I. Je vous vaincrai, pourvu que la cour soit loyale Je
transmets ma tenson é Pierrefeu , où la belle tient cour d'enseignement.
a. Et moi, de mon côté, je choisis pour juge l'honorable château de Signe.
DE PROYENCE. l65
Ion. Les deux poètes , m^contens de Tarrét proxftoncë dans cette question par la cour de Si- ^ne et de Pierrefeu, en appelèrent par-devant celle de Romanin. Il donne ensuite la liste des dames qui siëgeaient à cette cour ; ce sont des noms illustres de Provence.
Le château de Romanin , au dire de Nostra* damus , où Phanette, ou Estëphanette , dame du lieu , dont Rertrand d'Allamanon se rendit amoureux , tenait sa brillante cour d'amour, s*ëlevait près de la viHe de Saint-Remy. Cette noble dame de Romanin instruisit la célèbre Laure de Sade, tant cbantée par les sonnets de Pétrarque. A l'article de Laurette et de Phanelte, l'auteur provençal s'exprime ainsi : « Toutes deux romansoyent « promptement en toute sorte de rhythme pro- « vensalle. »
D'après toutes ces assertions d'anciens historiens , l'existence des cours d'amour ne peut plus être niée. Nous voyons même des troubadours choisir à la fin de leur tenson les dames auxquelles ils déféraient une question à décider ; d'autre fois ils leur associaient des chevaliers » des seigneurs et des poètes.
D'après Nostradamus , dix dames siégeaient à. Signe et à Pierrefeu , douze à Romanin et quartorze à Avignon . Des chevaliers se joignaient parfois à elles .
Quand ces dames, toutes florissantes de no-
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blesse et de beauté, avaient pris place dans la vaste salle gothique , les parties étaient amenées devant elles, ou bien on leur soumettait des questions ex^ posées dans des suppliques, ou débattues dans des tensons. Les jugeraens prononcés fesaienty'tfm/irzfdeiice ; on les invoquait dans les causes qui se reproduisaient les mêmes. Quelques cours d^amour^ celle de Gascogne , par exemple , établirent une constitution perpétuelle , charte écrite à laquelle, sous peine de honte , les dames devaient obéir.
Ces tribunaux , sans estaffiers , sans huissiers , sans appareil de peines corporelles , exerçant seulement une autorité morale , se modelaient sur les autres cours de justice dans la rédaction de leurs jugemens. Ces jugemens étaient basés sur des motifs, et quelques-uns fondés sur les règles du Code d'Amour. La voie de Pappel n'était point interdite aux condamnés.
Le Code Amoureux existait ; Timaginatiou de Tépoque lui donne une origine fantastique. Au dire d* André le Chapelain, qui le rapporte en entier , un chevalier breton s'enfonça seul dans une forêt , pour y rencontrer Artus ; une demoiselle lui apparut et lui dit : « Je sais ce que vous « cherchez, vous ne le trouverez qu'avec mon i( secours. Vous avez requis d'amour une dame « bretonne, et elle exige de vous que vous lui ^ apportiez le célèbre faucon qui repose sur une tf perche dans la cour d' Artus. Pour obtenir ce
« faacon, il faut prouver, parle succès d'un com- « bat, que cette dame est plus belle qu'aucune « des dames aimëes par les cheyaliers qui sont u dans cette cour. »
Le jeune cheyalier , après avoir mis fin à une multitude d'aventures romanesques, trouva le faucon sur une perche d'or à l'entrëe du palais , et s'en empara. Une petite chaîne d'or tenait un écrit suspendu à la perche ; cet ëcrit ëtait le Code Amoureux. Le chevalier, pour emporter sans noise le noble oiseau , devait saisir ce Code , de la part du Roi d'Amour, afin de le promulguer.
La cour, composée d'un grand nombre de dames et de chevaliers , adopta les règles de cette plaisante et amoureuse charte , dont voici quel* ques articles :
« Le mariage n'est pas une excuse légitime « contre l'amour '.
« 11 n'y a pas de saveur aux plaisirs qu'un « amant dérobe à l'autre sans son consente- « ment'. »
« L*amour a coutume de ne pas loger dans les « hôtelleries de l'avarice. ^. »
« Rien n'empêche qu'une femme ne soit aimée
i« « Caaaa oon|agîi ab amoN non eit eieuMtio recta. »
a. « Non est sapidam^qaod amana ab înTÎto mmit amante. »