scène d'aa¥>ur , la châtelaine confuse et exaltée disait
En an vergier ^ sotz fuelha d'albespi y Tenc la dompna son amie costa si , Tro la gayta crida qae l'alba yi.
Oy dieos ! oy dieos ! de Palba tan tost ve \
En un verger , sous feaille d'aubépine ,
Tient la dame aoa ami contre soi ,
Jusqu'à ce que la sentinelle crie que l'a ube elle voit .
Oh dieu ! oh dieu ! quej'aube tant t6t vient.
Plagaes a diea ja la naeitz uqd falhb y Ni '1 miens amîcx Ion de mie no s partis ^ Ni la gayta jorn ni alba no vis.
Oy dieos ! oy dieas ! de l'alba tant tost ve
Plut à dieu que jamais la nuit ne cessât ,
Et que le mien ami loin de moi ne se sëparSt ,
£t qne la sentinelle jour ni auJ^ na vit.
Qh Dieu 1 oh Dieu ! que l'aube Unt t6t vient.
Per la doss aara qa'es vengada de la y
Del mien amie belh e cortes e gay,
Del sien alen ai begat an dons ray.
Oy dieos ! oy dieos ! de Talba tan tost ve !
Par le doux souffle qui est venu de là
Du mien ami beau et courtois et gai ,
De son haleine j'ai bu on doux rayon.
Ob Dieui Oh i Dieu! que i'aabe tant lAt TÎwti
Tjsl Reiroensa ërait une pièce à fefirâîa , ordinair^Tnent compos<fe de cinq couplets tous à rimes différentes.
Au milieu des danses et des fêtes du rooyen- 4ge , quand une ronde e'tincelante déroulait ses anneaux où brillaient comme des ëraeraudes dans des chatons , de jeunes damoiselles et de splendîdes pages , sous les hautes voûtes d^une salle fëodale , dans Teoceiate d'un grand part , une chanson empruntant sa dénomination aux tremoussemens d'une gaitë folâtre , battait elle-même la mesure , et marquait la cadence. Ainsi la poésie voulait refléter toutes les joies et toutes les douleurs de Fhomme, se colorer aux feux des bivouacs , aux éclairs des lances , aux lueurs des tournois , aux flambeaux des fêtes , à Pëclat des danses. Cette fée capricieuse et ravissante avait une écharpe qui , comme le bouclier d'Achille , heurtait IVpe'e à la houlette pastorale ; elle couvrait de ses chants les scènes de deuil , de gloire et de plaisirs , et son corps de rayons se balançait « météore de grâces , sur les tombeaut des temples et les baldaquins des cours d'amour.
La ballade , la danse et la ronde étaient des pièces de vers destinées aux fêtes. La ballade avait un refrain , et ce refrain , formé par le vers qui commençait la pièce , ou seulement par les preiBÎers mots de ce vers , était répété plusieurs fois dans chaque couplet , elle avait quelque chose
du désordre symétrique de la danse. Ecouter cette strophe d*une ballade gracieuse et simple : *
Goindeta sai , si cam n'ai gréa cossire
Per mon marit ^ qaar no'i voill ni 'U désire ,
Qa'ien bn as dirai per qae soi aisi dmsa ,
Goind eta soi ; Qaar paaca soi , joveneta e tosa ,
Goindeta sai 5 E degr'aver marit don fos joiosa , Ab cai tos temps pogaes jogar e rire :
Goindeta sni.
Gentille sait , ainsi qae j'en ai grief chagrin
Par mon mari , car je ne le yeat ni ne le désire ,
Vu que bien je toua dirai poarquoi je aais ainii amante >
Gentille suis ; Parceque petite je suis , jeunette et fillette ,
Gentille sais ; Et je derrais avoir mari dont je fusse joyeuse , Avec qai en tout temps je pusse jouer et rire *
Gentille suis.
Voici un exemple de la danse ;
Près soi sens faillensa Pris je suis sans faute
1. Quelquefois les couplets de la ballade avaient un même notnbre de vers ; d'autrefois le couplet eu contenait d'avantage que les autres, et alors ces vers rimaient avec celui qui dans chaque couplet n'aurait poiut eu de rimes correspondantes. La ballade qu'on va lire est un exemple de cette dernière forme.
