LA FAMILLE ROYALE
duchesse Sophie peu de temps après le mariage, « mais n'a rien de désagréable, et on dit que son contentement la rend plus belle qu'elle n'était ici " . Elle eut de nombreux enfants et assura la continuité de la race (1). Le kronprinz en fut d'abord bêtement jaloux; il ne consentit qu'assez tard à reconnaître qu'il pouvait y avoir d'honnêtes femmes et que la sienne était du nombre. 11 s'occupa d'ailleurs beaucoup de la guerre, faisant campagne aux Pays-Bas et écoutant distraitement l'avis de son aïeule, qu'il valait mieux travailler «à faire des hommes qu'à les tuer » . Son goût pour les soldats de haute taille était déjà connu, et sa belle-mère, Sophie Louise, lui fit cadeau pour son régiment en 1709 de six grands gaillards, choisis en Mecklembourg. Il s'intéressait en même temps aux affaires et se révélait plein de jugement et d'application; il critiquait sévèrement les intrigues de cour; bientôt il allait gémir de l'incapacité de certains ministres et de la coquincrie des autres. Sous le prince royal perçait le « Roi Sergent » .
Autour du souverain et de ses enfants vivaient ses frères et sœurs, les margraves, tous nés du second lit du Grand Électeur. L'un d'eux, Charles Philippe, avait perdu la vie dans une triste aventure : il guerroyait en Italie avec un corps brandebourgeois au service de la Savoie, lorsqu'il tomba amoureux d'une certaine comtesse Salmour et se fit unir à elle par un prêtre; sur l'ordre de l'électeur, qui refusait d'approuver cette mésalliance pour son frère le plus cher, les deux amants furent brutalement séparés par des soldats : le prince, blessé dans l'affaire, mourut peu de temps après (1695) ; la comtesse, enfermée d'abord dans un courent, sollicita ensuite une pension de Frédéric, et finit par se remarier avec un ministre saxon (Wackerbarth) . Les autres frères du roi étaient, suivant La Rosière, «^ de bons princes qui ne peuvent faire ni bien ni mal » , d'assez belle mine, du reste, avec des traits fins, et ressemblant à Frédéric. L'ainé,
(1) En 1709 naquit Frédériquc Sophie Wilhelmine, la future njargrave de Baireuth; en i7i2, l'enfant qui devait être le Grand Frédéric.
156 LES FllÈHES ET SOEUllS DU llOi
Philippe Guillaume, que dès 1688 Rébenac disait affligé de surdité, était « plein de bonté et généralement aimé » , mais assez insignifiant ; il épousa en 1 699 Jeanne Charlotte d' Anhalt- Dessau, « une des plus belles personnes de son temps " , dont il eut le mauvais goût d'être jaloux. Sophie Charlotte se plaignait que le ménage, quand il était à Berlin, remplit plus la table de cérémonie qu'il n'augmentait la conversation ; il gênait peu, en somme, le margrave séquestrant à demi sa femme dans sa terre de Schwedt-sur-rOder, où il passait huit mois sur douze. Philippe Guillaume fut très regretté quand il mourut en 1711. Albert Frédéric, son cadet, était un original qui aimait à remplir les fonctions de cocher, bravant les intempéries en bas de soie, en habit de velours brodé et en grande perruque ; il conduisit ainsi plus d'une fois le carrosse de Sophie Charlotte. La reine se moquait doucement de " son amoureux cocher » , mais appréciait sa complaisance à toute épreuve. Le margrave était un des organisateurs des fêtes de la cour. Marié en 1703 à Marie Dorothée de Courlande, il fut trois ans après nommé gouverneur de Poméranie et de Gammin. Le dernier frère, Christian Louis, âgé de vingt-quatre ans en 1701, était un bon jeune homme, timide et effacé ; il ne fit guère parler de lui.
Des deux sœurs qui avaient survécu. Tune, Marie Amélie, veuve de Charles de Gûstrow, avait convolé en secondes noces avec le duc Maurice Guillaume de Saxe-Zeitz; elle venait fréquemment à Berlin, L'autre, Elisabeth Sophie, duchesse douairière de Courlande, y vécut jusqu'en 1703, remariée alors bon gré mal gré au prince sexagénaire, Christian Ernest de Baireuth.
Quelqu'un que nous avons déjà rencontré parmi les hôtes fidèles de Lûtzenbourg, au temps de Sophie Charlotte, et qui conserva durant tout le règne de l'influence à Berlin, c'est la belle-mère du roi, la duchesse et électrice Sophie de Hanovre. Toland, en 1702, admirait la verte vieillesse de cette femme qui, à plus de soixante-dix ans, marchait « aussi droit... qu'aucune jeune dame » , et n'avait pas une ride au visage.