‹ Histoire de Provence (volume 2)Chapitre 73 sur 112 · LES GR£€S · texte numérisé non relu

LES GR£€S

DB €00 A 49 AHft AVAirr L*BEB WJLGAIBB, B8PACB DB 551 ANS.

.ijLlobs de grands empires sVteîgnaient ^ des sociétés nouvelles s*e1eyaient en silence , on bâtissait des villes , on traçait des routes , des canaux ; dVlégantes carènes suspendues sur les chantiers , ou livrées aux flots , étaient les instrumens rapides d^une civilisation dont la mer a singulièrement agrandi le cercle. Uaspect du monde était remarquable. Au nord de cette Afrique mystérieuse qui se plaît à nous cacher les sources de ses grands fleuves ; entre ses pyramides , ses immenses lacs , ses palais , cités véritables , ses villes des vivans , ses villes des morts plus belles, plus grandes encore , marchait gravement un peuple oflrant au sage un inexplicable mélange de raison et

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de folie. Ce peuple riait avec des cadavres sur les tables , et gardait un imperturbable sérieux avec des symboles impurs portes processionnellement dans les places publiques. Dans cette Egypte éternelle et forte, la mort n'eut plus de corps à ronger. On Toulut que Thomme, quand le souffle de la vie s'éteignait , se présentât à jamais avec ses jambes étendues , ses bras collés , ses cheveux flottans sur un cou desséché. La pyramide et la momie vivent encore d'une vie semblable ; rhôte n'a pas déserté son dernier gîte.

Avec quel fracas s'écroulèrent ces cités puissantes dont les remparts étaient de vastes chemins retentissant du bruit des roues ; où la nature vaincue livrait ses fleuves à la main hardie qui les suspendait d^ns l'air , où des jardins balançaient dans l'espace leurs hauts palmiers.

On racontait des cho&es étranges de cette Ninive y ville-empire , où , à travers des enceintes multipliées, le Chaldéen arrivait à un palais hérissé de formidables tours. Le sileilce régnait autour de ces fossés larges , incommensurables ; des senti- . nelles immobiles veillaient près de ces ponts. Au dedans , éclataient des fêtes , des débauches dont l'imagination des tems modernes ne peut se figurer l'éti^celar^t et gigantesque tableau. La vie circulait avec force dans ces successeurs de Ninus , princes-femmes , qui savaient, au milieu des éternelles danses , saisir une résolution énergique*.

Alors , qaarïd le tigre auxiliaire de la fureur des Mèdes battait en brèefae les murs de la grande cite 9 on le vit ^ ce sardanapale ^ les joues pein<* tes , ëtager dans une place vaste et de marbre , son bûcher où il tint sa cour en face de la mort.

Babylone ëtait bien curieuse à voir. Il y avait du msurbre partout ; wt% temples étaient de gra« nit ; sa statue de Bel voyait d^ëtranges fêtes. Cette statue de Bel , colosse formidable , rattachait la mystérieuse chaîne des croyances religieuses au berceau du monde ; elle racontait celte toar fameose entre toutes les tours , que des milliers de mains élevèrent , et dont le faîte menaçaft les cieux d^une impie invasion. Le genre humain avait bourdonné autour de cette œuvre. Comme la Bible nous la montre bien , appuyant les uns sur les autres ses mille étages , et racontant le déluge et Noé aux plaines de Sennar !

Tyr Jeta Tancre un jour dans une mer qui ceignait une île ; ses moles embrassaient ^^^ nombreuses flottes. La voyest-vous Tyr , avec une physionomie dont une ville de la Hollande offre encore des traits. Là des portefaix se courbaient sous le poids à^^ marchandises ; des commis sidoniens , en robes flottantes , se penchaient sur des tables couvertes de registres numérotés ; des proxénètes , comme les courtiers de nos cités commerçantes , provoquaient la vente des tissus de rinde , de Tétaîn des Scandinaves , de Tarn-

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bre de la Baltique. El cette pourpre, cette éternelle pourpre, dont le nom revient à chaque instant dans le» livres des anciens , y répandait son rouge éclat sur des laioes éblouissantes. Dans son port , dans ses navires , on respirait une odeur qui s'élève encore de nos moles , de nos quais modernes. Marseille doit aknerTyr ; elle eu perpétue Topulence et Paspeet.

