‹ Histoire de PrusseChapitre 134 sur 410 · INTERVENTION EN ITALIE · texte numérisé non relu

INTERVENTION EN ITALIE

logne donnait d'autre part des inquiétudes . Marlborough sentit le besoin de réchauffer le zèle de Frédéric; il fit sa première apparition à Berlin à la fin de novembre 1704, et pénétra facilement le caractère du roi, « en jetant un coup d'œil sur sa cour » (Frédéric II). Mêlant adroitement la flatterie à ses séductions naturelles, il réussit à obtenir 8 000 hommes sous le prince d'Anhalt, pour secourir le duc de Savoie en Italie; c'était, comme disait lord Raby, étouffer dans le germe les velléités d'intervention prussienne dans le nord. Sophie Charlotte, qui voyait dans Marlborough » le plus poli Anglais » qu'elle eût jamais rencontré, se félicitait de son succès. Admiré de la foule, fêté comme un héros, « Mylord Duc » poursuivait avec éclat la double carrière de général et de diplomate qui a fait sa renommée légendaire.

Engagée plus que jamais dans la lutte contre la France, la Prusse avait des troupes sur tous les théâtres de la guerre, dans la vallée du Pô, sur le Rhin moyen, aux Pays-Bas. Elle prit une part importante aux campagnes de 1705 et 1706, surtout en Italie où Léopold d'Anhalt se distingua à Gassano comme à Turin, et dans les Pays-Bas où, après Ramillies, le kronprinz Frédéric Guillaume vint assister, près de Marlborough, aux sièges d'Ostende et de Menin. Frédéric avait songé un moment à faire campagne en personne; il regardait comme une honte (SchandeJ de laissera des étrangers, comme les Anglais, le soin de sauver l'Empire; il était emporté par un vague patriotisme allemand, que stimulait son ressentiment personnel contre Louis XIV : la cour de Versailles n'ayant pas pris le deuil à la mort de Sophie Charlotte, il se promettait éventuellement de ne pas porter non plus le deuil du roi de France (29 mai 1705). Une nouvelle visite de Marlborough en novembre 1705 le détermina à renforcer de 4 000 hommes ses troupes en Italie.

Il eût voulu se consacrer entièrement à ses obligations visà-vis de la Grande Alliance. Les événements du nord et de l'est ne le lui permirent pas.

Depuis 1700, la situation de ce côté ne cessait de s'ag-

T.A MENACE SUEDOISE 185

graver. Le roi de Suède, Charles XII, avait à moins de vingt ans montré des talents militaires admirables, et vaincu to.urà tour ses agresseurs. Danois, Russes ou Polonais. Partout il triomphait, et on ne savait où il s'arrêterait. Entraîné à tous les sports, méprisant fatigues et intempéries, dur pour luimême comme pour ses soldats, il semblait avoir une àme et un corps d'airain ; infatué de son pouvoir absolu, très attaché à sa religion luthérienne, inflexible parfois jusqu'à la cruauté, entêté jusqu'à l'aveuglement, c'était un ami incommode et un adversaire dangereux. Frédéric s'inquiétait de sa passion pour la guerre et de ses exigences. Sans doute la religion commune était un lien et, grâce aux bons offices de l'Angleterre, Schmeltau avait réussi à signer le traité de La Haye, par lequel la Suède reconnaissait la royauté prussienne (9 août 1703). Mais Charles XII était comme son aïeul Charles Gustave : il considérait que qui n'était pas avec lui était contre lui, et lorsqu'à la fin de 1703 il se trouva installé aux frontières du royaume de Prusse, à Thorn et à Elbing, le péril parut grand. Frédéric avait essayé vainement, en octobre, de se saisir d'Elbing, sur laquelle il avait des droits; la déception était d'autant plus amère de voir une poignée de Suédois faire capituler la garnison, assez nombreuse, qui mit bas les armes au milieu des rires insultants du vainqueur. Sophie Charlotte jugeait alors sévèrement la politique de son époux : « Nous regardons cela ici... fort philosophiquement en apparence, quoiqu il n'est pas agréable de se voir bridé comme cela. Mais Georges Dandin, tu l'as voulu! »

Durant les années suivantes, le danger alla croissant. Si les Russes reprenaient lentement le dessus dans les provinces baltiques, Auguste II succombait : poursuivi par la haine furieuse de Charles XII, il était successivement détrôné, chassé de Pologne, battu dans plusieurs batailles. Le roi de Prusse, sollicité des deux côtés, jugeait également imprudent de traiter avec l'un ou l'autre des belligérants. Pourtant les offres alléchantes ne manquaient pas, ni par conséquent les tentations.

Page 1