Fleary , hist. eccl., liy. ZCVI
a. PrimmviitaUrhan. v, dtn» Btiuze.
père de Jean , aux sollicitations de Jeanne , par-
vint à assoupir cette malencontreuse affaire ; '• mais le cre'dit d'Urbain Y , qui servait Jeanne > avec un zèle égal à celui dont Clément YI lui i avait donne' des preuves si multipliées , échoua ff- à la cour de France ; Louis d'Anjou , pour légi-^
1 tiraerson usurpation, se fit céder par Charles lY, d qui n'y tenait guères, ses droits sur le ridicule
royaume d'Arles , et armé de ces droits , il se fit i appuyer par les troupes que Bertrand DaguescUn ,
I qui revenait d'Espagne , mit promplement à son
service ; aussi , fort de la cession de l'empereur , Louis ne fit aucune déclaration de guerre , passa le Rhône au mois de mars i368 et vint mettre le siège devaat Tarascon , fière encore d'avoir soutenu vaillamment des assauts ordonnés par le connétable Duguesclin. Des vaisseaux sur^ veillaient le (leuve et interceptaient tpute communication entre Arles et Tarascon l'assiégée ; mais -r^ dans cette dernière ville Duguesclin était parvenu a se créer des intelligences ; il y pénétra , grâce à la trahison qui en ouvrit les portes, et rencontra une furieuse résistance sur la place , où Béranger Raymond , gentilhomme avignonais, se battit avec un courage chevaleresque. Dans cette bataille de rues, Bérenger périt le premier, le vicomte de Talard , Bernard d'Anduze , seigneur de la Youte , et Fouque d'Agout y furent Ëiits prisonniers. Le ii avril Arles vit autour de
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ses murs l*arinée victorieuse dé Duguescliu r Raiaier de Grîmaldi releva le courage des ha-^ bitaus , et déconcertai ses ennemis par unedëfense opiniâtre. Pourtant Duguesclin battit lé sénc^chal de Provence accouru ausecours de la ville attaquée ; Guirand de Simiane , Arnaud de Villeneuve et Glandevès « seigneur de Cuers , tombèrent au pouvoir de Tarmëe de Louis ; mais toute là noblesse de Provence se leva pour défendre la couronne de Jeanne ; Aix et Marseille jurèrent une ligue sacrée ; le gouverneur de Provence reprit Tarascon , et les ennemis dépouillés ainsi des fruits de leurs victoires , reprirent la route dû Languedoc , tandis que les traîtres' qui leur avaient livré là ville de Tarascon étaient jetés dans le cbâteau d^Orgon.
Jeanne avait encore imploré la médiation du pape dès le début des hostilités ; elle paraissait , disait-elle y étonnée d'une guerre de la part dé la royale maison de France , où elle devait nécessairement prendre un successeur , puisque le ciel avait refusé un enfanta ses mariages ; cette promesse désarma le comte d^ Anjou , effrayé aussi par Tannonce des censures qu'Urbain allait lancer contre lui , s'il persistait à désoler un pays dont il pourrait devenir un jour le souverain légitime ; aussi liccncia-t-il ses troupes , et Jeanne satisfaite revint dans ses états.
Cette guerre qui pouvait avoir de plus fimeste&
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conséquences , décida Marseille et Aix à former entr'elles une ligue , dans le but de se soutenir mutuellement contre un ennemi dont Tapparition en Provence excitait une terreur générale. D'abord la reine approuve cette alliance jurée en présence d'un danger commun , mais ensuite mieux conseillée et éclairée par Pinconvénient de laisser s'établir entre des cités voisines des liens qui , resserrés dans un péril universel , pouvaient ensuite être maintenus dans Tintention de mettre un obstacle aux empiétemens d'un pouvoir jalousé f Jeanne abolit cette alliance dont elle craignait le dangereux exemple pour ses autres villes de Provence. Sa domination dans les Alpes était ébranlée par d'incessantes attaques ; c'étaient les comtes de Yintimille qui , aspirant à élever sur les ruines de leur domination provençale leur puissance contestée , résistaient énergiquement aux ordres > aux armées de Jeanne; des députés et les trois fils de Guillaume-Pierre Lascaris , comte de Yintimille, s'entendirent enfin pour terminer des débats sur lesquels l'histoire s'est complètement tue.
Urbain regrettait sa ville d'Avignon au scîn de cette Rome où on le conjurait de maintenir sa résidence ; quand il eut manifesté le désir de reprendre la route de la Gaule , la ville de César frémit et pleura autour de lui ; l'infant Pierre d'Aragon le pressait de ne pas abandonner cette
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cité vénérable que la papauté pouvait seule coii^ soler d*un si long , d'un si grand deuil; rctte veuve des nations-, celte inconsolable en perdant le souverain pontife ; Rachel voilait encore sa face outragée et mutilée dans son désert de tombeaux ; une Sainte , venue en Italie pour obtenir du pape la confirmation d'un ordre qu'elle avait établi en Suède , prédit des nialbeurs épouventables, si , contrairement aux ordres de Dieu , . Urbain délaissait Rome ; ' mais il fut inébranlable ; il se contenta de remercier les Romains de Taccueil excellent qu'il en avait reçu , dans , une bulle. La mer présenta au pape un formidable rang de vaisseaux envoyés par les reis de - France et d'Aragon et par la reine de Naples , pour escorter dignement sa traversée ; ' arrivé à Marseille , le i6 septembre 1370, il entra le 28 dans Avignon , étourdi par les sonores acclamations de la multitude ; un de ses premiers soin3 fut d'ordonner que Ton remît aux magistrats provençaux tous les criminels provençaux qui s^ étaient réfugiés dans ses états , à la charge par ces magistrats de lui remettre , à leaf tour , . les malfaiteurs fugitifs nés ses sujets.
Avant de mourir il eut encore la satisfaction > de négocier heureusement la paix entre la France
i. Pauloùi , hist. d'Avig. — Flcury , hist. ceci, , liv. XCV«. a.. Prima vita Urban V , dans Balaze.
tt TAngleterre ; le 19 décembre 1370 , il expira sur un lit de pénitence , à l'âge de soixante*uQ ans ; son cœur fut transporté à Tabbaye de Saint- Victor; Pierre Roges le remplaça sous le nom de Grégoire XI.
Ce Grégoire XI consolida , entre la reine et Louis d'Anjou , une paix qui enfin prit un caractère de durée parfaitement rassurant. Peutêtre fut-il réglé secrètement que Louis serait un jour l'héritier de Jeanne , si Charles de Duras n'avait point d'enfant de son mariage. Charles de Duras était fils de Louis , de ce prince qui en mourant au château de TŒuf , le 22 juillet i362y fut d'autant plus pleuré que sa mort parut avoir été produite par l'emprisonnement. Son fils unique avait à venger sa mort et à défendre , Tépée à la main , ses droits k la belle couronne napolitaine ; quand la nouvelle du trépas de son père lui parvint , Charles fesait sous le roi de Hongrie Tapprentissage des armes , et il puisait auprès dé ce prince une haine contre Jeanne, entretenue par les récits de la dolente captivité de Louis de Duras ; la reine comprit combien ce jeune prince pouvait lui nuire, aussi nVpargna-t-elle aucune démarche pour obrenir de lui qu'il épousât Marguerite , troisième fille de Marie de Sicile , sa sœur, et de Charles de Duras, tué à Averse par ordre du roi de Hongrie; après les avoir unis, elle les proclama ses héritiers; .
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par ce moyen elle ëteiguaît cet orage toujoius grondant contrVIle du fond de la lointaine Hongrie. La maison de cette princesse était dësolce par des troubles intérieurs : Philippe de Tarente, dernier prince de sa maison , venait de mourir après avoir institué son héritier Jacques de Baux, son neveu , fils du ducd'Andria et de Marguerile de Tarente; ce Jacques joignit alors au nom de prince de Tarente , celui d^empereur de Constantinople attaché à. la maison de sa sœur maternelle.
