‹ Histoire de Provence (volume 2)Chapitre 82 sur 112 · Celeber* nuerip. ap. Spon. Miseell. enid. anl. , p · texte numérisé non relu

Celeber* nuerip. ap. Spon. Miseell. enid. anl. , p

a. Strab, , 1. iv ^ p. i8o ; cum not. Casaub.

3* Dnx conaensQ omniam Cntumandiii fegnlna elîgîtar. Jiutm., 1. XLUI , c. 5.

regards abattus se dressait Pimage d^une mine accomplie avec des accens d'imprécation et de mort. Un efFoçt hmnain ne pouvait plus les sauver. Couche sous sa tente grossière , Catumand attendait Paube pour donner le signal du dernier assaut. Voilà qu^une étrange vision trouble son sommeil ' : une femme , Pœil courroucé , lui apparut ; la majesté céleste reposait sur son front. « Je suis déesse , lui dit-elle d'une voix irritée , et je protège cette ville. » La vision disparait menaçante : Catumand s'éveille ; obsédé de ce rêve , il s'empresse d'offrir la paix aux Marseillais , et demande qu'il lui soit permis d'entrer dans la ville pour en adorer les dieux.

A peine le roi barbare a-t-il posé le pied sur le seuil de la citadelle , que sous un portique s'offre a lui cette même figure dont la frayeur avait si fortement empreint le souvenir dans son esprit. La voilà , s'écrie-l-il , c'est elle qui cette nuit même m'ordonna de lever le siège *. Alors détachant son collier d'or , il le passe au cou de Minerve , et contracte avec les Marseillais une alliance durable.

Apollon était la troisième grande dirinité des Massaliotes. Apollon dont le culte florissait dans

1. Per quietem specie torvK malieris qiue m deam dicebat ezterritus. Idem . îbid.

a. lUam esM qoie se nocte ezteniifset i illam quie recedere ab obsidione juMiMet. Jasi. , loc. cit.

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plusieurs tilles commerçantes de PAsie Mineure \ ppésidût à la mer et à la navigation. Marseille déposait à Delphes &es offrandes dansom trésor particulier, honneur qu'elle partageait avec toutes les viHes importantes *. Une superstition sanguinaire souillait le culte d'Apollon : quand la ville était affligée de la peste , un pauvre se présentait pour désarmer le courroux du Dieu ; on le nourrissait délicatement pendant un an ; ensuite , couvert de vétemens sacrés , le front ceint de verveine, il était promené par les rues et par les places publiques. Les mains des pontifes s'étendaient sur sa tête; mille imprécations retentissaient à ses côtés. Ainsi maudit , il arrivait sur un rocher qui dominait la mer; et les flots engloutissaient la victime volontaire offerte en holocauste au dieu delphinien \

Sur les médailles de Marseille figuraient quelquefois Bacchus, Mars, Mercure et les Dioscures. Les dieux grecs , accueillis dans cette colonie , y trouvèrent des autels et des sacrifices \

u MueUer , «gin.» p. i5o elseq.

9« Jiutm. , L XLiii , c. 5«

3. MABaîlieiises quotîes peita laborabant, iiiins ex panperibiu se offcrelMit , alendai aimo întegro poblkUet purioribu oibii. Hio poateà • ofnatiis yerbenb et yestibai aacris , ciraumdiicebatiir per totua ci? itatem cimi ezecrationibas ut in enm reddefent nula ctritatU , et sic de rupe propciebator. Petroa. Satyrie , ad fin.

4* Plin. , L IV > c* &• — Jnstm* , 1. xi.lii. ConniItM letinaerip* tîoof et lea momiBiei maaialiotiw*

