DE PRO\£I(C
quii grondaient au pied de la tour. Quelques temps après cette femme dont la royale couche ëtalt occupée par deux fantômes d'ëpoux assassinats , se maria joyeusement à Philippe de Tarente , frère du roi Louis.
La garnison d^A verse capitule au hruit de ces rapides exécutions , de ces revers de fortune si multipliés. Le roi de Hongrie entre dans îtaples , enfin , bien décidé à châtier cette ville , mais il ëtala aux regards des habitans un spectacle tel que le mépris et la raillerie firent place à Tcpouvante : autour du vainqueur chevauchaient des cavaliers maigres portés par des haridelles efflanquées f derrière lui venaient des soldats chancelans sous leurs fatigues passées , troupe de spectres qui égayait le napolitain ébahi ; aussitôt la ville devant une armée si harassée , si morne , s^émeut et court aux armes; le roi effrayé est forcé de déloger, il retourne dans la Pouille sans avoir pu asseoir sa domination , quelques jours seulement y sur le terrain mouvant des révolutions italiennes ; le pape instruit de cette fuite et de la révolte triomphante de Naples , jette son bâton pastoral entre ces hauts conteudans ; il décide Louis à nommer des plénipotentiaires chargés d^entrer en négociations avec les légats.
Le résultat de cette négociation fut un traité qui établissait une trêve entre les deux couronnes jusqu'au premier avril i35i ; en attendant cha-
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cun gardait les places dont il se troarait en possession ; il ëtait également déclare que les cardinaux délégués achèveraient Pinstruction àa procès de Jeanne ; on Toulait dans le cas où sa culpabilité vint à être démontrée , que son royaume fut remis par le saint siège au roi de Hongrie ; mais si son innocence sortait intacte des débats du procès, alors le roi de Hongrie devait se voir forcé de loi rendre les villes en son pouvoir moyennant une indemnité de trois cent mille florins que Jeanne lui paierait pour ses dépenses de guerre ; jusqu'à ces solennelles décisions , Jeanne , Louis, son mari , et le roi de Hongrie devaient s^ éloigner du royaume de Naples.
Le roi de Hongrie se soumit à celte dernière clause ; il prit la route de ses états après avoir distribué ses troupes dans les places de sa dé-* pendance. Jeanne et Louis s'obstinèrent à rester. Cependant la révolte nullement comprimée par leur présence, prenait chaque jour un caractère plus décidé en Italie , elle agitait même la Provence , où Aimeric Rollandi avait été envoyé en qualité de sénéchal. Le choix d'un étranger pour cette dignité exaspérait les Plrovençaox , parce que c'était une violation des privilèges de leur pays , d'après lesquels cette charge ne pouvait êlre conférée qu^à un de leurs compatriotes ; aussi Rollandi ne fut^-il pas reconnu ; les Marseillais seuls l'acceptèrent pour sénéchal ; la guerre parut alors imminente.
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Les Marseillais cherchaient des allie's autour d^eux; Charles de Grimaldi , la maison des Baux, la communauté d€s Martigues leur refusèrent leur appui ; personne ne se leva pour les assister ; il fallait donc gue cette Tille , fidèle à la cour de Naples , lutta seule contre ses Toisins ; Peffervescence était au comble ^ les préparatifs de guerre se fesaient de toutes parts , mais quelques hommes influens par leurs positions , animés de Yues conciliatrices, dissipèrent heureusement Torage qui s'amassait sur la Provence. Aix tint des états , Marseille reçut les députés de ces éiats , et son conseil de ville décida que la reine serait suppliée de s^expliquer sur le privilège de la Provence , tandis que la médiation du pape se* rait demandée. La reine qui tenait à son sénéchal , écrivit an souverain pontife pour le prier de maintenir RoUandi dans la charge qu'on lui disputait ; le pape refusa d^adhérer à ses vœux ; alors cédant à Topinion qu'elle ne pouvait plus braver, elle révoqua RoUandi et nomma à sa place Raymond d'Âgout. Au reste la position de cette reine était extrêmement critique ; son trône mal affermi résistait faiblement aux prétentions de Louis de Hongrie ; celui-^ci se disposait à rallur* mer la guerre , l'argent , les soldats manquaient à Jeanne ; c'est dans cette occurence déplorable que Clément VI!{ prévoyant de nouveaux malheurs, et voulant les prévenir , envoya Tarchevéque de
Brindes à GaieUe pour calmer rirrîtatioa des? esprits , et proposer des voies d*accoinodeinent p de plus il écrivit à EUzabeth , reine douairière de Hongrie, afin qu^elle n^épargnât rienpouc qu'une paix si chèrement obtenue ne fût pas encorerompue par des guerres sans fin.
