‹ Histoire de ProvenceChapitre 10 sur 20 · Amor lemper ab aytritiK conaaerit domicUiif ezulare · texte numérisé non relu

Amor lemper ab aytritiK conaaerit domicUiif ezulare

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« de deux hommes , ni qu^un homme ne soit aimé « de deux femmes \

Je vais faire connaître deux jugemens rendus par ces cours d'amour : a c'est le meilleur moyen de faire apprécier les piatières traitées dans ces tribunaux. «^

Question : « Le Téritable amour peut-^il exister entre personnes m«iriëes * ? »

Jugement de la comtesse de Champagne : « Nous «c disons et assurons , par la teneur des présentes, « que l'amour ne peut étendre ses droits sur a deux personnes mariées. En effet , les amans (c s'accordent tout, mutuellement et gratuitement, « sans être contraints par aucun motif de néces- « site , tandis que les deux époux sont tenus par « devoir de subir réciproquement leurs volontés , « et de ne se refuser rien les uns aux autres • • • •

1 . «c Unam feminam nibil prohibe! à dnobas amari et à doobtu molieribus unum. >•

a. « Utram inter conjagatos amor pouît habere locmn ? »

3. « Dicimus enim et stabilito tenore fimunnas amorem non « posse inter daos jagalea suas extendere Tires , nam amantea « sibi iavicem gratis omnia largiiintar, oallius necessttalisi ratione « cogente ; jugales verô mutuis tenentar et debito volantatibiu « obedire et in nuUo seîpsos sibi ad inyicem denegare. • • .

« Hoc igitur nostnim jadicium, cum nîmià moderatione prola- « tum et aliaruB quam pluriom dominarum consilio roboratum , « pro indabitabili vobis sit ac verîtate constanti.

K Atb anno IVI. C. LXXIV, tertio kal end. maii, indictione VH, »

Andiié le Chapelain ; Fol. 56..

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« Que ce jugement , que nous avons rendu avec « une extrême prudence , et diaprés l'avis d'un « grand nombre d'autres dames , soit pour vous « d'une vérité constante et irréfragable. Ainsi jugé, «c Tan 1 1 74 9 le 3"** jour des kalendes de mai , « indiction vu*. »

Raymond de Miraval et Bertrtnd d'Allamanon, deux poètes provençaux , se demandèrent un jour dans une tenson : « Quelle des nations est la plus tf noble et la plus excellente , ou la Provensale , o ou la Lombarde ? »

Itostradamus dit que cette question fut envoyée aux dames de la Cour d'Amour de Pierrefeu et de Signe ci pour en açoir la diffinition , par « arreit de la quelle , la gloire fui aiiribuée aux « poêles proçensdux y comme obienani le premier « lieu enire iouies les langues vulgaires ' )»

Ces Cours d'Amour existèrent tant au midi qu'au nord de la France , depuis le milieu du douzième siècle jusqu'après le quatorzième. Le Roi René voulut rappeler les usages et les traditions des Cours d'Amour , en instituant un prince d'amour dans sa fameuse procession de la Fête-Dieu d'Aix.

Ces Cours d'Amour n'exerçaient qu'une autorité morale , l'opinion était seule chargée de faire exécuter leurs arrêts ; mais ne sait-on pas quelle

(1) Nostradamai I p. 61. — * Hiatoire des Troubadours s

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est la force de ropinion ! Le chevalier ou la dame qui refusait de souscrire aux décisions de ces tribunaux , tenu pour dëloyal , honni dans la con* trëe , s'apercevait vite qu'on ne bravait pas impunément cette' autorité qui ne fesait flamboyer autour d'elle ni lances , ni épées d'hommes d'armes.

Il est temps de revenir aux événemens de notre histoire , dont j'ai interrompu le récit pendant un si grand nombre de pages. Avant d'esquisser le tableau littéraire de, ces siècles éloignés, j'avais mis en scène deux princes : Alf onse Jourdain , qui tenait sa cour à Toulouse , et Rajmond-Bérenger, qui avait la sienne à Barcelonne. Arles reconnaissait l'autorité des Empereurs, mais le pouvoir de ces princes s'y fesait peu sentir ; Lothaire venait de remplacer Henri Y , de la maison de Franconie, mort sans enfansle 23 mai ii25.

Alfonse Jourdain prenait le titre de Marquis de Provence et Comte de Toulouse. Nous le voyons, après un pèlerinage h St.-Jacques en Galice , tenir un plaid au pont de Sorgues', pour faire resti« tuer à l'évéque d'Orange quelques biens ravis à son église <

Raymond-Bérenger, avant de se faire Templier, avait fait la guerre aux Maures et donné quelques encouragemens à la faible industrie de ses sujets. Il laissa , en mourant , deux fils et deux filles ; son cadet eut le Comté de Provence : nous

avons vo qoe le mariage de ce dernier Bërenger- Raymond avec Bëatrix , la jeune Dame de Melgueil , fille du Comte Bernard , eut lieu après une paix avec le Comte de Toulouse , qui avait voulu, dans des vues ambitieuses , s'opposer à cette union.

