Tacit de Morib. Gena. c. xiv
• a. Hollminn , Histoire des Finances tV Allemagne , cite . , p • aoet 55.
par des concessions territoriales , s'appliquèrent à retenir leurs compagnons ou à en acquérir de nouveaux. Ainsi naquirent les bénéfices.
Des repas , des chevaux et des armes avaient pour but de fixer autour du chef les hommes qu'il s'attachait par ^% munificences barbares. Des concessions de domaines créaient à ceux-ci une existence distincte et personnelle. Il fallut donc songer à les maintenir sous la puissance du chef , malgré des dons dont la nature était de leur Ëûre savourer les charmes de Tindépendance.
Ce problème ne pouvait être résolu que par le mode et la durée des concessions des bénéfices. Aussi trouvons-nous dans l'histoire des bénéfices arbitrairement révoqués par les donateurs , des bénéfices temporaires, des bénéfices concédés à vie , des bénéfices donnés ou retenus arbitrairement; d'où l'on peut conclure qu'originairement et communément les bénéfices étaient concédés à titre d'usufruit et à vie , pourvu que le bénéficier demeurât fidèle au donateur , et que le cours des choses tendait constamment à le rendre héréditaire.
Car le barbare ne voyait pas l'immense différence qui existe entre le don d'un cheval et celui d'un domaine ; il ne songeait pas aux conséquences qui devaient résulter de cette nouvelle manière d'attacher au chef ^t% hommes. Mais la nature de la propriété se développa , l'usurpateur
aspira à la propriëtë absolue , et l'esprit d'association entre des individus errans disparut devant celui de famille et d^indëpendance. Les violences, les usurpations réciproques éclatèrent entre les donateurs et les bénéficiaires , jusqu'à ce que le régime féodal parvenant à régulariser et à rendre stables ces relations de propriété et de famille , vînt faire cesser les luttes de force individuelle et terminer ces chances de désordre social.
On démêle un fait important dans ces bénéfices , c'est qu'ils notaient point gratuits, et qu'ils imposaient aux bénéficiers certaines obligations envers le donateur.
Ces concessions emportèrent de tout tems Vo-bligation de la fidélité de la part des bénéficiaires à l'égard du donateur. Au premier jour de la conquête , les compagnons , en tems de paix comme en tems de guerre , vivaient auprès du chef, dans sa maison , à sa table ; ils étaient ses vassaux dans le sens primitif du mot qui signifiait conwe , hôte, homme de la maison. '
Le mot vague At fidélité exprima seul, longtems , les obligations du bénéficier envers le donateur. Plus tard des lois positives , en les ré-
1. On a donné du mot vasmis un grand nombre d'ëtymologiet direrses ; on l'a fait déiÎTer de Aacu (maison) , de ve^ , fest (établi) , de getelU (compagnon ). On pourrait croire qu'il Tient de gett f hAte , coonre ) .
DE PHOYENCE. 7g
l^ant , les renfermèrent sous ces deux chefs principaux : I* Tobligalion du service militaire à la rëquisilion du donateur ; 2® l'obligation à certains services civils ou domestiques auprès de sa personne et dans sa maison.
Les terres devinrent ensuite tributaires ; elles furent assujetties envers un supérieur à une redevance , à un tribut ou cens ; celui qui les cultivait n^en avait point la pleine et libre propriété. Quand les Barbares prirent des terres , ce (ut pour en vivre , non pour les cultiver ; ils ne dépossédèrent pas les propriétaires , ils ne réduisirent pas ceux-ci à un état complet de servitude , mais ils laissèrent au vaincu Texploitation du sol , avec l'obligation de fournir aux besoins et aux goûts du nouveau maître.
Le cercle de Tenvahissement des propriétés gauloises ne s'élargit pas tout à coup sur la sur- &ce du sol ; d'abord un barbare puissant étendit ses conquêtes autour d'un principal établissement, c'est-à-dire , qu'il s'arrogea dans les propriétés voisines une part qui se résolvait en redevances ou charges de diverse nature. Tel fut , sans doute, Teffet principal des continuels envahissemens des propriétaires barbares ; et le progrès de ces sortes de conquêtes obtenues par l'ascendant de la force et de la victoire fut si grand , qu'il est permis de croire qu'à la fin du dixième siècle la plupart des cultivateurs exploitaient des terres tributaires.
8o HISTOIRE
Sous cette noblesse conquérante qui se créa une existence forte , indépendante , des richesses immenses , de vastes résidences féodales avec son épée , haletaient , sur un sol arrosé de pénibles sueurs , autour des manoirs féodaux , les descendans de ces Gaulois que l'invasion réduisit au rôle d'esclaves. La propriété foncière était devenue Tunique source de fortune , car à côté de la classe des propriétaires ne se groupaient pas ces classes rivales , dont le commerce , l'industrie , les professions libérales créèrent les richesses. En quittant cette sommité où les nobles seuls , les. descendans des vainqueurs se plaçaient , on trouvait les restes de la société divisés en propriétaires d^alleux , en propriétaires de bénéfices , en possesseurs de terres tributaires et en serfs. Les propriétaires d^alleux étaient plus indépendans que les autres citoyens ; mais souvent le caractère de la propriété allodiale se fondit dans celui d^une propriété bénéficiaire , et la liberté du possesseur se trouva restreinte par la sujétion de colon.
