‹ Histoire de ProvenceChapitre 11 sur 20 · I()4 HIST0IB · texte numérisé non relu

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jeune page lui sacrifiât sa rivale dans une chanson où son mépris pour Agnès et sa tendresse pour la dame de Roussillon éclateraient dans l'acrimonie de Tinsulte et dans Tenchantement de la tendresse. Cabestaing obëit. Cette chanson, où tant d'ërénemens se dessinaient aisément à travers la gaze légère de la poésie , tomba dans les mains de Raymond. Tous les doutes s'efifacèrent : il ne resta plus au mari outragé qu'à tirer une vengeance éclatante d^un pareil affront. Elle ne se fit pas attendre long-temps .

Il appela Cabestaing , et Fayant conduit dans un lieu écarté , il le tua , lui coupa la tête, lui arracha le cœur et jeta l'un et Tautre dans son carpo^ yo/(carnier). Après cer te expédition barbare , il rentre au château et donne au cuisinier ce cœur comme un morceau de venaison, en lui ordonnant de l'apprêter avec soin. Au repas, après que Marguerite eut mangé cet horrible mets , le dialogue suivant que j'extrais de la vieille chronique, s^établit entre Roussillon et sa femme : « I>ame, dit l'époux, savez-vous de quelle viande vous venez de faire si bonne chère ? — Je n^en sais rien , répondit-elle , sinon qu'elle m*a paru exquise . — Vraiment , je le crois volontiers , répliqua le mari ; aussi est-ce bien chose que vous avez le plus chérie , et c'était raison que vous aimassiez mort ce que vous aimâtes vivant . » Ces paroles renfermaient un mystète, dont cette do*

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lente femme commençait à pëûi^trer Thorrible sens • « Que roulez-toos dire ! s^ëcria-t-elle , en fixant des yemc effares sur son mari. » — Alors , fouillant dans son vaste carnier*, Raymond en tire une tété sanglante , et la montrant à Marguerite :

« Reconnaisses , dît-il d'une voix sourdement effroyable, celui dont TOUS avez mange le cœur.» Mai^erite ne pouvant résister à cet affreux spectacle , perdit la vue et l'ouïe (fo veser et Pauzir). ^Revenant ensuite de son évanouissement , elle fond en larmes sur ces restes mutilés de Cabestaing. a Oui , dit-elle , je Tai trouvé tellement dé« licîeux , ce mets dont votre barbarie vient de me nourrir » que je n'en mangerai jamais d'autre pour n'en pas perdre le goût qui m'en reste. A bon droit m'avez rendu ce qui fut toujours mien. » La fureur de Raymond est à son comble : il se précipite sur sa femme , Tépée à la main , pour la tuer ; mais elle , s'élançant par une fenêtre , se précipita du haut de la tourelle , et mourut de sa chute •

Le récit de cet horrible événement mit toute la contrée en émoi : les parens de Marguerite et de Cabeslaing se liguèrent contre le farouche Ray* mond. Alfonse, roi d'Aragon, parut lui-même en armes sur les terres de ce chevalier félon, s'empara de sa personne , mit le feu à son château et réunit daùs le même tombeau Gabestaing et sa dame.

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Il est question « à cette époque , d*un traite de paix que le roi d^Âragon conclut avec le comte de Toulouse . Us nommèrent quatre arbitres , au nombre desquels figurent Guillaume de Sabran et Raymond d'Âgout. Après cet accord , Alfonse retira la Provence des mains de son frère Sançhe, auquel il donna en échange le comté de Roussillon et de Gerdagne . Un seigneur provençal , fier de son haut lignage , lui refiisa Thommage ; c'était Gastellanne : il prétendait qu*il ne relevait que de Pempire , parce que sts ancêtres avaient reçu Tinvestiture de leurs droits des rois d'Arles • Alfonse , jaloux de son autorité , réduisit facilement au devoir ce vassal orgueilleux ; sa baronie de Gastellanne ne put soutenir un long siège , et ce seigneur se hâta de désarmer son suzerain par rbommage de ses vingt-cinq baronies. La ville de Nice , qui renouvela dans le même temps , avec ce prince , son ancien traité , fut maintenue dans ses privilèges .

Le feu des croisades n'était point ralenti ; Mar* seille voyait arriver alors une foule de seigneurs de diverses contrées , qui s'embarquaient dans ce port . Parmi ces seigneurs , se firent remarquer Robert , comte de Dreux ; Thibaut , comte de Ghartres ; Raoul , comte de Glermont en Beauvoisin ; Eric I comte de Brienne ; Gui et Gautier de Ghatillon . Puis vint une flotte qui portait des Templiers , des Allemands , des Gatalans . Ges

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lointaines guerres qui appauvrissaient tant de contrées , étaient pour Marseille une source de prospëritës ; c'était encore dans cette dernière ville que venaient débarquer les croisés à leur retour de la terre sainte . Bérengère de Navarre , femme de Richard , roi d'Angleterre , Jeanne , sœur de ce prince , s'y airâtèrent à leur arrivée de l'Orient. Alfonse accourut les recevoir.

Alfonse exerçait les droits de maître de la Provence dans une grande latitude ; il donna l'investiture de la moitié de Marseille à deux frères de la maison de Baux . Dans le comté de Forcalquier » il se procura l'alliance du comte , et prépara la réunion de ce fief important à celui de Provence , par le mariage de son fils Alfonse II avec Grarsende de Sabran , héritière de ce comté.

Le 25 avril 1196, Alfonse I^\ roi d'Aragon , mourut à Perpignan , laissant de Cas tille , sa seconde femme , trois fils et quatre filles . Alfonse fut un prince remarquable pour son temps ; ses manières aisées , son goût pour la poésie , rendirent sa cour brillante; sa perfidie déshonora quelques actes de sa politique éclairée . Ce prince, par sa vigilance , empêcha les Sarrasins de venir déployer leurs drapeaux de guerre sur les bords de la Provence ; mais a peine fut-il mort , que ces hordes africaines , poussant des hurlemens de rage , revinrent épouvanter encore nos villes du bruit « rapidement propagé de leur apparition .