U y avait dans ce monde ancien des villes commerçantes , des villes de guerre, des villes de plaisirs. On les construisait sur le bord de la mer , sur le sommet 4es montagnes, dans des plaines au milieu des roses. Quelle cité que Sybaris ! Elle est là couchée dans un champ de fleurs, inondée de parfums. Aucun bruit déchirant n'en sort ; un silence velouté descend sur la villç. L'existence s'y révèle délicate et molle : on marche , on mange , on dort sur de voluptueux tapis. Le plaisir n'y a pas cette frénésie qui en fait un délire pénible : il y veut du calme , un d^nni-jaur , des roses, mais bien effeuillées.

Tandis que Sybaris dormait , TAsie , la Grèce , ritaUe étaient dans un long, travail de civilisation. Je ne puis omettre ce peuple qui prolonge au sein des sociétés modernes sa mystérieuse existence. Des rocs brûlés , des plaines baignées par ses fleuves saints , des mers mortes pressaient des hommes qui avaient une arche et un livre ! L'histoire , la longue histoire de ce peuple , écrite

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par yersets courts ei énergiques « où reTÎenl sou- Tenl IVlemelle conjonction et , n^est qu'une loviH gue flagellation qui commence aux pyiiHtiîdes de Chéops , aux cités de Ramessès ;* quel peuple , quelles calamités ! Aussi le mot lameniation a élc créé pour lui. Deux villes sœurs entonnèrent , aux jours lointains de Melchisédech , l'hymne coupable des voluptés , sur cette même terre que traversa Éliézer avec le cortège nuptial d'Isaac. Mais y d prodige ! elles chancelèrent sur leur base , saisies d'une fatale ivresse , et une mer morte en*gloutit leurs palais avec leurs affreux mystères.

En Europe, deux coins de terre aspiraient à une grande renommée. Ces épiques guerres de Thèbes et deTroie, ceà tragédies réelles des Âtrides et des PelopideSy ces aventures de héros s'armant pour une civilisation guerrière , avaient cessé. La Grèce préludait aux brillantes conquêtes des arts , tandis que rilalie commençait son histoire par un peuple , qui a bâti comme l'Egyptien ; les Elruriens et les Grecs avaient déjà des villes dans celte contrée,, lorsqu'on y élevait un fort qui devait un jour offrir la carte du monde conquis.

La Grèce aima ses colonies comme des filles; elle couvrit de villes les bords de l'Asie Mineure. Mais les habitans de ces villes éprouvèrent l'in«fluence d'un ciel doux comme le miel. D'ailleurs, cette rive d'Asie que \k mer baigne mollement ,

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qpû des rMères paisibles arrosent , semblait ét^ «os terre pan^ par la nature pour une ëtemeUe fête* Le liaot si doux dlonie fut presque un mot de Yolupté. H respirait la grâce parCumée de la courtisane ; et une musique dont les Grecs de l'Asie amollirent les sons , et une danse où la langueur étMi si attrayante , empruntèrent leurs noms à cette même lonie. Pourtant les côtes offraient quelquefois des coins de terre peu fertiles , ceints de rockers et arançant dans la mer des promontoires dëpouitlës de verdure. Ainsi S^ofiGrait le sol sur lequel une colonie grecque conduisit une ville «|oi fut appelée Phoce'e.

Pbocée, bâtie sur un terrain ingrat, chercha dans le commerce et dans la piraterie des ressources que son territoire lui k*efusait ; elle envoya ses flottes aux contrées lointaines ; quelque éclat embellit son enceinte.