Les premières années du règne de Raymond- Bërenger furent heureuses ; il s'occupa d'établissemens monastiques. St.-Bemard avait déjà fonde son ordre de Citeaux; des religieux de l'abbaye de Marces en Yivarais vinrent l'apporter en Provence. C'est sous ce Bërenger que s'élevèrent les monastères célèbres de Toronet , de Sinanque t et de Sylvacane. Foulques III régnait alors à Jérusalem ; Raymond-Bérengf r favorisait les voyages dans l'Orient ; les Marseillais retiraient d'immenses profits de ces relations continuelles entre leur port et la Terre-Sainte ; Foulques leur accorda dans Jérusalem une église , un four , et une rue , où ils pouvaient se gouverner par leurs propres lois.

Non loin d'Arles , une tour scellée dans le roc s'élève au milieu de ruines et de maisons croulantes ; cette tour , qui défie le temps , a vu se détacher d'elle les hautes murailles qui la flanquaient ; elle a l'air de raconter de hauts faits, . des événemens lointains ; la force féodale respire dans son noir massif de pierres ; c'est la tour des Baux : la paissante Emilie qu'elle abritait est

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morte, toute morte ayant elle ; seul et unique témoin de cette noble maison , elle lui a suryécu , comme ces vieux serviteurs qui restent seuls à pleurer dans la solitude d'un château dont la mort a firappé les maîtres.

La maison des Baux était fière de ses lignages, de ses possessions, de son éclat féodal. Ces puis-sans barons voulaient toujours le Marquisat de la Provence orientale ; ils invoquaient en faveur de leurs prétentions les droits d'Étiennette , fille de Gilbert et de Gerberge, mariée à Raymond des Baux.

La politique des Empereurs servait l'ambition de Raymond des Baux: en ii45, Conrad III lui donna la permission de battre monnaie dans toute la Provence ; Alfonse Jourdain , le Comte «de Forcalquier , et une grande partie de la Noblesse de Provence, lui promirent leur appui. Une ligue formidable au service de l'ambitieux baron des Baux se formait donc contre Raymond-Bérenger. L'histoire , qui nous la fait connaître , se tait sur les événemens de cette guerre ; elle ne nomme ni les villes prises , ni les batailles livrées. Il paraît cependant que le Comte de Provence ne négligea rien pour défendre son territoire envahi ; il sut aussi se ménager des amis puissans : aux troupes de Provence il joignit celles de Catalogae, et décida les Génois k lui envoyer des galères. Tandis qu^il volait au secours de Guillaume YI ,

seigneur de Montpellier attaque par ses propres sujets ) il trouva la mort au port de Melgueil, en combattant ces mêmes galères génoises , qui avaient pris parti pour les rebelles.

Cette défection Inattendue des Génois , est une preuve de la marche adroile qu'ils avaient adoptée, pour écraser des rivalités importunes. L^Italie avait alors deux villes qui aspiraient k étendre de plus en plus leur opulent commerce : c'étaient Pise et Géiies. Gènes, surtout, jalouse de Marseille, cherchait à pousser sa domination au-delà des Alpes ; maîtresse des terres voisines de Yintimille , elle força les comtes de cette ville à lui faire hommage. Guillaume de Yento et Ànsaldi iDoria, envoyés en qualité d^ambassadeurs à Guillaume , roi de Sicile , exigèrent de ce prince qu'il expulsât de ses états les Français et les Provençaux que le commerce y avait attirés. Nice, pour ne pas être enveloppée dans une sujétion commune à tous les pays voisins de cette heureuse république , fit un traite avec les Pisans , encore plus redoutés que les Génois.

Ce fut dans Téglisé de la comraanderie de Trinquetaille , près d'Arles , que Bérenger-Raymond fut enterré. Le comte de Barcelonne , oncle paternel de Raymond-Bérenger , emmena le fils de ce dernier , âgé de sept ans , à sa cour. Ensuite

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il continua à guerroyer contre la maison des Baux, et força les seigneurs les plus influens du Comté de Provence à lui prêter serment de fidélité à Tarascon.

Ces actes d*un courage heureux intimidèrent Raymond de Baux; ^il vînt àBarcelonne déposer aux pieds de son suzerain , cette haute ambition qui lui fit rêver la couronne comtale de Provence.