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Tours de mona&lères , or^aeaux àe ville» ne pou* vaieDt arrâler ces bandes d^chaioëes ^ qui Tinrent 9;iugîr autour du monastère d*Hjères ; ils envaliirent bientôt Tenceinte intërieure. du couvent et réduisirent les religieux à Pesclavage. Toulon, qpi gardait la noire empreinte d^une invasion récente ^ ces barbares , vit encore accourir devant ses remparts , bientôt franchis , ces mêmes Sarrasins, qui étendirent sur lui le silence du tombeau.

L'ej^pédiiion sarrasine était favorisée par nne guerre qu^Âlfonse II , fils et successeur d^ Alfonse, fesait au comte de Forcalquier. Tous les seigneqrs de la basse Provence l'avaient suivie ;. aussi cette contrée était-elle exposée aux attaques des barbares, sans pouvoir les repousser. Àlfonse II et le comte guerroyèrent long-temps Tun contre Tautre ; ces différends ne servaient qu'à entrete* nir IVdeur martiale dans les esprits . Le territoire à^J^ix et celui de Sisteron devinrent le théâtre d'une foyle d'engagemens , dans lesquels le Siang était versé sans gloire et sans profit. Le Ticomte de Marseille , le prince d'Orange prêtaient ai4e au comte de Forcalquier , qui trouva aussi ui^ appui dans Saqche , frère de son ennemi. La li^ue que l'imprudente agression d' Alfonse avait excitée GOAtfe lui , prit un caractère ai menaçant , que ce dernier prince implota Tassistance de Pierre , roi d' Ata^pa , son &ère ; celui-ci ae

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hâta de condoire une armée à Alfonse . A la vue de ces énergiques dëmonstrations d^attaque , le comte de Forcalquier, malgré Tentourage de tant de barons et le vœu secret d'une foule de seigneurs 9 jugea prudent de proposer un accomode* ment pacifique , auquel Alfonse adhéra. L'on mit en garde , entre les mains du roi d*Aragon la ville et la forteresse de Sisteron , ii condition qu'il les rendrait au comte de Forcalquier si Alfonse et sa femme Garsende mouraient sans enfans .

Peu de temps après , le roi d'Aragon inclinant sa tête sous la puissance pontificale , alla à Rome humilier sa belle couronne de roi devant le pape . Avant de partir, il conclut avec son frère une substitution mutuelle , aux avantages de laquelle ils appelèrent leurs enfans mâles. Son départ fut le signal d'une guerre nouvelle entre les deux comtes ; celui de Provence tomba au pouvoir du comte de Forcalquier , et n'obtint sa liberté qu'au retour de son frère Alfonse; le comte de Provence, jurant une haine de sang à son rival de Forcalquier , fit une alliance avec le comte de Toulouse, et lui promit une partie du comté de Forcalquier s'ils venaient à bout , par leurs forces réunies , de mettre à la raison ce vassal redoutable.

La mort du comte de Forcalquier éteignit cette guerre ; ce comte , comme tous ceux de sa maison , affectionnait beaucoup les chevaliers de St.* Jean-de-Jérusalem . Les franchises qu'il accorda

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à Mano&que , divers statuts de justice quMl rédigea, penneUent de lui supposer des idées d'équité et d'ordre; mais rinconatance de sou caractère lui fut fatale. En revenaot sur sa donation du comté , il s'exposa à des guerres ruineuses , et de plus on put croire que la réunion de deux importans comtés ne lui avait pas été conseillée par une large interprétation des intérêts publics.

Alfonse II mourut aussi peu de temps après ; il laissa un fils nommé Raymond-Bérenger et une fille nommée Garsende, qui fut appelée à la substitution du comté de Forcalquiçr lorsque sa mère en fit cession au jeune Raymond-Bérenger ^ le 3i novembre 1209. ^^™ Sanche, oncle de ce Raymond-Bérenger, gouverna la Provence tandis que son neveu était élevé à la cour du roi d'Aragon , son tul<:ur.

Garsende déchargée du soin du. gouvernement, ne voulut du rang suprême que l'avantage de pouvoir embellir sa cour par le plaisir et les lettres.. Alfonse y son mari , protégeait et récompensait les troubadours . Après sa mort, son épouse, belle et jeune encore , continua à s'entourer de tout l'éclat de la poésie du temps* Parm^i les poè^tes de ce siècle, Elias de Barjols, fils d'un marchand , et Olivier, se fesaient le plus remarquer; Alfonse les avait noblement récompensés. Elias, se déclara l'amant de Garsende , et sa témeritç pe fut pas désavouée. Garsende 0attéç de cet eu-

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cens poëlique qui montait toujours vers elle des poésies d'Elias , s^enivraot de tant de flatteries , se laissa aimer.

Tandis que cette princesse livrait son nom à tous les amoureux caprices de la verve d'Elias , Guillaume de Sabran , fils d'Alix de Forcalquier, fit retentir son cri de guerre au.milieu'des doux loisirs de la cour de Garsende. Invoquant le droit qu'il prétendait tenir de sa mère « il rëcla* ma le comte de Forcalquier. Malheureusement ce Sabran s'attira la colère papale , bien plus redoutable que celle de Garscnde . Dans sa fureur de guerroyer , il parut en armes dans te domaine sacre des moines de Mont-Majour ; le pape, pour arrêter tant de tëmërités, lança ses excommunications sur Sabran . Sabran s*en moqua et continua ses excursions . Le pape , exaspéré , lui ordonna d'aller expier ses sacrilèges à Jérusalem, et l'empereur Othon défendit aux habitans d'A- TÎgnon et aux seigneurs des Baux de prêter aide à ce vassal ensorcelé, soit contre les moines , soit contre Garsende.

Raymond d'Agout se chargea , de }a part du souverain pontife , d^une mission secrète à Pégard de ce Sabran. Il alla le trouver et le pressa, par les motifs les plus sacrés , à coudre sur son habit la croix orientale , qui seule pouvait eJRTacer la tache de sa désobéissance . Sabran , en- \Aié , renvoya d'Agout et se remit à chevaucher à

trayers champs , à trarers bourgs , avec sa bande de forcenés. En 124^, TarcheTéque d'Arles réussit enfin auprès de ce rude gentilhomme : il le décida à renoncer au comté de Forcalquier, dont il conserva le titre , et lui fit accepter des terres considérables en échange de ses prétentions.