Alors la Perse n^avait pas encore jeté un «il de convoitise sur les spiendîdes rivages de TAsic Mineure. Sw cei^ rivages se dessinait une ceinture de villes dont Athènes et Corinthe , leurs mères, voyaient avec transport la ^oîre et la beauté naissantes. On taillait des colonnes , on élevait des çhiii^teaux , on embellissait le$ places publiques oii resonnait le bruit des eaux « où des palmiers agitaient leurs dômes , où des portiques accueillaient le poète et le philosophe. L'Asie Mineure resplendissait de poésie, de sciences et de plaisir.

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Un jour une galère bien peinle , là Toile enflëe, un dieu protecteur à \a proue , quitte le port de Phocëe. Un marchand amateur de Toyages lorâ" taina , la guidait , les yeux fix^s sur les astres )u-^ meaux et la brillante étoile de TOurse. D'anciens récits Tappelent Euxène , et quelquefois Protis.

Ce Taisseau portait de grandes destinées. Euxène sarait qu^après avoir doublé les caps de là Grtce et * de lltalie , on voyait deut tles sortir du sein des flots , puis une longue cdte sVtendre y sombre et éclatante , suivant la saison on rheure. Il savait que Tyr et Rhodes , villes avantureuses , avaient conquis des terres sur cette cdte; Tespoir d'y fonder une cité flatta son Orgueil.

Pourtant la galère s^avançait ; ' poussée par un vent favorable , elle pénètre dans un gôlfe, autour duquel des monts couverts de pins et de chênes se dessinaient à l'horizon. Un cap long et étroit s'allongeait à gauche; k droite, le rivage plus riant continuait cette terre d'Italie , où un roi nommé Tarquin bâtissait des aqueducs.

La galère d'Euxène balance ses mâts , ses agrès et ses voiles dans les eaux de notre goHe , et entre dans une baie inconnue , sombre et calme.

Les Phocéens descendent sur le rivage , et le parcourent. Peut-être là où maintenant des rues s'allongent , trouvèrent-ils quelques masures habitées par des sauvages , dont ils raillèrent l'accoutrement bizarre et les intonations gutturales.

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Ce» barbais avaient un chef qu^its . i^pelaient Nann. La royale demeure de Nann , recur lëe dans rintérieur des terres , éuit suivant les uns à Riez , suivant les autrea pràs d'Arles.

Euxène , avec quelqutîs hommes de sa galère , alla visiter Nann^

Ce Na/m ëlait un chef satyen » qui devait avoir des inclinaUons hospitalières; comme les Gaulois , il aimait la guerre et les loog& repas.. Quand la hache suspendue au miir de la cabane reposait son fer rougi de sang, il donnait le signal de ces feslin& barbares , où ufie gaitë bruyante s'exhalait en ternîmes véhémeas h. tcavers 1» fumëe de% mets ei lesL (k>ta d'une ardeote boisson.

Euxène avait vu un marais s'élendre eutre deux collines.^ qui le protégeaient contre les vents du nord et du midi. Une barre de rochers , dont l^.s eaux su4*montaient facilement le mur presqu'inaperçu 9 séparait ce marais de^ la ha^fe et retentissante mer. Frappé de cette admirable situation, le jeune Grec y réya une ville ; mais une ville qui rendrait un )Our la Méditerranée sa tribujtaire. Nann avait peu;(-être aussi parcouru les bprds, 4^

ce marais avec sa troupe de sauvages » qui J^ndissaient d'une joie barbare autour de lui. Peutêtre s'amusâ-t-il à en fendre les eaux verdâtres , de ses bras robustes. Son intelligence animée seulement de souvenirs de guerre et de festins , n'y vit pas , comme Euxène , le premier port de la mer des Gaules.

