LES COMTES DE DOHNA
autre chose » . Les Archives de Berhn sont remplies de mémoires, minutes et lettres d'Ilg^en, dont l'infatigable activité rendit les plus grands services à Frédéric I", et plus tard à son fils.
Au milieu des nobles qui composaient l'entourage du roi, les Dœnhof, les Schwerin, les Printzen, les Lottum, les Wallenrodt, il faut faire une place à part aux Dohna. Leur famille, fort ancienne, prétendait, suivant Pœllnitz, descendre des comtes du Danube fDonauJ, el vivait dispersée en Suisse, en Prusse et en Suède. Deux frères la représentaient alors à Berlin, Alexandre et Christophe, tous deux honorés de la confiance de Frédéric, sinon de celle de ses favoris, et bien vus de la reine Sophie Charlotte. L'aîné, Alexandre, officier brillant, conseiller secret depuis 1687 et chargé parfois de missions diplomatiques, avait été en 1695 choisi comme gouverneur du prince héritier; il le resta jusqu'en 1704-. De manières douces, pieux et consciencieux, il s'était d'abord bien entendu avec la reine pour l'éducation de son fils; mais il ne semble pas ensuite avoir répondu à son attente : il craignait trop de perdre les bonnes grâces de son pupille, et n'osait lui dire la vérité. Le cadet, Christophe, avait plus de fermeté, et aussi plus de finesse : on l'a déjà vu à l'œuvre en Angleterre en 1699, et j'ai dit son caractère parfois emporté, qui s'accommodait mal de la vie de cour. Il manqua se brouiller avec Frédéric pour s'être plaint trop vivement d'un coup de canne donné par mégarde, et se retira plus d'une fois dans son domaine de Mohrungen en Prusse pour y calmer sa mauvaise humeur. Ce travers ne l'empêcha pas de pénétrer dans l'intimité du roi et de la reine : Frédéric l'appelait d'un petit nom d'amitié « Peter » , et Sophie Charlotte daignait faire jouer ses enfants. Ceux-ci, un jour, avaient été si bruyants que le roi vint mettre le holà et leur demanda s'ils savaient qui il était; à quoi ils répondirent qu'il était « le bourgmestre de Mohrungen » . Frédéric éclata de rire, et se tournant vers Dohna, qui était accouru au bruit, s'écria que ses fils étaient aussi drôles que leur père. Christophe de
LES POELLISITZ I6i
Dohna, conseiller secret réel en 1695 et lleutenant-g^énéral en 1704, conserva jusqu'à la fin du règne une haute situation à Berlin : il fut envoyé comme premier ambassadeur à Francfort, en 1711, lors de l'élection de l'empereur Charles VI, et s'employa heureusement en 1712 à rapprocher le roi et le kronprinz.
A côlé des Dohna, les PœUnitz, d'origine thuringienne, méritent également une mention. Gérard de Pœllnitz avait été gouverneur de Berlin sous le Grand Électeur, et ses deux fils étaient restés au service du Brandebourg. De l'aîné naquit Mlle de Pœllnitz, dame d'honneur et confidente de Sophie Charlotte; du cadet, colonel de cavalerie, naquit en 1692 le baron Charles Louis de Pœllnitz, l'auteur des fameux Mémoires, souvent inexacts, toujours piquants, qui ne font pas seulement connaître la chronique scandaleuse de la cour. Après avoir étudié à l'Académie des jeunes nobles, et avoir accompagné à quinze ans Printzen auprès de Charles XII, Pœllnitz devint « gentilhomme de la chambre » de Frédéric I" en 1708. Quand il quitta Berlin, en 1710, pour se livrer à la vie de voyages et d'aventures qu'il mena jusqu'à sa mort, il était un peu jeune encore pour bien juger le roi et ses entours ; toutefois il avait assisté à certaines scènes et entendu certains propos, de sorte que son témoignage a déjà pour ce règne quelque importance.
Bien que l'élément civil l'emportât encore sur le militaire, les officiers étaient fort considérés à la cour. Non seulement les grands mousquetaires, avec leurs splendides uniformes et leurs chapeaux à plumes, y paradaient avec leurs chefs, des Français réfugiés pour la plupart, mais on y rencontrait, entre deux campagnes, de nombreux colonels et généraux. Ainsi le baron de Natzmer, auteur de Mémoires intéressants, soudard aussi rude en paroles que feu Derfflinger; il fut nommé lieutenant-général en 1704, après s'être signalé à Hochstsedt où il reçut une balle en plein corps. Ainsi Frédéric Guillaume de Grumbkow, fils de l'ancien grand maréchal, gai compagnon, de tempérament vigoureux et de langue