RAPPORTS DES DEUX EPOUX
goût que se permettait Frédéric Guillaume F' sur les rapports de ses parents. Sans doute, les deux époux n'ont jamais eu, à part les premiers temps, une très grande intimité. Mais s'ils n'ont pu toujours se comprendre et si la reine a parfois exhalé ses regrets dans des boutades assez déplacées (par exemple en écrivant à Mlle de Pœllnitz), ils ont su mieux qu'on ne l'a dit garder devant le monde les dehors d'une bonne entente. Les lettres trop rares de Sophie Charlotte, échappées à la destruction qu'en fit Frédéric, prouvent tout au moins une paisible affection pour son « cher électeur » et ensuite pour le roi, qui de son côté resta attaché jusqu'à la fin à son « incomparable reine » . Même sur des points qui les divisèrent, comme l'affaire de la royauté, le désaccord ne fut jamais sérieux : l'histoire de la prise de tabac durant le sacre et de la réprimande qui suivit n'est pas bien certaine, et il est probable que Sophie Charlotte se résigna très vite à » la comédie du couronnement» . Ne fallait-il pas, du reste, oublier les ennuis de la cérémonie en songeant, comme le conseillait &a pratique marraine (1), au « solide », c'est-à-dire aux 10 000 thalers de plus que la reine allait voir s'ajouter à la pension de l'électrice !
Néanmoins, ses goûts ne cadraient guère avec ceux du roi. Autant ce dernier aimait les formes, les cérémonies, la représentation, autant elle les avait en horreur. Les conversations très libres, dans un petit cercle intime, où l'on ne se gênait ni pour aborder des sujets scabreux, ni pour fumer, tous les divertissements mondains, depuis la danse jusqu'aux mascarades, voilà ce qui lui plaisait surtout, après la lecture et l'étude ; elle avait un besoin de gaieté, qui lui donnait à l'occasion des apparences de légèreté. « Elle a l'air galant et ne fait que parler d'amour et de galanterie», dit La Rosière; " cependant, elle est vertueuse, et ce ne sont que de vains discours » . La vérité est dans ces paroles. Frédéric eut tout au plus à se plaindre de certaines imprudences. Elle allait fré-
(1) Elisabeth Charlotte, duchesse d'Orléans.
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quemment seule à des concerts ou à des bals chez des personnes de distinction, et, suivant Podewils, cela déplaisait au roi qui ne manquait pas « de lui en faire la grimace le lendemain " . Les deux époux se voyaient d'ailleurs assez peu, car a l'un se couchait quand l'autre se levait " , et Christophe de Dohna s'est plaint de n'avoir pas le temps de dormir entre le bal de la reine et le lever du roi.
Il y eut une circonstance où Frédéric fut sérieusement mécontent. Sophie Charlotte, quand elle s'ennuyait en Brandebourg, ce qui lui arrivait souvent, avait un refuge à Hanovre, chez sa mère, qui pas plus qu'elle n'engendrait mélancolie. Elle s'y rendait presque chaque année pour les réjouissances du carnaval, et, loin de son sévère époux, s'en donnait à cœur joie. La règle n'était-elle pas là celle de l'abbaye de Thélème : « Fais ce que tu voudras! » Or, en 1702, les fêtes de Hanovre sortirent des limites de la correction , voire de la décence : on y reconstitua dans un bal masqué le « festin de Trimalcion " de Pétrone. Un cousin de Sophie Charlotte, le raugravc Charles Maurice, qui allait bientôt mourir de ses excès de boisson, faisait le personnage de Trimalcion, qu'un pot de chambre gigantesque accompagnait partout; Mile de Pœlliiitz représentait Fortunata; Sophie Charlotte et son frère, Georges Louis, jouaient aussi un rôle ; il y avait des lits pour tous les convives, et, à en croire Leibniz, « on ne but que du Falcrne " . Le roi, irrité des bruits qui coururent sur cette fête grotesque, bouda, dit-on, la reine pendant près d'un an. On comprend qu'ensuite il cherchât à abréger les séjours de sa femme à Hanovre et fît pour cela à sa belle-mère des «querelles d'Allemand " .
Le meilleur temps de sa vie, Sophie Charlotte le passa, sinon à Hanovre, au château de Lûtzenbourg, bâti de 1696 à 1699 par l'architecte Schlûter dans les environs, à l'ouest de Berlin, au milieu d'une propriété achetée pour elle par Frédéric. Le château, qui a été conservé à peu près comme il était alors, est peu remarquable; même les salles réputées splendides autrefois, comme le cabinet de porcelaines dont le