Emène arrive chez iVa/in ; il ëtait pare de. ces vMemens grecs qui destinent la taille et en relèvent la majestë. Le roi barbare. Fintroduit sous son toit , et l'hospilalité est bientdt scellée. Peut-? ^ire , nouvelle Nausicaa ^ une fille des rois , Gyptis , dont le cou se parait des boucles, ondoyantes d'une blonde chevelure , aimait à faire sëcher des toisons de laine aux rayons du soleil. Les femmes gauloises étaient belles ^ il y avait du feii et de la colère dans leurs yeux bleus ; ^ne grâce iaexprimable se répandait sur leqrs corps. Grandes , élancées , blanches , velues d'une robe courte V la poitrine à.demt couverte , elles balançaient la souplesse de leurs tailles avec aitfanl de charme qu'un arbre )eune encore* q^i s'inclihe mollement au souffle tiède d'un vent d'été. Gyptis était belle sans doute. La pudeur n'était poiot ioGonnuo à ces filles sauyages» si blondes, siroerveîlleusement faites ; le regard d'un guerrier arrêté sur leur front d'i-: voire, y fesait éelore* une viv^ et soudaine roulgeu^^

Le )our où Euxène arriva chez le roi des Se»

gobriges , Kann mariait Gyptis. Des cérémonies déjà décrites accompagnaient l'hymen des princesses barbares. Le repas commence : les chefs grecs prennent place autour de la table. Sur des bancs grossièrement taillés , s'asseoient les jeunes Salyens qui aspirent à la main de la fille de Nann. Le vieux roi ouvrele banquet ; la coupe de l'hospitalité cent fois vidée , passe de mains.

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en mâihs ; on boit à ranÎTëe de ces hâtes Tenus d'oa si lointain pays. Gyptis attendait dans une salle voisine la fin d*iin repas dont son cœar accusait peat-ètre la trop longue durée* Ce moment arrire ; au fond de Tappartement ^ suirte d'un cortège de filles gauloises , la princesse se montre. Une touchante hésitation ralentit sa marche languissante; ses yeux ont parcouru l'assemblée : elle va nommer celui qu'elle adopte pour époux. A se» regards timidement levés , s'oiîrent de feones chefs ségobriges , qui narrent , le soir , bruyamment leurs exploits , appuyés sur les poteaux de leurs cabanes. Que de crânes en« nemis décorent leurs portes î Avec quelle prestesse ifâ franchissent le large foSsé ! Comme elle est terrible la càtéie , quand formant son rapide cercle , elle est brandie de leurs bras vigoureux ! Tous , agités d'une inquiétude secrète , veulent presser dans leurs robustes mains la main blanche et délicate de Gyptis. Car Gyptis est bien belle ; et sans l'imposant regard de Nann , ils auraient, ces barbares, accueilli par des cris d'une )oie frénétique., cette apparition merveilleuse , arrêtée un instant, debout, avec de longs voiles f au milieu de la salle. Gyptis tient en nlatn une coupe ; Ëuxène est là , semblable à ces jeunes Grecs dont d'immortels ciseaux ont perpétué les nobles attitudes , les profils suaves. La fille de Nann ^'avance vers lui , lui offre sa

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coupe , et le proclame ainsi son époux, Le roi dei Ségobriges applaudit ay choi^c de Gypiîs : le mariage se célèbre » et le terrain sur lequel Marseille devait s^élever au fond xlu golphe » est cédé par Nann k son nouyeau gendre.

Maintenant , interroges» les débuts de presque, toutes nos cités » trouvcrez-Tous une origine où» éclatent autant de*|^iice , autant de riants prestiges ? Voyez sous quels rayissans auspices Massalie va sVlever. L'amour balance ses palmes sur son berceau ; c'est au sortir des fêtes d'uu hyménée, que Protis dessina peut-être l'enceintecirculaire ou sa ville devait bientôt montrer ses toits aplatis, ses -hautes forteresses.

