RELATIONS AVEC GUILLAUME III
a Le prince Jacques (Sobieski) venait voir ma maîtresse dans le jardin; mais il fallait venir à la toilette. » Peu de jours après le départ de Jacques Sobieski, un autre soupirant, le fils de l'électeur palatin, Charles Philippe de Neubourg, arriva à son tour. Cette fois, ce furent les ministres de lEmpereur, le baron Fridag et le comte Sternberg^, qui patronnèrent la brigue. Le 11 août 1688, au soir, la margrave s'échappa du Sc/iloss, et se rendit chez le comte Sternberg, dont le chapelain l'unit secrètement au palatin; le mariage fut immédiatement consommé. Averti le lendemain, Frédéric III ne put que tancer vertement sa belle-sœur et l'inviter à quitter ses États. Le Brandebourg ne devait retirer des immenses biens de la famille Radziwill que les seigneuries de Serrey et de Tauroggen en Lithuanie. L'électeur était joué. Cependant, malgré sa colère, il feignit d'ajouter foi aux protestations des ministres impériaux, déclarant que tout s'était passé à leur insu.
L'acte décisif qui engageait Frédéric s'accomplissait alors en secret. Dès le mois de juin, un gentilhomme d'Over-Yssel, M. de Bentinck, confident de Guillaume III, était venu à Berlin, avait parlé des projets encore vagues de son maiire et obtenu une promesse dappui (1). Au mois d'août, le même homme d'État reparut en Allemagne, pour y chercher des troupes auxiliaires, à Cassel notamment et en Brunswick; l'électeur de Brandebourg expédia aussitôt son minisire Fuchs, qui, déguisé sous un faux nom, put s'aboucher à Celle avec Bentinck. La situation avait bien changé depuis un mois, et Fuchs fut ému des révélations sensationnelles de l'envoyé hollandais : le roi de France travaillait à une sorte de ligue catholique avec Jacques II Stuart, voire avec l'Empereur; pressé par les Anglais d'accourir à leur aide, le prince d'Orange jugeait le moment venu faut nunc aut minquamj et songeait à passer en Angleterre au plus tôt, dans six semaines peut-être; mais, pour assurer ses derrières et
(i) Droysen parait avoir cru à tort qu'un traité s'était conclu dès cette époque.