Ainsi , la succession à ce comté ^ qui avait été déjà réglée par sentence d'arbitres, le 29 juin 1210 y fut maintenue.

En 121 1 , Marseille fut témoin d'un grand scandale. Barrai, vicomte de cette ville, était mort , ne laissant qu'une fille , mariée à Hugues de Baux. Ce Barrai avait uu frère appelé Roncelin, qui s'était fait moine de St.- Victor. Roncelia vit avec dépit le beau vicomte de Marseille sortir de son illustre maison pour entrer dans celle des Baux ^ de'ià si puissante et si fière. Voulant restituer au blason des Barrai Téclat dont sa claustration le dépouillait , il sonda les principaux habitans de la ville , et les trouva décidés à le soutenir dans» son projet . En effet , un jour le monastère de Saint- Victor se vit assailli par une troupe mutinée qui criait : Roncelin. Roncelin, jouant le. dévot et tremblant personnage , courait éperdu t dans le monastère, bien aise d'être découvert. On se jeta sur lui , on fil semblant de lui faire violence ; se débattant contre ^zs préten* dus ennemis^ Roncelin paraissait ne pouvoir s^arraicher aia murs du. monasière ,. à cet asile pieux

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OÙ M îeunesse s'ëtait écoulée : il parai eafin au miKeu de la foule , qui battit des mama devant lui , les kabits lacépës et le yisage empreint d*une tristesse simulée. Mais peu de temps après, malgré les vœux qui le liaient à Paotel , il se ma^ ria et se proclama Théritier du vicomte de so» frère fiarral. Hugues de Baux fatigua les évéques de ses énergiques plaintes . Le pape s^emparant de l'affaire , en renvoya l'examen aq légat Milon, qui excommunia le vicomte Roncelin et les Mar^ seillais. Ceux-ci appelèrent au pontife de la décision de s«n légat. Pourtant quelques années après , Roncelin se soumit aux ordres du pape , et rentra dans le giron monacal. On lui laissa la portion de sa seigneurie qu*il réclamait , et on lui permit d^en conaacrer une partie à l'acquittement de ses dettes , et de dojaner Tautre aux moines de St. -Victor, au pr^udioe de ses légitimes héritiers .

Ii'austérité monacale s'était singulièrement relâchée. L'abbaye de St. -Victor, si fameuse par la régularité de ses moines,, était devenue l'agile des vices ; Lerins se déshonorait devant la chrélieqté , et le clergé séculier rivalisait avec celui des monastères en scandâje , en m^^s des siunts canons.

Qontre ce retâch^ement. inoqi des nMNirsecléri*p^ea , $*éleva T^rdente opposition des Albigeois ; ejlle; naquit dft specUc).ef des nMmraise» mamrs

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des moines et des prêtres. Ceux-ci possédaient des richesses si considërables , qu'ils rejetèrent peu h peu le lourd fardeau de la vie ascétique et introduisirent dans leurs moustiers , dans leurs sanctuaires , le révoltant tableau d'un cynisme déplorable . Les apôtres de la foi nouvelle voulurent opposer y comme de raison , le contraste de leur vie avec cette vie monacale si douce, si opulente, si largement nourrie par la stupide piété des fidèles ; ils déclarèrent qu'ils brisaient tout lien d'obédience avec le pape et les évéques. Imprimant leurs, pieds nus sur la boue et la neige ,' préchant en plein air et partout , s^agenouillant sept fois par jour pour prier et autant pendant la nuit , refusant l'argent qu'on leur offrait, ne mangeant point' de viande , ne buvant point de vin , affichant un mépris étonnant pour les biens et les commodités de la vie , ces ardens sectaires étonnaient et confondaient l'esprit par cet étalage de vertus surhumaines. Mais les dogmes les plus sacrés , la résurrection et l'unité de Dieu étaient, par eux , intrépidement niés; ils plaçaient le monde sous la puissance de deux génies , en ressuscitant Cantique manichéisme , leur opinion accréditait encore ce système qui veut expliquer les combats du bien et du mal, les oppositions du bonheur et du malheur , de l'ordre et du désordre que l'univers nous présente. Ces hommes voulaient communiquer le

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sainl-esprit par le souffle : ils introduisaient sept fois leur haleine dans la bouche des hommes et des femmes; maigre le rigorisme quMls affectaient, ils avaient établi une cërëmonie singulière , celle de se baiser sur la bouche des croyans des deux sexes .

La cour de Rome , usant de toute sa puis^* sance , cherchait à ëcraser par la force les hérésies naissantes ; avec ses légats , elle neutralisait le pouvoir des évéques en Provence. Le commissaire du saint'siége fut , à cette époque , frère- Rajnier, religieux de Cileaux. Ce frère Raynier, revêtu de ce titre , se pénétra trop bien des intentions du pape ; il sut faire exécuter tous les pouvoirs quMl avait reçus : prélats , seigneurs , tous furent requis de Tassister , sous peine d^excommunication , dans cette guerre acharnée déclarée aux novateurs. Il pouvait lancer la foudre redoutée que Rome lui livrait . Aidé de Pierre de Gastelnaud , il déploya les plus grandes sévérités à regard des hérétiques . Un inconnu se chargeant d'une vengeance peut-être légitime , le tua d'un coup de lance à Arles. Raynier prononça, en tombant, ces paroles : Qu^ Dieu cous pardonne ^ /e cous pardonne.

Innocent III entra dans une véhémente colère en apprenant l'assassinat de son légat ; il adressa une bulle aux archevêques de Narbonne, d'Arles , d'Embrun , d'Aix et de Vienne , par la-

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quelle il foudroyait le meurtrier de Raynier par uile solennelle excommunication et ouvrait tous les trésors des indulgences à celui qui vengerait cette mort; il déclarait ensuite que le comte de Toulouse devait être regardé comme l'instigateur de cette abominable action , que Tanathéme de l'église le frappait , et que ses sujets étaient , en conséquence , déliés de leur serment de fidélité à son égard.