Mais les ennemis de Jeanne cherchaient k* paralyser les intentions pacifiques et bienveillantesdu pape ; ils ne cessaient de demander à grands, cris que cette reine fiit de nouveau jugée , car Pimage de son époux assassiné avec des circonstances si lugubres à Averse^ était sans cesse évoquée pour entretenir contr^elle une haine que Ton cherchait à populariser; aussi avait-on pleinement réussi : déjà les imaginations crédules et superstitieuses du temps étaient obsédées parle souvenir de ce drame sanglant qui prenait dans un lointain de quelques années d'effrayantes et colossalles proportions; on cnBÎt : /ug^er Jeanne , Juger Jeanne , que le sang de son épouxsoii çengé ; les ambassadeurs hongrois , échos intéressés de ces rumeurs menaçantes , pressaient le jugement à la cour d'Avignon, Clément céda , mais dans sa prudence il prit un biais heureux , parfaitement accommodé à Tesprit de son temps etqu^il ne faut pas juger avec la philosophie du nôtre. Les préventions étaient tellement fortes qu*on ne vit pas d'autre moyen pour sauver la reine que celui de l'engager à déclarer qu'un.
Toalëfice ]eié sur elle Tavait empêchée d'aimer son royal époux. Ce maléfice expliquait tout ; on prouvait, par lui, que les courtisans s'étaient promis iMmpunité et un surcroit de faveur en fesant périr un prince que Tenfer ravissait aux caresses de sa femme ; ainsi tout s'éclaircissait dans cette tragédie du moyen âge. Le diable était le Dieu qui dénouait l'intrigue embrouillée , et répandait une clarté satisfaisante sur toutes ces scènes obscures et mal expliquées.
Les juges se hâtèrent d'admettre cette singulière interprétation de l'événement tragique d*Averse; le diable, sur le compte duquel on pouvait impunément mettre tous ces crimes qui épouvantaient le monde , fut encore Tauteur principal et obligé de ce drame , et la haine de Jeanne contre son mari parut toute naturelle.
Enfin la paix fut rétablie : le 22 mai , Naples vit une céi^émonie brillante , Jeanne et Louis y reçurent la couronne dans toute la magnificence d*une fôAe populaire ; la joie que ces deux époux éprouvèrent se signala par la construction d'un monument; Jeanne fonda une église enThonneur de la vierge ; Louis voulant aussi que la postérité connût la part qu'il avait prise à la satisfaction causée par le dénouement inattendu d'une affaire si triste , institua l'ordre de chevalerie du S*-£sprit au droit désir ^ nommé par les histouens de Naples l'ordre du nœud.
Des jours sereins brillèrent enfin sur les tètes de Jeanne et de Louis , ils se Hyrèrent à tous les enehantemens des fêles , et Tindolence de leur règne encouragea la licence dont les progrès allaient toujours croissans ; il leur fallut avoir recours à des prodigalite's sans cesse renouvelles pour s'attacher la foi incertaine et chancelante des grands seigneurs , ou pour mettre un terme à des hostilités qui les harcelaient dans les molles léthargies de leur vie ; leurs sujets du comte de Provence restaient continuellement exposes à des attaques , k des guerres dont les lassait Guillaume Lascaris , comte de Yintimiile ; Gui de Flotte « lieutenant * gënëral du grand sénéchal , termina heureusement ces incessantes agressions par une paix conclue le i4 décembre i352. Mais Tétat des finances de Jeanne était pitoyable » tant de libéralités excessives , tant de dépenses occasionnées par de ruineuses guerresles afaieni extraordinairement réduites ; pour les réparer , . dans l'extrême épuisement où elles se trouvaient , on eut recours à l'aliénation des domaines de la couronne ; pourtant il y eut opposition de la part des états de Provence qui invoquèrent, pour empêcher ces ventes impolitiques , les déclarations du roi Robert et celles que la reine elle^ même avait données le i5 septembre i35o.
Louis de Duras se crut insulté par la faveur puissante qui entoura Robert et Philippe de
Tarente , frères du roi , à leur retour de Hongrie ; le resseotimeut de Louis de Duras detait iospirer des craintes d'autant. plus sérieuses à lareioe, que Clëment YR, son protecteur, venait de mourir le 6 décembre i352 ; ce pape avait de l'esprit et de Tëloquence , mais son amour pour les femmes et notamment pour la vicomtesse de Turenne , tante de Commingue , qui le subjugua entièrement , répandit dans sa cour sacerdotale un air de mondanité profane; Innocent YI lui succéda; Jeanne se hâta de Tinstruire de la triste situation où la haine puissante et armée de Louis de Duras la mettait; le pape lui adressa des exhortations à la patience ; alors Tempereur Charles lY , de la maison du Luxembourg , vint en personne pour faire revivre les mêmes droits de sa famille à la souveraineté de ce comté : cVtait pour Jeanne un compétiteur qui le menaçait dans son autorité dans cette province , tandis que Louis de Duras se préparait aussi à leur lancer dans le royaume de Naples le plus redoutable coup.