Pour classer les conditions sociales du moyenâge , il faut examiner peut-être Tappréciation légale de la valeur des hommes. Le werhgeld ' , c'est-à-dire la composition de la somme que
I . De %veAr , ^^fehre , aimé , défense (wekren , empêcher ; wakren , bewahren , garantis ; warraiU , garantie J , etqnî signifie l'argent qai dëfend , qai garantit la Tie d*an homme.
DE PEOYENCE. Bl
le meurtrier ëlait tenu de payer à la famille du mort , a éié considère comme le signe infaillible de la condition des hommes , puisquHl fixait le taux de leur vie , la mesure de leur valeur.
En jetant les yeux sur la différence des sommes qui rachetaient le meurtre d'un barbare libre, d'uù prêtre, d'un clerc né libre, d'un Romain, d'un Gaulois , on pourra se faire une idée des diverses appréciations des conditions sociales ; mais on est forcé de convenir que ce signe ne révèle pas toujours exactement l'état des personnes , qui ne nous est démontré avec quelque certitude que par les monumens et les dénominations par lesquels les étaient désignées les diverses classes de citoyens.
Les Leudes , c*est-à-dire , les hommes de leur chef; les Antrustions, ou fidèles, nom qu'on donnait à ceux qui étaient le plus spécialement attachés à la personne du roi ; les clercs , les simples hommes libres ; les affranchis , tels sont , sans parler des esclaves , les états essentiellement différens que , du cinquième au sixième siècle , les historiens et les monumens nous laissent voir dans la société.
Au commencement de ce livre )'ai , en empruntant quelques pages à un travail remarquable sur les Sérengers , réuni sous les yeux du lecteur des faits épars et mal racontés dans les vieux historiens y afin qu on pût embrasser d'un coup d'œil ï. ni. 6
Sa HISTOIRE
rapide un ensemble d'actions confuses, et dëmè-^ 1er un peu le cahos yérilable de nos anciennes généalogies. Maintenant, revenant sur mes pas , je vais , en rappelant d'importantes omissions , essayer de porter une lumière complète dans des annales obscures , et de répandre un jour satisfaisant sur ces époques que tant de ténèbres environnent.
Quand les croisés s'illustraient aux campagnes orientales , un prince étranger plaçait sous sa domination le comté d'Arles. Une illustre maison dont le nom brille au milieu de nos annales , la maison des fiaux , voyait croître sa splendeur. Etiennette , fille cadette de Gilbert, mort en 1109, épousa Raymond de Baux , et lui porta en dot quelques terres connues sous le nom de terres baucenques. Douce , fille aînée de ce même Gilberty s'unit à Raymond'Bérenger, premier comte de Barcelonne. Raymond-Bérenger guerroya ; il harcela les Maures d'Espagne , maîtres des îles Baléares , d'où ils s'élançaient sur des vaisseaux qui parcouraient la Méditerranée. Nous l'avons vu figurer dans une ligue générale des communes de Pise et de Gènes, qui s'unirent à lui pour combattre ces ennemis acharnés du nom chrétien. La flotte que ces deux villes italiennes mirent au service de Raymond -Bérenger , vint mouiller dans un port de la Catalogne , mais à peine parut-elle dans les hautes mers, qu'une
DE PROVEN^CE. 83
norrible tempête la dispersa. £Ile parvint à ^e réunir , et marcha vers Majorque , qui tomba au pk)uvoir àe Raymond après six mois de siège.
Forcalquier avait des comtes avides et qui fesaient rançonner les églises et les monastères. Les foudres ecclésiastiques furent lancées contre eux ; Uabbé de Mont*Major obtint l'excommunication da comte Guillaume; celui-ci redoutant le terrible effet de l'inlerdit , se- fit absoudre par le pape Galiï[le II , et restitua à la fameuse abbaye de Mont- Major les biens qu'il lui avait ravis.
Alfonse- Jourdain , comte de Toulouse , et Raymond-Bérenger, comte de Barcelonne , possédaient la Basse-Provence. Nous avons vu que le comte de Toulouse , voulant faire valoir les droits qu*il tenait d'Emme ^ sa grand'mère , sur le comté de Provente , que son père Raymond de Saint-Gilles avait négligés pendant son expédi-^ tion dans la Terre-Sainte, vint attaquer notre pro« vince. Raymond de Baux , EIzéard de Castries et Guillaume de Sabran combattaient pour Alfonse- Jourdain ; Geoffroi de Porcellet se distingua sous les drapeaux de Raymond-Bérenger. L'église d'Orange , où Alfonse fut assiégé , fut détruite pendant cette guerre. Un traité de partage, mentionné plus haut , mit fin au différend.