Au milieu de ces démêles , un moine appelé Henri prêchait ouvertement , en Provence , ses doctrines fiilminées. Ce moine hérita de ces sombres croyances manichéennes qui s^étaient réveillées en Italie ; chassé de ville en ville , il vint dans notre pays et s^associaun compagnon nommé Pierre de Bruys , pour lequel il se prit d^une grande vénération. Arrivés sur les places publiques des cités et des bourgs, ils s'entouraient d'un auditoire nombreux sur lequel ils lançaient leurs prédications furibondes. A les ouïr, il fallait priver la tombe des prières qui en amollissent la pierre ; arracher une foule de pages à la Bible ; ne pas verser sur le front du nouveau-né Teau baptismale, parce que ce sacrement était alors appliqué à une intelligence encore endormie dans rhébêtement des premiers jours de la vie. Ils allaient plus loin : rien ne devait rester debout de ce christianisme qui bâtissait tant alors ; aucune œuvre de pierre ou de marbre ne pouvait dignement manifester un esprit , une croyance

sainte « pour laquelle on taillait follement des statues et des piliers ; les i^glises et les croix , au dire de ces fanatiques , devaient être brûlés. La messe , plus tard texte à tant de yëhëraentes déclamations , était outrageusement raillée par Henri et par Pierre ; ils contestaient la réalité du miracle de la transubstantiation. Pour faire produire plus d'effet à ces prédications en plein air, ils jouaient leurs râles dans tout Pappareil du fanatisme , pieds nus , barbe longue. Saint Bernard ne se laissa pas prendre à cet extérieur contrit et pénitent: il s'écria que les déclamations de ces deux hommes contre les mœurs n'avaient pour but que d'extorquer l'argent des simples , pour le dépenser au jeu et plus criminellement encore ; et que la nuit , tout ému^encore des applaudissemens des peuples , ils se jetaient honteusement dans les bras des femmes prostituées . Pierre de Bruys fut brûlé vif à Béziers ; il eut Taudace de prendre une croix le jour du Vendredi -Saint, de la mettre en pièces, d'en allumer les lambeaux, et de faire rôtir sur ces charbons sacrilèges un énorme morceau de viande. Henri aurait été ardé comme lui, s'il n'eût pas pris la fuite.

. Etiennette et ses enfans ratifièrent le traité de paix , conclu par Raymond de Baux ; la Provence respira un peu des guerres précédentes. Alors le comte de Barcelonne tint ài^^ plaids , l'un à l'île

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de Gemica , qui aujourd'hui fait partie de la yille de Tarascon , et l'autre dan» Téglise de Saint- Sauveur , à Aix.

Les seigneurs, dans ce temps-là, rendaient ordinairement la justice dans les ëglises , quel* quefois sur un banc de pierre qu'ombrageait un ormeau ou un tilleul. Ils s'asseyaient , aussi , pour tenir leurs plaids, sur le perron du château, que nous voyons dans plusieurs chartes compris dans la portion réserve'e à l'aînëparpréciput.

L'ordre des Templiers brillait en Orient ; l'Europe reconnaissante l'entourait d'une vënération due à ses services , aussi ses richesses augmentaient-elles chaque jour. Les Hospitaliers de Saint- Jean partageaient avec les Templiers les bienfaits des souverains. Raymond-Bërenger II s'en déclara le zélé protecteur : en ii5o il leur donna l'église de Puimoisson et ses dépendances ; Alphonse I", marquis de Provence et roi d'Aragon , confirma ce don dans une charte , une des premières où un notaire royal, soit mentionné. Avant, les ecclésiastiques remplissaient eux-mêmes , sans attribution , les fonctions de notaire ; plus tard , ces derniers furent créés par les princes , et les émolumens des greffes compris dans les revenus domaniaux des grands seigneurs.

Raymond de Montredon , archevêque d'Arles , investit , à la même époque , les consuls de cette ville du droit Je juger les affaires civiles et cri-

minelle ; il s'entoura de quelques clercs el rédigea avec eux des statuts d'après lesquels une posses sion de trente ans pour les laïques et de quarante pour les ecclésiastiques , consacrait la possession ; les filles , ainsi le voulaient ces ordonnances episcopales , quand elles avaient reçu leur dot , ne venaient pas avec les autres enfans au partage de Théritage du père et de la mère ; ces mêmes ordonnances abandonnaient au juge le soin de déterminer la peine des grands crimes , et celui de fixer Tamende d'après la qualité de Toffense ; elles défendaient d'actionner en justice le maître ou le gentilhomme » quand ils avaient battu , l'un son domestique , Tautre une personne de la plèbe , qui l'avait offensé. La décision qui déposait et diffamait le juge corrompu était plus sage. Suivant les mêmes statuts, il devait y avoir douze consuls , dont quatre nobles et quatre bourgeois ; les quatre autres étaient tirés du corps des marchands et de celui des paysans , qui en fournissaient chacun deux.

