CARACTÈRE DE FRÉDÉRIC III
jjrand et un peu rude chez le père; tout est rapetissé, mais affiné et spiritualisé chez le fils. Il est certain que la personne de Frédéric était plus distinguée que celles de son prédécesseur et surtout de son successeur (1).
Au moral, tout bien considéré etmal^jré des côtés fâcheux, il avait aussi plus de qualités qu'on ne lui en attribue d'ordinaire. L'Italien Leti, qui fit un long séjour à Berlin dans les dernières années du Grand Électeur, dit que Frédéric est « grave et sérieux, et ne se familiarise pas avectoutle monde. Il aime, au contraire, à tenir son rang» , D'autres contemporains insistent sur sa bonté, qui confinait à la faiblesse. il Le génie en est assez médiocre » , écrit La Rosière : « il est plein de bonté, mais il serait à souhaiter pour ses sujets qu'il en eût moins, car il manque de force pour résister à ses ministres." C'est ce que confirmait plus tard son fils : «Quand je lui demande le bout de l'ongle, il me donne tout le bras. » Pœllnitz dont le jugement toujours piquant, souvent inexact, est parfois juste et impartial, a retouché le portrait en le complétant : il signale chez l'électeur l'attachement « aux extérieurs de la souveraineté » , le zèle pour la religion protestante et contre les catholiques » qu'il haïssait sans toutefois les opprimer» , le respect de la parole donnée, le désir de régner a sur le cœur de ses sujets » . La Rosière ajoute d'autres traits. Fort attaché aux règles de la morale, et menant une vie de « continence conjugale» , il ne détestait pas les contes « un peu gras » ; très pénétré de ses devoirs de souverain, il se détendait voloutiers en mangeant et buvant, ou en chassant, les seuls plaisirs qu'il connût au début de son règne. Plutôt bienveillant, il avait une grande susceptibilité. Capable de prendre rapidement un parti, il l'était encore davantage de persévérer dans un dessein formé. Ses goûts militaires étaient peu prononcés, et tout en faisant campagne avec son père, il ne s'était distingué par aucun exploit. C'était en somme un prince de talents moyens, doux et bienfaisant,
(i) Son petit-tils Frédéric II est injuste quand ii écrit : « Avec un air de fierté, il avait une physionomie commune. »