LE TROISIEME MARIAGE DE FREDERIC
morte eî d'honorer sa mémoire de toutes façons, par exemple en changeant le nom de Lûtzenbourg en celui de Charlottenbourg; il lui fit de splendides funérailles (le 28 juin) ; il se sentait même assez malade pour songer à la rejoindre bientôt. Cependant il se consola plutôt rite, et trois ans après il justifiait, en se remariant, les prévisions de la duchesse d'Orléans. Les vrais amis du roi, comme Christophe de Dohna, y étaient opposés. Il semble bien que ce dernier mariage fut l'œuvre de la coterie, alors dominante, qui voulut par là faire pièce au kronprinz son ennemi. On y voit aussi la main d'une sœur consanguine de Frédéric, la duchesse de Saxe-Zeitz. A défaut de Marie Amélie de Nassau-Dielz qu'on écarta pour des raisons de cérémonial, sa mère ayant refusé de venir à Berlin porter la queue de la reine le jour des noces, on choisit une princesse de Mecklembourg, Sophie Louise, sœur du duc Frédéric Guillaume de Schvs'erin.
La jeune femme, âgée de vingt-trois ans, était plutôt jolie, avec une physionomie douce et fine, cheveux blonds, petite bouche et grands veux, et lorsqu'elle arriva à Berlin à la fin de novembre 1708, passant sous des arcs de triomphe qui célébraient « la Vénus de Mecklembourg " , on put penser que Frédéric avait trouvé une épouse accomplie pour embellir la fin de son règne. Ne lui assurait-elle pas, d'ailleurs, une de ces satisfactions d'amour-propre, auxquelles il était particulièrement sensible ! C'est à partir de 1708 qu'il ajouta à ses titres le prédicat de duc de Mecklembourg et, dans ses armes, à l'aigle de Prusse le taureau de Schwerin.
La suite ne répondit pas à ce brillant début, et l'union, réalisée sous le fâcheux patronage de Wartenberg et de Wittgenstein, tourna mal. Sophie Louise sortait d'un milieu très simple et plutôt borné au point de vue moral et intellectuel; elle se trouva gênée dans une cour, à la fois fastueuse et pleine d'intrigues; non seulement elle n'était pas « selon le monde » , mais elle avait en outre une regrettable étroitesse de vues en matière religieuse. Sans doute elle fut fidèle à son époux et démentit les vilains pronostics de Sophie de Hanovre ;