Tant de litres enflammèrent rambltion de Jacqties qui sentait sa tele s*exaUer sous des couronnes si éclatantes. Le père de Jacques avait enlevé à un seigneur de la maison de Saint- Scverin la ville de Mathera , sous prétexte qu'elle figurait dans ses vastes domaines ;. la . rein« Jeanne , qui avait intérêt à ménager cette maison des Baux dont la jalouse puissance était si dangereuse , eut recours à des voies de persuasion pour obtenir du duc d'Andria la cession de la ville de Mathera ; dans ces démarches dépouillées de toute apparence de force et d'habilité, le duc vit un signe évident de faiblesse , et , décidé à se maintenir dans l'usurpation de la ville conquise , par la force des armes , il déploya soudain devant Capoue treize mille hommes d'infanterie et de cavalerie , avant que la reine eut eu le temps do pourvoir' à la défense de. celte
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place ; m<iis Jeanne ne cc'da pas à ce vassal orgueilleux qui lui prenait ou lui assiégeait tant de cités ; elle ne perdit pas courage , et d'énergiques mesures furent arrêtées pour déconcerter une si dangereuse résistance. Raymond de Baux, son .grand chambellan , qui jugea que cette guerre , qui débutait par la prise d'une ville importante , par le siège dTune autre , pouvait avoir les plus désastreux résultats, se hâta de TétoufTer dans son berceau :il reçut le duc d^Ândria, son neveu, dans un château près d^Âverse , et dans un discours qui empruntait à son âge une autorité irrésistible ^ il le conjura de ne pas couvrir de honte la maison des Baux , de ne pas en préparer la ruine par une révolte si criminelle , et finit par lui prouver que ses premiers succès ne fesaient que lui présager une perte plus éclatante , parce que lui n'avait qu'une fortune inconstante , et dont il ne tarderaitt pas à éprouver le retour fâcheux , au service d'une armée que des combats répétés diminueraient chaque jour , tandis que la reine l'écraserait avec les forces réunies de ses royaumes , secondée surtout par la haine puissante d'une noblesse napolitaine. Le duc voulut alors donner pour prétexte à sa levée de boucliers l'unique désir de rentrer dans la possession de ses terres. Raymond lui dit : << Ce <( n^est point par la voie des armes que vous Fob- « tiendrez ; cédez à l'autorité , retournez à
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« Avi'gaoD , pour tous y faire rendre les l>oQnt!s <c grâces de la reine. » Raymond triomphe ; le duc d'Andria revint en Provence ; ses troupes ainsi délaissées ne cessèrent le dégât quelles continuaient à commettre dans la Pouille que quand elles eurent reçu les soiirante mille florins que Jeanne lui fit compter.
Le roi de Hongrie croyait recevoir de la reine de Naples de sanglans affronts ; il frémit en apprenant que le traité conclu par cette reine avec Frédéric , roi de Sicile , détachait cette île du royaume de Naples ; il frémit en apprenant que Charles de Duras était choisi pour succédet à cette princesse ; n'écoutant que les vieux ressen^ timens , il chercha à soulever contre Jeanne une ligue puissante d'ennemis sous laquelle elle put périr accablée ; Charles V , roi de France , y entra par haine et jalouse rivalité , et consentit à marier Louis , comte de Vermandois , son second fils , avec Catherine , fille aînée du roi de Hongrie , à condition que cette princesse lui apporterait en dot le royaume des Deux Siciles et le comté de Provence ; mais la mort de Catherine vint renverser tous ces projets de spoliation.
Jeanne, qui voyait ses riches domaines partagés y et son Irône convoité par d'ambitions rivales , elle , vivante encore , figurer dans des contrats d'alliance , résolut de déjouer ces espé-
"Tances redoutables , en prenant un qualrième «poux , afin que ses troupes pussent voir à leur tête un gcndral qui eut intérêt à défendre tontes ces royales possessions si énerglqnenient souhaitées. Le 25 mars iSyG, elle donna sa main à Olbon , duc de Rrunswick , qne Ton disait habile au conseil et vaillant au combat; cet Othon sortait de la belle maison dTst , par la branche des Guelphes ; il était fils aîné d'Henri , duc de Brunswick, et d'Hélène de Brandebourg; mais Jeaiine ne Tadmit point au partage de la suprême puissance ; elle se contenta de lui donner la principauté de Tarente et les titres dont elle avait dépouillé le duc d'Andria ; elle agit ainsi , car y âgée de cinquante ans , et ne se flattant plus de devenir mère , elle voulait transmettre sa cou- Torrne à Charles de Duras , fils de Louis et petitfils de cet autre Charles de Duras qui teignit de son sang la salle trag^ique du château d'Ârense devant le roi de Hongrie, en i348. CVtait à ce Charles que Jeanne avait donné en mariage sa nièce Marguerite , fille de sa sœur Marie , avec promesse de l'adopter pour son fils et de lui léguer sa couronne ; mais ce Charles , peu rassuré par tant de marques d^amitié , se montra ingrat envers celle qui lui destinait sa couronne.
Charles de Duras n'était pas rassuré par les cinquante ans de Jeanne , il voyait dans la fraîcheur de la reine des indices d'une fécondité dont
son ambition craignait les rcfsullats ; de plus il regardait Otbon , le mari de Jeanne , comme ^ un concurrent qui , après la mort de sa femme , défendrait la couronne que celle-ci avait posée sur sa tête , à Faide des Allemands dont il aurait rempli les villes et les charges du royaume.
Des sainteSf sainte Catherine de Sienne ,' sainte Brigitte , harcelaient Grégoire XI , pour qu41 transférât le siège papal à Rome ; il se rendit à ces sollicitations , et , suivi de tous ses cardinaux, à l'exception de six, il vint en Italie ; le 27 mars 1378 il mourut, quand il se disposait à retourner eh France. Rome , alors , ne contenait que seize cardinaux , onze étaient français , un espagnol » et quatre autres italiens. Ces seize cardinaux, avant de s*enfermer dans le conclave pour y élire le successeur de Grégoire XI , reçurent une députation du peuple romain qui venait leur intimer la prière de ne pas installer un français sur le trône pontifical ; la réponse des cardinaux était loin de donner l'espérance de voir le vœu des Romains réalisé ; la ville s'émut à la nouvelle qu*un français ceindrait probablement la tiare; le tumulte gronda autour du palais où les cardinaux se tenaient renfermés , Romano lo vohmo , nous le voulons Romain , telle était Téncrgique appela* tion , Tinsolenle demande que la foule mutinée envoyait aux pères de l'église , tremblants sous la menace d'une violation de leur asile sacré ; à
cette grossière kiTitation d'élire un pape romain > le peuple ajouta une phrase qui dut introduire la terreur dans la salle des secrètes dëKbërations ; car elle promettait , dans le cas qu'un ultramontain viendrait k être appelë à la dignité pontificale , de faire aux cardinaux la tète plus rouge que ne Pétaient leurs chapeaux. D^ailleurs une dissidence manifeste s'était élevée entre ces princes de la pourpre ecclésiastique , caf chacun voulait que le pape appartînt à sla nation ; mais les terreurs populaires , dont les écbos du palais prolongeaient le formidable retentissement , assiégèrent avec plus de force ces cœurs de vieillards ; et , du sein de ce conclave assourdi de cris, battu de flots pc^ulaires , sortit enfin un nom italien , celui de Bar* thélemi Prignano , napolitain , illuminé de tout le radieux éclat de la puissance pontificale. Le i8 aVril 1378, Barthélemi Prignano fut nommé et prit le nom d'Urbain YL
Jeanne fut ravie d'apprendre que Pun de ses sujets venait d'être intronisé sur la chaire de Saint-Pierre, deis fêtes magnifiques déposèrent de sa joie ; elle eut hâle d'envoyer au nouveau pape des ambassadeurs chargés de lui offrir ses assu* raoces de respect et ses présens : Hugues de Saint-Severin, Nicolas Spinelll, ses chanceliers, y figuraient ; mais ces députés de Jeanne reçurent un froid et dédaigneux accueil de la part d'Urbain , exalté par sa haute fortune » ou vettdu peut- T. m. 24
être secrètement à Charles de Doras ; ea présence de sa cour de cardinaux , le ps^pe fit entendre des paroles de colère contre Jeanne et alla jusqu'à dire qu^il enverrait cette princesse dans un cloître pour. y filer ; les députes ne s'intimidèrent pas , ils repoussèrent avec fierté les acerbes incrimina*lions du pontife , et ajoutèrent que ce cloître ne convenait pas à leur généreuse souveraine ; cet Urbain YI voulut encore mortifier au repas du lendemain, auquel il les invita , les dqiutés napolitains; mais Spinelli , qu'il trouvait occuper une place trop honorable à sa table , lui répondit : < J'avais cette place du temps d'Urbain Y et de a Grégoire XI ; si vous le blâmez , j'irai manger « chez moi. »
Urbain , au dire d'un historien , essaya , aussi , d'humilier Othon y le mari de Jeanne , qui vint à Rome pour essayer d'obtenir l'investiture du royaume de Naples. Ce prince posa les genoux à terre pour offirir à boire au pontife ; Urbain , satisfait et radieux de la posture qu'une ridicule étiquette imposait à ce jeune prince , ne buvait pas et le contemplait dans cette attitude incommode ; cela durait depuis quelque temps , quand un cardinal ^ affecté de l'embarras et de la rougeur du roi , dit au pape : « saint père , il est « temps que vous buviez. »
Ce pape , si grotesquement fier , avait deux neveux , Butilli et François Prignano , dont il
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désirait TiTemenlde faire la fortune politique ; ils étaient enfermés dans Tobscurité d'un rang inférieur , et , enorgueillis de l'intronisation de leur oncle y ils voulaient figurer comme grands seigneurs dans cette cour de Naples , sur laquelle ils n'avaient }amais osé fixer leurs regards ; mais la reine, choquée des réponses arrogantes d'Urbain , exaspérée par la scène d'humiliation dans laquelle Othon avait figuré les genoux en terre décontenancé devant une compagnie railleuse, repoussa la demande que le pape lui fit d'élever ses neveux. Le pape tourna ses espérances d'un autre côté. Charles de Duras qui passait pour conserver le souvenir des services rendus, lui parut propre à satisfaire ses vues de grandeur de famille auxquelles il cédait avec tant de complaisance ; de plus Charles avait des droits sur Naples , et si l'influence pontificale lui venait en aide , nul doute qu'il n'eût raison des obstacles et des testamens suscités ou rédigés par une reine sans enfans.