Un [orage terrible se forma sur la tète de ce Raymond , comte de Toulouse . Une croisade fut préchée contre lui par Tabbé de Citeanx et les religieux de son ordre. Le soulèvement était gêné* rai : de tous côtés on accourait pour grossir les rangs de ses adversaires . Raymoiid trembla devant cette universelle clameur de combat et d^outrages contre lui ; pour détourner le coup dont il était menacé , il demanda sa réconciliation avec Rome , offrit sept de ses plus forts châteaux en otage , et supplia que son affaire fut jugée par un autre légat que Tabbé de Citeaux , dont il était rudement traité. Le pape nomma Milon , prêtre romain , pour examiner les griefs de Raymond, en lui recommandant dé ne sui-* vre que les inspirations de labbé de Citeâux.

Le comte de Toulouse promit nne coinplète soumission le i8 juin 120g. Malgré les forteres* ses d'Oppède , de Momas et de Beaumes en Provence, et de quatre autres qu'il remit engage,

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on Tooliit encore ipLt le seigneur, les consuls d'Avignon et ceux été principales villes de ses ^Ms jmrassent de ne plus obëir qu^à l'ëglise romaine , si le comte violait ses engagemens ; parmi ces engagemens , ëtait celui de retenir les bë* reliques , pour les livrer , avec tous leurs biens , à la merci des croisés.

Alors les seigneurs de Provence qui s^nnu-* yaient tant dans leurs sombres manoirs , cherchaient de longues distractions dans les perpëlaelles guerres qu ils fesaient. Milon essaya de réprimer cette ardeur belliqueuse qui fesait de la Provence une arène toujours ensanglantée . Les ordonnances qu'il publia à ce sujet honorent son caractère .

La ruine de Raymond , comte de Toulouse , était )urée. Dans un concile tenu à Avignon » le 4 septembre 1209 , on ordonna aux évéques de contraindre , par les censures ecclésiastiques , les comtes , les chevaliers et les châtelains à exterminer les hérétiques , en y déclarant de plus que Raymond serait excommunié de nouveau et l'interdit jeté sur ses terres , si avant la fête de la Toussaint il n'avait pas donné pleine satisfaction à tout ce qu'on exigeait de lui. Ray* mond voulant écarter cet orage alla à Rome ; le légal désirant indisposer le pape contre ce prince, lui écrivit des lettres dans lesquelles il peignait le comte sous les couleurs les plus odieuses ; son

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artifice ne réussit pas. Raymond fut bien traite a Rome; le pape ordonna qu'un nouveaa con— cile le jugerait encore sur sa foi et sur le meurtre de Pierre de Castelnaud ; ses châteaux lui furent

rendus.

Rajrmond satisfait de la tournure favorable que son affaire avait prise , accourut intimer aux légats les ordres du pontife. Les légats toot en feignant de vouloir s'j conformer , s^appliquèrent à les éluder. Le concile de Saint*Gilles s'assembla vers la fin de septembre 12 lo, dans l'intention d'aggraver la position du comte ; Théodore, un des légats , refusa d'admettre sa justification. Un concile d'Arles tenu au mois de juin 121 1 , malgré la présence du roi d'Aragon qui Vj accompagna, lui intima pour condition d'absolution qu'il expulserait de ses terres les hérétiques et leurs (auteurs ; qu'il remettrait entre les mains du légat et de Simon de Montfort , toutes les personnes qu'on lui désignerait ; qu'aucun de ses sujets , soit noble , soit roturier , ne pourrait porter des habits riches , mais seulement des capes noires et de vil prix ; que toutes ses forteresses seraient rasées ; qu'il ne pourrait augmenter les péages , et que quand toutes ces obligations seraient accomplies , il irait faire la guerre aux infidèles. La dernière condition était la plus essentielle , c'était celle de ne pouvoir revenir dans ses états qu'avec la permission

du lëgat* Od Toulait, en exaspëraat ainsi le comte, le forcer aax refus ; Raymond partit d'Arles , le désespoir dans Famé , dërorë de chagrin , pro-fon JëmenI ulcérë , et se rendit à Toulouse ; là « devant le& conseillers de la ville, il déroula la honte de ces lois de sang portées contre lui ; tous s'écrièrent alors , vivement émus , qu'il fallait périr plutôt que d'accepter une pareille ignominie. La résistance de Toulouse et de son comte enhardit le légat ; la foudre d'excommunication qu'il tenait en réserve , fut à l'instant même lancée contre cet infortuné prince ; on le déclara apostat , ennemi de l'église et ses biens furent livrés au premier occupant.

Dans rhistorc de France , on trouvera écrits en caractère de sang ces démêlés entre Raymond et l'église, entretenus par l'ambition et l'esprit d'un clergé puissant. La conduite des légats dans cette déplorable affaire fut d'abord approuvée par le pape Innocent III ; mais de meilleures informa* tions l'ayant mis à même de porter sur elle un jugement plus sain, il indiqua un xroncile à Rome au mois de novembre 12 15. Raymond y accourut avec les comtes de Foix et de Cominges. Raymond était ballotté depuis long-temps de conciles en conciles , qui se le renvoyaient toujours maudit. Son (ils le }eune Raymond le suivit.

Ces princes introduits dans l'imposante assemblée , se prosternèrent aux pieds du pape . Les

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aïo msTOiRS

comtes de Toulouse , de Fois et de Goroinges se plaignirent TiTement de Simon de Montfort qui , sur la foi de Texcommunication lancée contre Raymond, s'ëlait hâte de s'emparer des domaines de ce dernier . Le concile et le pape hésitaient entre Raymond et son rival audacieux. Celui-ci remporta enfin ; Simon de Montfort fut maintenu dans son usurpation des hiens des comtes de

Toulouse.

Raymond , dans une audience particulière que le pape lui accorda ^ se plaignit avec amertume de cette injuste décision qui le dépouillait de tous ses domaines . Innocent persista à exécuter Parrét spoliateur ; il traita avec plus de bonté le jeune Raymond , auquel il concéda le comté venaissin avec toutes ses dépendances , la Provence et Beaucaire.