Louis de Duras avait fait un appel aux armes ; tous les mécontens se réunirent et vinrent grossir les rangs de son armée ; le Royaume de Naples retentissait encore de bruits de guerre , de saccagemens de ville, d'incendies de château. Robert , frère de Louis , résolut de seconder les projets de vengeance de Theureux rebelle , il fit voile pour la Provence ; là il (orma une ligue
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arec le Seigneur de la Garde de la maison d'Ademar, et partis dans la nuit du 5 février i355 ils vinrent investir le château des Baux, édifie sur un rocher , et qui tomba au pouvoir des redoutables assiégeans. A la nouvelle de la reddition de cette importante forteresse, tous les ennemis de Jeanne prennent courage et accourent pour grossir les rangs de l'armée en révolte. 3oo hommes de cavalerie et 5oo fantassins viennent se mettre sous les ordres de Robert; le baron agita alors le gonfanon de guerre pour venger Paffront inopiné de la maison des Baux; en peu de jours la place conquise se trouve entourée de 800 cavaliers et d'une nombreuse infanterie ; les détails du siège sont restés inconnus; moyennant une somme que le pape donna, le château fut restitué, et Robert de Duras se retira chez le roi de France: Cette guerre civile aurait pu causer un embrasement général , sans l'habileté de Philippe de Tarente qui , envoyé de Naples pour Téteindre , employa les plus heureux moyens dans sa mission de prince et de conciliateur. Pourtant toute Farmée de révoltés ne fut pas anéantie : un homme surnommé L'archiprétre, Arnaud de Servole, épouvantant , par sa puissance et par les brigands qui lui obéissaient , les rives du Rhône , prolongea encore le retentissement de ces petites batailles , de ces débats insignifians, mais qui maintenaient le pays dans un état de malaise.
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Cet Arnaud eut de nombreux partisans , parmi lesquels on comptait Amiel de Baux et Raynaud de Baux, comte d'Avelin; cette troupe dësespére'e désola une partie de la Provence : Dragui* gnan , Saint-Maximin et beaucoup d'autres villes conservèrent long-temps le souvenir de leurs dévastations ; Brignolles capitula dans leurs mains sanglantes ; telle était la guerre de partisans que fesalt cet Arnaud de Sevole ; il donnait pour prétexte à ses incursions, sa haine contre la reiive Jeanne , et avait soin de protester de son dévouement pour le pape. Alors grandissait la maison de Savoie , devant laquelle s'e£Esiçait peu à peu, en Piémont , Tinfluence dont Jeanne avait hérité de ses ancêtres sur cette provipce voisine de son comté. Amédée lY marchait même à la destruction de cette influence ; lâais Philippe de Tarente parvint à conclure avec lui une ligue ofTen-«> sive et défensive, à Paide de laquelle .1^ progrès du mal furent anéantis. L^archipcétre continuait toujours ses ravages, il passait toujours sus la Provence comme un météore. Le prince de Tarent^ n'ayant plus rien à craindre du cdté de la Savoie , accourut sur les bords de la Dur^nce pour en disputer le passage à ceterribie Arnaud* Les troupes de ce chef, saisies d'épouvante à l'approche d'un ennemi supérieur et bien disci-pliné, ne voulurent pas essayer une bataille ran-gée, et préfBraot les chances plus multipliées d*ane T. m. 22.
guerre de rochers, de montagnes , de rarinis , elles se divisèrent en plusieurs bandés et se dispersèrent sur la surface entière de la Provence. L^ennemr fut alors partout , il apparaissait dans les plaines, descendait en hurlant les montagnes , se tenait en embuscade derrière les fourrcfs , se multipliant à ]*infini ^i torturant le pays dans tous les sens ; on eut dit que le souffle de la mort y avait passe ; les ruines des arbres ^sciës et abattus , les débris des moissons arrachées, des vignes coupées, les décombres des maisons incendiées répandaient au loin un air de désolation qui attris-* tait le regard ; c'était ainsi que Tarchiprétre marquait sa dévorante course.^ On résolut d'exterminer tette horde abominable par la famine ; tous les fourrages furent soigneusement enfermés dans les vflles, et Je feu' acheva de détraire ce que Ton ne pouvait ^emporter*; ainsi la Provence fui désolée autant par Fennemi que par ses propres habifans ; ce qne chez Tun fesait Tinlérét de la destruction , chez l'antre cVtait l'effet dVine mesure de conservation. Arnaud eut devant lui, derrière lui , à ses côlés^ de dolentes plaines où Tincendie tourbillonnait sm des amoncellemens de ruines ; pourchassés par la faim , traqués par rincendie , «rrans comme des phantômes dans ces terres désolées , les soldats d'Arnaud se replièrent vers Avignon dans Tintentien d'assiéger la ville papale. Le souverain pon-^
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Hfe qui n'avait à leur opposer que de faibles mu- Tailles , entra en composition avec eux e( les éloigna moyennant une somme d'argent.