Les communes marchaient à leur affranchissement total. Le régime municipal ne s^éteignait jamais entièrement dans nos villes provençales ;
la libertë des personnes y fut mieux respectée qùè dans le reste de la France. Des seigneurs , à l'ëpoque eu nous sQmmes arrivés , afTranchirent plusieurs de leurs cités et de leurs bourgs. Nous avons des chartes où le droit civil que les vassaux devaient suivre , est indiqué ; dans d^autres , oa y lit une espèce de code criminel. La peine pécuniaire y est presque toujours établie pour le rachat du coupable. Ces chartes d^aflfranchissement n'étaient pas toutes accordées à titre onéreux ; quelques-unes contiennent des privilèges en assez grand nombre. Le nom de serf se trouve rarement mentionné dans les chartes des treizième » quatorzième et quinzième siècles. Le commerce et l'industrie , qui activaient notre province sous )es Romains , ne disparurent jamais tout-à-fait ; ce qui prouve bien évidemment que Pesclavage n'enserrait pas dans ses carcans de fer tous les vilains de la contrée. Ces deux sources de la prospérité publique ne tarissent que sous Tinfluence d'un universel vasselage ; mais tant de guerres , des droits féodeaux inquiétans bornaient à de rares échanges , à de minces produits les spéculations mercantiles et industrielles de nos contrées. Au douzième siècle , il y eut plus d^élan > plus d'essor vers ces transactions , ces travaux honorables qui préparaient ^ en silence , l'entier affranchissement de l'humanité , si dégradée par la féodalité. Arles et Marseille ne se résignèrent jamais
4 se fermer ces routes qae leurs vaisseaux parcouraient depuis leur fondatiou. Gâtaient ces deux Tilles qui répandaient dans la France ces riches étofles orientales dont se paraient les églises et les seigneurs* Elles entretenaient des rapports continuels avec Pise et Venise , où le commerce du moyen âge jetait un si grand éclat. De Tëpoque des croisades datent pour Marseille ces établis* semens. connus sous le nom d'ëchelles du Levant. Elle tira de ces guerres des profits immenses ; ses vaisseaux transportèrent une foule considérable de riches croises, et approvisionnèrent les armées; aussi l'argent de ces guerriers vint tout entier re« fluer dans cette ville.
L'ère des troubadours s'ouvre enfin. Ces poètes errans , ces rhapsodes d'une époque curieuse et forte , ces chantres de la> galanterie et de la valeur vont paraître dans nos tournois , dans les vastes salles de nos châteaux, sur nos champs de bataille. hstcHoleen main , ils immortaliseront notre langue , que le latin déchiqueté par la barbarie , légua aux nations modernes. Cette langue , la romane , a eu de glorieuses destinées ; elle est la transition naïve et harmonieuse de Tidiome des vainqueurs du monde à Tidiome des Français. Le latin s'altéra, raccourcit ses mots sonores , appesantit sa marche rapide d'auxiliaires et d'articles , et jonchant le sol où il domina si long-tems de voyelles , de consonnes retranchées sans pitié , se fit de sa robe patricienne un
court et étroit manteau féodal. La langue romane naquit , langue merveilleusement propre à expri-r mer la naïveté forte et ingénieuse des sentimens dont nos. pères étaient remplis. Assujettie à de nouvelles combinaisons de poésie et de versification^ elle se trouva, de. prime-abord, chargée de rendre la délicatesse et la vivacité de l'amour » la sévère franchise des. opinions morales, et por li tiques des troubadours « leur enthousiasme pour les hauts faits d'armes et pour les chevaliers , leur juste et animée indignation contre les erreurs et les fautes de leur siècle> Une littérature nouvelle parut : mais cette littérature fut toute originale » elle ne se traîna pas péniblement sur les brisées latines ou grecques , elle eut son soleil , son sol , ses idées à part , ses majens indépendans el distincts , ses formes natives , ses couleurs étran-^ gères^et locales, son esprit particulier ; elle s'ins-r pira des mœurs chevaleresques , des idées religieuses du tems , des préjugés contemporains , du caractère national.
