‹ Histoire de PrusseChapitre 117 sur 410 · LES OFFICIERS A LA COUR · texte numérisé non relu

LES OFFICIERS A LA COUR

affilée, soldat et courtisan à la fois (1); Grumbkow avait été filleul du Grand Électeur, devint g^énéral sous son fils, et devait figurer parmi les conseillers les plus écoutés de Fré* déric Guillaume I"; dans un mémoire de 1709, alors qu'il remplissait aux Pays-Bas des fonctions semi-diplomatiques, il se désignait indirectement, en déclarant nécessaire à l'envoyé prussien dans ces parages un mélange de brutalité et d'esprit. Ainsi surtout le cousin germain du roi, Léopold d'Anhalt-Dessau.

Fils de Jean Georges, prince de Dessau, et relevant directement de l'Empereur, Léopold avait préféré comme son père le service de Brandebourg au service impérial. Le sévère instructeur de l'infanterie prussienne, plus rompu depuis l'enfance aux exercices du corps qu'à ceux de l'esprit, et même peu enclin aux pensées religieuses, avait du moins la passion du métier militaire et une érudition technique qui l'y rendit supérieur de bonne heure. Colonel à dix-sept ans, général à vingt-huit, feld-maréchal à trente-six (en 1712), le prince d'Anhalt était soldat dans l'âme. Malgré sa rudesse qui frisait la grossièreté, et bien qu'il fût marié à la fille d'un pharmacien, la fidèle Anna Louise, il se montrait parfois à la cour, où sa sœur cadette avait épousé le margrave Philippe Guillaume. « Il parait aussi peu humain qu'à l'ordinaire " , écrivait Sophie Charlotte en décembre 1702, « avec une grande barbe, le visage rempli de poudre à canon, les cheveux avec une patte sur le dos, une grande épée et des gros gants de buffle... » Ce qui choquait la reine devait plaire à son fils. Confident du kronprinz depuis 1705, Léopold entretenait les goûts du futur Roi Sergent : il abordait avec lui les questions d'armement ou de tactique et se gardait de prendre un ton de pédagogue, quand Frédéric Guillaume s'excusait dans ses lettres d'être un «ignorant» en la matière. S'il était mal vu de la plupart des courtisans qui le détestaient a comme le

(1) L'envoyé saxon, Manteuffel, l'a par trop maltraité en 1712, en ne lui accordant que d'être « bon harlequin » et « agréable débaucbé » , et en le qualifiant de « vrai pot-pourri de vices >> .

lîNTUIGDES ET MODES A LA COUR 163

diable » , au dire de Grumbkovv en 1712, il avait du moins un puissant recours dans cette haute amitié. Les bases de sa faveur prochaine étaient déjà jetées.

Encore plus que l'entourage du Grand Electeur, celui de Frédéric I" était un foyer d'intrigues. Dignitaires et courtisans se jalousaient sans cesse, se dénigraient, cherchaient à s'élever aux dépens les uns des autres. « Qui est favori un jour est mis le lendemain en prison » , écrivait Sophie de Hanovre en 1701, et sa fille ajoutait : « C'est la vraie tour de Babylone, comme dit Mme Pernelle » . Frédéric et Sophie Charlotte se sont plaints souvent de vivre au milieu de louches menées et d'être entourés de coquins (Schelme) ; le mot a été appliqué à plus d'un favori (depuis Danckelman) , et le roi ne s'est fait d'illusions jusqu'au bout que sur Wartenberg. Celui-ci en revanche n'est pas ménagé dans la correspondance de Sophie Charlotte qui fourmille de traits contre » le grand vizir " ou « la grande comtesse » , son « illustre épouse » . La reine affectait un flegme olympien en présence de la lutte des factions : « Pour moi », écrivait-elle en 1703, «je regarde cela comme le Jupiter de Lucien, et les laisse faire » . Le roi avait moins de philosophie et ne cachait pas son déplaisir. Vaine colère ! Qu'il s'agît des amis ou des ennemis de Danckelman et de Wartenberg, des défenseurs ou des adversaires d'une politique de réformes, des partisans de la vieille cour ou du jeune kronprinz, les cabales durèrent autant que le règne.

La cour de Berlin suivait les modes françaises et se réglait sur Versailles. Le roi, qui dans ses dernières années chercha à réagir, exprimant l'espoir qu'on ne suivrait pas toujours les fantaisies des Français, donnait l'exemple : n'avait-il pas ordonné à Spanheim, quand il était encore à Paris, de le renseigner sur la forme et les dimensions de la perruque de Louis XIV, afin d'en porter une semblable ! Les gentilshommes imitaient le souverain, et les dames avaient adopté la coiffure gigantesque , à la Fontanges . Tout venait de France ou était une contrefaçon de choses françaises. La présence des réfugiés huguenots n'y était pas étrangère, non plus que l'in-

Page 1