Le duc d'Andria , ce duc que nous avons vu dépouillé de ses châteaux , maltraité par Jeanne , était l'homme le mieux disposé à s'entendre avec le pape et à servir à la fois ses ressentimens et ses ambitieuses pensées ; il alla , en son nom , secrètement auprès de Charles qu'il ne trouva pas décidé tout-à-fait à disputer à la reine sa couronne ; mais Jeanne connut cette intrigue dé-
371 mSTOIEX
loyale , et ne {;ardaiit plus aucaoe mesure dans sa colère , elle rësolnt d'appuyer le schisme que treize cardinaux méditaient dans Âgnani ; ces ireise cardinaux dont Urbain avait irrite rorgneil , par l'insupportable caprice du sien , loi opposèrent nn pape de leur choix dans la personne de Aobert de Genève qui prit le nom de Clément YIIi et ne tarda pas à être reconnu par Jeanne , par le ni de France et le duc de Savoie.
Urbain attaque dans sa dignitë , voyant n^tre un schime qui loi enlevait les plus beaux fleurons de sa couronne , voulut délourner Torage ; il créa des cardinaux, leur distribua les meilleurs bénéfices du royaume de Naples , sillonna le front de Jeanne de ses foudres , la déclara schismatique , -excommuniée et déchue de la royauté , de plus il envoya le due d'Ândria offrir la couronne de lïapies à Cbarles de Duras qui , alors , se trouvait dans le Frioid. Charles accepte enfin , car il «avait que son séjour en Hongrie Tavait rendu suspect à la reine et que le crédit de son beaufrère Robert d'Artois croissait tous les jours à la cour. Louis de Hongrie est invité par CharleiS à le seconder dans son entreprise.
Urbain soufflait la guerre du haut de sa chaire pontificale ; tout était vendu pour payer les frais d'ime telle guerre , on fondait les vases sacrés, les biens de réj^ise étaient aliénés » tant le pape avait hAte de voir crouler ce trône abhorré de
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JeaoDe ; le royaume de Naples marmiirait contre Jeanne , obsëdëe de terreur religieuse. La reine ayait un moyen d'empêcher ou de retarder sa ruine en fesant arrêter la femme et les enfans de Charles, qui se trouvaient auprès d'elle ; mais elle se comporta avec une grandeur d'ame vraiement royale , elle les laissa partir , espérant peut-être qu'une conduite ai loyale désarmerait Charles. Ce fut alors vers la France qu'elle tourna toutes ses espérances , la France qui ne pat qu'épouser chaudement les intérêts de cette reine qui , adoptant pour sou fils Louis > duc d'Anjou , frère de Charles Y , le déclarait son héritier universel par son testament du 23 )uin i38o. Des lettres-patentes rédigées dans le même mois confirmèrent cette adoption « de plus elle fit .substitution en faveur du fils aîné de Louis , et en cas de mort en feveur de celui des enfans de Louis que l'ordre de sa naissance convierait à la succession. Le 23 juillet Clément YII rectifia ses lettres d^'adoplion en dérogeant ainsi à la clause de l*in£éo^ dation de Gément lY, qui portait qu'aucun prince ne pourrait succéder au royaume , s'il ne descendait de Charles P'.
Toutes ces dispositions dans lesquelles la France était si favorablement traitée, loin de sauver la reine, ne firent qu'accélérer sa perte; a peine les populations les eurent-elles conoAiefi , que leur exaspération contoe une reine qui H^
vrait leur pays à de« ëtrangers o4îeux , ne garda plus de meaure ; les morars , les coutumes des Français si différentes des leurs étaient pour eux un texte acrimonieux de récriminations criardes et folles ; ils se raillaient que Charles P' en arrirant au • milieu de leur ville avec son cortège de barons provençaux , avait dépouillé d'antiques familles du royaume de leurs titres et de leurs richesses pour en décorer les nouveaux venus, et ils craignaient qu'une nouvelle invasion de chevaliers français n'achevât la dépossession des autres maisons italiennes : la noblesse du pays éclatait donc en imprécations , elle tournait ses regards vers Charles que ses droits et ceux de sa femme Marguerite appelaient au trône ; né dans le pays , il était pour eux un prince compatriote , aussi se voyant soutenu non par des vœux secrets , mais par une bruyante manifestation d'adhésion en sa faveur, Charles entra dans Naples, le i6 îuillet i38i , après avoir reçu à Rome la couronne des mains du pape Urbain. Naples tressaillit d'ivresse folle devant lui ; la reine Jeanne s'était enfermée dans le Château-Neuf avec toute sa cour et avec un grand nombre de personnes des deux sexes qui craignaient la fureur des partisans de Charles.
A l'origine de la révolution , Jeanne avait envoyé en Provence , Louis - Antoine de la RaUa, comte de Caserte, pour lui amener les
DE PROVENCE. SyS
galères de Marseille , car , prévoyant une dëfec* tioQ générale , s'apercevant que sa noblesse la trahissait , que Charles de Duras était porté au trône par le flot populaire , elle voulait se hâter de regagner la France , afin de s'assurer des dis* positions de Clément VU , et de presser le dé* part des troupes que le duc d'Anjou promettait de conduire en Italie. La Provence se montrait émue des malheurs de Jeanne ; ses états et les Marseillais s'entendaient à merveille en faveur de la reine , et fesaient un appel - à tous les Seigneurs. Amedée YI , comte de Savoie y jurait de s'unir à eux, mais Charles de Duras n'aimait pas à laisser échapper la proie brillante qu'il convoitait ; son activité devença celle des partisans de la reine ; il pressait vigoureusement le Château-Neuf , où la famine avait déjà pénétré. Le prince Othon , cantonné dans Averse , avec son armée y restait comme le spectateur mélancolique de la chute de son pouvoir et de l'abaissement de Jeanne ; la trahison l'enlaçait, ses ennemis avaient plus d'une fois humilié ses drapeaux ; il se résigna au rôle d'un témoin en apparence indifférent ; Jeanne ne pouvait plus compter sur lui , car la déloyauté de ses officiers avait brisé son courage. Harcelée au dedans par la famine et le découragement , au dehors par les armes victorieuses de Charles de Duras., Jeanne , trahie dans toutes ses espérances , se décida
yjB HISTOIftS
enfin à envoya à son ennemi des propositions de paix ; sa position désespérée a^était pas in«> conniM à Charles t|ui n'accorda à la reine qu^nne trêve de cinq jours , à condition que si le prince , son époux , ne venait pas taire lever le siège , eUe se livrerait à sa discrétion après ce terme si court.