Rome et Athènes , nos sources étemelles d'imitation, étaient alors inconnues à nos écrivains, A peine si dans un petit nombre d'entre eux nous retrouvons quelques réminiscences faiblement indiquées de ces littératures presqu'universellement oubliées. Dans une société si forte-^ ment organisée , où resplendissaient des tournois et des cours d'amour , où des chevaliers racon-
BS PBOTENGE. 87
taiènt des batailles ëclairëes par un soleil d'Orient , où l'architecture se complaisait dans des œuvres fantastiques ; dans une sociëtë complète qui'exprimait ses idées , ses sentimens , la grande pensée qui la dominait , avec la pierre festonnëèi là dentelle ou le lin artistement place ou coupe , les écrivains avaient-ils besoin de rechaufTer leur verve aux influences des astres à demi ëteints ou noyës dans des vapeurs épaisses y de Rome et d'Athènes ? L'astre dumojen âge se levait , sur eux, magnifique et ëtincelànt. Plus heureuse que nous , plus adroite peut-être , Tltalie moderne date avec orgueil Tenfantement de sa littërature dé cette ëpoque ëblôuissante et rêveuse. Dante est pour elle un poète du moyen âge ; le Tasse est un chevalier par sa vie, par sa beauté, par la tournure de son esprit. Avec le Dante , elle nous initié aux convulsions hëroîques d'une ëpoque de sang et derëvoltes; avec son Tasse, elle prolonge encore pour nous les fanfares des tournois et des champs-clos; avec son Arioste, enfin, elle complète son moyen âge littëraire et politique , qui voit ses nains , ses bouffons , les scandales des moines et des seigneurs revivre dans le plus ëtonnant des poèmes.
Notre France , par un sort fatal, notre France n'atteste presque son moyen âge que par ses magnifiques cathëdrales gothiques; là seulement elle ressaisit sa forte existence passëe , en dëroulant
derant nous le peuple silencieux de ses sta^tqes^ debout ou inclinées sur les froides tombes. Quelques romans presque inintelligibles, des lambeaux de chansons oubliées , Toilàles seuls momimens de la vie littéraire qui surabondait alors !
Car pouvait-on se taire devant tant de volup-. tueuses apparitions de femmes , duchesses , baronnes ou vicomtesses ; devant tant d'e'nergiques apparitions d^hommes aux pourpoints taillades , aux élégantes fraises ; devant ces jeux où la guerre faisait flamber desécharpes amoureuses ? Mais je me trompe , ou du moins j*étends à toute notre patrie un. reproche que, sous quelques rapports, la France septentrionale seule mérite. La Provence a ses riches et anciennes annales littéraires ; la Provence , vraie patrie du moyen âge , où cette époque de transition , d'influence politique qui passait du midi au nord, a laissé une empreinte plus forte qu'ailleurs. Tous les germes intellectuels que le génie des tems modernes a réchauffés ou fait éclore , nous ne les retrouvons nulle part , si ce n*est en Provence , réunis et attendant le souffle heureux qui devait les animer. L'examen, qui de la religion devait passer dans la politique, balbutie ses premières hardiesses dans la bouche de nos Yaudois ; le discours politique , au- . quel devaient s'allumer tant de vengeances populaire^, retentit à Marseille en plein air, sur la place qui s'étend devant son Palais , dans des réunions
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pù le moyen âge entendit un langage bien nou- Teau pour lui. La littérature , avec ses formes di-r verseSf dont les unes, telle que la satire, semblent même n^appartenir qu'à des tems de décrépitude sociale , se montrç , à Tépoque de nos récits » gaie dans des chansons , triste dans des planhs , animée dans des iensons , morale dans des épîtres , brûlante , impitoyable dans des sirçenies. Cette incontestable supériorité littéraire , dans ces siècles reculés , sur le reste de la France , pourrait-on nous la dénier ? Déroulons-en les titres , établis- «ons-eo les preuves dans les pages de Tbistoire de notre pays.
L^amour et la guerre étaient les sujets sur lesquels les troubadours s'exerçaient de préférence. L'amour n'a jamais été peint avec des couleurs plus douces ou plus vives , plus touchantes^ ou plus ^Rayonnantes. Les églogues ou les idylles amoureuses des Grecs et des Romains ne sont qu'un cri brûlant et passionné poussé dans l'attente ou dans le délire du plaisir. Le chrislianisine et la chevalerie , en entourant la femme d^un auréole presque céleste , épurèrent le feu de la passion. En lisant les poésies amoureuses'des troubadours 9 on entre dans un ordre d'idées où Ton sent rinfluence des deux grandes institutions qui façonnèrent admirablement le moyen âge. La femme se révèle nue et ardente dans la liltérarature erotique du paganisme ; c'est une bacchante
qui , secouant toute pudeur , livre aux regards I^ bondissante souplesse de ses flancs de'couvertsr c'est une courtisane qui , écartant tout voile , a attache de ses mains , sur la porte de son lupanar^ le symbole impur de son dégoûtant métier.