Une nouvelle révolte de la maison des Baux , après la mort du chef Raymond , excitée par ses fils , amena encore en Provence le comte de Provence; ellet fut terminée par l'humiliante cérémo* nie de l'hommage.

Cette maison des Baux servait par son ambition celle de Frédéric I", empereur d'Allemagne, qui reçut rhommage de Hugues de Baux» prince d*0- T* ni. 12.

range. Frëderic voulait rendre à Tempire son ëclat passe. Giraud de Simiane , Guillaume et Rostâin de Sabran , Bernard Pelet, seigneur de Melgaeil « voulurent, mais vainement, se jeter entre les Baux et le comte de Barcelonne , tuteur du jeune Raymond'Bërenger ; leur médiation fut rejetëe , et le prince de Barcelonne , s'emparant du bourg de Trinquetaille , rasa le château des Baux. Le comte de Toulouse , ami de ces derniers , consola un peu leur ruine en livrant aux flammes la cite de Yaison.

L'annëe 11 58 fut marquée par une grande sécheresse ; toutes les sources tarirent.

Rajmond-Bérenger avait à lutter contre les intrigues s^ns cesse renaissantes de Fempereur , qui continuait à donner aux principaux seigneurs Finvestiture de leurs fiefs , à condition qu'ils reconnaîtraient les tenir de sa main ; pour mettre un terme à ces tracasseries, le comte de Barcelonne proposa de faire épouser à son neveu, comte de Provence , Ricbilde , parente de Frédéric , fille d'Aladislas II, roi de Pologne et veuve d'Alphonse-Raymond VII , roi de Léon et de Castille. Une pareille alliance , un vassal si puissant éblouirent Frédéric, qui révoqua Tinféodation du comté de Provence dont il avait investi Hugues de Baux. Il le concéda au jeune Raymond avec le comté de Forcalquier, dont il dépouilla le suzerain par refus d'hommage.

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L'empereur alteDdail le comte de Barceloone à Turin 9 pour la ratification du traite' d'accommodement ; les deux princes ayant à leur suite Geoffroy , évéque d^Avignon , Guiran de Simiane j Rostaing d'Agout et son frère , s'embarquèrent pour Gènes. Le comte de Barcelenne fut surpris par la mort au bourg de Saint-Dalmas « le 6 août 1162. Le jeune comte après avoir rendu à son oncle défunt les honneurs dus à son rang, se rendit à Turin. Là^ Pempereur, le i5 septembre de la même annëe ^ lui donna l'investiture des comtes de Provence et de Forcalquier , révoqua solennellement Tinf ëodation faite à Hugues de Baux , et se réserva la redevance annuelle de quinze marcs d'or. On célébra , la même année 9 le mariage de Richilde avec le jeune Raymond. Rkhilde , dont le premier mari avait été empereur , conserva toujours le titre d'impératrice.

Le comte de Provence alla à Barcelonne au commencement de l'année iiGS, pour se charger de la régence de la Catalogne pendant la minorité de son cousin . Un comte de Provence était alors un magnifique et puissant seigneur!

Une ardente rivalité existait entre les Pisans et les Génois : ils se disputaient les mers ^ les marchés de l'Orient, et la Méditerranée semblait être devenue , pour ces deux peuples , une vaste et mugissante arène où leurs flottes opulentes ri-

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Tslisaient de vitesse et d'audace. La Sardaigne ëtait pour eux un sujet de sanglantes contestations. Amie Grille , consul de Gènes, attaqua, sur mer, les rivaux de sa ville , leur prit cinq vaisseaux et les poursuivit sur les eaux grondantes . Ce combat naval se livra en face des rives du Languedoc. Au bruit de cet ëchec , Pise envoie dans notre mer de Provence une escadre de trente voiles , qui vint mouiller au port de St.-Gilles , le jour de la foire . Les troupes de débarquement , qui étaient nombreuses , campèrent sur les bords du Rhône .

Quelques jours après , l'horizon de la mer resplendit de voiles; c'étaient les soixante vaisseaux que menait le Génois Grille . Ils ancrèrent entre Fourques et Saint - Gilles . Grille débarque ses troupes. Alors Raymond Y, comte de Toulouse , se gaudissait à Beaucaire ; les Génois voulaient le faire entrer dans leur querelle , le comte toulousain promit ses gonfanons et son baronage , si on lui donnait mille trois cent marcs d^argent. La négociation fut connue par les Pisans; ils envoyèrent au comte Tabbé de Saint-Gilles, pour se procurer sa coûteuse protection. Raymond trouvant l'occasion bonne pour emplir ses coffres des monnaies génoises et pisannes , cherchait à vendre ses secours aux deux partis , et à les tromper . L^abbé de Saint-Gilles Taidant dans ses calculs honteux, avait pris pour le