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Marseille voulut être d^abord une cité conquérante et commerciale ; mais elle ne répudia pas sa noble origine. Fille de la Grèce , elle savait quel éclat durable les beaux-arts répandent ; elle savait aussi que Phocée disputait à six villes Thon* neur d^avoir vu naître Homère. Aussi professat-elle pour ce poète un culte qui tenait presque de Fidolâtrie. La première et la plus correcte révision des poèmes homériques sortit de notre patrie ', Le chantre d^Ilium reçut à Marseille un hommage qui est la consécration du génie ; c^était une offrande déposée sur les autels d'un poète national. Mais les élans de l'imagination n'ont peut-être inspiré aucune œuvre dans l'antique Massalie. Elle ne connut pas ces époques de fervente création , alors que le génie de l'homme j libre de toute entrave y s'élance , plein d'une ardeur peu mesurée » dans le champ illimité des idées et des types. Vainement une origine poétique sollicitait l'imagination des jeunes Massaliotes; vainement la Gaule leur offrait-elle les sauvages tableaux de son ciel , de &es mœurs , de son culte ; leur esprit ne s'éleva pas au-dessus des calculs du commerce , des observations d'une science positive et des études du grammairien. La critique , qui semble être le dernier soupir d'une littérature décrépite , se signala à Marseille , comme nous l'avons vu , par

1» Wolf. I proleg. in Homer. , p. glzxv*

un travail admire sur Homère; des dëcoavertes scientifiques Tinrent ajouter à la renommée savante de notre patrie.

Marseille ëtait entreprenante et avide de richesses; elle n'ignorait pas les voyages hardis des Phéniciens ; elle avait appris qu'une flotte sortie du port de Tyr , s'était souvent aventurée dans les solitudes de l'Océan indien , et qu'au retour de ces expéditions maritimes , ta^t de richesses éclataient sur les vaisseaux , que les heureux navigateurs se délassaient de leurs fatigues sous des tentes de soie , et attachaient à leurs cables des ancres d'argent. Elle résolut d'imiter sa rivale.

A cette époque , né de parens obscurs , un homme méditait en silence une entreprise devant laquelle on reste confondu d'une soudaine admiration ; il paraît qu'il se proposait d'arriver aux vastes mers d'Asie par un passage au nord de notre Europe. Or , cet homme , qui il y a près de deux mille ans avait conçu un projet que la science moderne regarde comme le triomphe de la navigation armée de ses boussoles et de ses instrumens perfectionnés , se nommait Pythéas , et vivait contemporain d'Alexandre , 820 ans environ avant J. C. Sa jeunesse fut studieuse ; disciple de Pythagore , il adopta ces rêves sublimes de science et de poésie dont on sait presque mauvais gré à la vérité de nous désenchanter. Ce Pythéas plaçait le soleil au centre du

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syslènie planëtaire » et agrandissant la poissante de la nature , il peuplait ces mondes qui brillent à nos yeux d'un ëclat emprunte ; Tespace éthévi recula devant lui des limites qu'une science timide et ignorante rapprochait alors de notre globe ; et lorsqu'il avait hardiment dessine l'univers , quand il avait fait rouler autour du soleil tant d'astres inondes de- sf s feux , quand il avait disserte sur les ëclipscs , il se prenait à écouter , comme son maître Pythagore , cette musique ravissante produite par les solennelles danses des globes aériens ; puis redescendant sur notre terre , il sut préciser la latitude de Marseille d'une manière surprenante; attentif à l'ombre d'un gnomon, à sa hauteur au tems fixe du solstice, il conclut que la distance qui séparait sa ville natale de l'équateur ëtait de 43 degrés [ 7 minutes ; calcul prodigieux pour son tems» et dont l'exactitude a surfHris les savans modernes '.

Il y avait dans ces eaux de l'Océan qui envahissent et abandonnent à des momens fixés le rivage, un mystère qui déconcertait la patiente méditation de l'observateur. Pythéas devina l'éternelle loi qui établit de surprenans rapports entre les corps ; penchée à l'horizon , la lune se mon-

1* La différence avec les calcula modernes n'est que de 40 mcohdes. Gassendi et le père Feuillëe ont admiré ce calcul étonnant de Pjrthéas. Vqyes Mémoires de Gassendi , L 8 » de l'Académie des ^îeaces.

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In à lui comme la cause de ces retours périodiques ; il Tit que les marëes , soit quelles aug* mentent, soit quVUes décroissent, suivent les inégalités du cours de cet astre '.