La suspension des hostilités eut donc lieu ; aussi, pendant ce temps, Charles se montra galant et courtois envers Jeanne , il lui envoyât des provisions de sa tahle , s'informait de sa santé et lui fesait dire que jamais il n'aurait marché contre elle , s'il n'avait craint de voir passer dans les mains d'Othon une couronne qu'il aurait été trop heureux de recevoir de sa main. Othon reçut l'ordre de venir an secours de Jeanne avant l'expiration de la trêve ; il ac* cepta cet ordre avec empressemenl. Le cinqujèm^ jour de la trêve , au matin , Jeanne , du haut d'une ^es tours de sa forteresse , portait un regard inquiet dans les campagnes de .Naples ; la trêve touchait à sa fin et Othon n'avait pas encore paru , mais elle vit bieqtôt flotter la bannière de son époux ; il veqait au pied même du château où la reine se tenait enfenqkée, disputer sa couronna à Charles. L<& débat se vida même en présence de Jeanne : Le f^e^ Othon répara dignement son inaction d'Averse; sans chercher à s'assurer si sea spldaU le suiv^ent , élecliîaé
DE noVXMCE. 377
par l'ambition de la gloire , il cherche d'aborder et aperçoit flotter le drapeau de Charles , c'est ▼ers ce drapeau qu'it s'ëlance seul, s'ouvrant un chemin avec la borne lame de sa dague ; 14»^ pëtuositë de son attaque le favorise , il touche presque à ce drapeau , lorsque , succombant à la fatigue» il chancelle et tombe au milieu de quelques cavaliers ennemis» qui le reconnais3«nt et ftVroparent de lui. Son armëe découragée se prë* cipite en désordre vers le château Saint-EIme , et Ballhasard de Bninvic , son Dr^e Robert d'Artois , duc de Duras , et Subran , comte d'Arian , i^près avoir vainement essayé de forcer le soldat à continuer la bataille , cèdent à Iei|r tour et courent à ce château au milie« de 1^ dérouie générale. La reine % qui vit ce malheureux déooument fut saisie d'une douleur ia^ croyable. Dès le lendemain eHe envoya Hugues de Saint-Sevesin à Charlea ohargé de lui dire qu'elle se mettait en son pouvoir et qu'elle le priait d'épargner- tous cens que la crainte et l'attacheraeiit pour sa personne avaient rassemblés autpur d'elle. Le vainqueur 9^\z, voir la reine : sa contenance devant Jeanne fut respectueuse ; pendant trois jours les égards ^e Charles necessèrent pas ; mais le quatrième quand il vil arriver le» galères provençales , il tint un autre langage , bien qu'il eût soin dte ne pa^ s'écarter de» bornes d'uae obséquieuse bienséance ; il demanda en termes
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formels que Jeanne le nommât son héritier tant au royaume de Naples qu'à ses ëtats de Provence. La reine eut presque l'air de consentir à donner à son ambitioa une satisfaction si haute. Alors, se félicitant du succès de ses démarches ^ il permit au commandant des galères proTençales de voir leur reine. LVntrevue fut digne et touchante. Jeanne commença d'abord par se plaindre de la lenteur qu'on avait mise à la secourir ; elle voulut bien croire que le mauvais temps en avait été cause , mais elle afouta qu'elle attendait de la Provence une dernière marque de souvenir et d'attachement ; c'est qu'ils reconnusssent, pour son successeur, le duc d'Anjou et non pas ce Charles de Duras , ce vainqueur insolent qui lui démembrait sa couronne , la brisait pièce à pièce , et outrageait dans elle la majesté royale en la tenant prisonnière dans son propre château. Jeanne était eïnue, les Provençaux pleurèrent à ses paroles, et, en la quittant , ils n'avaient qu'on désir , celui de mourir pour une si illustre et si malheureuse princesse ; tous ne tinrent pas parole.
Charles s'imaginant que ia reine , dans cette entrevue, l'avait désigné pour le successeur de ses états , vint trouver La reine dès que les Provençaux furent sortis , mais il la trouva fière , hautaine ; elle lui déclara que le duc d'Anjou aurait seul sa couronne. A ces mois , Duras ne
DE PRCynSfCE. 379
se contient plus, il fait conduire, sous bonne escorte , Jeanne au château de Muro , dans la basilicate , et enfermer étroitement Othon dans celui d'Althamura.
Charles réussissait au delà de ses espérances. Naples ne fut pas ëmue de tant de chûtes royales; tous les barons du royaume saluèrent cette nouvelle fortune qui brillait à Fhorison orageux des Deux Siciles , et Jeanne s'apercerait que ce duc d'Anjou si magnifiquement traite dans les prévisions de son testament , ne songeait
guère à venir disputer une couronne qui lui était réservée ; le duc d'Anjou perdait le temps à consulter son Conseil , au reste , il manquait d'argent et de troupes ; son seul but , pour le moment , était de s'assurer de la Provence , et il n'était nullement résolu d'entreprendre une guerre lointaine dans une contrée où la fortune des armes était si changeante. Mais Clément YI et les Provençaux s'indignèrent d'une telle conduite ; on lui députa Georges de Maries, et d'autres seigneurs qui lui promirent le dévouement des Provençaux eu sa faveur en Italie , s'il se décidait à transporter sas troupes dans ce dernier pays , et le pressèrent de faire connaître à quel parti il s'arrêtait enfin.
Louis d'Anjou eut encore recours à son conseil. Naples ne tentait pas son ambition , Napies qui avait englouti tant d'espérances ; terre
396 HI6TOia£
fatale aux FraDçaM, où les aroiees s'aoéa&tiaaaienl et lea prioces ëtrangers përiasaient daes de» nuits tragiques. Cette inconstance des aeigiaenrs napolitains , la popularité dont Duras jouissait ,
la bravoure de ce] Duras, lui offraient des obs* tacles contre lesquels son courage venait se briser après une longue oscillation de pensées. Mais son conseil ne partagea pas ses craintes, il rit dans l'acceptation que d'Anjou avait faite de l'adoption de Jeanne y un engagement sacre de soutenir cette princesse et de défendre courageusement les droits qu'il avait reçus d'elle. On fut donc d'avis qu^il devak se hâter de se rendre à Avignon pour mieux pénétrer les intentions des Italiens , des Provençaux et du Pape , dont l'influence était si grande dans de pareilles affaires. Louis jura alors entre les mains de Georges de Maries de commencer la guerre. Il quitta son frère Charles VI , et se rendit à Avignon , où Jean Lefèvre , évéque de Chartres , son chancelier , l'avait précédé. Le pape le reçut avec des honneurs insignes.
Cependant Louis d'Anjou trouva le zèle de beaucoup de seigneurs provençaux un peu attiédi; il reçut l'hommage de Fouque d'Agout , sénéchal de Provence , de Raymond , son frère , seigneur de Soult , des Députés d'Arles et de Marseille, de l'archevêque d'Aixet de Tévêque de Grasse , du prince d'Orange , de Giraud
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d'Adhemar , de Guyon de Flotte , de Raimbaud de Sîmiane » de Barras , de Louis le Roux , seigneur de la Brëoule , de Saligoac et de ChanoUe , de Guigonet Jarente , Couseiller ea la cour , de Louis d*Anduze , seîgaeur de la Toute , de Guillaume de Montolieu , de Marseille , d^Isnard de Glandevès , nommé par la reifte Marie , le i6 juillet i3St , capitaine ge'nëral de plusieurs balliages , et de son frère Louis , seigneur de Faucon.
Mais il y eut opposition dans la ville d'Aix et dans la plus grande partie de la Provence ; on n^y voulut pas reconnaître ce prince ; les £tats assembles répondirent que Temprisonnement de la reine ou sa mort étaient pour eux choses inconnues , et qu'ils ne devaient point proclamer diantre souverain. Leur langage ferme fit comprendre que ce serait que forcément qu'ils reconnaîtraient Louis , car ce prince par les vexations qu'il avait exercées à Arles et à Tarascon leur était entièrement odieux ; ses qualités n'avaient pu faire oublier les torts de sa conduite.