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compte de «a propre cooscience les sennens qu'il préterail , en lui en donnant bonne et valable dispense par-devant Dieu. Les Génois cenourent ces perfidies : irrites, ne prenant plus conseil que de leur courage , ils brisent la trêve le i3 septembre , et se rangèrent fièrement en bataille devant les Pisans. La journée fiit sanglante , les Gënois furent horriblement maltraités , et ils ne purent se rembarquer que moyennant une forte somme d'argent, extorquée par le seigneur de Baux . Le comte de Provence fut plus généreux ; il les prit en amitié , comme avait &it sen oncle, et leur permit de s'arrêter devant Arles, où ils reçurent un petit renfort , que Guillaume de Yento leur amena.

Nous avons vu plus haut que le comte de Forcalquier , Guillaume lY , parvint , en 1 178 ou 74* à se faire rétablir dans tous les droits dont Tempereur Frédéric l'avait dépouillé quatorze ans auparavant. Les églises du comté de Forcalquier s'applaudissaient des intentions pieuses des princes de cette maison ; Bertrand II , frère de Guil laume , avant de mettre à la voile pour la terre sainte, donna aux hospitaliers de St.-Jean-de- Jérusalem ses possessions dans la ville de Minorque ; le re; te de ses biens il le laissa au comte son frère , à condition qu'il ratifierait sa cession ; dans le cas contraire il lui substituait le comte de Toulouse , ses cousins de Sabran et de Si-

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iniane , et Raynaud de Mesvoillon , qu^îl appelle aussi son parent.

Mais Tambîtion du comte de Toulouse était toujours éveillée par le puissant appât du comte de Provence; Alfonse de Catalogne ^ prêt à repousser les invasions de son rival , surveillait ce dernier avec une inquiète attention ; pour le déconcerter , il parut en armes dans ses états du Languedoc ; la guerre recommença encore entre ces voisins redoutables , et elle aurait prolongé long-tems ses fureurs , si Henri II , Roi d^AngTeterre , n'eût jet^ son sceptre de médiation entre les deux comtes, afin de ramener la tranquillité dans ces deux belles provinces méridionales ; Henri désigna la ville de Beaucaire pour une cour plénière, où la paix devait se conclure au sein des fêtes les plus brillantes*

Elle fut remarquable cette cour plénière et Ton ne m'en reprochera pas la description. Vous savez combien Beaucaire a un aspect digne du moyen âge ; sa haute tour dont le Rhône emporte l'image crénelée , garde tant de souvenirs dans ses murs élargis ! Silencieuse et morne , malgré son ciel méridional, pendant Tannée, recueillie devant ces souvenirs errans de tournois disparus, elle s'éveille encore , aux premiers bruits de ce marché célèbre , où abondent tant de costumes , où affluent les repréisentans de tant do nations diverses. Ecoutez le récit de la cour plénière ordonnée par

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ISenri y mais à laquelle les rois anglais et catalan n'assistèrent pas. Le comte toulousain y parut pour faire louer son extravagante libéralité. Raymond d'Agout reçut de son suzerain cent mille quatre cent livres d'aujourd'hui : le gentilhomme protrençal dtstribua , sur le champ , cette somme à dix mille chevaliers ; on applaudtt à la bizarre ostentation que Bertrand-Raymbaud fit de ses richesses : c'était un seigneur de cette maison de Simiane si célèbre dans nos annales ; à la fête, il fit ouvrir de larges sillons autour du château de Beaucaire , et semer dans ces terres remuées , jusqu'à trente mille sols en deniers ; à ce défi de luxe barbare , Guillaume Gros de Martel répondit d*ùne singulière manière ; ce Guillaume menait avec lui trois cents chevaliers ; il les régala avec des mets cuits à la flamme des torches dt cire.

Ces prodigalités insensées trouvèrent des iinrtateurs ; la comtesse d'Auriol envoya à la cour plénière une couronne estimée quarante mille écus et pour clâre dignement les fastueuses largesses, Raymond de Yénous imagina un holocauste ; il jeta dans les flammes trente de ses plus beaux chevaux. Le i8 avril 1176 les deux comtes conclurent leur paix dans l'ile de Fervica ; trois mille cent marcs d^argent firent renoncer le comte de Toulouse aux droits des chefs "de Douce et de Richilde sur le comté de Provence 1 et sur les

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vicomtes de Milhaud , de Gëraudan, et de Carbd.

Noas avons vu plus haut , de quelle manière Alfonse , après avoir menace Nice de tout le poids de sa colère » lui rendit ses bonnes grâces.

