‹ Histoire de ProvenceChapitre 13 sur 20 · HI5T01BE · texte numérisé non relu

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ces propositions et choisit des ambassadeurs pouf aller demander au pape son assentiment ; le roi de Hongrie en nomma de son côté , ainsi que le conseil de régence et les barons napolitains y qui désiraient sincèrement de rétablir la tranquillité dans le royaume ; mais tous ces envoyés , du moins ceux de Jeanne et de Louis, roi de ïlongrie, avaient des instructions trop peu conformes pour tendre au même but : les députés de Louis étaient chargés de demander au pape que le roi André fût couronné non comme époux de Jeanne, mais comme héritier du trône , en vertu des droits qu*il avait reçus de son père Garobert, appelé, suivant eux, à la succession parles lois du royaume ; les députés de Jeanne , au contraire , avaient ta mission secrète de faire traîner .rafiaire en longueur , aGn qu'elle sVvanouît dans d'interminables lenteurs ; au reste , sVmparan» adroitement dés prétentions nouvelles des Hongrois , ils s'en servirent pour frapper leurs demaudes d'avortement.

Au milieu de tous ces débats, de toutes ces prétentions rivales , le pape , renonçant brusquement au rôle de médiateur , se mit , lui aussi , sur les rangs et se déclara seul maître de la couronne de Sicile, tant et si vivement disputée: ainsi se compliqua davantage le nœud déjà si embrouillé de la question. Il prétendit que sa qualité de seigneur suzerain lui livrait la régence du royaume pendant

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)ai minorité de la reine » et agissant conformëment à son audacieuse volonté , il cassa le testament de Robert et défendit à Jeanne , ainsi qu*à ses officiers , de se mêler de gouvernement. La force déclarée était impuissante ; la rase seule pouvait tempérer et affaiblir Teffet tle si vigou-*reuses et si redoutables résolutions. Jeanne agit en femme adroite ; elle eut Tair de courber la tête sous l'autorité du Vatican ; mais elle fit tant par ses promesses flatteuses , que le légat Aimeric de €hastellus , originaire du diocèse de Limoges » envoyé à Naples pour faire exécuter la bulle, n'eut presque point de part au gouvernement.

Le pape , voulant concilier à la fois ce quMl devait aux intérêts de sa puissance et aux sollicitations des Hongrois, eut Tidée de donner le titre de roi au prince André , avec promesse de le faire couronner j^la cour de Naples , s'il se soumettait aux ordres^^^!^ légat. Une pareille idée achevait d'exaspérer 4a reine Jeanne et ses partisans ; aussi ne fit-elle qu*accroître la mésintelligence qui brouillait les partis depuis long-temps. La fureur de la Catanoise , de ses adhérens , de ses parens , ne connut plus de bornes : rien n'était oublié pour humilier le prince André , pour le dépouiller même de cette apparence royale dont on avait consenti à couvrir sa nullité politique. Au milieu de ces rumeurs , de ces agitations , précurseurs d'une catastrophe décisive , la reine comprit qu'elle por-

très assassins le lirent par les pieds et fettent sans* vie sur le sol ce corps où finissaient les dernière» convulsions d'une horrible agonie. Tous les conjures \ qui s'apprêtaient à Tenterrer précipitamment, en furent détournés par une femme hongroise « nourrice du prince , accourue au bruit.

Tous les auteurs du temps font figurer dans cet atroce complot contre la vie d'André, la Catanoise, ses enfans , et même Louis , fils de Catherine de Valois , qui recevait de Jeanne de trop éclatantes marques d*une afleclion partagée. On peut donc , appuyé par le témoignage de Villani et de bien d'autres , citer parmi les auteurs de cette conspiration Philippine la Gafanoise ^ Robert , son fils , grand-sénéchal; ses deux filles et leurs maris, •Charles de Cambateza et Dinisiac , Catherine de Valois et le prince Louis, son fils; Charles de Duras , époux de la princesse Marie ; Charles Artus , grand-chambellan , et Bertrand , son fils : ces deux derniers , d'ailleurs , se hâtèrent de se réfugier dans les terres du prince de Tarente , où ils furent pris. On nomme encore les fils du seigneur Pazzi de Boulogne ; Mahile , sa sœur ; Bertrand de Catanrac de la maison RuflTo ; Nicolas Acciaioli , un des favoris de la reine ; le fils de Grégoire Caraccioli et un Caraffa. Mais tous ces noms pâlissent devant un autre nom plus imposant hasardé par des auteurs dignes de créance :