Le due fut piqué de cette résistance ; vainement assiégea-t-il Aix; il (ut forcé de quitter la Provence sans avoir pu châtier les rebeUes , mais il se flatta que le bruit de ses conquêtes italienne» lui soumettrait les cités récalcitrantes du comté. Arrivé devant Tarente,
il songea à punir Âix d^une éclatante manière , en ordonnant, le 26 mars 1383, qu'on transportât à Marseille la cour souveraine et les archives de la chambre des comtes. Louis , en Italie, voyait chaque jour une foule de seigneurs accourir pour combattre sous ses ordres ; parmi eux se fesait remarquer Amëdée IV , comte de Savoie, décidé à agir de concert avec le prince français par la cession que celuici lui avait faite de ses droits sur le Piémont et l'Astesan , en qualité de fils adoptif et d'héritier de la reine Jeanne. C'était une belle réunion que celle des chevaliers attirés en Italie par la bonne renommée de Louis ; là, on voyait Jean II , fils de Jean I*' , comte d'Auvergne et de Boulogne , Philippe-le-Hardi , comte de Boulogne et d'Artois , le seigneur de Cretugne, le comte de Genève, frère de Clément VU, Jean de Breuil , le maréchal de Beilecour , Ro* dolphe de Luxembourg , neveu de Jean , roi de Bohême , le comte de Saint-Pol , Pierre de la Couronne , le seigneur de Maries , Jean de Bauveau , Jean et son frère Robert de Dreux, et Jean de Luxembourg qui , plus tard , devint comte de Conversano.
Charles n'avait que quinze mille hommes ; ses principaux capitaines étaient : Jean Aucud et Alberic de Barbiano ; c'étaient deux chefs de brigands. Aucud , anglais de naissance , corn-
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mandait une de ces compagnies d'avanturiers qui s'ëtaient mises au service du duc de Mont- Ferrât, en i36i , après avoir ravage les pro^ vinces méridionales du royaume el s*étaient ensuite rendues en Italie, précëdëes par leur étrange renommée. Ces brigands servaient de préférence le prince qui les payait le mieux. Le pape avait décidé Aucud à se ranger du côté de Charles auquel il avait offert les deux mille deux cents chevaux qu'il commandait.
Alberic Barbiano , autre avanturier , mais qui avait formé des compagnies pour arrêter dans leurs déprédations celles qui s'étaient tumultueusement rassemblées sous les drapeaux de Jean Âucud , passait pour un bon guerrier. Le roi de Naples le décida à se joindre à lui , suivi des douze cents hommes qui couraient le pays avec lui. Louis ne doutait pas d'un succès prompt et décisif ; il voulait deux couronnes , la couronne de Naples et celle de l'Adriatique ; car Clément YII , bien qu'il ne possédât pas un pan de terrain sur les bords du Golfe de ce nom , lui avait donné la Marche d'Ancône , la Romagne , le duché de Spolète , Bologne , Ferrare , Ravenne » Perouse et presque tous les états de l'Église. Ainsi traité, Louis devenait l'arbitre des destinées italiennes , son empire s'étendait du nord au . midi de la Péninsule- D'ailleurs, les nouvelles dispositions des nor
ble$ napolitains enflaient aussi d'un vent (avo* rable !e voile brillant de sa nouveUe fortune ; à rapproche du prince français , Naples chamcelait dans sa foi dans la maison de Duras.
Bienti^t un parti se déclara contre cette branche répudiée , plusieurs , se vouant à une inaction complète, attendaient le dénouement de la lutte , pour porter aux vainqueurs heuretix le tribu d'une fidélité prudemment tenue en réserve. Jacques de Baux , duc d'Andria , seigneur turbulent , qui aspirait h- ce trône si disputé , lève le premier le masque , sonne le tocsin de la révolte contre Charles de Duras, s'empare de la principeauté de Tarente, et épouse I dans des vues de lointaine et ambi-* tieuse grandeur , Agnès , sœur aînée de la reine Marguerite.
Charles songea à punir ce vassal audacieux qui prenait une femme dans sa famille, proclamait la sédition , tenait les esprits en suspens suc ses déterminations et ses affections politiques , et avait Tair pourtant de travailler à sa grandeur personnelle. Enlacé ainsi par l'apparition de Louis d'Anjou, voyant autour de lui tani de fidélités chancelantes , attaqué ouvertement par la puissance du duc d'Andria , sentatit la terre napolitaine, terre de volcans, nknoer ptofendément sous llii , il se .rapfelie les nuits et les jtwirb hokribles d'Averse , les
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assassinats sourds et mystérieux attribués à la main habile de Jeanne. Jeanne lui parut 1 ame puissante de toutes ces intrigues ; dans son opinion fondée, c'était cette femme qui perpétuait les déchiremens intérieurs ; elle devait finir par lui enlever son royaume à l'aide de la force ouverte « après Ten avoir dépouillé par ses testamens et ses adoptions. Jeanne était donc son ardente ennemie ; elle morte , les partisans de cette reine se trouvaient déconcertés , Louis arrêté dans sa marche envahissante , ses grands vassaux incertains , ralliés autour de son drapeau, Naples rétablie dans son pouvoir. Il était poussé d^ailleurs à ce meurtre solennel et politique , par les instigations de Louis , roi de Hongrie , qui rappela à Charles les attentats d'Averse. Il n'hésite plus et prononce l'arrêt de mort de la reine des Deux-Siciles , de cette femme qui avait eu des fortunes si diverses pendant le cours d^une vie. dont une moitié s'élança d'une nuit de crimes dans un avenir de grandeurs , et dont l'autre fut assombrie par des défaites , une captivité dure , et un étouffement entre deux matelas selon les uns 9 et une strangulation selon les autres. Jeanne périt ainsi violemment 9 le 2a mai 1382, après Sy ans d'âge et trente-sept ans de règne. Son infortmie se répandit sur ses amis, qu'elle toucha comme un vent de mort. Robert d'Artois , sa T. III. aS,
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femme , Jeanne de Duras 9 comtesse d*Eu , périrent en prison. Charles fît également âter la trie à Marie de Sicile, fille naturelle du roi Robert , soupçonnée d'avoir trempe dans la conspiration contre le roi Andrë.
Le secret sur la mort de la reine fut si bien gardé , que Louis d'Anjou , son fils adoptif , l'ignorait encore lorsqu'il quitta Avignon pour aller défendre ses droits à Naples ; son entrée en Italie eut Pair d'un triomphe : des mulets chargés et d'argent et de meubles précieux » marchaient avec son armée forte de quinze mille chevaux et de trois mille cinq cents arbalétriers ébloui ssans de parure militaire. Des plaines de la Lombardie , Louis arriva dans les états du pape , voyant sa troupe gi*ossir à chaque pas, par la foule de ses partisans qui accouraient , gonfanons en tête , drapeaux déployés ; déjk quarante raille hommes le suivaient ; de gentilshommes se joignirent à lui en grand nombre ; on distinguait parmi eux deux nobles de la maison Spinola , Gui de Polenta , seigneur de Ravenne , Buffile de Brancas » Guichard de Baschi , Jacques d'Arcussia , grand«-chambeUaa de la reine , Reynaud des Ursins » plusieurs chevaliers de la maison de Saint-Severin , deux de la maison Carracioli , Louis de Sabran , EIzéar , son fils , fait , le 22 juillet iSSy , grandsénéchal du royaume par la reine Marie de Blois ,
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GurcIIe et Thomas de Brancas, et Louis de Castillon.
