‹ Histoire de ProvenceChapitre 4 sur 20 · I04 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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Le mot de chanson ëtait appliqué aux pièces divisées par .couplets , destinées à être chantées et \i célébrer Faraour.

S*iea sabi' aver guizardo De chanso y si la fazia A des la comensaria Ganhdeta d^ mote et de ^o.

Berenger de Palasol. *

Cinq ou six couplets composaient ordinaire-, ment une chanson ; d^autres en renfermaient un plus grand nombre. Un ou plusieurs envois ia terminaient généralement. Le mot son , ou sonnet , s^applique à toute espèce de chant dans la langue romane. Le sonnet moderne ne rappelle en aucune manière les poésies des troubadours ainsi nommées.

Chez ces poètes, le mot cobla , couplet^ était quelquefois pris dans Tacception que nous lui donnons aujourd'hui.

Au reste il paraît que tous ces mots : chant ^ chaniars^ chanso , sonet et coblas désignaient à peu près tous une pièce amoureuse destinée à être, chantée.

I. Si je sayaif «voir rëcompenM De chanson, si je la faisais , Maintenant je la commencerais.

Arable de roots et de son.

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De celte harpe provençale qui frémissait joyeuse et animée sous les doigts de nos ménestrels , sortaient souvent des chants plaintifs d'une languissante mélodie. Alors le gai couplet , le sirvente gracieux et folâtre se taisaient devant Taccent de la douleur , et les notes souples , joyeuses du luth poétique changeant tout-à-coup de caractère, traînaient en accords douloureux leur dolente harmonie. La douleur est la muse qui inspire le mieux le poète. Sur une terre où l'appareil éblouissant des magnificences du ciel et du monde ne semhle être étalé que pour mieux décevoir Phuinanité , la joie est toujours fausse et le sourire toujours inquiet. La ride de Tâge et du chagrin se réfléchit dans IVmail des coupes, et le ver de la mort continue son sourd travail dans les poitrines que la soie recouvre, que Thaleine d'une fleur embaume. Aussi ces troubadours poètes d'une époque isolée entre la sonore antiquité et la changeante philosophie des tems modernes ont-ils, au sortir de leurs banquets joyeux, de leurs ébats d'amour , créé ce mot où les inconcevables douleurs de Thomme se traduisent par un soupir , le planh !

Les troubadours nous ont laissé un grand nombre deplanhs ; ces élégies du moyen-âge soupiraient leurs douleurs échevelées devant les hautes tombes que le chevalier mort gardait lui-même» dans la froide attitude de sa statue armée de tou

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tes pièces , sur lesquelles la dame ou la damorselle ravie par un trempas imprévu , étendait sou corps de pierre , immobile et raide comme son corps de chair. Le troubadour visitait ce manoir de la mort ; devant ces ogives silencieuses , ces arêtes dont le contour angulaire des squelettes avalent donné Tide'e , ces souvenirs gli.-^ ces de la vie , du lit nuptial rappelé par les ondulations des marbres de la tombe, delà fenêtre de la tourelle indiquée par la niche à l'angle aigu , devant cette famille agenouillée et toujours agenouillée , ce chevalier bardé et toujours bardé , lie poète soupirait ses planks ; ensuite le cœur brisé par la douleur , il se hâtait d'entrer lui-même dans cette hôtellerie de la mort.

Pons de Capdueil perdit sa belle Azalàïs de Mercœur , un planh exhala son désespoir , puis , pèlerin armé et dolent , il alla chercher la mort dans les champs de Syrie. '

Ceux qu'une ardeur guerrière n'échauffait pas , demandaient aux silences des abbayes , le calme que la mort de tant de jeunes filles aimées avait ravi a leurs cœurs. Perdigon » par une triste fatalité , semblait vouer ses amies au trépas , le voile

1 . « Amet per amor ma doDa n'Azalaïs de Mercuer. . . • tan qnaDt ella visquet non amct aatra , e qoaut ella fon morta el se crozet et paaek outra mar , e lai moric. »

M* R. 7698, p ao5.

funéraire se posait vite sur ces télés chantées

par le poète ; effrayé de se voir , par ses affections brûlantes , le pourvoyeur des sépulcres y il se hâta de disparaître derrière les hautes muraiU les de l'abbaye de Citeaux. '

Le lecteur Terra peut-^étre avec plaisir , la com* plainte que Bertrand de Born composa sur la mort du jeune roi d'Angleterre , fils de Henri IL

Si tut 11 dol e'I plore 'I marrimen £ las dolors e'I dan e'I caitivier Que hom agues en est segle dolen Fosson emsens ^ semblaran tat leugier Contra la mort del jove rei engles , Don reman pretz e jovent doloiros , £'1 mon escars e tenhs e tenebros , Sem de tôt joi , plan de tristor e d'ira.

Si tous les deuils et les pleurs et les afflictions Et les douleurs et les dommages et les misères Qu'on eût en ce siècle dolent Etaient ensemble , ils sembleraient tous légers Contre la mort du jeune roi anglais , D'où reste le mérite et l'honneur douloureux , Et le monde obscur et teint et ténébreux , PrÏTé de joie, plein de tristesse et de désespoir.

I. u Mortz li tôle las bonas arenturas. • • . qn'el perdet los

amies et las amigas. . . . et en assi se rendet el ordre de sistel , e

al el mûrie, n

M* R. 7aa5 , fol. 49.

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