Mais le përîl ne fut qu'un instant ^arte' ; peu de temps après ces bandes obstinées reparaissent encore toujours avec Tarchiprétre en tête ; un effort désespère fut alors tenté contre elles par les villes -attachées au parti de la reine Jeanne , telles qu'Arles , Nice , Aix , Toulon , Grasse , Tarasçon, Fré^us, etc. Raymond d'Agout , Isnard et Guillaume de Glandevès , seigneur de Cuers ^et de Pourrières , déployèrent un zèle ardent ; tous les châteaux sonnèrent le beffroi d'alarme , tous les vassaux accoururent , mais que pouvaient "des bourgeois , des artisans mal armés , maniant pour la première (bis l'épée , contre ces bandes ^Iguerries, bronzées par mille combats, pour lesquelles la guerre était un métier , un jeu terrible ; le roi de Naples fut sollicité d'envoyer des secours à la Provence ainsi foulée et meurtrie par ces. soldats d'Arnaud de nouveau accourus ; celui-ci les promit , il s'adresse aux Florentins qui s'engaftèrent à envoyer 3oo cavaliers ; d'autres villes offrirent aussi des auxiliaires armés , une ligue se formait ainsi en faveur de notre pays; mais toutes ces promesses , toutes ces offres furent frappées d'un complet avorteraent. Le pape ainsi abandonné aima mieux entrer encore en composition avec cet Arnaud de Servole , que
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de laisser Avignon expose aux souillures , aux horreurs d'un affreux pillage. Arnaud dîna avec le pape et reçut Tabsolutlon , et ce qu'il prisait encore plus , quarante niîlle ecus. Ainsi repu d'or et gorgé de butin , il évacua le pays , après Tavoir ravage pendant trois mois.
Maïs Tëloignenient d'Arnaud ne suspendit pas le cours de ces incessantes hostilités. Un cri de générale réprobation sVleva et vint battre les murs du château dés Baux ; cette puissante fa- ' mille fut signalée comme ayant attiré les brigands dans les champs de la Provence , comme leur aybnt jeté en proie tant de villes , tant de bourgs rânçormés , pillés , incendiés , détruits ; on s*aritia contre lès Baux, et sans Tintercession du pape et des cardinaux qui calmèrent cette violente irrigation des esprits , l'antique forteresse s'écroulait et écrasait de ses débris la noble maison qui s'y abritait depuis si long-teknps. I>es calamités physiques se joignirent à celles de la guerre ; pendant l'automne les campagnes regorgèrent d'eaux ; des pluies perpétuelles les crevassèrent, puis vint l'hiver dont la rigueur fût extrême ; les plaines , les montagnes disparurent soûs d'épaisses couches de neige ; la famine que de pareilles intempéries produisirent fit hausser prodigieusement le prix des denrées , et de tous ces fléaux réunis s'élança la peste , qui dépeupla promptement la malheureuse Provence.
Louis et Jeanne étaient loin de tenir leurs yeux fixes sur ce douloureux ëtat de notre pays : la révolte qui multipliait autour d'eux sa voix formidable préoccupait seule leurs esprits ; dans la Sicile , de légers succès , qui leur firent croire un instant à la totale pacification de cette île turbulente , fiirent suivis de revers ; aussi Tabandonnèrcnt-ils, afin de pouvoir conserver quelques provinces de Naples soulevées aux^ appels de (guerre et de sédition de Louis de Duras et de Jean Pipin , comte de Minoryino.
La Provence ne paraissait à ces deux princes qu'un pays d'hommages et de subsides ; les plaintes aiguës , les malheurs de tout genre de cette contrée u^arrivaient pas jusqu'^ leur cour voluptueuse et inquiète ; ils s'ébaudissaient malgré quelques villes perdues, ou après quelques villes reprises en Italie , sous leur ciel tiède et pur , fermant Toreille aux doléances de leurs sujets de Provence , et les campagnons de Tarchiprêlre roulaient encore le tonnerre de leurs cris de guerre , secouaient e^ncore la flamme de l'incendie sur cette région pressurée , foulée , meurtrie dans ses crénaux , dans ses villes , dans ses plaines ; Tinquiet Amiel de Baux rêvant toujours à cette souveraineté , songe doré héréditaire dans sa famille , les avait tous convoqués autour de sa bannière ; « or , dit Nostra-Damus , ]es Provence çaux qui croyaient estre quittes au moyea 4u .
Z^a HISTOIRE
« pont d'or qu^bn avait fait à Tarchrprêtre ^ « fareDt bfen estonn^s quand au bout d^un ztit tf ils le virent revenir avec son armée bandoulière « pour retirer une autre curée. » *
Tous les habitans depuis Page de i5 ans jusqu'à celui de 35 furent forcés de prendre les. armes pour combattre ces opiniâtres assaillàns ; malgré cela , on trouva que les milices du pays n'étaient pas de force pour Tutter contre un SI redoutable ennemi ; Jean , comte d'Auvergne , auquel on promit SS^oco florins d\>r / c'est-à-dire 3',38i,ooo livres pour Tindemniser de ses dépen-^ ses y amena en Provence deux mille cinq centshommes supérieurement armés , tous montés sur des chevaux barbes. Raymond des Baux , comte d'Avelin , uni à Amiel de Baux , l'instigateur de toutes tes déplorables guerres, dirigeaient les opérations des bandes dé Tarchiprétre , mais le comte d'Auvergne les heurta avec vigueur, ît s'attacha à leur poursuite , Tes traqua die mont en mont; le pays ainsi parcouru par ces flamboyantes meutes d'iennemis et d'amis tombait en lam-* beaux sous ces courses à perte d'haleine y des^ bataillons venant se choquer contre des bataillons; heureusement que le comte d'Avelin mourut aa commencement dé Tcinnée i36o , et cette mort
!• Cëaar Nottndamus, 4* part. •— Secundà vita ùinocentii cUuu Buluze.