La présence de Louis avec son arniëe dans lear pays effraya les Romains , qui crurent qu'il allait combattre le parti d'Urbain ; voulant se ménager la protection du prince français, ils se promirent de lui livrer secrètement le pape et les cardinaux , s'il venait assiéger Rome; mais ce n'était pas le but de Louis : impatient d'arriver dans ses étals , il pénètre dans l'Abruzse , que la trahison de Raimond Galdora y son partisan , lui ouvre. Le pape , remis de ses inquiétudes , se prononce pour Charles ; il lance contre Louis d'Anjou ses foudres , il lance les excommunications ordinaires contre ses amis et partisans; les comtes de Savoie et de Genève , le sénéchal Fouque d'Agout , sont traités de schismatiques , d'apostats , de sacrilèges ; les indulgences sont promises à tous ceux qui prendront les armes contre ces hommes frappés de censures papales. Ces anathèmes ne produisirent aucun effet : l'air fut traversé par un vain bruit de colère pontificale ; une foule de seigneurs napolitains se riant de la bulle où grondaient dans toute la richesse sonore des superlatifs latins les plus insultantes qualifications , accoururent autour de Louis ; soixantecinq raille chevaux enflaient Tespérance du prince; s'il avait pu obtenir une bataille rangée, il ramassait sur-le-champ dans la défaite tumul-
tueûie de son mal » la couronne dispnlée ; mais l'ennemi se tenait en embuscade , les dëfilës se hérissaient de troupes , les villes fermaient leurs portes et lés châteaux prenaient sur la route du prince , de menaçantes attitudes. La grande armée de Louis d'Anjou fut forcée de se diviser en plusieurs corps , afin de pouvoir tenir tête à un ennemi qui se multipliait ; de ce corps les uns allèrent dans la terre de Labour , les autres dans le duché de Barri ; Louis resta seulement avec huit mille hommes dans une terre de la Capitanate, où il pouvait à peine subsister. Le roi Charles l'épiait ; il vint le surprendre , affaibli par la dissémination de ses troupes , dans ce poste peu avantageux pour lui. L 'armée de Duras était infiniment plus nombreuse que celle de Louis , et elle se procura vite les avantages d'une position heureuse ; le danger pour les Français fut tout-à-coup immense ; aussi le mot de foi/^ fut le premier que les gentilshommes jetèrent en plein conseil devant le prince ; mais Vhonneur empêcha de prendre un pareil parti. Bien qu on ne se dissimulât pas l'étendue du péril, il fut décidé qu'on accepterait la bataille et que Louis d'Anjou j pour ne pas être trop exposé aux coups de l'ennemi prendrait l'habillement d'un soldat , costume qui rendrait sa fuite plus facile , s'il était contraint d'j avoir recours. Louis prend le commandement de l'armée ; la charge sonne ,
les huit mille hommes du prince , désespérés , se précipitent sur leurs ennemis et se fraient un chemin sangbnt à travers leurs rangs rompus ; aussi dans leur magnanime ëlan panriennent-ils dans la Fouille , où une division de Tarmëe les attendait,
Charles avait manque Toccasion de terminer la guerre ; il sentit qu'il ne lui convenait plus de tenter une action décisive ; aussi ëvita-t-il les rencontres dans les plaines et se contenta-t-il de harceler Tarmëe ennemie en se tenant sur les hauteurs des routes ; de plus il jeta dans ce dëmélé un intérêt chevaleresque, en proposant à son compétiteur des défis qu'il était le premier à rejeter ensuite. Il parut , enfin , après avoir échangé avec Louis des lettres où ces deux princes se meurtrissaient à coups d'injures , décidé à accepter un combat singulier qui viderait leur longue querelle : des lettres de sauf-conduit furent expédiées de part et d'autre ; celles de Louis avaient la date du i3 décembre tSSs.
Le comte de Savoie » créé depuis peu marquis d'Italie, et Simon Caraccioli , nommés , le 29 janvier i383, pour choisir le lieu du combat , se décidèrent pour l'île de Caprée. Mais Charles, qui ne partageait pas l'ardeur bouillante et inconsidérée de Louis , n'avait pas encore accepté les conditions le 8 février ; chaque jour il soulevait de nouvelles difficultés , bien aise de lasser et de faire choir dans un piège Louis , que ces lenteurs
politiques exaspéraient au plus haut point. Ce que Charles prévoyait , arriva : Famiée réduite à Finaction diminuait de jour en jour; la flotte de Provence ne pouvait plus rien tenter d'important ; la lassitude gagnait tous les esprits ; Louis voyait son armée réduite et ses compagnons las d'ane guerre sans issue et qui se passait péniblement dans un échange de cartels , où le prince français apportait seul de la bonne foi. Charles connaissant les embarras toujours croissans de la position de Louis , ne garda plus aucun ménagement ; il quitta Naples , où il était allé pour donner plus de vraisemblance au rôle de champion qu'il n'avait pris que pour le déposer sans duel , quand les circonstances le lui auraient permis , se mit à la tête de ses troupes , bloqua tous les passages de son royaume, déploya une activité prodigieuse , resserra le cercle de ses opérations , enlaça Louis et le tint assiégé dans son camp , où bientôt tout manqua : vivres , fourrages , argent.
La position n'était plus tenable ; les maladies enlevaient les victimes que la famine n'avait pas tuées ; les capitaines mouraient ; le comte de Savoie expira le i*' mars i383, ruiné, parce qu'il lui avait fallu donner une partie de sa vaisselle à ses gens d'armes à la prière de Louis , qui n'avait plus rien de tous les trésors portés de France à dos de mulets ; Louis vendit aussi sa .vaisselle , ses équipages et sa couronne ; il ne garda qu'une
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eotle d'armes de toile jpeiate. Il devint insensé et furieux de colère; aussi, quand il eut appris que le brigand Auccud s'ëtait joint à Charles de Duras, auquel il conduisait deux mille deux cents cavaliers, croyant d'abord que ces cavaliers e'taient florentins, parce que Auccud avait servi Florence, il ordonna la saisie en Provence de toutes les mar* chandises de cette nation. Par cet acte injuste, il ne fil que redoubler l'aigreur des esprits contre lui ; il n'avait plus qu'un parti , celui de combattre et de vaincre ; mais Charlea n'offrait à ses troupes que quelques dëtachemens qui Tëpuisaient même quand il les battait ; enfin après mille petits combats partiels , mêles de trêves et de succès , Louis arriva dans la plaine de Foggia ; là il consola sa mauvaise destinée par l'éclat de la cérémonie dans laquelle il quitta le titre de duc de Galabre qu'il avait porté jusqu'alors , pour prendre celui de roi de Sicile et de Jérusalem. Ceci se fit le 3o du mois d'août i383.
Mais tous les avantages qu'il avait retirés de cette campagne furent bientôt perdus ; Louis attendait des secours qui ne vinrent pas : un capitaine , Enguerrand de Coucy , s'était mis en marche pour le joindre , avec douze mille chevaux, mais tenté par le pillage, il ravagea la Lombardie et la Toscane et perdit ainsi un temps précieux dans des expéditions sans profit pour le roi Louis. Un autre chef, Pierre de Craon , au
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lieu de porter à Louis de Targent , fit resplendir son faste dans Venise » où il dissipa dans de folles dépenses les sommes destinées au roî de Sicile.
Louis voulant finir par une bataille cette campagne qui languissait , adressait cartels sur cartels à son rival ; enfin celui-ci craignant que ses refus ne souillassent sa réputation , ou ne décourageassent ses soldats , envoya le gage de la bataille. Louis bondit de )oie en le rece-* vaut ; il fit dire à Charles que puisqu'il était venu jusqu'à Barlette , il devait être fatigué du voyage , et que lui son rival irait plus avant , afin de le rencontrer ; que cinq jours suffiraient pour les mettre en présence ; le 17 avril Louis et ses sol* dats petitement habillés , comme dit Juvenal des Ursins , parurent sous les murs de Barlette ; le roi ne portait qu'une cotte • d^armes de toile peinte , semée de fleurs de lys , seul effet échappé . à la perte de ses brillans équipages.
Mais une nouvelle déception attendait Louis sous les remparts de la ville ; Charles avait fait venir auprès de lui Olhon , qu'il retenait prisonnier depuis la mort de Jeanne , épouse de ce prince. Il le consulta sur ce qu'il devait faire* Othon en s'appuyant sur cette ardeur française qui décidait si souvent la victoire sur l'excellente cavalerie de son compétiteur, sur la nécessité où celui-ci était d'en finir d'une manière quel^
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conque par une bataille, le dëcida à la refuser. Cet aTÎs fut accepte , Othon remercié par la li* bertë , de le lui avoir donne ; l'armée de Charles , qui déjà s'était rangée pour le combat derant les fossés de la ville , rentra dans Barletie , au grand ébahissement de Louis. Celui*ci outré et bors de lui-même reprit la route de Barri , où il mourut dans la nuit du 20 an 21 septembre i384« Il laissa de Marie , sa femme , fille puînée de Charles de Blois , duc de Bretagne , Louis ^ qui lui succéda ; Charles, duc de Calabre , mort le 19 mai 14^4 ^^^^ avoir été marié, et une fille nommée Marie d'Anjou.
Louis , dans son testament fait à Tarente le 20 septembre i383, confia à sa femme Marie de Blois l'administration de ses états et la tutelle de son fils , dont il fixa la majorité à vingt-un ans accomplis.