Le jeune prince partit radieux d'espoir et bien décidé à arracher à Simon la couronne comtale qu^il avait insolemment posée sur son front. Arrivé avec son père à Marseille , il reçut , ainsi que 1« vieux comte , un accueil empressé de la part des habilans de cette ville. Partout, jusqu'à Avignon , on accourut au-devant d^eux pour consoler de si hautes infortunes. Arnaud d* Ayguières, parlant au nom des habitans d'Avignon , leur dit que cette cité se livrait entièrement à eux , et que mille de ses chevaliers armés leur aideraient à conquérir leurs états .

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En 1217, Raymond - Bérenger , panrenu à se soustraire à la lutelle un peu équivoque du roi d'Aragon, revint dans ses états de Provence, Profitant de sa longue absence , la plupart des ▼illes s'étaient érigées en républiques.

L'autorité de Raymond - Bérenger était donc partout méconnue ; Marseille et Nice avaient for* mé une alliance offensive et défensive avec Gé* nés , Avignon avec Saint- Gilles , Arles avec Pise et Nîmes. Guillaume des Baux, prince d'Orange, flattait Torgueil de son nom en réalisant des espérances depuis long-temps formées par sa puissante famille ; l'empereur Frédéric II lui avait accordé le titre de roi d* Arles et de Vienne , et , dans ces circonstances , il s'était dévoué aux croisés. Une agitation extrême régnait partout; de tous les côtés de la Provence on accourait sous les drapeaux de Raymond YI, comte de Toulouse, et de son jeune fils , pour les soutenir contre les coups de TEglise. Marseille honora le malheur de ces princes.

La guerre éclatait sur tous les points de notre pays ; les Marseillais attaquèrent les croisés près d'Avignon , et se mirent avec ardeur à la poursuite du cardinal Bertrand , légat du saint-siége. Cette guerre prit un caractère de férocité dont l'exemple suivant ne donne que trop la preuve : Guillaume des Baux tomba au pouvoir des Avignonais, qui Fécorchèrent vif et mirent son corps

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en lambeaux . Honorius III ne cessait de prêcher les croisades contre le comte de Toulouse ; êes accens ne furent que trop écoutes : une foule de seigneurs se ruèrent sur le prince anathëmatisë. Mais le théâtre des combats changea ; les armëes allèrent se harceler sur les rives de la Garonne. Raymond-Bërenger voulut profiter de Tëloignement de ces armc^es pour consolider sa puissance ébranlée au milieu de tant de 'confusion et de guerres ; ce prince voyait se lever contre lui l'orgueil des seigneurs , les prétentions républicaines des villes et Taudace sa'crée desévêques. Guillaume de Sabran et le dauphin de Yiennois, de tous les seigneurs ses rivaux , étaient ceux qui lui inspiraient les plus sérieuses craintes. Thomas , comte de Savoie , lui parut un allié dont IVxpéricnce et les armes seraient pour lui d*un grand secours dans son projet de fortifier une autorité livrée à la merci de tant de turbulentes passions. Il demanda à ce prince s«i fille Béatrix en mariage , et Tobtint avec une dot de deux mille marcs dWgent.

Leshabitans de Vintimille s'étaient révoltéscontre les Génois ; Raymond - Bérenger pensant que son intérêt était de fournir à cette révolte Tappui de son armée , accourut dans leur pays ; mais ceux-ci l'abandonnèrent lâchement. Les Marseillais lui aidèrent à soumettre la partie oc* cidentale de la Provence , xi comme Lambesc

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lui avait résisté ^ il la détruisit de fond en comble j et se procura ensuite les honneurs du triom* pbe dans Roque-Martine. Au mois d'août 1222 , Raymond YI , comte de Toulouse , mourut , après une vie pendant laquelle il avait constamment marché au bruit des foudres de Rome , son ardente ennemie . Dans la partie occidentale de la Provence « la cause de son fils Raymond était très populaire , et parmi ses partisans , les Âvi- (;nonais se fesaient le plus remarquer par la véhémence de leur affection ; aussi lui en donnèrent-ils une-preuve éclatante en lui prêtant des sommes considérables , pour lesquelles ses baillis leur engagèrent le Yenaissin et tous les domaines voisins du Rhône .

L'empereur Frédéric , dévoué à Rome, défendit au comte l'aliénation de ses terres , dans l'intention de lui ôter les moyens de soutenir la guerre . Louis YIII , roi de France , parut en armes dans les terres de Raymond ; fort des censures du légat , il vint s'emparer d'une contrée toute sillonnée par les foudres de l'église ; ses troupes défilaient , luisantes de fer , le long du Rhône , et devant elles le Languedoc se désolait de crainte - Avignon députa au roi de France son podestat , pour renouveler les promesses de laisser passer l'armée sur le pont , et pour implorer l'absolution du cardinal [Saint- Ange . Le cardiqal promît cette absolution que toute une ville

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demandait à grands cris , pourvu qu*eUe s'engargeàt à obéir aux ordres delVglise, à lui remettre les forteresses et à donner des otages pour la garantie de ces promesses. Ce cardinal parut devant cette ville le 6 juin 1226 , et, au milieu d^une cérémonie sacrée , il fulmina une nouvelle excommunication contre le comte de Toulouse et jeta un nouvel interdit sur ses' domaines.

Le secret attachement que les Âvignonaîs nourrissaient pour cette tant fulminée famiHe des comtes toulousains , fit que cet excès de sévérité les alarma ; ils pensèrent qu^ouvrir à leurs ennemis les portes de leur ville , c'était la leur livrer; se repentant soudain de leur confiance et d^une promesse sur laquelle il était encore temps de revenir , ils refusèrent hautement le passage prom^is , ne consentant à Taccorder qu'au roi de France et à quelques personnes de sa suite . Vainement Louis YIII leur offrit-il des lettres de sauvegarde pour leurs personnes et pour leurs biens , ils s'obstinèrent dans leur refus , et ne voulurent pas même remettre aux croisés les vivres qu'ils avaient fait acheter dans Avignon ; bien plus , ils tuèrent quelques Français , et abattirent le pont de bois nouvellement construit sur le Rhône , pour empêcher le reste de Tarmée qui ^*avait pas franchi le fleuve , d'aller rejoindre Tautre.