i>E raovENCE. 343r
çleignit le feu d'une guerre qui avait tant retenii. Mais à ces époques malheureuses ^ le calme ne durait pas . long-temps ; le traité de Bretigny. avait forcé les Anglais d'évacuer les places dont ils avaient la garde ; les garnisons ainsi congédiées formèrent des armées de pillards dont la France devint la proie. On nomma ces soldats, ces officiers réduits- à continuer la guerre dans ieur propre pays pour subsister, les lard-çenus^ parce que des bandes plus- dévorantes encore les avaient précédés sur cet immense champ de ruines que la féodalité avait créé ; la Provence entendit, bientôt leurs hurlemens » et elle se vit couverte de ces troupes désordonnées qui renouvelèrent les scènes à peine éteintes^ des soldats de Parchiprétre. Le chef de l'une de ces bandes avait pris le titre d'ami de Dieu et d*ennemi de foui le monde ; il \\ist\fîdit fort peu sa première qualificalian , mais parfaitement la. seconde ; Avignon, la cilé papale, si resplendissante de richesses, chatouillait sa cupidité ; il savait que Parchiprétre dont il suivait tes errantes traces avait eu dsins celte ville un obligeant accueil et que sa casaque souillée de sang et tachée de meurtre avait brilM parmi les chapes et les chasubles des cardinaux ; il désira le même accueil dans Pespoir de rançonner comme Arnaud cette opulente cour; au camp de ces brigands on causait beaucoup sur le9 richesses des cardinaux, on parlait surtout
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de ce cardinal Hugues de Rognés , frère du pape Clëment YI , qui après sa mort laissa plus de quinze cents mille livres pesant en or.
« Les Tard-Tenus , dit Froissart , avaient furë « entr'eux qu'ils auraient de l'argent ou quMls « seraient huriés. » La ville de St.-Esprit tombée en leur pouvoir devint un lieu de désolation ^ « dont, ce fut pitië, ajoute le même historien, car « ils occirent maint prud'homme , et violèrent « mainte demoiselle. » Cette ville leur servit de point central pour les op^ations dont ils élargissaient démesurément le cercle autour d'eux ; ils s'élançaient de là jusqu'à Avignon qu^ils affamèrent et sur une foule de villes toutes ruinées ou ébranlées aux chocs de leur fureur ; la famine et la peste marchaient de concert avec eux ; ils en promenaient les ravages , comme s'ils les eussent logées dans les plis de leurs drapeaux troués; la famine et la peste, leur auxiliaire naturel, ne les épargnaient pas eux-mêmes , mais cette vie de continuels brigandages , d'extorsions impunies , de viols accomplis à la lueur des incendies , avaient trop de charme pour ces soldats dont la guerre seule nourrissait la singulière existence ; des Anglais, des Allemands, des Brabançons , des Gascons venaient grossir les rangs de ces brigands ; tout passait au fil de leurs dévorantes épées ; les maisons croulaient devant eux dans les flammes ; les églises disparaissaient
ea laissant à peine la trace noircie de leurs vestiges ; le pape les menaça alors des armes spirituelles et temporelles ; ils repondirent qu'ils mettraient toute la chrétienté en combustion.
Ces bandes forcenées acceptèrent pourtant volontiers l'invitation de soutenir le prince qui , dans une guerre où il se trouvait engagé, les appela auprès de lui ; le marquis de Montferrat , dans ses longs démêlés avec les Yisconti , crut qu'elles lui seraient d'un secours utile ; le pape , auquel il proposa de les emmener en Italie, pourvu qu'il voulût donner une somme considérable , accepta volontiers le marché , et ces brigand^ , moyennant soixante mille florins que lé pontife leur concéda , consentirent à suivre les enseignes du marquis de Montferrat; mais ils reçurent de plus une grâce que ces bandits, dégoûtans de crimes et de sang, implorèrent avec instance au milieu des ruines qu'ils avaient faites , des cadavres qu'ils avaient amoncelés : ce fut Tabsolution pleine et entière de leurs péchés; le pape se hâta de leur accorder cette nouvelle faveur qui avait au moins le mérite de ne pas dépouiller le trésor d'Innocent YI.
Mais le départ de ces bandes tumultueuses ne laissa pas jouir la Provence d'un repos si souvent troublé ; un fou dangereux vint gravement le compromettre ; Jean Guccio, de Sienne, parut dans notre pays en assurant qu'il était
rot de France ; aide d'un Anglais appelé Dû'- Temai , il parvint à former une petite armée qui désola encore les contrées à peine remises de leurs terreurs ; on prit les chefs- de cette petite armée et on les envoya à Maples où ils furent pendiis. Ensuite le comte de Transtamarre arriva du côté de TEspagne avec de turbulentes corn*pagnies , et voilà encore la Provence sillonnée dans tous les sens par de bandes indisciplinées ; dix ihille florins , dix mille septîers de blé, deux mille brebis les écartèrent; et quand ils reparurent deux ans après , vingt mille florins les décidèrent encore à quitter là Provence. Le i6 mai i362y le mari de Jeanne » Louis.»