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€eux-ci n'hésitent pas , sur le tëmoignage suspect d'an Hongrois, d'attribuer ce crime à Jeanne ellemême ; après nous l'avoir peinte comme une femme dominée par ses sens , passant des bras de son amant avoué, lé prince Louis, dans ceux d'une foule de seigneurs sur lesquels elle arrêtait l'errante inconstance de ses feux , ils déclarent que pour briser l'unique obstacle qui la gênait bien faiblement , il est vrai , dans ses désordres passionnés , elle avait elle-même présidé au crime , joyjBuse dans cette couche d'où les assassins avaient arraché son époux. Ces accusations graves ne sont pas , au reste » admises partons les écrivains ; elles sont d'abord réfutées par l'examen du caractère léger, mais nullement enclin à la cruauté , de cette princesse ; de l'absence complète de contrainte de la pari de son époux assassiné, envers elle, prince débonnaire et faible , avec lequel elle pouvait , sans crainte et sans contrôle , satisfaire ses penchans pour les aventures galantes. Parmi ceux qui l'acccusèrent , aucun ne put citer le moindre aveu d'un témoin , la moindre parole accablante pour Jeanne d'un complice. Le roi de Hongrie , qui mit tant d'acharnement contre elle , ne sut qu'alléguer de vagues soupçons ; et de la torture à laquelle plusieurs coupables furent appliqués » aucune voix ne s'éleva contre la reine. Bien plus , un auteur contemporain , Jean de Banzano , non seulement rejette tout ce qui pourrait compromettre

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la mémoire de cette princesse , mais de plas A fait UQ récit qui met IMnnocence de Jeaatie dans tout son jour. D'après cet auteur , le roi fut obligé de résister vivement aux instances de la reine quand il quitta la chambre; et un des conjurés nommé Geoffroi , s'étant glissé furtivement dans îa chambre de la princesse , en ferma Ta porte et présenta la pointe de son épée à Jeanne , avec menace de la tuer si elle fesait le moindre effort pour aller trouver André ; le même auteur ajoute qu*en entendant ce dernier se débattre , Jeanne , malgré Tépée qui flamboyait devant elle , s'écria , éperdue : Avre me^ acre me ; ôuvre^moi^ owre-^moL Au reste , le pape , après avoir examiné dans un consistoire les accusations portées contre Jeanne , ne crutpas que des bruits vagues, des soupçons non avérés, pussent suflîre pour motiver une aussi terrible condamnation ; ce qui pourtant, mieux que des indices dont rien ne prouvait la vérité , corrobora des accusations universellement répétées , ce fut la conduite de la reine après cet attentat : elle con-> tinua à protéger les coupables , qui étaient ses amis et ses serviteurs ; n'ayant jamais donné au malheureux André aucune marque d'affection pendant sa vie , elle ne montra pas même une douleiv de bienséance après sa mort. Aussi , s'apercevant que, malgré l'absence des preuves, la voix publique la chargeait du crime dont son époux éta i mort, elle chercha la protection du pape Clément YI»

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en le priant détenir but les fonts de baptême Tenfant dont elle ëtait enceinte ; le pape y consentit et lui laissa le choix de la personne qui devait le reprësenter dans cette cërëmonie. La reine accoucha d'un prince le ^4 dëcembre i34S- Philippe de Cabassoles , ëvéqae de Cavaillon , chancelier du royaume , le tint sur les fonts an nom du saint-père et le nomma Charles, comme son aïeul.