Euxène appela Gyplis ^ris/oxène , c'est-^-dire , la meilleure des hôtesses. Mais la tâche du chef phocéen commençait : une presqu'île creusée en forme de port vers le midi , et attenante au con* tinent par une langue de terre étroite , reçut les premières fondations ioniennes^ Cette cité « qui débutait ainsi il y a plus de deu^ mille ans , fui nommée Massalias. Suivant Timée , le pilote

phocéen , dit , en abordant au rivage , deux mots grecs , qui signifient aitackez^ pécheur. D'après Plutarque , le général de l'expédition grecque se nommait Massalias ; d'après d'autres *savans , ce cri : Amenez Us çoiles ; nous touchons au pays des Safyens , se trouve dans cette dénomination. Mais l'opinion la plus vraisemblable , est celle qui fait

ctériver Marseille de deux paroles , dont Tuiie sî— gnifie demeure , nuu , et Tautre , des Salyens.

La fondation de Marseille remonte à peu près à six cents ans avant Tère vulgaire. Justin la fixe sous Tarqoin Tancien. Au reste , )e renonce à concilier les auteurs sur ce point de critique obscure.

Un sol pierreux environnait la nouvelle ville : mais Nann permit à ses hôtes de cultiver des terres qui se prolongeaient à une assez grande distance de Marseille. Les Phocéens virent avec plaisir que les arbres de Tlonie croîtraient facilement dans un terrain chaud et sec. Alors il fut permis à ces exiles volontaires de commencer ces premiers travaux de défrichement qui ont marque Père de la civilisation gauloise. Les souvenirs de la patrie absente naissaient autour d^eux. Il y avait , dans les beaux jours d^été , quelque chose de ce ciel doux et tiède derioniev dans une voûte d^azûr qui s'enflammait et se colorait de pourpre ; aux i:ayons . d'un soleil ardent ; il 7 avait quelque chose de cette mer d'Asie si pure , qui le soir reproduit , avec d'admirables couleurs , les constellations célestes , dans ces flots aux gracieuses courbures , venant murmurer le nom de Phocée , de Smyme , de Corinthe aux rochers de la Gaule. £t ces arbres dont une main prévoyante para des coteaux ^ la Grèce les avait nommés dans ses fables mytholo|;iques.

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Hésiode , dans ses Ters dirins , citait Polivier si pile et si poétique , image touchante de paix , d'abondance , de splendeur ; cVtait le figuier dont Corinthe se plaisait à mûrir sous son ciel d'azur le fruit délicieux , c'était cette vigne aux rameaux grimpans parmi des collines , enfonçant sa tige vigoureuse dans un sol pierreux , et couvrant de ses larges feuilles ces grappes qu'aiment et chantent les. poètes.

Quelque confusion de noms règne dans les historiens qui ont raconté les premiers événemens de la fondation de Marseille. Aristote ' appelle Gyptis , Pella ; il dit que du mariage d*£uxenus et de Pella naquit Protis « de qui descend l'illustre famille des Protiades de Marseille. Stki- Tant Justin * , la colonie phocéenne avait deux chefs, nommés Simos et Protis. Son récit au reste concorde avec celui d' Aristote.

' Phocée ignorait encore la fortune d'Euxène ; elle ne savait pas que ce chef hardi , qtii aventura son Taisseau dans une mer peu connue , était devenu tout-à-coup l'allié et le gendre d'un roi bai^âre » le fondateur d'une ville , le maître d'un territoire étendu. Une galère , que montaient les messagers d'Euxène , arrive enfin dans le port

I. Arift. , apud Atbcn. Deiprosoph. , 1. Ul , p. 676 , éà\i* de Cuftttb.

a. Jttâlîn , 1. ZLlii.

