjà trop retardés '. Je l'avoué , )e m^ suis trop complu dans ces discussions d'archéologie si fastidieuses ! Il me semblait » en les traitant , que je fesais un travail semblable à celui d'un homme qui enti* ché de sa noblesse , rassemble avec un soin sera* puleux et un secret orgueil , des titres peu con* nus y des parchemins oubliés, oiison œil lit com* plaisamment les preuves d'une belle origine. Lea villes latines me le pardonneront ; déjà d'antres écrivains plus habiles ont péniblement interrogé leur durée et leurs monumens ; qu'il me suffise d'en transcrire ici les noms , pour compléter cette triple liste où les cités gauloises , grecques et romaines auront comparu tour*à*tour.

Aix, Açuœ sexiiœ colonta doit son origine à une garnison de soldats romains que le consul C. Sextius Calvinus mit dans l'endroit même où il avait défait les Saliens, cent vingt-deux ans avant l'ère vulgaire. Les anciens la nomment Cohnia Ju^ lia aquis ^ Colonia'JuHar-Augnsta-^tluœ Sextiœ. Col, Jul. Aug. aq, pia , Félix , nctrix nunapioriunt. Sidoine Appoll inaire égale son ancienne étendue à celle de Marseille. Les antiquités dont Rome rembelUt ont disparu ; il 7 a deux siècles qu'on pouvait encore admirer les restes de son amphi*

I . r^s lecteurs qui Pauraîcnt , verrout ici que cette histoire a tft« publiée par Unaîioas.

théâtre. En 1780, le palais des comtes fut détruit. Trois tours d^arcbilecture romaine, Fune nommée tour du Trésor , la seconde , tour du Chaperon, la troisième , tour de THorlogc , furent malheu* reusement abattues à cette époque. Un mur de la cathédrale de S^-Sauveùr est regardé comme romain ; une belle corniche le décore.

Les colonnes du baptistère , des bains anti* ques , une salle ronde qui sVtend sous la fontaine de la place aux herbes , un bas-relief de Léda , tels sont les restes que l'antiquité a légués à cette rille. Trois aqueducs de construction ro^ maine , celui de Jouques , celui de Yauvenargues et Paqueduc de S^-Ântonin y amenaient les eaux voisines : mais de tous ces anciens ouvrages , le plus pittoresque est , sans contredit , le mur du Tholonet. On arrive à cette construction ro* ' maine , si imposante , si hardie , par une délicieuse vallée ; un ruisseau qui coule à travere de sombres falaises , dont les bords arides ne sont couverts que de joncs flétris où le vent soupire , s'avance dans un lit de torrent jusqu'à la muraille antique ; là , aux rochers menaçans dont les ri-ves sont pressées , s'attache , suspendu sur un cfirayaut abime , le inur gigantesque déchiré aii milieu par la main du tems ; ses extrémités colossales marient leurs belles proportions avec les masses rocheuses où elles se cramponnent. Estce un aqueduc destiné à porter d'une rive à l'au-

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tre des eaux amenées de plus loin ; ou bien doitoï\ regarder cette muraille comme une puissante barrière consacrée jadis à soutenir les eaux du Talion des Infernets, à la hauteur d'un canal qui les amenait à Aix? Cette double supposi** |ion peut être combattue.

Dans ces lieux empreints de souvenirs , la nature et Fart luttent ensemble ; de ce mur qui plongeant sur Tabime , semble Touvrage des gëants , on reporte ses yeux sur ce vallon où les arbres , les ^aux , les prés confondent leurs murmures , leurs nuances , leur fraîcheur.

A Tretz , un massif central est regardé comme un monument élevé en Thonneur de Marins. Près de la grande Peigière , où Ton a fixé remplacement de Tegulaia ^ se trouvent de grandes pierres regardées comme les débris d'un pont jeté par les Romains sur TArc.

La Basfidâ'^/orie , à une lieue d'Aix, au hameau des Figons , a été peut-être un p/etit temple carré. A quatre lieues de cette dernière ville , à Vernègues , s'élève une belle colonne , sur laquelle s^est prolongé , jusqu'à nos jours , le silence des antiquaires ; elle appartient à un temple , qui n'a été décrit que très récemment '.

A un mille de Pélissane , sur le point de la voie aurélienne , où l'on croit que Pisaçîs avait

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existe , est un fragment de mar romain. Un pont« nommé le pont Flayien , et maintenant S*-Chamas , qui semble un monument triomphal , tant il y a de magnificence dans sa décoration , sVlance sur la Touloubre , ainsi nommée , soit de delubrum , à cause de quelques ruines voisines de S^-Chamas , soit de coluber , couleuvre ^ image du cours tortueux de ses eaux.

En revenant à Torient de la Prorence , nous retrouvons dans Cannes un lieu nommé parles géographes ad horrta , dans le Canet forum Voconci , dans Cabasse , Maiaçonium , lieu qui gardait une inscription faite pour la santé de Tempereur Caligula.

Tourves est peut--étre Tendroit nommé dans ritinéraire d^Antonin , Turris.

Calcaria a été le nom de Calissane ^ Aniea , celui d^Ârapus, et Reis Appollinaris^ celui de Riez. Riez , vilie latine , fut une colonie fondée par Jules César, et augmentée par Auguste.