Rien ne pouvait désarmer la haine des ennemis de Jeanne. La naissance d'un héritier dn trône ne ramena pas le calme autour de son trône , teint du sang récemment verse d'Andrë. La vengeance, l'ambition colorant leurs desseins sous le spëcienz prétexte d'infliger au crime le châtiment exemplaire qu'il méritait, ébranlèrent la base de ce trdne et abreuvèrent d'outrages la royale accnsée qui y était assise. Le roi de Hongrie, Louis , frère d'André , emplissait les cours , et surtout celle du pape , de ses cris de vengeance ; les Marseillais eux-mêmes , au milieu de la tempête qui fondait de toutes parts sur Jeanne , élevèrent leurs voix contre elle et s'adressèrent aussi au souverain pon-

tife, pour qu'elle satisfit par une solennelle expiation le monde que ce crime avait tant épouvanté. Le pape s'exaspéra de tant d'exaspérations , se courrouça de tant de colère -, et fit retentir sa voix fou-* droyante dans cette clameur contre la reine de Naples. Le i*' janvier i44^9 ^^ fulmina sa bulle

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vengeresse t doal les expressions sombres et grarves attachaient une étemelle flétrissure aux fronts des coupable. L'ancienne formule romaine de l'interdiction de Peau et du feu fut ressuscitëe contre eux ; toute société avec rhumanité y. dont ils avaient foulé aux pieds les droits , leur fut interdite ; leurs maisons furent égalées au sol , leurs biens confisqués et leurs vassaux absous du serment de fidélité. Mais le roi de Hongrie trouvait le châtiment lent encore et insuffisant ; il aurait voulu allumer un incendie dans lequel aurait disparu la race des meurtriers , pourvu qu*il trouvât dans leurs cendres refroidies la couronne tombée du front de Jeanne. Les délais que la cour pontificale avait apportés à la cérémonie du couronnement de son malheureux frère, paraissaient à ce prince ardent une des causes principales qui avaient amené la fin tragique d*Ândré. Dédaignant de fouiller des noms d'assassins dans une tourbe inconnue de courtisans , il s'emparait de ceux de la reine Jeanne , des princes , du cardinal de Périgord , et les couvrait du sang de la royale victime , les entachait du sceau de la flétrissure. Sa lettre au pape étalait toutes les animosites de son cœur ulcéré; elle demandait que Tadministration du royaume lui fût confiée , que son neveu lui fut remis en tutelle ; « car , disait-il » « je veux rélever en Hongrie , loin de cette atmos- « phère de sang et de débauche où il pourrait pé-

« rir comme son père. » C'était hors de leur royaume qu'il roulait que le procès des meurtriers fut fait, afia qu^aucuiie considération puissante ^ aucune influence intéressée ne frustrât le cîel et la terre de la vengeance qui leur était due. Cette lettre finissait par une prière au saint-père , pour quMl empêchât la reine d'épouser Robert de Tarente ou quelque autre prince du sang, de peur qu'une pareille alliance n'enlevât pour toujours les Deux- Siciles h. la maison d'Anjou-Hongrie.

Le pape , dans sa réponse , s'attache à justifier sa<:our et les personnes qui lui étaient dévouées. Selon lui , les difficultés de régler les conditions du sacre d'André en avaient différé la.cérémo-* nie ; quant au sort réservé aux coupables et à Tédu* cation du jeune prince , il s'exprima de manière à satisfaire les immodérés désirs de vengeance de Louis ; mais la politique de sa cour perçait dans la manière avec laquelle il parla sur l'administration des états de Naples : à ce sujet , ilâtaà Louis toutes les espérances ambitieuses dont son esprit s'était repu avec avidité : « car , disait le « pape , comment ravir à Jeanne une couronne tf qu'elle doit à sa naissance , qu'elle tient d'une .« solennelle investiture, et qu'on voudrait lui arra- « cher sur les vagues soupçons d'un crime dont elle « peut être innocente ?Agirainsi ce serait afficher Ke «plus insultant mépris des lois et déshonorer leur « majes4é à la face des nations.» Le souverain pon-

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tife contenait que Robert de TareiHe se flattair d^obtenir la main de Jeanne ; mais il a)oota!t qu^il li^avait pas ar cordé la dispense demandée , tt qQ*une affaire aussi importante ne gavait pas être traitée avec légèreté.