DE PROVENCE. ISt;
Thn tal bevolensa
Dont ja no m paîtrai ;
£ qaan me pren sovenensa
D'amor cossi m vai
Toi qaan yei m'es dcsplazens a^
£ tormentz qa'iea n'ai m'agensa
Per lieis qu'iea am mai ,
Hai ! s'en briea no la vei , brien men morai.
En telle bicoTeillance
Dont jamais je ne me séparerai ;
£t quand il me prend Boayenance
D 'amoar comment me Ta ,
ToQt ce qoe je toîb m'est dëplaîsance ,
Et ce toarment que j'en ai me plalt
Poar elle que j'aime daTantap;e.
Ab ! si dans peu je ne la Tois , bientôt je mourrai
Dans la ronde d'où le refrain ëtait banni , le vers qui terminait un couplet se répétait au cornmencement du couplet suivant.
Quand le troubadour , se méfiant de Pintelligence de ses lecteurs , croyait nécessaire de développer son sujet , il introduisait entre chaque couplet des réflexions en prose , ainsi étaient les pièces avec commentaire.
Dans Jtous ces genres divers de poésie que je viens d'énumérer, le troubadour n'avait jamais une longue carrière à parcourir ; c'était presque
toujours un chant qui variait son expression d'après le sentiment dont le poète recevait Tinfluence; mais les pièces qui n'étaient pas divisées en couplets telles que /*£/7//r^, les NoçelUs et les Romans permettaient aux poètes de parcourir un plus vaste champ.
Le Roman est le poème ëpique du moyen-âge ^ la Jérusalem Délivrée , le Roland Farieux sont des romans comme les livres de Pierre de Provence et de la Belle Maguelonne, Une ëpoque toute entière , mais dans sa pure et séduisante expression poétique descend avec %ts croyances, ses supcrsti* tions , s^s coutumes , ses allures sociales » ses passions dans ces œuvres oii le soleil éblouissant et disparu d^un siècle reflète ses clartés évanouies. Le siècle mort revient à la vie « car un magicien qu'on appelle Gérard de Roussillon i*a touché de sa baguette de nécroraant. C'est l'enfance du moyen-âge : il y a lutte entre la civilisation romaine savante et sonore , et la civilisation barbare à ses débuts brusques et heurtés. C'est Karl Martel qui heurte sur son chemin de bataille un tronçon oublié d^aigle romaine, un arc de triomphe de Marins parlant une langue qu^on ne comprenait presque plus , et la tente délaissée , oij Tislamisme nageait dans une atmosphère de parfums. Gérard de Roussillon , poète et héros , comme le fut plus tard le Caraoens , harctela vingt-deux ans cette grande figure histo-
DE PaOV£NG£. l45
rique de Karl , et chanta , dans un roman dont hoit mille vers de dix syllabes à rimes consécutives existent encore ' , ses démêlés sanglans avec le père de Pépin. -
Le roman de Gérard de Roussillon est une longue suite de scènes militaires ; mais les enchantemens , les hauts faits de la chevalerie naissent en foule dans celui de Jaufre , fils de Do^on.
Jaofire, le héros de ce roman, est un jeune preux de la Table Ronde ; il a vu les fékes de la cour d^Artus.
Ce roman est assez régulièrement composé :
il a, comme une œuvre classique , son exposition , son nœud et son dénouement ; il ne bavarde pas ainsi que la plupart des autres romans, où une vie entière , ou , du moins , une partie considérable d^une vie de héros se déroule , complaisamment , dans un cercle magique et constellé , démesuré* ment excentrique.
Artus est au milieu de sa cour. C'est le jour de Pentecôte ; tout reluit de Téclat de la fête. Jaufre , jeune et beau damoisel , simple écuyer encore , presse le roi de Tarmer chevalier; Artus le lui promet et le convie au festin. Les dames , les damoiseUes , les chevaliers éperonnés \ rayonnent autour d' Artus. Entre un félon , le hideux
t Ml. iii-8», fonds de Cangé, c6të x^\ mûntonant daiu la lûblîothiqaè da roi > n» 7991.