TheopoUs , cité romaine , située entre des rochers, non loin de Sisteron, et dont rapproche difficile fut applanie par un magistrat revêtu dee plus hautes dignités , a complètement disparu. Je nommerai encore Apt , mise par Pline au nom-' bre des villes latines , et dont la fondation est attribuée à Jules César , qui la décora de son prénom. AenOy Aurons , Maritima Amiicorum ^ que Papon , comme je Tai déjà dît , fixe à un en-

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droit appelé Cap^Œil , el que d^autres savans retrouvant dans des lieux nommés Ciiis et S^- Blaise , entre les étangs de la Yalduc , du Poura , de Citis et de Rassuin.

La Mariiima de Papon serait VAsiromeh des anciens. A ces villes , f ajouterai Briganiium , aujourd'hui Briançon , qui était rangée par lea Romains au nombre des cités du second ordre , Forum Neronis ^ Forcalquier » Salinœ , Castellane.

Tels sont les souvenirs que trois peuples ont laissés sur notre terre. Des empires puissans ont disparu I des langues ont cessé de retentir sur ks places publiques y dans les temples , près des foyers domestiques ; d'autres nations , d'autres idiâmes ont pris leurs places. Je suis loin de me flatter d'avoir tracé une esquisse irréprochable de la géographie ancienne de la Provence ; les savans aiment tous à se contredire et à créer des hypothèses plus ou moins vraisemblables « la tâche de celui qui entreprend de les concilier , est extrêmement difficile.

Si j'avais discuté ces opinions diverses que chaque auteur émet avec une assurance imperturbable y perdu dans des discussions ennuyeu^ ses 9 j'aurais extrêmement allongé mes récits, sans profit pour le lecteur. Quand un écrivain m'enflammant pour un monument grec ou romain à ses yeux , me permettait d'évoquer »

à la vue de quelques. pierres « de beaux souve—

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nirs , un autre , arme de textes et de gloses , désenchantait ces pierre» et leur enlevait tout vernis d^antiquit^. Ainsi , ce buste de Milon nVst dans Millin que le christ flagelle , qu^un pieux ecce homo , et la muraille à laquelle il resta attache si long-tems , est signalée , dans la Statistique , comme un dëbris d*un palais que Charles II fit bâtir à la ville haute pour Tadministralion de la justice. J-^ai proclame Fanciennetë de ces arcades de la Major , que couronne une frise surmontée de deux frontons circulaires , avec deux pilastres d^antes aux extrémités des arcades , et une colonne ciselée. Des savans ont jugé ces ouvrages comme de beaux restes d'architecture phocéenne; plus tard , on les a regardés comme sortant du ciseau d^uo sculpteur florentin , qui dessina au quinzième siècle ces rinceaux mêlés d'oiseaux et de figures d'enfans ; ces écussons chargés de rubans et de couronnes. D'après Pline , j'ai placé à l'embouchure du Rhône Métapine et Blasco ; un géographe moderne a vu la première dans Tile Marseillès , ou Lorento , et l'autre , dans l'île où se trouve la ville des Martigues , dont le quartier central se nomme encore Blescon , ou Brescon^ Je sais qu'un critique judicieux , au milieu de ce conflit de senlimens divers , doit comparer les avis et adopter celui qui lui semble le meilleur ; mais pour moi , j^avoue que la science avec s^% textes et ses discussions , me parait un océan

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OÙ ne brillent que des phares trompeurs. Je pourrais 9 car pour Tacquit de ma conscience d'historien )'ai lu et comparé une foule de livres où ]*ennui respirait à chaque page » je pourrais , dis- ]e , signaler encore dans mes descriptions bien d'autres assertions, vraies aux yeux des uns» fausses , téméraires , ridicules aux yeux des autres ; mais je crois que le parti le plus sage est de se hâter de sortir de ces dissertations fastidieuses , qui sentent le bon tems des Saumaise et des Scaliger. Cette incertitude qui règne dans les faits , ces combats que 4es savans se livrent « ces longues escrimes de mots et de citations « n'annoncent d'ordinaire qu'une malheureuse stérilité d'esprit, déguisée sous une bouffissure d'érudition facile. Ces sortes d'études ont achevé de me prouver que les seuls arts recommandables sont les arts où l'imagination domine , et que l'absence de cette qualité vraiment créatrice ne peut être rachetée par l'étalage d'une science le plus souvent fausse et superbe '.

I. n 7 • , à moa aTÎfl , deux sortes d'éradition : l'une , à la portée de tout te monde , qui consisle A remplir sa tête et à h^ risser aeê écrits de textes , de noms et de faits ; l'antre , Traiment admirable , qui fait des faits une étude philosophi<{ue , reconstruit le passé et saisit la physionomie îndirîduelle de chaque Age. Celle-là, qui ne se trouve réunie qu'à un haut talent d'ohserratÎMi et à oneinfarijable actÎTÎté de pensée, est la seule louable , la seule digne de nos hommages. MM. Guixot et Augustin Thieny sont des écriTains modernes qui la possèdent à un degré éminent.

CEAPITRE III.

PBBMIER RECIT.

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