Tant de résistance après de si formelles prome&*

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ses de soumission , excitèrent Tire du lëgat , qui déclara Avignon infectée d'hërësie , et ordonna qu'on se hâtât de la purger du fléau qui la dë- Torait ; déplus, il enjoignit au roi et aux autres croisés de venger l'affront fait à leurs armes, mais de respecter , au jour de la conquête , les droits de IVglise.

Le lo juin 1226 , le siège fut mis par Louis , roi de France , devant la rebelle Avignon. Le comte de Toulouse avait pris d'extrêmes précautions pour soutenir et secourir cette ville dans sa révolte. Afin d'affamer l'armée , ce comte fit enlever toutes les provisions du comté venaissin : les enfans , les vieillards , les troupeaux furent transportés , par ses ordres , dans les parties de la province les moins exposées à la guerre ; voulant que la cavalerie française ne pût subsister » il ordonna que tous les prés fussent labourés;^ puis se logeant près du camp ennemi , il harcelait les fourrageurs et tombait à Timproviste sur les convois. L'armée des croisés fut réduite à manquer de tout; la faim exténuait les soldats du roi , le défaut de nourriture achevait de tuer ceux qui échappaient à la lance ennemie. Comme les cadavres n'étaient pas enterrés , Tair se corrompit bientôt ; Tarmée française était exposée à tous les fléaux ; le roi et le légat crurent qu'il fallait essayer d'emporter Avignon par un assaut général : mais cet effort ne fit qu'occa*^

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siooner la perte d'un plus grand nombre de soldats sans aucun profit.

D'ailleurs , une foule de chefe de larmëe , «oit par be'névolente compassion en laveur du comte de Toulouse , soit par mécontentement , servaient nonchalemment les intérêts du roi et du légat , et savaient avec adresse taire avorter les plans d'attaque. Mais Louis VIII. ardent aux combats , irrité de la prolongation du siège, exaspéré par la perte de tant de soldats , serra si vigoureusement la ville , que le lo septembre Avignon ouvrit ses portes au vainqueur.

le comte de Provence avait joint ses armes à celles des croisés ; il possédait Avignon par iudivis avec Raymond . Cette ville s'étant érigée en république , s'était ainsi soustraite k l'obéissance du comte de Provence. L'empereur Frédéric voulut se l'approprier ; dans une lettre qu'il écrivit au pape , pour demander la restitution d'Avignon, Il prétendit qu'elle relevait immédiatement de 1 empire. Le pape réconnut les droits de Frédéric, et répondit , Je 22 novembre 1226, qu'il «e gardait ces terres que pour en chasser Ihérésie et pour savoir quelles étaient celles de l'em- Pire ■ qu'au reste le cardinal Saint-Ange aurait

grand soin d'empêcher que ses droits fussent lésés.

Pourtant ce légat-cardinal agissait en maître suprême ; les Avignonais reçurent ordre de ne

DE PBOVEVCE. 217

Toir que de$ ennemis dwft les comtes de Foix et de Toulouse , jusqu'au moment où ils renlre"raient dans le saint giron , de prêter aide au roi de France, de défendre les terres de l'ëglise, dans ce marquisat de Provence , contre toute attaque , de n'accorder aucun asile aux bérëtiques » sous peine de bannissement et de confiscation de biens ; de dédommager l'église d'Avignon de ses pertes par mille marcs d'argent ; d'abattre les remparts , de combler les fossés de la ville 9 et de n'en relever les murs qu'avec la permission du roi de France.

Ainsi Avignon était insultée , violentée dans son honneur et se$ prérogatives y et le droit de Frédéric méconnu , malgré tous les efforts qu'il fesait pour relever son autorité en Provence.

Le comte de Provence mettait une ardeur extrême à soumettre les villes et les seigneurs. Le comte de Castellane subit sa loi . Il trouvait une plus forte résistance dans ces grandes villes soutenues par de puissans alliés ; pour les réduire , il chercha à les diviser d'après l'ancienne maxime. £n s'alUant avec Arles , il la détacha la première d'une espèce de confédération que des villes voisines avaient formée ; puis s'élançant devant Mice , il 7 pénétre à l'aide d'un parti qui s'y était formé en sa faveur ; de cette dernière ▼iUe , il revient à Marseille , avec la prétention de &'j faire reconnaître comme seigneur de la ville

ai8 HISTOIRE

inférieure . Les Marseillais , maigre sa protection, se refusèrent à le reconnaître pour leur maître , et soutinrent un siëge de trois mois.

Ce fut alors que l'empereur dépouilla le conoite de Provence du comte de Forcalquier et de la seigneurie de Sisteron , et en investit Raymond , comte de Toulouse. Raymond acceptâtes présens de l'empereur, de plus il prit la défense des Marseillais , contre qui l'anathéme romaia avait été lancé. Ses ennemis se prévalurent de tous ces faits pour faire naître de nouveaux soupçons sur sa chancelante orthodoxie. Raymond, malgré les défenses formelles du légat et de plusieurs évéques qui l'attendaient aux bords du Rhône , pénètre en Provence , excite un soulèvement dans Tarascon , reçoit les sermens de fidélité des habitans de cette ville , et pousse vers Marseille sa marche , qu'il signale par Tincendie des maisons et la prise des lieux peu fortifiés. Marseille le reçut avec transport ; ses principaux habitans rassemblés dans le cimetière des Accoules , Forum de cette ville , passèrent avec ce prince un traité par lequel Marseille se livrait à lui , mais non à ses héritiers , avec la condition du maintien de ses privilèges et de ses franchises.