mourut âgé de J^i ans ; il ne laissa aucun enfant mâle ; au souvenir de ce prince ne se rattache celui d'aucun fait glorieux ;- épuisé par des débauches prématurées, il manqua d'énergie et vécut entouré de baladins et de seigneurs voluptueux ; sa femme , à qui il devait la couronne , n'obtint de lui que de vaines marques d'affection , et même lé palais retentit souvent du bruit de ces querelles domestiques , dans laquelle la majesté royale éteignait son éclat, innocent YI le suivit de- près au tombeau:
pape de quelque vertu-, d'une austérité de conduite fort remarquable , mais docile aux • ambitieuses exigeances de sa parenté , qui cherchait à s'enrichir par le honteux et simoniaque
trafic des bénéfices. La Provence admirait Ta Terta sévère de Grrmoard » abbé de Saint-Yictor , de Marseille ; Innocent YI l'avait envojé à Napîes pour aller offrir les coniplimens de condoléance du pape à Jeanne ; tandis qu'il cheminait de Florence à Naples , un courrier vint lui appor«ter sa nouvelle promotion k la papauté; il se rendit sur le champ à Marseille , et , arrivé à Avignon , il vit reluire autour de son intronisation , trois rois : Jean de France , Pierre de Chypre et Yaldemar de Danemarck.
Le roi Jean aurait désiré que le nouveau pontife décidât Jeanne. à épouser son quatrième fils Philippe 9 alors duc de Tourraine et depuis duc de Bourgogne , auquel on donna le surnom de hardi ; le pape consentit à prêter les mains à cette affaire , mais la reine de Naples, qui crat^ gnait de trouver un maître dans un époux issu d^une si noble race et soutenu par l'ascendant suprême de la royauté française , rejeta une union si éclatante et se donna pour époux Jacques d'Aragon , roi titulaire de Majorque comte de Roussillon et de Cerdagne. Malgré tous ces titres , Jacques ne possédait aucun pouce de terrain sur lequel il pût promener sa royauté imaginaire ; Jeanne, qui avait accueilli à Naples son errante fortune, lui proposa de Pépouser le i4 décembre i362, mais comme elle fesait aussi là fortune de ce monarque sans couronne , eHo
liû imposa la loi de ne jamaîs joindre à son titre de roi de Majorque , celui de roi de Sicile , et celle de ne point recevoir Thommage lige des barons, ainsi que le serment de fidélité des autres sujets. Jacques consentit à tout , pourvu qu'il piU appuyer sa tête dëcouronnee sur le chevet royal de Jeanne ; il renonçait aux honneurs d'une dignité qui inspirait à la reine un vif ombrage j tant elle était jalouse , maintenant , de n'avoir à partager son pouvoir avec personne.
Jacques put se consoler du rôle humihant quUl jouait, dans les pompe& du mariage qui se célébra un an après la mort de Louis de Tarente ; mais réblouissement d'une fortune subite ne dura pas long- temps ; il se sentit humilié de sa nullité politique , et croyant que l'attachement de sa femme rendrait sa témérité sans danger^ il osa risquer sur quelques actes à côté de son nom l'appellation triomphante de roi de Naples ; mais cetle prétention eut de sévères conséquences pour Jacques ; les princes du sang et le pape poussèrent de hauts cris ; Jacques fatigué de ces plaintes , toujours plus honteux du rôle secondaire qu^on voulait le forcer de jouer , voulut prouver au monde qu'une couronne était digne de son courage ; il alla se ranger sous les étendards de Pierre-le-Cruel , roi de Castille , pour faire avec lui la guerre au roi d'Aragon ; mais Henri de Transtamarre battit Pierre , et se
Tendit maître de Jacques, que la rançon de Jeanne 4ira des fers ; à peine fut-il rendu à la liberté, que ractivité dcTorante de son esprit le lanca encore dans de nouvelles expéditions : étant par^'enu à former un corps d^armée , il se résout à entreprendre la conquête de l'Aragon ; mais , frappé par de revers accablans , il succomba aux chagrins de voir la fortune renverser soudainement Tédifice à peine commencé de sa grandeur. Jeanne, sans mari encore , gouverna assez bien ses états de Naples ; mais la Provence continuait à être agitée par de nouvelles guerres de partisans ; c'était Tépoque des compagnies ; ainsi s'appelaient ces tumultueux débris d'armées licenciées, promenaht paKout la turbulence de leurs camps et le ravage de leurs incursions brusques et capricieuses; les états* de Provence or-* donnèrent bien , le 18 juillet i363 , que les châteaux et les villes se fortifiassent pour ne pas disparaître engloutis dans ces mers 4'homraes de guerre ; mais les campagnes offraient tou)Oiurs un vaste théâtre de déprédations de tout genre à ces bandes indisciplinées ; le pape voulut en finir avec ces hommes de ruines et de sang :
il lança contr'eux toutes ses foudres ; sa voix fut écoulée ; de tous côtés on s*arma co«tr'eux ; on les massacrait partout où on les rencontrait ; trente d*enlr'eux ayant osépénétrer dans Avignon, furent surpris et appliqués au plus rigoureux
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supplice ; il y eut de partout guerre d'exlermî-^ nation ; les compagnies ainsi harcelées deyinrent forieuses de désespoir et de colère ; elles usèrent du droit de représailles qu'elles n'avaient pas, puisqu'elles étaient dans cet état de criminelle révolte contre la société; la terreur saisit encore les esprits épouvantés de tous leurs ravages; les habitans des campagnes fuyaient à leur approche ^ en laissant derrière eux des flammes qui étendaient partout leur sinistre lueur. L'hiver qui suivit cette année de désolation fut d'une rigueur extrême : le Rhône s'arrêta , les chariots purent traverser nos rivières glacées , tous les arbres périrent ; à ce sujet nous remarquerons que , à de rares intervalles, notre Provence, dont le doux climat est vanté à si juste raison, a éprouvé, ainsi que l'histoire l'atteste , d'accord avec les souvenirs contemporains, des changemens de température tellement brusques et grands , que sa mer , ses plaines , ses rivières et ses monts ont pu prendre les teintes et l'aspect rigoufeux d'une contrée septentrionale.