' Hugues de Saint-Sévérin ne perdijt pas cou* rage dans ces déplorables circonstances ; il fit faire, à Louis d'imposantes funérailles , tous les chefs communièrent ; au moment le plus solennel de la messe , le prêtre tint l'hostie levée , et tous , devant elle , proclamèrent Louis II , fils de Louis I*% roi de Naples, et lui jurèrent fidélité à toute épreuve ; le serment fut prêté aussi par tous les officiers. Hugues saisissant le moment où la cérémonie religieuse avait tant exalté les esprits, conduit cette armée au sortir des pompes funè-
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bres du prince , devant ces murs de Barlelle , ou Charles se tenait si soigneusement renfermé ; les hérauts d'armes proclament le nouveau dëfi, l'arme'e dëfile devant les murs en fesant retentir Tair des cris : Vice le roi Louis et meure le iraiire Charles. Mais Charles nullement ému à ces interpellations furibondes , poursuit son plan , sûr que cette fougueuse armée disparaîtrait dans les longueurs de l'inaction. En effet elle se déconcerta tellement , ^u^elle se brisa à morceaux , et se dispersa de toutes parts , par des routes dîver«^ ses ; «c presque tous les Français repassèrent les « Alpes , dit Juvenal des Ursins , tant nobles « que non nobles , et retournèrent en grande « partie à pied , ayant chacun un bâton en leurs a mains , et était grande pitié de \^s voir. »
Les tuchins dont on a fait ensuite le mot coquin ^ désolaient , alors , la Provence ; on appelait ainsi des hommes désespérés qui se livraient à une vie de brigandages , pour se soustraire aux subsides écrasantes ; ils fesaient une guerre d'extermination aux ofEciers du roi , aux riches , pillant leurs maisons , incendiant leurs champs , et n'épargnant ni bourgs , ni villes , dans leur fureur de détruire et de brûler. Arles fut , par le moyen de quelques intelligences qu'ils s'étaient ménagées dans cette ville , soudainement envahie par eux , et souillée par un horrible saccagement dans lequel périt le viguier Emmanuel de Puget. Des
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habîtans da bourg vinreni au secours des Arlësiens et les délivrèrent de la présence de ces hôtes terribles. Les esprits étaient divisés en Provence ; les uns voulaient Louis II , d'autres Charles ; Louis , le père du jeune roi , s'était créé de puissantes inimitiés dans ce comté , soit par ses manières hautaines, soit par la faute quil fit de réunir à son domaine des terres cédées par ses prédécesseurs à la noblesse. A l'exception de Marseille, d'Arles et dé Pertuis, presque toutes les autres villes se soumirent à Charles de Duras* Aix se mit à la tête de la désertion , et les cités révoltées formèrent entre elles une ligue qui reçut le nom de la Ligue d'Union.
Raymond de Turenne , fils de Guillaume Rogier , deuxième du nom , comte de Beaufort , et d^Êléonore de Cominge , irrité contre la maison d'Anjou qui l'avait privé de terres considérables , était l'âme de cette ligue dont il attisait l'ardeur; aidé du sénéchal de Beaucaire , il commettait des dégâts sans nombre dans le pays oii l'on avait reconnu le roi Louis II ; Arles et ses environs étaient exposés à de continuelles dévastations ; les seigneurs donnant carrière à de longs ressentimens rendaient cette province , oii aucun chef ne fesait intervenir dans de si furieux démêlés l'ascendant de sa puissance , un théâtre de guerre et de déprédations.
Mais des deux partis , celui qui soutenait
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Louis II f doc d'Anjou , était le plus faibk ; ce dernier parti envoya à Paris auprès de ce prince qui s'y trouvait alors , le comte de Saint-Séverin , Raymond d'Agout et Guigonet«Jarente. Marseille joignit ses dëputés à ceux que nous T«ions de nommer ; la ville d'Âix , au contraire , fit hommage de sa soumission à Charles YI, sous la puissance duquel elle aspirait a se ranger.
Charles YI avait reçu à Paris la reine Marie avec la plus grande magnificence ; cette princesse employa fort utilement pour ses intérêts son séjour dans cette ville; elle y déjoua tous les efforts que la conjuration tentait contre elle auprès du roi de France , et de plus elle parvint à décider Charles à lui donner des secours pour passer en Italie. Le 24 avril i385 , cette reine qui amenait avec elle le jeune roi Louis , fit son entrée dans Avignon , où Clément YII lui accorda l'investiture du royaume de Naples ; ce pape montrait à Louis une affection dont les effets étaient neutralisés par le schisme qui désolait la chrétienté. De plus, les Marseillais offraient, avec une ardeur pétulante , au jeune prince Tappui de leurs bras. Ils se mêlèrent à ses troupes , s'emparèrent de quelques places au pouvoir de Charles de'Duras, et firent des dégâts sur les terres d'Aix , pour le compte de Louis d'Anjou.
C'est à cette époque qu'il faut faire remonter la construction de certaines tours dont les ruines
se laissent encore vair sur des lieux escarpés , car la Prorence était déchirée par des combats que les partisans des deux prétendans à la couronne de Naples se lÎTraient ; Balthazar Spinola se fesait, au milieu de tous , remarquer par la cruauté avec \ laquelle il soutenait les droits de Charles de Duras* dont il était le sénéchal dans le comté. Pour mettre un terme à de si désagréables dissentions , la reine Marie assembla les états dans la ville d'Apt, au mois de mai i385, et pour appuyer par une force un peu imposante les négociations que cette reine comptait ouvrir, elle leva des troupes ei les fit commander en attendant Tarri* vée du sire de Vinai , par Rochefort.
D'ailleurs de hauts et puissans seigneurs soi* gnaient , sur divers points du pays , les intérêts de Louis II ; François de Baux et Reforciat de Castellane , chevalier de Tordre de Saint*Jean de Jérusalem , apportaient à cette œuvre de conciliation politique une ardeur sans égale ; Tintrigue agissait vigoureusement au sein des états, aussi les trois ordres se résolurent d^envoyer des députés à la reine pour s'entendre sur les bases d'un accomodement ; les députés étaient : l'évéque de Sisteron et Audibert de Sade , prévôt de Pîgnans ; Raymond d'Agout , grand chambellan du royaume de Sicile ; Louis d'Anduze ; François de Baux et Barras de Barras. On consentait à reconn^dtre la reine et Louis son fils , à condition
qu'elle ne ferait jamais ni paix , ni alliance arec Charles de Duras , meurtrier de la reine Jeanne » ni avec ses adhërens ; que les comtés de Provence et de Forcalquier et les terres adjacentes , resteraient toujours sous la domination de Louis d'Anjou et de ses descendans ; qu'en cas de mort sans héritier, ils seraient réunis au domaine des descendans de Charles , son frère ; que si cet article du traité était violé, les Provençaux resteraient maîtres de se choisir le prince qu'ils voudraient ; qu'aucune partie du domaine ne pourrait jamais être aliénée ; que confirmation serait faite des libertés , franchises , coutumes et statuts , accordés par les comtes ses prédécesseurs ; que de nouveau subsides ne seraient plus imposés ; que l'on maintiendrait les donations de la reine Jeanne et du roi Robert , et qu'enfin les causes civiles et criminelles qui naîtraient en Provence , ne seseraient jamais portées devant aucun tribunal étranger.
Cette hauteur de langage déplut à la reine , mais elle voila son dépit sous une satisfaction apparente, de peur d'irriter un patriotisme d'une bouillante exaltation , et accepta toutes les conditions offertes. Alors les députés lui rendirent hommage , ainsi qu'à son fils.
Voici les noms des seigneurs qui , d'après Jean Lefè vre , chancelier de Louis , allèrent reconnutre le nouveau roi à Avignon au mois de juin :
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Fouqoes d'Agout , sënëchal de Provence ; Raymond d'Agout , seigneur de Foz ; le vicomte de Talard ; le seigneur d'Oraison ; le seigneur de Sabran , vraisemblablement Jean , seigneur d'Ansouïs ; Raymond de Beaufort , vicomte de Valence ; Guyard de la Garde ; Pontevès de Château-Renard ; Louis de Glandevès y seigneur de Faucon ; Bertrand de Marseille , des comtes de Yintimille ; Guibert Cornut ; Guyon Leyncel ; François de Baux; Iluguette de Foz, dame de Tretz ; la dame de Sault ; Raynes de Sabran , seigneur de Lourmarin ; Charles Albe et Guigonet de Jarente.