Pourtant la justice humaine ne restait pas désarmée devant Tattentat qui avait fait frémir rSurope : le pontife envoya Tarchevéque d'Embrun , cardinal du titre de S^-Marcel , pour informer sur Fassassinat d'André. Ce prélat fut loin de trouver la reine prête à le seconder dans ses recherches }uridiques : celle*ci fit naître de telles difficultés , que le commissaire du pape , découragé , quitta le royaume et se retira à Bénévent. A cette nou"* velle , le pape se sentit profondément offensé ; le roi de Hongrie le pressait de réitérées soilicitar tions ; aussi donnant à cette sanglanle affaire l'éclat qui convenait à la gravité du crime et je k dignité des offensés, il commit, le 23 juin r346^ BeHrand. de Baux , comte de Montescaglioao , grand justicier du royaume , pour instruire le procès , avec deux nobles napolitains choisis dans la ville. Comme le pape nVtait pas éloigné de partager les soupçons qui entachaient la reine, il ordonna à ce Bertrand , par des lettres particu*lières , de ne pas ébruiter les informations qu'il recueillei'ait , dans le cas où, du sein des déposi^ tions et des aveux jaillirait la foudroyante lumière qtfi montrerait , au fond de cet horrible mystère ,

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la reîme «t les princes couverts d'uQ sang royale Si une pareille accusation prenait à être prouvée^ le pape se rëservalt le jugement. La sagesse de cette précaution était manifeste ; elle avait pour IhiI d^empécher que le royaume ne se trouvât , par suite d^aussi épouvantables révélations , exposé à de longs déchiremeos.

La position de la reine empirait de plus en plus; les préparatifs du procès tenaient les esprit^ ei> suspens et glaçaient les amis les plus dévoués d^ Jeanne. Quant à ses ennemis , ils ne dissimulaient pas lejur )oie 9 et dans les circonstances difficiles de celle princesse 9 de^ pensées de démembrefnea^ , d'attaque soudaine agitèrent bien des voisins dangereux. Les Génois , s^armant ^ demandèrent la reddition de Yintiroille, quMIs accusaient Je roi Robert de leur avoir enlevé en i335 ; Lp*^ quio Visconti dépeçait le Piémont; le marquis de Montferrat et le comte de Savoie , se mettant aussi à Tœuvre » tiraient k eux les lambeaux mutilés de cette belle province. Le royaume de Naples irem-r bl^it sops les pieds de Jeanne. Nicolas Gaétan , comte de Fondi., neveu de Boniface YIII , fitunç invasion dans le royaume , poussé par les secrètes instigations du roi de Hongrie , et se rendit maî-*tre de Terracce et dltry ; Jean d*Ânga i régent du royaume de $içile , opéra aussi uae levée de boucliers.

Attribuant tous] ces mouvepiens à Tiia^pres^ioD

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que Tassassinat du roi Andrë avait produite ^ les princes du sang , Robert , despote de. Romanie y prince d*Âchaïe et de Tarenle ; Charles^ duc de Duras ; Louis et Robert , ses frères , pensèrent que Torage dont Thorizon était de toutes parts cerné , se dissiperait devant la vigoureuse impulsion donnée au procès ; aussi , contre toutes les règles, firent-ils saisir Raymond de Cabanes» chevalier , sénéchal du palais , soupçonné d'avoir trempé dans Tassassinat du prince.

Les tortures commencèrent : Raymond, au milieu des angoisses de la question , avoua quil avait connu le complot, et qu'il avait même contribué aie faire réussir ; des aveux terribles tombèrent de sa bouche ; il cita comme complices Robert de Cabanes , Gaston de Dinisiac , Jean etRostangde Léonessa, Philippine la Catanôise, Sancîé , sa fille , et Nicolas de Milazzano. Raymond déroulait devant les juges la formidable liste des favoris, des courtisans intimes de la reine. Toutes ces personnes , à rinstant même qu^il livrait leurs noms à la justice , formaient la cour brillante de Jeanne et habitaient son palais. A ces déclarations , accueillies en frémissant par le peuple et les nobles , ameutés par les princes , dans leur impérieux désir de calmer les implacables ressentimens du roi de Hongrie , un tumulte épouvantable s'élève dans Naples ; la foule grossissante , exaltée , armée de pierres , rugissante de