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de la mëu^opole. Ou s'empresse autour de ceé navigateurs, dont les récits merveilleux excilèreot une admiration universelle. Exaltés par des descriptions d'un pays inconnu» les jeunes Grecs s'enrôlent en foule 9 et le trésor public « suivant l'usage , se chargea des frais de transport , et fournil àes vivres , des outils , des armes » diverses graines , ainsi que des plants de vignes et d'oliviers.

Admirable prévoyance ! Phocée , sans les revers qu'elle essuya , serait parvenue au plus haut degré de prospérité. Elle se montra » dans ces circonstances f digne d'étendre son empire dautis les lieux les plus reculés ; car elle ne songea pas à armer de fer ses enfans , mais elle remit à leurs mains pacifiques ces arbustes précieux qui opè-^ rent des conquêtes plus belles et flus durables que la lance des batailles.

Le jour de départ arrive : les chefs de cette nouvelle expédition accomplirent , avant de déployer les voiles , une belle et touchante céré*monie religieuse. Au foyer sacré du temple bralait une flamme perpétuelle; ils en reciiieiUenl les précieuses étincelles , destinées à allumer une autre flamme sur le foyer sacré du nouveau temple de Massilie. Vivante et poétique image de l'affection qui lia la colonie à la mère patrie ! Ce feu traversant la mer , allumé en Asie , allait répandre son éclat sur des terres lointaines ; c^é-

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tait rerabléme.de Tamour qui unirait les cit^s amies; cVffait plas encore , c^était le symbole de cette ch* TÎHsation qui deTait répandre ses lumières sur des contrées barbares.

Les longues galères phocéennes k cinquante rames , portant à la proue la figure sculptée d*un phoque , sVloignent du port , et suspendent un instant le^r marche à Ephèse. LWade leur avait ordonne à^y relâcher. IJne femme d'un rang eley^, nommée Arîstarchë , vint trouver le chef de l'expédition , et lui dit : Cette nuit , la grande déesse ëphdsienne m'a apparu , et m'a ordonne^ de pren^ dre une de ses statues, pour aller établir son culte dans les Gaules. Le chef phocéen s'incline «

et reçoit avec respect cette image sacrée « devant qui Marseille se prosterna si long-tems. Les nouveaux colôus jettent enfin l'ancre en face de la terre de Segobriges.

Marseille prit alors un grand accroissement.

La culture intelligente de l'Ionie rëpahd ses bienfaits autour de la cite grecque; une flotte est

construite ; le Tyrien et le Rhodien , à des époques éloignées , bâtirent des forts sur la câte » et les abandonnèrent ensuite ; les Marseillais \éA relevèrent , et y placèrent des garnisons.

Sous la protection de Nann , Massalie grandit et prospéra ; mais ce chef barbare mourut , et la jalousie des nations voisines sembla la menacer d*nfie ràiuè prt>chaine. CoiHaii; héritier T. I. 20

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de la puissance du beau-père de Protis, ne voyait qu'avec un secret d^pit une colonie déjà florissante asseoir les bases de sa puissance sur la terre de ses ayeux. Cependant ses intentions hostiles étaient encore cachées sous des dehors pacifiques. La confédération ligurienne voulant le sonder , lui députa un messager , qui s'exprima en ces termes :

tf Un jour , une chienne pria un berger de » lui prêter quelque coin de sa cabane pour y ». faire ses petits. Le berger y consentit. Alors ». la chienne demanda qu'il lui fut permis de » les y nourrir ; et elle l'obtint. Les petits gran- » dirent , et forte de leur secours , la mère se » déclara seule maîtresse du logis. O roi ! voilà » ton histoire. Ces étrangers qui te paraissent » aujourd'hui faibles et méprisables « demain te » feront la loi et opprimeront notre pays ' . »

Cet apologue né sous la cabane du Ligurien , frappa Coman ; il promit d'anéantir la cité étrangère » et de faire briller au soleil les lances.