Mais voyez la femme qu'aime et chante le trou* badour : sa présence se révèle par les parfums suaves qu'exhalent les plis de sa robe traînante ; son front pur enfonce sa blancheur d'ivoire dans un pudique bandeau , un corset d'un lin éblouissant emprisonne et trahit un sein dont un œil profane ne peut que deviner les gracieux contours ; c'est une flamme céleste qui nage dans ses yeux humides ; tout est dans elle pureté et harmonie. Aussi avec quelle respectueuse réserve s'exprime Pierre Vidal , quand il s'écrie :
« Oh ! si mes chants , si mes actions m'oni « acquis quelque renommée , je dois en rappor* tf ter l'hommage à mon amante ; c'est elle qui a <c excité mon talent et encouragé mes éludes ; « c'est elle qui m'inspire des chants gracieux; « mes ouvrages ne paraissent agréables et ne réùsa sissent à plaire que parce qu'il se réfléchit en » moi quelque chose des agrémens de ma dame, « qui occupe sans cesse mes pensées. » '
1. Je me sers qfuelquefois de la traduction de M. Reuoaard poar faire passer ces fragmens du proyençal en français. Le passage qu'on Tient de lire se retrouye en entier dans le S*** Tolume de Vouvrage de M. Renouard ; il débute ainsi : e iieu sai. P. 3 19, t- tu.
Nous trouverons dans le morceau suivant uu des nombreux exemples de la délicatesse des sealimens des troubadours :
« Bonne et franche dame , sans tous le bon- « heur s*exile de moi. Je vous aime avec une « tendressç si vive , avec tant de dévouement , « que loin de vous mon cœur, enveloppé d'une « profonde nuit , s*épuise en langueurs et en gé* « missemens ; et dans ces momcns ineffables « où vous me placez sous le charme de votre « présence , l'émotion , Pembarras qui s'eropa* ^ rent de moi y sont si grands , que ma langue » intimidée se refuse à exprimer à vous-même ^ les Sientimens que vous m^inspirez. » *
Un amour sans espoir ne déconcertait pas ces modèles d'une éternelle constance. Un sentiment profond , durable, né de Tétincelle d'un regard , d'un mouvement gracieux et rapide imprimé par une gente bachelette à une robe parfumée , suffisait à cette ardeur poétique qui sVteignait quelquefois daqs les langueurs raffinées d'une expression apprêtée. Peyrols ' écrivait ces vers touchaps à s^a maîtresse rétive à ses amoureux élans :
« M'éloignerai-je de mon amante ? Non jamais ! « Je suis enchaîné à elle par la grâce ravissante
1 . Choix des Poésies des Troubadours , par M. Renouard , page 35o ; Bona Dompna , Hugaes de la Bachelerie. a. Même oayrage, vol. m , p. 278 : patiirai m*en.
« de sa personne et le mérite de son esprit ; ils. <ir me disent que ce serait un crime. Ah ! lorsque. « rebute par elle , voulant donner le change à « mon ardeur , je crois adresser des yœux à une « autre , Tamour pour ma dame , démentant de tf froides paroles , s'e'lève seul dans Finquiète . a solitude de mon ame ; il s*enfonce dans moa « cœur, comme Teau envahit Téponge, et les « peines , le deuil que cet amour me cause sont « plus doux à mon ame altérée d'elle qu'un au- « tre attachement heureux. »
Un autre caractère que celui de la délicatesse des sentimens est empreint dans ces poésies où la langue du cœur est si perfectionnée. C'est le mélange des idées religieuses et des images del'ajnour.
La religion n*élait point alors une spéculation sans résultat pratique pour des esprits froids ou un sujet à de vagues rêveries pour des âmes tendres ; c'était l'objet sacré d*une croyance forte , d^uné conviction gravée dans le cœur. Aussi se trouvait-elle mêlée à tous les autres sentimens, et la poésie amoureuse loin de s'effaroucher de l'austérité de ses dogmes et de sa morale , emprunte quelquefois son plus touchant caractère aux croyances , aux espérances , aux terreurs de son culte.
Yoici comment Guillaume de Cabesting s'exprime :
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« Chère amie , la plus aimable des dames !
'« Vous me refusez , et pourtant agenouille' , « ou debout , la nuit et le jour , je supplie la « Vierge Marie de vous inspirer quelque ten-^ « dresse pour moi ? Enfant , je respirais votre « douce haleine , mon front souvent appuyé sur « votre ëpaule ; j'ai vécu dans votre servage , et « que Dieu ne me favorise jamais , si un autre « sort excite mon envie. O gente dame , permette tez que je baise les gants qui couvrent vos « belles mains: dans ma timidité , je n^aspire pas « à une plus grande faveur. »
Je ne puis résister au désir de mettre sous lés yeux du lecteur une élégie que la célèbre comtesse de Die adresse à Pâmant qui Tavait délaissée. Elle est traduite par M. Renouard :
a Le sujet de mes chants sera pénible et douce loureuX. Hélas ! j'ai à me plaindre de celui « dont je suis la tendre amie ; je Taime plus que ce chose qui soit au monde ; mais auprès de lui , « rien ne me sert, ni merci, ni courtoisie , ni « ma beauté, ni mon mérite , ni mon esprit. Je « suis trompée , je suis trahie , comme si j^avais « commis quelque faute envers lui.