Arles vit, en i365, dans le mois de juin, une cérémonie depuis long-temps oubliée; l'empereur d'Allemagne, Charles lY, fils de. Jean, roi de Bohême , ayant traversé les monts pour conférer sur les affaires d'Italie avec Urbain, vint dans cette ville, où l'éclat d'une entrée triomphale signala son arrivée. Les Arlésiens se
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'â^menèrentpour donner à la cérémonie du couronnement la plus burle$qu4t magnificence ; on eût dit qu^iU ne savaient comment exprimer leur joie pour les soudaines attentions que cet empereur leur donnait en yenant dans leur ville déchue y .prendre sur-l'autel de Sainte Trophime des mains de Guillaume de la Garde , cardinalarchevêque, cette couronne d'Arles, ressuscitëe après tant d'annëes d'oubli passées sur ses fleurons ; le couronnement se fit derrière le maîtreautel de 4*église métropolitaine , en présence d'Amédee YI de ^Savoie , surnommé le comte verdy du Sénéchal de Provence, du duc de Bourbon et d'un grand nombre de seigneurs et de prélats , accourus à la nouveauté et à Téclat . de la féodale fête. Charles lY trancha de Suzerain, se souciant fort peu d^offenserla reinecomte ; il reçut les hommages des évéques et des seigneurs ^ de Provence et confirma les privilèges honorables que les archevêques d^Arles tenaient de ses prédécesseurs ; de plus il donna , le i6 mars i368 , le vicariat de l'empire dans tout le royaume d*Arles à Aymard de Poitiers , comte de Yalentinois , et attribua au chambelko du pape le jugement des causes, réservées par spfel au tribunal souverain de Spire.
Il s'agissait pour Arles de reconnaître à sa manière ces derniers restes de puissance que Charles jetait sur ses murailles croulantes , sur
sa grandeur constantinîenne ëelîpsëe ; Femperear venait d'être proclamé roi d'Arles sous les toû-
tes de la yieille ëglise ; un évêque des Foux sacré au milieu des plus indécentes bouffonneries , couvert d'ornemens sacerdotaux , jetant à droite et II gauche Be& burlesques bénédictions , précédé d'une mitre , d'une crosse , d'une croix épiscopale vint officier , avec un sérieux mêlé de comique , en présence de la cour impériale ; Son cortège était scandaleux , des clercs , des prêtres vêtus en femmes , en histrions , exécutaient follement sur les marches de l'autel des danses en chantant des chansons obscènes; le prélat des Foux, qui officiait , devint le point de mire <l'iiDe foule de plaisanteries ; on plaçait à côté de son calice des plats où fumaient des boudins et des saacisses ; on fesait rouler sur le lînge sacré des dès » «t on j empilait des cartes , puis on lui présentait l'encensoir d'où s'exhala une odeur fétide, produite par de vieux souliers qu'on y brâlait ; ensuite la folie prit le caractère du plus grand dévergondage. Charles trouva cette manière de fêter son couronnement d'asses mauvais goût, et il en témoigna hautement son nnécontentement. Les Arle«iens se contentèrent de dire que ce prince n'entendait pas la bonne plaisanterie.
Cette prise <le possésMon de la couronne d'Arles y accomplie avec tant de solennités au sein de la Provence, alarma singulièrement Ja
'ireine Jeanne , mais le pape , le seul médiateur -auquel elle pût s'adresser , n'aurait prêté qu'une oreille, distraite à ses plaintes impuissantes., car il e'tait secrètement gagné à ^empereur ; un danger qui se leva tout-à*coup devant elle à Naples donnant un autre cours à ses pensées , lui fit oublier cette résurrection gothique d'un fantôme de royaume.