Plus tard on reçut la soumission d'Adhëmar de la Garde ; d'Anduze , seigneur de la Youte ; de Glandevès de Cuers ; du seigneur de Bourbon ; de François de Solliës , de Florent de Castellane , seigneur d'Andaon ; de François de Baux , seigneur de Marignane ; de Philippote de Yinti* mille , dame de la Yerdière ; de Fouques de Pontevès , seigneur de Cotignac ; d'Etienne Laugier de Beauvillier, et de Pierre Balbs.
Quant aux autres gentilshommes, ils restèrent neutres au milieu du conflit , et attendirent que les ëvènemens désignassent le maître auquel ils devraient prêter soumission ; la ligue d'Aix se maintint. Cette ligue fit de nouvaux efTorts , auprès du roi de France , pour obtenir de lui la réunion de la Provence à son vaste domaine ; en
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agissant ainsi, cette ligue probablement cédait aux iostigalions de Charles de Daras^ qui aurait été bien aise de raffermir son autorité dans le royaume de Naples, pendant que le comte de Provence Louis II et Charles YI, se seraient, enfin, montrés diTisés. Car le roi comme descendant de Marguerite , fille aînée de Raymond Bérenger, et femme de saint Louis, pensait avoir des droits sur la Provence , aussi écrivit-il d^abord à Marie de Blois qu'il prenait sous sa protection les Provençaux attachés à Charles de Duras, jusqu^au moment où les droits de Louis II seraient pleinement constatés ; de plus , cette lettre exigeait une trêve de six semaines entre les deux partis. Marie n^avait qu^an bat , celui de soumettre à son fils les états sur lesquels sa naissance l'appelait à régner. Cette trêve ne put donc que ralentir un instant son ardeur guerrière , mais non la détourner de ses plans ; dans l'incertitude du succès qui la rongeait, elle se rendit à Marseille à la fin d'août, afin d'employer au profit de sa cause les excellentes dispositions des habitans de celte ville ; mais la guerre avait épuisé Marseille et allangui son commerce ; aussi tous les efforts que cette cité devait tenter en faveur de Marie , étaient d'avance frappés d'une évidente impuissance; de plus, sa fierté républicaine ne sommeillait pas au milieu de son dévoûment monarchique , et malgré l'inutile appui dont les circonstances et non le défaut de
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volonté la rendaient pour Marie , . o8a*»t-eIle encore mettre à 8a reconnaissance de Louis pour son souverain y des conditions impërieuses et farorâbles à son amour pour les priyiléges. Ainsi » ils ne consentirent à admettre la reine et son fils dans leurs murs » que quand la mort de la reine Jeanne aurait reçu de la déclaration que le pape en ferait un caractère officiel ; de plus , il fallait qu*une bulle consacrât les droits de Louis IL
Marie et Louis jurèrent de maintenir les droits de Marseille et les cbapitres de paix qui en sont la base. Alors les consuls prêtèrent le serment de fidélité , ayant à leur tête Gilles de Boniface , en présence de Raymond et de Fouques d'Âgout, de François de Baux , de Florent de Ckistellane , et de Guignes de Flotte; ils eurent soin de déclarer d'avance le serment non avenu, au c^a que la reine Jeanne se trouvât encore en vie.
Les rigueurs de Marie se déployèrent contre les partisans de Charies. La reine Marie renouvella , le 25 juillet^ i385 , une ordonnance de Louis P' , qui transférait à Marseille les cours souveraines de justice , et les sièges des principaux officiers tant civils que militaires.
Le 7 Septembre , Marie de Blois se rendit w pont de Sorgues , où le pape arriva le 27 du ménie mois ; dans les conférences qui eurent lieu » }a reine consentit, par suite des cruautés qiie lui faisait éprouver la conduite politique du roi de T. III. 26
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France , à accepter une trêve de vingt mois avec Charles de Duras. Arles reçut quelque temps après Marie et Louis II , qui y confirmèrent les privilèges de cette ville. Mais le pouvoir de ce jeune roi n'était rien moins qu'assure ; il en aurait été bien difleremment si le roi de France eût voulu prendre intérêt k sa cause; le parti Angevin possédait des places importantes dans le royaume de Naples ; Charles de Duras et le pape , jadis si unis , étaient séparés par une haine violente ; les Romains se seraient volontiers déclares pour Louis II , et Barnabe Yisconti paraissait vi* vement disposé à combattre en sa faveur; mais Marie de Blois , sans troupes , sans argent , abandonnée par le roi de France , se trouvait hors d*état de tirer parti pour son fils de si favorables conjonctures ; tout ce qu*elle pouvait faire, citait de ne pas renoncer à l'autorité disputée qu'elle avait encore en Provence.
Charles de Duras , heureux d^avoir obtenu une trêve qui calmait ses craintes pour quelque temps, d'avoir forcé Urbain à sortir de son royaume, ambitionna une autre couronne. Louis, roi de Hongrie , surnommé le Grand , venait de mourir; il ne laissait que deux filles ; Tainée , Marie , fut mise à sa place , et on lui donna pour régente sa mère Elisabeth de Bosnie ; celle-ci , à cause des mauvais conseils du palatin Jean de Gaza , irrita cette noblesse^ témoin, jadis , de la bravoure
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de Charles de Daras ; aussi lai pfÊrit-elle une cou^ ronne qa'il s^empressa d'accepten II quitte ses états de Naples , et arriTé à Zagrab , il commence à semer partout des germes de rëvolte contre Marie , mais à- Bode , où il se rendit tëmëraire-* ment , son ambition s'éteignit dans la mort ; là dans Tappartement des deux reines , un gentilhomme apostë lui assène ua coup de sabre si furieux que trois jours après Charles en mourut , à l'âge de quarante ans. •
Il ne laissa que deux enfans: Ladislas et Jeanne; mais comme Ladislas était encore trop jeune pour régner, la régence fut déférée à Marguerite sa mère ; ainsi le royaume de Naples était disputé par deux princes en bas-âge , soutenus par leurs mères, et défendus par deux papes. Othon de BrunsTich, dernier mari de la reine Jeanne, était alors à Âyignon. Charles de Duras , qui ayait fait ce prince son prisonnier au mois d'août i38i , l'avait renvoyé sur sa parole ; pris par des bandes anglaises , tandis qu'il se livrait au plaisir de la chasse , il fut emmené en Provence ; se croyant délivré de son serment par le (ait de sa capture , il offrit ses services à Marie de Blois, et vint commander dans le royaume de Naples les armées de cette princesse.
Favorisé par tant dé troubles et de si. grandes incertitudes , Othon s'empare de places précieu^ ses , aidé des Provençaux , qui se souillèrent de
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criaiei dans les prises des yilles. Oihan entra dans Naples; la reine Marguerite se retira en toute hâte à Gayette avec ses enfans ; le contrecoop des succès d'Othon se fit ressentir en Pro- ▼ence ; les partisans de la reine Marguerite et de Ladislas , son fils s'intimidèrent ; Âix , dont les environs n'offraient plus que de tristes images d'une désolation permanente , envoya à Naples Guillaume de Ywdoin , Hugues de Qapier d'Hjè* res y afin d'obtenir quelques secours ; mais cette ville reçut une réponse qui lui dévoila toute l'étendue de la faiblesse du parti de la maison des Duras ; aussi , et son exemple fut suivi par d'autres cités, se hâta-t-elle de faire sa soumission dans les mains de la reine Marie ; celle-xi satisfaite , restitua à Aix tous les privilèges et les prérogatives dont elle Tavait dépouillée. Nke et les vigoeries de Puget et de Barcelonnette restèrent opiniitrément attachés à la malheureuse dynastie des Duras. Elles sollicitèrent des secours auprès de la reine Marguerite ; mais cette princesse, pressée par un ennemi puissant , se contenta de les engager à se ranger sous le pouvoir d'un prince qui ne fut pas de la maison d'Anjou. Séduits par Téclatakite réputation d'Amédée YIII« qui s'était tant illustré dans la plaine de Rosbéc » les habitans de Nice se donnèrent à la maison de Savoie y et Marie ^le-*ménie ayant vainement cherché à disputer à Amédée sa nouvelle con«
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quête , finil par conclure un traita avec ce prince , au mois d'octobre iSSg, par lequel une trêve de onze ans ëtait stipulée.