LE COMTE DE WARTENBERG
projet de royauté, avait obtenu de son maître une lettre de sauvegarde (Schuizhrief), le mettant à l'abri des attaques à propos de son rôle dans l'afiaire ; ce document (du 25 octobre 1699) allait bien plus loin, et couvrait le favori dans tous les cas. Son désintéressement et son dévouement absolu à l'intérêt du maître étaient posés en principe, et, d'autre part, l'impossibilité matérielle où il se trouvait de tout étudier dans le détail ; ses subordonnés seuls devaient donc être éventuellement responsables des irrégularités ou des fautes commises. Avec un pareil blanc-seing, Wartenberg domina sans conteste. C'est le temps où Jean de Besser écrit son panégyrique en vers, où le peintre Weidemann représente sur la toile sa personne plutôt vulgaire, avec son gros nez et ses yeux ronds, mais parée du beau costume de chancelier de l'Ordre de l'Aigle noir. Une intrigue, ourdie contre lui en 1702, n'aboutit qu'à faire écarter ses ennemis (par exemple le général Barfuss) et à lui permettre de s'entourer presque uniquement de créatures, comme les comtes de Wartensleben et de Wittgenstein. Lorsqu'en décembre 1710 ce gouvernement s'effondra sous la réprobation générale, le roi garda malgré tout ses anciens sentiments : ses adieux au favori furent touchants; il lui remit une riche bague et lui fit verser ensuite le prix de son château de Monbijou, acquis en 1706 et mis en 1711 à la disposition du souverain. Plus tard, après la retraite du comte à Francfort-sur-le-Mein, il lui faisait dire qu'il le verrait revenir avec joie, s'il voulait se séparer de la comtesse. Peut-être, ainsi qu'on l'a supposé, l'humeur difficile de la femme fut-elle le plus puissant levier dans la main des ennemis du mari, et leur meilleure garantie contre un retour de fortune : Frédéric, importuné des exigences de plus en plus intolérables de la « maîtresse en titre I) , se trouvait soulagé d'être débarrassé d'elle (ihrer los zusein). Quand la mort frappa Wartenberg, en juillet 1712, le faible monarque sentit sa vieille affection se réveiller. Le corps fut ramené à Berlin pour des obsèques solennelles, et l'on vit le roi pleurer sur le passage du convoi.