La vigne séparait alors.de ses boutons nais-, sans ;. le printems , beau en Provence comme en lonie , étendait dans le ciel son écharpe bigarrée ; Marseille retentissait des préparatifs d'une fête. Les peuples de race ionienne saluaient par

i. Non ailler Mafalicnses , qui nunc inquiliai videanlur , qaaadoqni reponma dominoi fubiros. Just , 1. XLiii , c. 4«

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des chants la floraison des vignes ' ; la cerëmonie religieuse dont la pompe allait éclater avec .ses danses et ses jeux accoutumes , n'était point consacrée, comme quelques auteurs Pont cru , à Flove , déesse des fleurs ; le joyeux conquérant de rinde pouvait plutôt la réclamer.

Cependant la cité grecque prenait un air de fête ; aux toits des maisons , aux cintres des édi* fices I mille mains suspendaient des rameaux ▼erts, des roseaux, des guirlandes parfumées. Pendant trois jours les tribunaux devaient être fermés et les travaux suspendus.

Les barbares comptaient surprendre la ville insouciante et joyeuse , tandis qu'attentive aux chants des prêtres , aux processions des dieux , elle interromprait sa vigilance accoutumée , pour saluer le retour des fleurs et des fruits par des cérémonies sacrées.

Des Liguriens vinrent à Marseille sons prétexte de prendre part aux réjouissances publiques. Pour que le nombre de ces guerriers perfides n'alarmât pas les Ioniens , Coman en fit placer d'autres dans des chariots , où des feuillages apportés des champs voisins , cachaient eux et leurs armes sous leurs rameaux pacifiques *.

I. Meamiingnee. Fer* t. ni» p. 798. Cette fête l'appelait les Aidheâteria. Justin l'a confondue avec lee floraiia des Romains.

9. Flores scirpiis latentes froudibas({tte super tectos induci yehicofis )abet. Jost. , 1. ziiUi , c. 4*

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Le jour de la fête arrive « et Massalie ëclate en alégresse sous son ciel ionien. Coman se met en embuscade dans uii pedt vallon voisin , avec sept mille soldats ; son prc^et ëtait de pénétrer dans la ville , quand ses émissaires lui en oa^ vriraieni les portes , pendant la'nuiL

Lorsque le sommeil et là fatigue tiendraient enchaînés les Phocéens , tout-à-coup à leurs oreilleS/ devaient retentir les cris des combattans. Arrachant à leurs fronts appesantis les couron-nés de fleurs dont la fête les avait décorés , ils n^auraient pu qu^opposer une faible insistance aux barbares que la nuit et la surprise favori^ saient. Alors aurait péri cette colonie déjà si belle et si prospère. Le matin de cette nuit de désolation , elle sVveilla / trésaillant de plaisir ; autour d^elle, dés monts couronnés dWbres dessinaient leurs lignes déliées et pures sur la courbure étincelante d^uii horizon teint de poiirpre ; la campagne déjà cultivée , souriait à ses jeux ; et cVtaient là dans ces vallons où bon*** dissaient des eaux , dans les gorges de ces mbn^ tagiies , qiie la barbarie veillait silencieuse , pour détruire dans quelques heures le brillant ouvrage de la civilisation grecque.'

Marseille dut sa naissance à l'amour , Tamour la sauva cette fois. Une fille ligurienne , parente de Coman , aimait un jeune Grec ; une même couche avait reçu les deux amans. Tandis que

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le plaisir prolongeait leur.Teille » et que dVtroits embrassemens mêlaient leurs soupirs , la jeune Ligurienne se prit à regarder le massaliote. II ^taîi beau , et sa beautë ëmut singulièrement son amante ; alors le serrant sur son sein « elle lui rëvëla le complot de ses frères » et lè^ conjura de fuir , pour ne pas përir dans la nuit du carnage '. Le jeune massaliote court dévoiler aux magistrats les dangers qui menaçaient la Tille ; les portes se ferment ; les Liguriens qui se trou^ Taient dans Massalie reçoivent la mort , et dès que la nuit eut augmente son .obscurité , les Grecs sortent à petit bruit de la cité , surprennent Co-* maa , et tombant sur sa troupe à Timproviste » la massacrent avec son perfide chef * •