« Ce qui du moins me console, c'est que je « ne vous manquais jamais en rien , & cher ami , « dans aucune circonstance ! Je vous ai toujours « aimé, je vous aime encore plus que Seguin « n'aima Valence ; oui , je me complais à penser
g4 ârSTOIRK
« que je vous surpasse en tendresse , Ô cher ânli ! ce comme vous me surpassez en brillantes qualités. « Mais quoi ! vos discours et vos manières sont « sévères envers moi , tandis que toutes les au— «< très personnes trouvent en vous tant de bonté « et de politesse.
4x Oh ! combien je suis ëtonnoe , cher ami , qae « vous affectiez envers moi cette sévérité ; pour- « rais-je n'en être pas affligée ? Non , il n'est pas « juste qu'une autre dame m'enlève votre cœur , « quelles que soient pour vous ses bontés et ses « manières. Ah! souvenez-vous du commence- « ment de notre amour; Dieu me garde que la « cause d^une rupture vienne de moi !
« Le grand mérite que vous avez , la haute puisce sance qui vous entoure , me rassurent. Je sais « bien qu'aucune dame de ces contrées ou des « contrées lointaines , si elle veut aimer , fait ^ « en vous préférant , le choix le plus honorable : (c mais j ô cher ami , vous vous connaissez en « amour, vous savez quelle est la femme la plus « sincère et la plus tendre ; souvenez-vous de nos « accords !
ce Je devais compter sur mon mérite et sur mon ii rang, sur ma beauté, encore plus sur monten- (c dre attachement ; aussi je vous adresse , cher « «ami , aux lieux où vous êtes , cette chanson , « messagère et interprète d'amour ; oui , mon « beau , mon aimable ami , je veux connaître
DE PROVENCE. gS
« pourquoi tous me traitez d'une manière si dure , « si barbare? Est-ce Poffet de la haine? Est-ce « reflet de Torgueil?
«c Je recommande à mon message de vous « faire souvenir combien Torgueil et la dureté « deviennent quelquefois nuisibles. »
M. Renouard dit, avec raison , que le charme de Toriginal disparait dans sa traduction , quelque fidèle qu'elle soit; c'est un parfum affaibli par les années , et se mourant dans le vase oii il fut trop long-tems renfenné. C'est une fleur fanée et laissant deviner par quelques grâces non encore ternies, l'éclat dont elle brillait jadis. Comparez cet élan passionné , mais retenu dans la limite de la pudeur, avec celui de Sapho ; quelle différence! L'amante provençale voile sous la chasteté de l'expression , l'ardeur dont elle est combattue ; Tamante grecque dominée par ses sens, exhale sa plainte en des termes brûlans et désordonnés ; Tune rêve , l'autre halète comme la bacchante.
Yoici une chanson de Bertrand de Born :
a Belle dame , puisque vous n'avez plus au- « cun égard pour moi, puisque vous m'avez aban- « donné sans que j'aie donné sujet à vos rigueurs, « je ne sais à qui adresser mes plaintes ; jamais je « ne pourrai recouvrer ailleurs le bonheur que « j'espérais de vous. Ah ! si , comme je le pense, « Je ne trouve une dame qui ait le mérite de celle
g6 HISTOIRE
« que j'ai perdue ^ je ne veux plus avoir dësor^ «c mais d'amie.
c< Puisque je ne puis rencontrer une dame qui u vous (fgale en beauté, en mérite, eh nobles sen- (( timens, en amabilité, une dame qui ait une « aussi belle tenue , une gaieté aussi franche , et « tant de sincérité dans les manières , j'irai de <c tous côtés rassembler quelque belle qualité de « chaque dame pour en composer une dame par- « faite , jusqu'à ce que je trouve une autre vouaï<* même.
« Belle Sembelis, j'emprunte de vous cette « fraîcheur qui embellit votre visage d'une cou* « leur si naturelle ; je prends aussi votre regard « tendre et an^oureux , et je vous laisse encore a de brîllans avantages , puisque vous ne mante quez d^aucun de teux qui distinguent les fem- (< mes. Je demande à la dame Elis sa conversa- « tion aimable , sa piquante gaieté ; qu'elle m*ac- « corde son secours pour orner ma dame des a agrémens que je recherche ; et alors cette dame c( brillera par la délicatesse de son esprit et par la « grâce de ses discours.
« Je prie la vicomtesse de Châles de m'accor- « der son cou d'albâtre et ses deux belles mains; « après je vais ailleurs , et j'arrive sans détour à « Rochechouart ; je demande à la belle Agnès « ses cheveux, plus remarquables assurément que
« ceux qui firent ]a renommëe d'Yseult , la da « me de Tristan.
