GOUT DE LA REPRÉSENTATION
brave à l'occasion, fort pieux, estimable par les vertus de l'homme privé, sinon remarquable par les qualités de l'homme d'État. Son principal défaut, à côté de la débonnaireté qui devait le mettre à la merci de ses favoris, était un travers assez ridicule : le goût excessif de toutes les choses de représentation et d'étiquette. C'est par là surtout qu'il a prêté à la critique, qu'il s'est attiré de malveillantes épigrammes (le singe de Louis XIV), qu'il a mérité en partie les rudes attaques de son petit-fils : ce dernier, après lui avoir reproché de confondre « les choses vaines avec la vraie grandeur " , ne l'a-t-il pas traité d' « esprit faible et superstitieux '• , (I grand dans les petites choses et petit dans les grandes » !
Parmi les faits qui sembleraient justifier la sentence, le plus frappant est la création par Frédéric, soit avant, soit après son avènement, de divers ordres de chevalerie, sans oublier le souci d'en acquérir d'étrangers. Dès l'âge de dix ans, il fondait chez son gouverneur Schwerin YOrdi-e de la Générosùé (1667) (1), et se parant du titre de prince d'Halberstadt que son père lui avait décerné par un testament de 1664, instituait gravement des chevaliers dans l'église d'Alt- Landsberg ; l'ordre comptait cinq commanderies et cent-dix chevaliers en 1685; il subsista jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, et fut alors transformé en Ordre pour le Mérite. A seize ans, Frédéric sollicitait déjà l'ordre anglais de la Jarretière, qu'il obtint seulement en 1690. Il fut très fier de recevoir, en 1678, l'ordre danois de l'Éléphant. L'amour des titres et des cordons resta toujours vivant dans son esprit : après l'ordre éphémère de la Bonne Amitié, établi de concert avec Frédéric Auguste de Saxe en 1692, il devait créer, pour fêter sa dignité royale, l'ordre fameux de l'Aigle Noir (1701) .
Toute pompe était la bienvenue. Il travailla plus tard en personne à régler l'étiquette de sa cour et le détail de certaines cérémonies. Une de ses premières préoccupations, en
(1) En vertu de l'article 3 des statuts, les membres n'étaient astreints qu'à faire preuve de générosité.