L'Abruzze retentit soudainement d'un bruit d'hommes et de chevaux ; une troupe de douze mille soldats courait éperdue sur les pas d'Ambroise Yisconti, bâtard de Bamado, seigneur de Milan; les villes et les châteaux ouvraient leurs ^porte3 à celte foule d'aventuriers ; Jeanne voyait les tours de son royaume sUncliner les unes ^prës Jes autres devant les hommes de Yisconti , et se relever jparées de ses couleurs ; elle porta les .yeux autour . d*elle : de vieilles bandes qui avaiept servi sous le roi Louis attendaient ses -ordres pour arrêter dans une marche de triomphe éblouissant la folle tourbe d'Ambroise ; les barons napolitains vinrent aussi déposer aux ..pieds de leur belle reine leurs épées indignées. £lectriséepar ces secours, Jeanne donna Je signal du départ ; les douze mille brigands enveloppés par les forces de 1^ reine périrent presque tous ; ceux qui se sauvèrent prirent parti dans . Tarinée de Caldora dont nous parlerons plus . tard.
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Délivrée de ces dernières inquiëludes , Jeanne s'occupa d^amëliorer radministration de la Pro* vence , pays où ane foule d*abas s'étaient glisses, fruits des malheurs des temps ; souvent pour Tëparer un trésor épuisé, pour récompenser des sèrrices rendus sur les champs de bataille , Jeanne avait eu recours à Timprévoyante et împolitique ressource de l'aHénation des domaines royaux ; si cette aliénatio n procurait un secours momentané , elle finissait par tarir la plus abondante source des revenus publics ; pour ranimer cette source épuisée , on imâigina de révoquer toutes les aliénations faites depuis la mort du roi Robert , expédient qui portait le trouble dans \me foule de familles ; la reine^cédant aux humbles remontrances de là ville d'Aix , que Rostang de Vincent lui fit connaître, promit de n'aliéner h l'avenir ni droits ni terres du domaine; elle alla plus loin , elle autorisa la résistance à main dlrmée , dans le cas oii elle-même détacherait •quelques communautés de sa jurisdiction.
En 1367 les états asseinblés à Sisteron ordonnèrent h tous les habitans de la campagne de se retirer dans les lieux fortifiés et de détruire les villages que des remparts ou des forts ne protégeaient pas ; une nouvelle guerre avec Rajïhdnd IV , prince d*Orange, nécessita cette me- 'sure dfe précaution qu'attestent tant de remparts et de murs debouts encore sur les collines
>7oiffines de nos villages ; Raymond attaqua Catherine de Baax , sa parente , dame de Gourtesoh , et après Tavoir enfermée dans une de ses tours ^ il tourmenta ses vassaux et seê terres par des violences indignes ; la reine Jeanne ordonna à Raymond de rendre à la liberté son illustre prisonnière ; le prince d-Orange refusa , et left milices de Provence purent seules le contraindre d^obéir ; le châtiment de Raymond fut grand : ses terres et celles de ses partisans confisquées ; la ville d'Orange , réunie au domaine de Jeanne , durent le faire repentir de sa folle équipée; trois ans après, le priiice Raymond rentra en grâce auprès d» la reine, qui lui re9titua ses biens et le droit de battre monnaie d'or , d'argent et de cuivre.
Urbain Y prit alors une résolution qui excita justement Talarme de Charles Y, roi de France , et des cardinaux français , celle de jEaire un voyage en Italie; on ne se trompa pas surle but de ce voyage , on y vit Tintention secrète chez le pape de redonner à Rome cet éclat pontifical dont une ville des Gaules l'avait depuia long-temps dépouillé ; avant de passer les monts , Urbin alla visiter Montpellier, ville ousa jeunesse studieuse s'était passée dans l'étude et dans l'enseignement du droit canonique ; ensuite il retourna à Avignon , le quitta le 3o avril 1867 et prit le chemin de Marseille , escorté de
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lous $es cardinaux., à rexceplioii dé cinq.^*^ Les Marseillais, Tisîtés par ce pape, devînixirit ivres de joie; Pétrarque s^ëcHe qu^ils reçurent le pontife «comme un Dieu : * Urbain avait ëté abbë de Saint-* Victor ; il ' voulut aussi , pendant son séjour dans notre ville exultante -devant sa tiare , visiter cet antique monastère où il avait Jaissë le doux et touchant ^souvenir de ses vertus; on le vit pleurer prosterne dans la chapelle du cloître , le front baissé sur la pierre ; le port de Marseille avait reçu les vaisseaux qui devaient le transporter en Italie ; la reine Jeanne \» les républiques maritimes de Tltalie rivalisaient entr elles pour -donner au pontife des marques de dévouement; le 19 mai une galère napolitaine reçut Urbain et sa cour. Pétrarqne s'égaie presque aux dépens de la douleur des cardinaux arrachés a^ix délices d'Avignon et transportes dans un pays qu'ils abhorraient ; il leur fait crier ces étranges paroles : « ô le maudit pape , ô le « pape sacrilège , en quelle terre traîoe-t-il ses « fils malheuremc. v Comme si /ajoute le poète, on les eut conduits à Memphis , dans les fers des Sarrasins et non à Rome , cette citadelle suprême et Tinique de la foi catholique , à Rome dont ils devaient être les rois. '
i. Fleory , hist* ecclës. j liv. XCY.I.
a. Lib, IX. lier, Senil, , epist, 1 1.