«c Quoique la belle Audiart soit sévère envers a moi, je lui emprunterai la gentillesse de ses ma- « nières ; aussi bien elle est la plus gracieuse des «( dames : sa tendresse est aussi constante que « sincère ; et je demande à plus que bien la beauté « de son corps parfait, afin que jë'goûte en son en- « lier le bonheur de tenir ma dame entre mes bras.
a Je prie la dame Faidit de m^accorder un au* tf Ire don , ses belles et blanches dents , sa ma- « tiièrti engageante d'accueillir le monde et les <c réponses affables qu'elle fait avec tant de grâce « aux personnes qui sont dans sa cour* Je veux « que mon beau miroir m'accorde sa gaieté et son « noble extérieur, et Part avec lequel elle sait faire « valoir les belles qualités qu'on remarque en « elle , qualités qui ne se démentent jamais.
ce Beau seigneur , je ne vous demande que de « sentir auprès des autres dames les mêmes dé- « sirs que j'éprouve auprès de vous ; un amour « effréné me saisit ; mon cœur en est si tour- << mente , que je préfère vos refus aux plus gran- « des faveurs que d'autres daigneraient m'accorce der. Hélas ! celte belle dame , pourquoi me « repousse-t-elle lorsqu'elle sait que j'ai pour «c elle une passion si violente?
«( Papiol , tu iras vers mon Aziman , tu lui di«* « ras dans ta chanson que l'amour est méconnu ,
« et qu^il n*a plus même de pouvoir en ces Heux. v On aimera sans doute à comparer à cette chanson de Bertrand de Born une chanson d'Elias de Barjols , qui en fait le pendant :
« Belle Gazans , si vous le daigniez , il serait •r tems que votre cœur si ge'nërcux , si bon , si « indulgent , si digne d'être assorti à un autre « cœur , cëdâl aussi aux lois de l'amour. Puisque « personne n'a le courage de vous le dire , ou « manque de talent pour vous le dire dignement « j'ose TOUS faire à ce sujet un message .
« Je sais qu'il vous conviendrait d'avoir un « noble et gënëreux ami, tel qu'il parut parfait et <c accompli dans toutes ses qualités, tel enfin que « je vous le choisirais ; j'en composerai donc un « qui sois digne de vous ; je choisirai parmi les « qualités des cavaliers les plus aimables, jus- « qu'à ce que la réunion de ces qualités vous oftc fre un amant parfait.
« Qu'Aimars me donne sa politesse, Trînca- « léon ses agi-émens, Randon sa générosité , le « Dauphin ses réponses obligeantes , Pierre de « Mauléon sa plaisanterie délicate , Brian sa bra- « voure et Bertrand son bon esprit.
« Beau Castellan , je désire votre courtoisie ; je « voudrais emprunter dXbles sa magnificence «dans les repas, de Mirval ses chansons, de « Pons de Gapdueil sa gaieté « de Bertrand de
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tt la Tour sa droiture ; j'ambitionne surtout d'ob* « tenir son estime.
« O chère dame ! un tel amant empresse et c amoureux , bien fait , gài, et plein de loyauté ^ « serait accompli , il faudrait bien qu^il vous ai- « mât , et que vous l'aimassiez ; vous seriez Tun a et Tautre des modèles de perfection; seulement « TOUS auriez soin de ne pas prêter Toreille aux « discours des lâches mëdisans. »
Li'amour était la grande affaire de cette époque d'un sensualisme métaphysique. La plèbe et les serfs prêches en un assez mauvais jargon , vivant dans de fétides demeures et dans des cases infectes que le majordome surveillait , s^ébaudissaient niaisement devant cette haute société de brocard, de lin éblouissant , resplendissante de fer, d'or, de poésie. Cette société passait devant les manans et les vilains , toute chaude de ses duels , toute émue de ses tournois, toute ravie des chants de ses ménestrels. Deux populations vivaient en présence l'une de l'autre : la population des vî^ lains et des roanans fourbissait les épées , polis*^ sait les casques, les hauberts , trempait les fers de lance, fourrait d'hermine les manteaux , festonnait , brodait les étoffes destinées à parer de si gents corps de femme. La population des nobles se battait , fesait grincer les ponts-levis , résonner sous des bottes de fer les dalles sonores des manoirs, courait aux champs clos, sepavoi-
sait de couleurs amoureuses , entourait Tecu armorié de Torgueilleuse devise , sculptait sur lem portes des châteaux un noble oiseau , arme parlante d'une noble famille, devisait d*amour, de guerre, dans les foyers hospitaliers, devant les hautes et e'tincelantes chemine'es; et ces deux populations séparées pendant leur vie , séparées après leur mort , gardaient , Tune dans la fosse commune , le souvenir de son abjecte misère, parle pèle-^méle de ses os méprisés ; Tautrc étalait encore , sur des tombes fastueuses , l'orgueil de sa vie par des squelettes de pierre et des mausolées de marbre.
