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LES PLAISIRS DE LA REINE

lions d'amitié. De Hanovre, où elle l'avait connu d'abord, elle l'appelait souvent à Liitzenbourg; elle avait alors avec lui de longues conversations sur les mystères de la métaphysique, et l'embarrassait par ses questions, voulant savoir « le pourquoi du pourquoi » ; c'est elle qui le poussa à écrire sa Théodicée. Elle le combla en même temps de faveurs et l'aida à réaliser un de ses rêves qui était la fondation d'une société savante en Allemagne : quand l'Académie des Sciences de Berlin fut créée, il en fut nommé président.

La reine attira encore à Llitzenbourg d'autres philosophes ou théologiens, qu'elle s'amusait à mettre aux prises : tel l'Anglais Toland, qui faisait profession d'athéisme, et que Sophie de Hanovre, héritière présomptive du trône britannique, évitait de peur de se compromettre aux yeux des anglicans; tels les jésuites Wolf et Vota, en quête d'âmes à convertir, ou les pasteurs protestants Lenfant et de Beausobre, érudits prêts à affronter toutes les controverses. La reine elle-même n'hésitait pas à s'embarquer, à l'occasion, « sur l'océan ecclésiastique » .

Lûtzenbourg ne fut donc pas seulement un lieu de délices ; ce fut aussi, suivant le mot du Grand Frédéric, « l'asile des savants et le siège de la politesse » . Sophie Charlotte, qui en était le centre, a mérité, pour la liberté de son esprit, d'être appelée " la reine républicaine » . Elle mena jusqu'au bout la même vie, remplie de plaisirs mais aussi de nobles distractions, et quand elle fut prématurément emportée par une pneumonie, à Hanovre, le I" février 1705, sa fin fut digne de son caractère : pleine de sérénité durant sa courte maladie, elle se réjouit de pouvoir bientôt pénétrer les mystères dont elle s'était toujours préoccupée; après avoir causé avec un ministre réformé, M. de La Bergerie, elle refusa de le revoir dans ses derniers moments, disant que son âme était déjà près de Dieu; elle mourut, écrivait sa mère, « chrétiennement, vertueusement, et sans hypocrisie " .

La cour du roi ne ressemblait guère à celle de la reine. Toujours absorbé dans ses idées de grandeur et de vanité, et

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