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fureur^ se précipite sur le Château-Neuf, où Jeanqc se trouvait entourëe de ceux que la colère populaire réclamait avec des imprécations ; cette foule brûle la première porte du palais, et se précipitant à travers les noirs vestiges de son appel à la vengeance , elle ébranle de ses cris le manoir , et demande qu'on lui livre les complices de Raymond. La reine aurait voulu les sauver ; mais elle s^exposait à corroborer des soupçons non encore dissipés en s'obstitiant à défendre contre l'impassible sévérité de la loi des personnes que Tindignalion publique avait déjà flétries de la honte d'assassins ; aussi finit-elle par les abandonner ellemême aux juges. Les précautions qui furent prises pour empêcher que leurs dépositions n Wrivassent aux oreilles du peuple, prouvent combien la fatale participation de la reine au complot tramé contre son époux paraissait facile à prouver au grand-justicier , car celui-ci fit entourer de hautes palissades le lieu où tous les accusés furent amenés pour subir une horrible question. La Catanoise» foute décrépite , fut jetée mourante au bourreau qui la tortura ; elle rendit le dernier soupir au milieu d'atroces douleurs. Une vie si brillante , si heureuse , fut ainsi impitoyablement bâchée par le fer aigu d'un épouvantable supplice. Son fils Robert et sa fille Sancie épuisèrent sur leurs corps les raffinemeos de la cruauté du temps ; des tenailles leur déchiquetèrent la peau , des rasoirs y

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imprimèrent de longs et pantelans sillons , et le fea les étouffa , avec un bâillon dans la bouche pour comprimer leurs cris de douleur.

Tandis que la flamme , les investissant de tous côle's , dardait dans leurs chairs corrode'es ses aiguillons , le peuple , qui voulait avoir sa part de joie barbare et de cruauté dans ces abominables exécutions, se rua sur les suppliciés, les arracha des flammes à demi-brûlés , mais vivans encore , les dépeça hâtivement , et tenant en Tair ces trophées horribles , les promena sanglans , noircis , en lambeaux hideux , dans les rues de Naples. Quapt aux autres complices , leurs châtimens furent moins terribles , parce qu ils paraissaient moins coupables. Charles Artur et son fils Bertrand, qui s'étaient réfugiés au château de Sainte- Agathe , dépendant des princes de Tarente, furent assiégés, pris et conduits aux prisons de NapJes , OJi ils moururent empoisonnés*

Tant d'holocaustes offerts à la mémoire du roi André , à la haine de son frère le roi de Hongrie contre les meurtriers, auraient dû, ce semble, apaiser la soif dp vengeance qui dévoraîtce dernier prince ; mais celui-ci songeait moins à venger son frère qu'à s'assurer le royaume de Naples ; c'était Jeanne qu'il haïssait , c'était elle qu'il voulait déposséder d'une couronne contre laquelle il aurait volontiers échangé la sienne ; aussi , non désarmé par l'éclatante punition des assassins d'André , il

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soudoie, dans des vues ambitieuses, des troupes en Allemagne , et méprisant les défenses du pape, il se procura le puissant Soutien de l'empereur Louis de Bavière ; de plus , à force d'argent , il se créa dans l'Italie et à Naples une foule de créatures qui préparaient sourdement une révolution nouvelle. Jeanne vit poindre à l'horison ce nuage qui« en s^élarglssant , devait s'entr'ouvrir et vomir sur son royaume , après l'avoir couvert tout entier , la plus formidable des tempêtes ; elle pensa que le choix d'un époux pourrait le détourner , et ckoîfiit le prince Louis de Tarente , pour lequel elle avait professé un attachement bien connu. L'amour seul la décida dans ce choix , car ce prince n'avait aucune de ces qualités qui permettent à un roi d'opposer à Tôrage une tête qui le doi^ipe et le dissipe. On accuse Jeanne d'avoir voulu faive enr fin et trop tard autoriser par le ciel une liaison criminelle. Le 20 août i346, avant la réception des dispenses d'Avignon , le mariage fut célébré avec pompe.

Ensuite , Jeanne écrivit une lettre au roi de Hongrie , pleine de témoignages de confiance et d'attachement. Le prince répondit ainsi : « Jeanne, « le dérèglement de votre conduite , l'ambition ile <c régner seule , votre négligence à punir les cou*» <« pables , voire mariage précipité , vos excuses a même , tout prouve que vous êtes complice de tt la mort de votre époux. »

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