Marseille avait dans ses murs une vicomtesse , femme de Barrai, Adélaïde de Roque-Martine qui ravissait les troubadours par sa beauté ; ils accouraient à sa Cour , et la chantaient en vers de toute mesure, Adélaïde s'enivrait de l'encens de cette poésie.

C^ëst à cette époque que s*opéra ce miracle d'amour tant vanté par nos vieilles chroniques; alors, brillait à Tripoli une jeune comtesse dont les pèlerins exaltaient la beauté merveilleuse ; à leurs récits s'enflamment la tête et le cœur de Geoffroi Ludel f troubadour et seigneur de Blaye ; le fantôme de la comtesse lui apparaît dans ses nuits » émeut les cordes de sa harpe , fait résonner à son oreille les sons d'une voix caressante, et l'enveloppe d'une atmosphère d'amour ; Geoffroi Ludel vient à Marseille , toujours poursuivi par le charmant fantôme , par la délicieuse image , et s'embarque, dans ce port, pour aller mourir devant les attraits dont son imagination exagérait, peut-être, l'éclat.

Raymond Bérenger IT , était retourné de Barcelonne en Provence ; il avait à punir la fierté d'un vassal : le comte de Forcalquier ne voulait pas le reconnaître pour son suzerain; soutenu par

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le comte de Toulouse , ce haut seigneur proyençal croyait pouvoir impunëment braver la puissance de Raymond. Celui-ci pour rendre inutile Tintervention du comte toulousain , dans ses démêlés t offrit sa fille Douce à un fils aînë de ce dernier avec la moitié des ëtats de Guillaume ; et voilà que se mettant tous deux à guerroyer les soldats toulousains , incendient le château de Cadenet , baigne par la Durance , et nVpargnent , dans le massacre de la garnison , que le fils du seigneur; ils Famenèrent dans le Languedoc , où ij se fit poète.

Raymond Bërenger fiit moins heureux dans son expédition contre Nice. Nice , appuyée par la florissante republique italienne y déniait à Raymond rhommage. Grimaldi, amiral de Gènes, et Guirand de Simiane conduisent, contre cette ville « une armée provençale dans laquelle Raymond luimême voulut figurer ; un coup de flèche le tua devant les murs de Nice , à la fin de mai 1166.

Le comte de Toulouse, joyeux de cette mort, s'empara de la Provence sous prétexte que Douce, à qui cette province appartenait, avait été promise à son fils , et pour mieux affermir $es droits, il épousa Richilde, mère de cette jeune princesse.

Mais la puissante maison de Barcelonne pouvaitelle se laisser enlever ce comté si envié ? Alfonse P' , fils de Raymond Bérenger lY , s*élance

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avec ses troupes sur les bords du Rhône , et (erce le comte de Toulouse à reprendre la route de ses ëtats. Alphonse se fît aider dans cette prompte expédition par quatre galères et des troupes gé— noises. Il conclut avec Gênes un traite contre les PisanSy et peu de temps après sa signature, Oggier de Yento, assisté par les habitans de Kice, défit la flotte pisanne devant Ântibes , et ouvrit à nos vaisseaux une navigation facile.

Alfonse, ainsi maître de la Provence et des comtés de Rhodez et de Gévaudan , les donna à son frère Raymond-Bérenger, à titre de bénéfice et pour en jouir pendant sa vie. Raymond lui céda en échange , tant qu'il posséderait le comté d'Arles , tout son héritage et les biens jqui lui étaient échus en partage. Douce, ainsi dépouillée, se retira auprès de Béatrix , son aïeule. '

Voilà la Provence passée sous la domination de la seconde branche de la ipaison de Barcelonne, après avoir eu trois comtes de la première , depuis Rajmond-Bérenger, mari de Douce, en 1112. Cette union de deux peuples , les Catalans et les Provençaux eut d'heureux résultats pour les uns et pour les autres ; la langue des troubadours puisa dans la langue catalane ; Alfonse vint souvent en Provence , et admit les poètes à sa cour. Les poètes 7 afQuaient , le comte les gratifiait de selles , d'équipages superbes , de brides dorées , de palefrois. Un amour célébré par les trouba-

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dours attirail fréquemment , en Prorence , le comte Alfonse ; ëpris de Jordanne Brun , il ferait reluire , autour de son amoureuse , Tëclat des tournois et des fêtes ; c'était pour elle qu'il tenait de roagniBques cours plenières ; qu'il cherchait la gloire des combats ; qu'il ouvrait , au bruit de joyeuses fanfares , la lice des champs clos. Mais Jordanne Brun ëtait dans Tenchantement de la poésie d'un simple troubadour Gaucelin Faidet ; celui-ci, avec sa yerve burlesque luttait contre tout le faste de la Cour de Barcelonne et de Pro- Tence , et les sons des cors , les bruits des tour* Dois » les Toix confuses des seigneurs et des rarlets ne pouvaient couvrir sa timide et solitaire poésie. Alfonse , qui ne chantait pas y se sentit piqué d'honneur , il redoubla de luxe , de magnificence, il multiplia., autour de Jordanne, les prestiges de son haut rang , fit caracoler devant elle tant de chevaux richement enharnachés , et éblouit tellement ses yeux par des lances dorées, des courtines resplendissantes aux tournois , des festins féodaux, que la pauvre Jordanne congédia son poète , et s'abandonna à aimer le puissant comte.