Arles , jalouse de la rivalité commerciale de Marseille , devant laquelle son opulence pâlit et Çnit par s'éteindre, avait formé une alliance

DE PROYENGE. 219

ayecPise, en I232; ce traita, elle l'avait conça dans des vues excellentes : appiiyëe sur cette ville si puissante alors , elle comptait reprendre encore son ascendant maritime détruit par Marseille. Ainsi la Provence ëtait travaillée par une guerre civile , que quelques cites entretenaient dans des projets d'extension de crédit ou de richesses. Sur tous les points du comté , la guerre éclatait avec fureur ; Raymond de Toulouse l'attisait soigneusement ; les menaces , les exhortations de l'archevêque d'Arles et du légat étaient impuissantes pour ramener la paix si sérieusement troublée . L'empereur voyant que son imprudente cession du comté de Forcalquier à Raymond de Toulouse était le motif principal de ces dissentions universelles , . la révoqua , et se i^éclarant pour Raymond-Rérenger , confisqua au profit de ce prince les fiefs et les droits seigneuriaux des villes et des seigneurs qui poursuivraient leurs hostilités. L'adhésion des seigneurs ne se fit pas attendre ; Marseille seule montra moins de docilité : aussi Tenvoyé de Frédéric , dans les mains duquel le seigneur des Raux , le comte de Sabran et le comte de Toulouse avaient fait leur soumission , mit la cité récalcitrante au ban de l'empire le 19 mai 1233, si dans quinze jours elle n'acceptait pas la trêve . Alors Marseille se résigna à obéir. Après )a prise d'Avignon , les croisés entrè-^

rent dans le Languedoc et se rendirent maStres^ de la fins grande partie de cette proTÎnce. Con^ tre tant d'ennemis qni se levaient de tous cât^s pour combattre le comte de Toulouse , un seul parti raisonnable lui restait , celui de tenter un accommodement. Les articles de cet accoramo-» dément furent rédiges à Meaux. Diaprés ce traite , le pays de Yenaissiu fut cédé au pape.

L'empereur, alarmé de cette cession et des actes de souveraineté de la part des légats qui la suivirent, en adressa d^ésergiques plaintes au pape , qui répondit que Féglise n'avait accepté celte terre de Yensûssin qu'afîn de la purger de tout mauvais levain d'hérésie. Mais le comte de Toulouse ne pouvait voir sans dépit cette belle partie de ses états détachée de son domaine et placée sous la domination de Rome. Pour cplmer les ^ craintes orthodoxes du pape , il se mit à châtier rudement l'hérésie , à la poursuivre sans relâche dans ses terres , puis il intéressa en sa faveur Saint-Louis et la reine Blanche , sa mère , qui écrivirent au pape une lettre ^n faveur de leur protégé. Mais le pape usant de ruse , soutenait qu'il n'avait pas voulu s'approprier le marquisat de Provence , et que ce n'était que pour éprouver la foi des habitans qu'il le tenait sous sa puissance.

Aussi tranchant tout-à-fait du souverain , le pape établit-il au mois d'avril i233 des inquisi-

DE PKOVSNCE. 321

teurs dans le comtat YeaMMio et même dans la ProTence et le Languedoc ^ afin dVcraser Théréaie ; le zèle outré de ces inquisiteurs ne connut point de bornes ; après un au dVpreuye , Raymond eut ses états assez purgés , et il écrivit au pape pour en demander la restitution ; le pape dans une réponse éyasive , eut Tair de ne plus élever de doute sur son orthodoxie , de plus il recommanda . au légat de traiter avec douceur ce prince, et de ne pas Texcommunier aussi facilement qu'il avait coutume de le faire. Mais quant à la restitution du romtat Yenaissin , le pontife romain tint un langage obscur ; il prétendît que plusieurs personnes élevaient des prétentions sur ce comtat , et quM avait à examiner cette affaire avec maturité.

Le comte, indigné «les lenteurs qu^il éprouvait, se tourne vers Tempereur qui, au mois de septem*bre 1234, lui donna l'investiture du pays Yenaissin avec le titre de marquis de Provence. Pourtant Raymond n'usa pas de ces prérogatives ; Pierre de Colmieu, le légat, confia le gouvernement du marquisat de Provence à l'archevêque d'Arles , et h Tévêque de Carpentras , le i5 juillet I235, et il reconnut à l'archevêque de Yienne , la faculté d'excommunier quiconque usurperait cet état* Ainsi Fcmpereur était hautement bravé , et le comte Raymond joué insolemment par le ministre de la cour de Rome ; mais ces deux prin-

213 HISTOIEE

ces 8*eiitend!rent parfaitement poar empêcher que leurs intérêts ne fussent compromis par les hautaines prétentions du pape. Celui^^ci colorait sa conduite en assurant que Tempereur réclamait le pays Yenaissin , et que dirers seigneurs ne voulaient relever que de l'empire. Mais Tem-

pereui fit bientôt sentir Tinjustice de ces raisons en donnant, au mois de décembre i235 , une nonvelle investiture à Raymond, sousla mouvance duquel il plaça ceux qui se disaient vassaux immédiats du royaume d'Arles ; de plus il envoya en Provence Taurelle de Strata , citoyen de Pavie, pour possessionner Raymond.

Barrai de Baux , nommé par le comte sénéchal du pays Yenaissin, le 14 août i233, alla à la rencontre de l'envoyé de Tempereur , réunit ses troupes à celles que Taurelle amenait et fit rentrer sous le pouvoir de Raymond les villes et les châteaux rebelles. Malaucênes , Monteux , Pille , Oppede ouvrirent leurs portes à Barrai de Baux et à Strata.

Le château de Momus refusa de se rendre ; l'archevêque de Yienne lança rexcommunicatioii contre ce dernier général , l'interdit fut jeté sur les terres soumises à Raymond , et les archevêques et les évêques reçurent la formelle injonction de faire exécuter contre le comte ces censures impuissantes.

Le comte de Toulouse en prenant possession

DE PmOTSNCE. 233

du marquisat de Provence , exigea Thomniage de

m^s yassaux ; Tëvéque de Carpentras le lai dënia ,

parce que, disait-il, le comte était excommunie.

Idais d'aulres seigneurs furent moins rëcalcitrans.

lie comte de Provence voyait enfin la paix régner

dans ses états , grâce à l'idée heureuse qu'il avait

eue de remettre à la sagesse de Louis IX et de la

reine Blanche , la décision de ses diflérends avec

le comte de Toulouse.