Entre tant de. souffrances d'un côté et tant de jouissances féodales de l'autre , résonnait cette harpe poétique dont le son prolongé jusqu'à nous vibre encore comme un écho des siècles. La société du moyen-âge , morte depuis si todg-tems , s'éveille tout-à-coup , quand ces vers écrits dans nos tourelles déracinées , dans nos villes de Provence, déroulent à nos yeux leurs mots brefs, leurs syllabes catalanes , leur physionomie moresque ; elle s'éveille et secouant la nuit du tombeau, pour relever tant de débris sur lesquels Thaleine fraî- ,che encore d'une poésie merveilleuse a soufDé^ elle nous fascine de ses prestiges , nous enchante de ses illusions ; au milieu de nos cités modernes qu'un lourd prosaïsme étouffe , elle découpe la trèfle des vitraux , elle fait flamboyer la rose d'une
DE PHOVENCE. lat
porte dVglise , sculpte encore ses naias grotes^ ques sous les dragons de^ goutières , et mêlant au terrible le gracieux, encadre dans les courtines des tournois , dans les boiseries des antiques salles , dans les chaises arlistement travaillées des cathédrales , ces figures de femmes pour qui battaient tant de nobles cœurs. La pierre n*a qu'un langage que Timagination crée et se murmure à son oreille. Dans le calme d*une contemplation rêveuse , le monument raconte bien le siècle, mais son silence a besoin du commentaire de la scieurce; la poésie , reflet miraculeux des pensées d'une génération , rapproche bien mieux les tems , reproduit bien mieux la société , en rend bien plus fidèlement la physionomie En Provence , le tems et le dédain ont effacé presque toutes les traces du moyen-âge, mais les poésies des troubadours nous le révèlent ; et si quelque tour debout encore rappelle à peine le souvenir d'un brillant ba* ronnage , les chansons de Bertrand de Born , d'Arnaud de Mareuil et de bien d^autres , dévoilant tout-à-fait celle époque forte et ingénieuse. Les fragmens qu^on a lus plus haut, quoiqu'ea bien petit nombre , donnent une idée de cette poésie inspirée par des senlimens tendres , ou exaltée par des faits d*armes ; celle poésie variait ses formes et combinait avec une diversité ingénieuse la mesure et la rime. Les pièces de vers composées par les troubadours étaiant près-
lOm HISTOIRE
que toutes du genre lyrique ; quelques-unes , teK* les que les épîtres , nouvelles ou contes , etc - , étaient lues ou récitées.
Ordinairement le troubadour chantait ou déclamait lui-même son œuvre : c'était un véritable Rhapsode. Les tems héroïques revivent ici. La citôle ou la harpe en sautoir, ces poètes errans, ces voyageurs-rois dans l'empire du génie , heurtaient non avec le sceptre ou le bâton , mais avec la viole , aux portes des castels. On les fesait rasseoir à la longue table du festin , sous Tàtre hospitalier , et la scène d'harmonie qui payait un noble et courtois accueil, commençait sous les hauts lambris. Des torches Téclairaient , des armures suspendues aux murs l'encadraient. Un vieux chevalier mêlant sa blanche chevelure aux blondes tresses de sa fille , écoutait , ravi , l'harmonieux prélude. Car le troubadour, Pons de Capdeuil , SI vous voulez , savait bien composer , bien jouer de la viole et bien chanter. ' Musique , poésie , tout éclatait à la fois. Chants langoureux , sons plaintifs, voix mâle , accents fiers et pressés , mélodie rêveuse , accords vifs et sonores , voix de l'âme qui parle par des bruits d'air modulé , voix de la pensée qui se peint dans la richesse des images , dans les éclatantes fanfares d'une exprès-
j . Sabia bcn tiobar , e ben yiular e bcn cantar.
DE PROTENCE. io3^
sîoD poétique , toutes ces brûlantes manifesta-
tious de l'orage que rintelligence excite dans son
Tnyste'rieux empire , arrivaient au dehors sur les
lèvres , sous les doigts du poète, transformées en
syllabes magiques , en sons harmonieux ; et le
cbatelaîn et sa jeune fille bercés par ces bruits
éclatant à la fois, ravis dans un monde aux éblouis-
sans prestiges , laissaient aller leurs cœurs , Tun
à ses rêves de gloire , Tautre à ses rêves d'amour.
Indiquons les noms des divers membres^ de
cette famille de muses féodales.
Le nom générique de vers servait à désigner un très grand nombre des compositions des troubadours. Le plus ancien de ces poètes connus nomr* me ainsi presque toutes ses pièces.
Ben vaelh qae sapchon li plasor D'est vert , si es de bona color. *
Comte de Poitiebs.
Le mélange des rimes masculines ou fémi-nines se fait remarquer dans le vers , bien qu'il put être tout en terminaisons masculines.
Lo vers deg far en tai rima Mascl' et femel y que ben rim'. *
1. Bien je yeax qne sachent la plupart De ce yers , s'il est de bonne couleur.
a» Le vers je dois faire en telle rime MAle et femelle qui bien rime.
GATlVDAlf LE ViEVX.