Les femmes continuaient à exercer sur le talent et sur la valeur cet empire attesté par tant de monumens littéraires. Jordane Brun avait enflammé le cœur d' Alfonse ; un troubadour s'était montré à Marseille , tout fasciné par la lointaine

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image d'une comtesse de Tripoli , qu'il u'arait jamais vue et pour laquelle périssant d'amour, il avait entrepris une navigation longue et dangereuse ; dans cette dernière ville brillait d'un ëclat nompareil Adélaïde de Roquemartine , femme du vicomte de Barrai ^ pour laquelle le célèbre Foiquet entonnait Thymne de ses ardentes amours. Et quand des guerres de succession , de petites rivalités de voisinage cessaient , alors la Provence s*ezahait au bruit de ces tournois , de ces jeux cbevaleresques où l'écharpe de la beauté élanchait un noble sang versé devant elle. C'est tandis que notre pays jouissait des douceurs si rares de Ja paix, que Frédéric vint se faire couronner roi d'Arles dans la cathédrale de cette ville , avec l'impératrice sa femme , et son fils Philippe . II permit à Bertrand de Baux de prendre le titre de prince d'Orange et de ceindre la couronne . Ce fut alors, en 1178, que les Sarrasins reparurent au milieu des murs de Toulon , d^à noircis par leurs torches , et qu'après avoir massacré trois • cents de ses habitans, ila emmenèrent le reste en Afrique.

Grasse s'était abritée sous le puissant patronage de Pise ; elle s'était déclarée commune à l'exemple dt$ républiques italiennes. Le commerce (< 179) ^'éveillait dans quelques-uns de nos ports. On s'avisa de jeter des ponts sur des rivij^res ; un berger nommé Benezet conçut l'idée de celui

d^AvigDon y qui fut exéculë après onze ans de travaux .

Aifonse et son frère Raymond Bërenger allè^ rent guerroyer en Languedoc ; ce dernier fut tuë aux environs de Montpellier , le 5 avril 1181. Âlfonse, qui ëtait en Provence quand arriva la mort de son frère , disposa du comte de ce dernier en faveur de Sanche , son autre frère ; voulant ensuite le venger, il vint porter le fer et le feu dans les ëtats de Raymond , comte de Toulouse .

C'est à cette ëpoque, 1181 , que les chroniqueurs placent Thistoire lamentable ^de Guillau* me Gabestaing. Elle ne doit pas être omise dans notre histoire . Citait un jeune page, ne dans le Gapençois , de parens pauvres et nobles ; aussi fut-il obligé d'entrer , de bonne heure » comme varlet , dans la maison d'un puissant seigneur , le sire de Roussillon , dont le château s'élevait probablement près d'Apt en Provence. Un jour , Gabestaing qui errait sur les chemins de la Provence , vint frapper à la porte du castel de Rons* sillon : on l'introduisit en présence du seigneur , qui parut charmé de sa physionomie spirituelle et de la noble aisance de ses manières , bien que la poussière de la route , la rosée des nuits eussent altéré les couleurs de ses habits déchirés . Il fut nommé page et installé auprès de la dame de Roussillon en cette qualité .

La femme de RafmoDd de Roassillon se nom^ mait Marguerite. Cabestaing ëtait, sans le savoir peut-être 9 un ëcuyer bien dangereux ; sa mémoire était ornëe de toutes les poésies du temps ; lui-même s^essayait à composer des vers, dans lesquels, soit à cause de la rime, soit dans une intention non avouée , il enchâssait le nom de Marguerite* Raymond de Roussillon n*aimait que la guerre et la chasse ; quand il laissait sa lance reposer immobile auprès de Tâtre de sa vaste salle , il courait tout le jour par monts et par vaux, son faucon ou son épervier encapuchonné sur le poing, et livrait des combats à outrance à tout le gibier domanial. Que fesaient alors Marguerite et Cabestaing pendant ces longues heures de Tabsence de Raymond ? Seuls dans ces tourelles qui s'illuminaient de tant d'enchantement aux yeux du jeune écuyer, ils lisaient des chroniques , déclamaient des vers, choisissaient les passages les plus langoureux et s'enfonçaient de plus en plus dans une atmosphère parfumée d'amour et de douces extases. Ils étaient timides tous les deux, et quand leurs regards se rencontraient , le page rougissait comme Marguerite , et Marguerite déconcertée , laissai errer ses yeux à l'aventure.