Les mœurs naguère si grossières des seigneurs s'adoucissaient; la cour du comte tenue à Âix, était un asile de galanterie et de politesse ; la comtesse Béalrix y brillait du double éclat de son rang et de son esprit ; les dames qu'elle avait amenées de la Savoie, Agnès de Saluées, les dames de Massa , celles de Barbossa y répandaient un enchantement extrême , car elles étaient belles , instruites dans la poésie du temps , aimant les joies féodales , les tournois , les fêtes ; aussi cette cour reluisait d'une splendeur inouie, exhalant un parfum de poésie qui se retrouve dans les troubadours du temps.

La fille du comte de Provence , nommée Marguerite , épousa Louis ix ; cette princesse n'avait que quatorze ans lorsqu'elle devint reine de France ; tout le monde s'accordait à louer son esprit et sa grâce ; son père avait de plus trois autres filles d'un mérite égal à celui de Marguerite ; la seconde , nommée Eléonore , fut mariée avec

3^4 HISTOHIE

Henri m , roi d'Angletanre. Fier et fort de ses royales alliances , le comte ne pcravait consentir à laisser plus long-tems en paix les villes de Provence qni refasaient de le reconnaître ; il fit proposer aux Marseillais de se soumettre ; ceux-ci rejetèrent avec hauteur les propositions quMI leur fit. Pique de cet insolent refus , le comte prend les armes pour soumettre les habitans de cette ville , où Tesprit des républiques grecques sVtait toujours maintenu à travers les siècles ; la guerre menaçait Marseille et le si<fge s'apprêtait à lenlacer de s^s machines de guerre; quand Louis ix ménagea une trêve qui vint suspendre des hostilités déjà commencées avec une ardeur égale de part et d'autre. Le 20 juin 1238, le comte fit son testament à Sistéron ; il avait alors quatre filles ; il laissa à chacune des deux aînées un snplément de dot de cent marcs dWgent , ii la troisième , qui n'était pas encore mariée , une légitime de cinq mille marcs ; et à Béatrix , la quatrième , tous ses états, qu*il substitua aux enfans mâles dé celte princesse ; si elle n^en avait point, il appelait k la succession les enfans de sa sœur , à défaut desquels la fille aînée de Béatrix hériterait dés comtés de Provence et de Forcalquier ; mais dans le cas où elle viendrait à mourir sans enfans , il donnait ses états à son cousin Jacques , roi d'Aragon , ou à l'héritier de la couronne.

Roméo de Villeneuve et Guillaume de Cotignac

y furent nommes tuteurs de ses cnfans, et administrateurs généraux de ses ëtats. Ce Romëo de Villeneuve a une hisloîre remarquable : ce gen-> tilhomme revenant du pèlerinage de Saint-Jacques deCompostelle , arriva chez le comte de Provence •et s^attacha au service de ce prince ; il déploya tant d^habileté , îl dirigea si bien les finances du comte , que Raymond Bérenger put à la fois faire face aux dépenses de la guerre et à celles d'une cour bnllante. Ce fut ce même pèlerin qui négocija le mariage des quatre filles du Roi , avec autant de tact que de bonheur. Malgré une rare réputation d'intégrité , de si éminens services , Roméo , c'était ainsi que le pèlerin s'appelait , ne put échapper à Penvie. Il vint trouver le comte et lui dit : mes ennemis ont trouvé votre oreille complaisante et votre esprit enclin à les croire , je me retire devant la haine , faites moi rendre seulement mon mulet , mon bourdon et ma pannetière. Malgré les prières du comte , Roméo persista dans sa résolution et se retira de la cour. Presque tous les historiens qui voient Romée de Villeneuve jouer ce râle actif et brillant à la cour de Raymond Bérenger , quoiqu'à la fin du règne de ce prince, n'admettent pas ces récits empreints d'une couleur romanesque. Ce même Roméo se trouvait à Arles quand les habitans de cette ville confièrent le gouvernement de leur ville à Raymond Bérenger pendant toute sa vie. Le comte promit avec ser*- T. m. i5

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ment de maintenir les lois , les franchises et les libertés de la république. L'empereur avait approuvé cette entreprise ; mais Raymond obligea le vicaire de Frédéric qui résidait à Aries , de se retirer et détruisit , par cet acte de vigueur , Hiifluence que Tempereur exerçait encore., ^plbique très faible, sur celte illustre cité. Frédéric, irrite, ordonna à Raymond de venir lui rendre compte de sa conduite et auxhabitans d'Arles de ne point obéir à ce vassal rebelle ; ces ordres furent méconnus.

Le comte de Toulouse et le comte de Provence, qui s'étaient brouillés, se reconcilièrent, et arrêtèrent à Aix le mariage de Raymond et de Sancie de Provence. Ce mariage n'eut pas lieu. Le comte de Toulouse eut la témérité de s'engager dans une guerre contre le roi de France ; et le comte Raymond , profitant des embarras que cette guerre lui suscitait , tomba sur la ville de Marseille , alliée des comtes de Toulouse , et la força de capituler.

Raymond de Toulouse , outré de la prise de cette cité, aurait voulu en tirer une éclatante vengeance , mais l'état de ses affaires Ten empêchait; aussi se vit-'il , bien malgré lui , contraint de conclure une trêve avec Raymond - Bérenger , par l'entremise de l'archevêque d'Arles , le 29 juin 1243* Sancie, troisième fille de Raymond- Bérenger , épousa , à cette époque , Richard ,

DE PHOYÉNGE. ^ 227

^nc de Gomouaitles « qui devint ensuite roi des

Romains.

Restait encore à marier Bëatrix , la quatrième

fille de Raymond-Bërenger et Fhëritière de seg ëtats^ Cette alliance ëtait briguée par des princes ynissans . : l'empereur Frëdëric la fit demander pour son fils Conrad. Ses propositions fiirent reîelëes. Sur ces entrefaites, Raymond-Bërenger mourut à Aix, le 19 août 1245.

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