Ainsi s*ëcouIèrent , au sein de profondes études , les premières années de Pythéas ; il voulut les faire tourner au profit de sa patrie. Marseille aspirait à ouvrir à son commerce de nouvelles routes , son ambition était de rivaliser avec ces antiques marchés où les trésors du monde étalés aux yeux , semblaient être des tributs offerts par toutes les nations à une industrie audacieuse. Py* théas comprit ce noble vœu et le réalisa ; peutêtre sa patrie lui fournit-elle le moyen d'entreprendre son voyage > ou bien comptant sur un succès peu probable , il osa ,. sans appui , s'élancer dans une voie ouverte à son ardeur. Il sort enfin du port de Massalie , et s'avance dans cette Méditer^ ranée qu'il doit bientôt quitter pour enfoncer sa proue dans un Océan inconnu.

Pythéas salue les colonnes herculéennes ; là la fable attribuait à un dieu l'irruption des eaux de l'Océan franchissant une barrière vaincue et allant firapper avec de grands bruits des rochers devenus caps, promontoires. Cet immense Océan, ce fleuve du monde , cette vaste ceinture dont Tu-

1. Pjrthëu MasnlîeiiiSs ait , incremento qnidem Ion» accessus fieri , decremento raceans. Plutarchusde placitîs , lfl>. m , cap. 17.

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nivers et ceignil im jour » prolonge devant lui ses flots } là , sans boussole , avec des astres aux deux, avec des caps inconnus aux terres , le hardi Marseillais poursuit sa course et interroge et ces cieux, et ces eaux , et ces terres. Ici s^offre à ses yeux la fertile Lusitanie , puis Plbërie , puis les côtes des Gaules, puis rAnnorique; ce sont des rocs pendant sur les eaux avec des arbres, des dunes dépouillées, des péninsules retentissantes. Le voilà dans un rétrécissement de mer : sa voile affronte les tempêtes de ce détroit, large fleuve coulant entre la Gaule et cette île où abordaient des flottes venues du nord. Il sortit de ce détroit orageux , et longea là côte orientale des îles Britanniques ; ensuite se di* rigeant vers le nord , il vit de sauvages archipels et des cieux sans rayons. Ici les savans se divisent d'opinions : les uns veulent que cette Thulé , qu'il nomme dans ses récits , soit une des îles Shedand ; les autres assurent que c'est l'Islande , terre affreuse que ceignent des mers glacées. Là il reconnut que la durée du jour solsticial est de vingt-quatre heures ; ce qui suppose une latitude septentrionale de soixante-six degrés trente-deux minutes. Il dut , s'il a réellement abordé en Islande, admirer ces volcans lançant des tourbillons d'eaux brûlantes , des feux qui roulent en laves ardentes sur les neiges rougies. Mais un si lointain voyage exalta l'imagination du navigateur mar* seillais. Arrivé dans des mers où la proue d'un

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navire n*avait jamais imprime sa trace , ilsMniyra de ses propres dëconvertes. S^ëlançant ensuite dans des hypothèses hardies, il écrivit des livres sur lesquels s^est égayée la malice des critiques. Deux outrages furent publies par Pythëas : le Périple^ on tour de la terre , et un livre sur TOcéan ; ouvrages extrêmement curieux , attaqués avec ameiv tome par Polybe et par Strabon , et exaltés pat Hipparque , Pun des plus savans astronomes , et par Érastothènes , lé plus habile géographe de l'antiquité.

Ah ! sans doute l'erreur déparait quelques pages de ces livres que le tems n'a pas respectés ; mais la critique ne devait- elle pas se laisser désarmer par l'écrivain , le hardi navigateur qui poursuivit avec persévérance des entreprises dont les dangers étaient incalculables , expliqua avec une rare sagacité les causes des marées, précisa si bien la latitude de Marseille et décrivit les étoiles voisines du pôle ! On a raillé en grec , en latin , en français plus tard dans Bayle , son Poubnon marin. Voyez cet homme menteur , s'écrie Strabon ' , qui prétend avoir , après Thulé , découvert une matière à la formation de laquelle trois élémens avaient concouru ; assemblage incohérent d'air, de terre et de mer , qui tenait suspendus l'eau et la terre. Strabon , en s'exprimant ainsi , n'inter-

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