Un jour pourtant la dame, toute émue, se pencha sur Cabestaing , qui enhardi et tremblant d'aise , plongea ses lèvres dans toute la fraîche rosée de son visage. Madame Marguerite appuya

soaTent son beau front suc sa blanche main , depuis ce jour fatal. Il paraît que leurs amours, dans ce dédale de tours , de longs corridors , de hautes salles, de bois d'oliviers et de myrthes ne s'environnaient pas d*assez de mystères ; car des ptopos indiscrets colportes par les malveillans du lieu , firent monter au front de Roussillon une flamme qui pétrifia le confident.

L'orage grondait sous le corselet de fer de Raymond ; il prit sa lance et en regarda sa pointe aiguë avec cet œil qui semblait en implorer Passistance ; il mania la bonne lame de son ëpëe et un éclair de joie dont le visage de Raymond brilla tout-à*coup , se refléta dans la transparence de Tanne. Il décida la mort de Cabestaing.

Plein de ces noires pensées , armé de toutes pièces \ il s'élance dans la campagne et rencontre Cabestaing , qui achevait peut-être une chanson d'amour. Le jeune page fi'émit dans tout son corps quand le redoutable sire se dressa devant lui dans tout le tremblement convulsif de sa colère. Entrant brusquement en conversation , Raymond lui demande d'une voix sourde quelle est la déesse de ses chansons ? La question était maladroite et la réponse facile ; mais Cabestaing dé-concerté par les yeux et l'air farouches de Raymond , répond , après s'être défendu quelque temps de satisfaire à un désir si indiscret , que

la souveraine de son ime est Madame Agnes ^ femme de Robert de Tarascon , sœur de Mada-* me Marguerite. Raymond eut un mo^çvement de joie , qu'il comprima. Peu importait à ce chcTa— lier discourtois la honte de son beau-(rère , pourvu qu'elle fût ëcartëe de son blason ; mais an doute Tagitait encore, a Allons, sur le champ, à à Tarascon , dit-il à Cabestaing , je veux recevoir de la bouche de Madame Agnès la confirmation de ton aveu . » Cabestaing croyait faire un rêve , un rêve sinistre , incohérent , dont Raymond traçait, avec sa puissance infernale , Thorrible arabesque. Il marche dans la poudreuse route , à côte de son rival , de son maître , du mari outrage qui regardait toujours et sa lance, et la bonne lame de son ëpëe.

Gomme le cceur battait à Cabestaing quand il monta le haut escalier du manoir de la princesse de Tarascon ; il aurait voulu être entraîné par le Rhône , dont il entendait la voix grondante. Que dira Madame Agnès , à qui le bizarre et brusque Raymond va , avec sa discourtoisie ordinaire , traduire dans son langage de fer IVmotion fausse, la passion menteuse du jeune page ? Et ce jeune page , quel rôle jouera-t-il , quelle expression aura sa figure , si Madame Agnès se courrouce ; quelle expression aura-t-elle , si elle baisse les yeux , toute confuse , toute charmante ? £t puis , n^a-t-ilpas ëtë contraint d'avouer, pour écarter

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ua soupçon qui pëaëtrait daus Tàme du sire comme la poÎQte d*uae dague , que ses chansons étaient agréées r

Le voilà , ce pauvre page , en présence de Madame Agnès : 9on attitude exprimait le plus grand embarras. Raymond entrant brusquement en matière, et dédaignant les détours d'un entretien diplomatique , dît à sa beHe-sœur qu'il lui amenait un jeune homme dont elle daigne encourager les essais poétiques • Madame Agnès ne comprenait pas ce langage , mais la contenance si vi*siblement souffrante de Cabestaing la disposait à la pitié . Aussi quand Raymond eut fini par lui demander si réellement Cabestaing l'aimait , si là passion de ce page lui était connue , Agnès, après avoir vu frémir tout le corps de ce pauvre jeune homme , toute émue de compatissante bonté , se déclara la confidente des pensées , la dame des rêveries de Cabestaing.

Yoilà Raymond parfaitement rassuré. Mais sa femme instruite de tout ce qui s'était passé , commença à concevoir un sentiment de jalousie que rien n'excusait .

Le soupçon , la crainte d'être trahie , pénétrèrent l'âme de Marguerite ; elle crut que Cabestaing , infidèle à ses sermens , avait reconnu par Famour le dévoûment de M™^ Agnès. Dans une entrevue qu'elle eut avec Cabestaing , elle éclata en

reproches contre lui. Marguerite voulut que le T. m. i3.

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