Une grande émigration avec Be% mille cbariots, êe^ tentes plantées le soir et pliées le m»* tin, sa mêlée confuse et poudreuse d'hommeai de femmes , de chevaux , ses cris barbares et prolonges allait défiler sous les murs de Mas-r salie. On sait que les tems anciens virent des nations entières promener leurs camps nomades de contrées en contrées , et s^avâhcer comme des ouragans dans les terres qu^elleÀ parcouraient

!• Adolterara cnm gnsoo adoleioento solita , în «mplezu juvttàê , nûwnita fonnà ejus , înndiaa aperîi i pcricuUim cpie declioare julMt. Jostîn , ibid.

%. C«M «nt cum ifÊO rege «eptem mîUia hoatiam. Juflîn ,

I« XLIll , C 4*

3lO RISTOniE

Un peuple d^une prigioe commune à celle des Galls 9 occupait une ^tendue immense depays^ Son avant-garde haletait sur les bords- du RUn , tandk €pe aoa arrière-garde touchait encore aux rives du Pont-Euzin. Cétaient les Kimris , les formidables Kimris que la my^tholog^e grecque place au séjour de la mort et du sommeil. Hu » ou Hésus \e puissant f conduisit une de seê hordes dans la Gaule , et refoula plusieurs nations de cette centrée vers Ircentsr etlest. Les. tribus gau* loises accumulées au nord-est , dans la Séquanie et rHelvéiie , envoyèrent au dehors^ une armée de guerriers , de femmes et d^enfans » sous la conduite d'un chef nommé Sigpvèse ; elle sortit de la Gaule .par ta forêt Hercynie \ et se fixa sur la rive droite du Danube et dans lès Alpes illyriennes * , où elle forma par la suite un gpand peupler

Une seconde horde. s*orgaa[iisa en même tems iiarmi les nations du centre , les. Bituriges ^ les Edues , les Arvemes , les Ambaires » et se mit en marche vers^ l'Italie ; eQe avait pour chef le fiiturige Bellovèse ' .

La force des deux hordes réunies s'élevait,

1. Sigoteio sortibui dafi HercyniiMlluB. Tît Lir. , t. V , c. 54*

a. /flstiu , 1. XXIV I c. 4-

3. BelloveM) baudjpsulè laetîoreiii in Italimn Tiaai Du dabuit.

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dil-on f à trois cent mille hommes ' ; des bonleversemens inlërieurs , et non des prodiges ou Tappât du vin , souleyèrent ces masses formidar blés et les poussèrent vers les terres lointaines * . Uhiyer blanchissait le sommet des Alpes, quand BelloTèse Tint camper non loin de ces montagnes , sur les bords de la Durance et du Rhâne. Son armée sauva Marseille ; - car la mort de Coman et la deslruclion de ses soldats nMntîâiidèrent pas les tribus liguriennes. Un cri de guerre avait retenti sur toute la c^ et dans Tintë*rieur des monts. De toutes parts Ton alarmait ; la ruine de Marseille était jurée par ces implacables peuplades ; ^sans Bellevèse, la ville grecque^ détruite y aurait été forcée d^expirer en embrassant Fautel profané de la Déesse.

Le chef de Fémigratiion gauloise vit arriver de* vant hii des députés marseillais. Ceux-ci furent éloquens et énergiques ; leurs récits émurent le barbare. Et -quand il entendit que cette cité si pacifique ne pouvait cultiver ses champs, étendre son commerce, car jour et nuit des partis liguriens traversaient son territoire', abattaient ses arbres , incendiaient ses moissons , le ' chef frémit de rage. Alors HassaUe assiégée par ses

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