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LES CONSÉQUENCES DE POLTAWA

lement r alliance, conclue à Gœlln le 15 juillet, ne fut qu'une sorte de traité de neutralité, peu compromettant pour la Prusse, à laquelle il n'accordait en revanche aucun avantage précis. Frédéric, une fois de plus, concluait un pacte inutile !

Quelques semaines après, les alliés s'étant séparés, éclata la nouvelle de la victoire décisive du tsar sur Charles XII, à Poltawa (8 juillet 1709). Les Suédois étaient anéantis en Ukraine, leur roi forcé de se réfujjier en territoire turc, leurs généraux dans le nord laissés sans instructions, leurs alliés menacés de ruine. Le séjour de Charles XH chez le sultan pouvait être « très romanesque " , comme disait Sophie de Hanovre; il allait aggraver sensiblement le désastre pour la Suède. Quand Frédéric en fut informé, au milieu du mois d'août, il songea aussitôt à tirer de la circonstance le plus d'avantages possible.

Deux missions importantes furent confiées parallèlement, au chambellan B. E. de Kameke près du tsar, et à Marschall de Biberstein près d'Auguste II. Il fallait en effet se hâter, la victoire de Poltawa fournissant une occasion exceptionnelle, et qui pourrait ne pas se représenter dans le cours de plusieurs siècles fin vieien sœculisj, d'acquérir pour Sa Majesté et sa Maison royale une satisfaction que la Suède leur aurait toujours refusée. Les instructions données le 24 août à Kameke, les 31 août et 5 septembre à Biberstein, se ressemblent beaucoup ; elles ne diffèrent guère que par les sentiments exprimés à l'égard des deux monarques : une confiance très grande, peut-être excessive, à l'égard du tsar, qui avait annoncé son succès par deux courriei^ expédiés coup sur coup, et traitait le roi en ami; un reste de défiance à l'égard d'Auguste II, dont la situation était d'ailleurs embarrassante, puisqu'on allait lui proposer un démembrement de son royaume polonais ou tout au moins des sacrifices territoriaux considérables. Des deux côtés Frédéric offre son secours, mais il le met à très haut prix : il veut d'abord, non seulement Elbing, mais la Prusse polonaise en son entier ; puis l'expectative du duché de Courlande, avec la Samogitie

MISSIONS DE RAMEKE ET MARSCHALL *99

qui ferait communiquer Gonrlande et Prusse ; enfin la Pomé-

ranie antérieure, dont les Suédois se sont emparés autrefois « sans rime ni raison » . D'ailleurs, et c'est là le fond de ses aspirations, Frédéric a en vue de donner à la Pologne « de nouvelles frontières » , euphémisme qui cache un projet du partagée en règ^le, propre à assurer au roi Aug^uste une couronne héréditaire, et à satisfaire tous les intéressés, même la nation polonaise, si l'on met de côté «quelques mauvaises têtes » .

Les deux missions s'accomplirent dans le courant de septembre, avec le résultat qu'on en pouvait attendre. Kameke, arrivé à Varsovie au milieu du mois, eut audience du tsar à Solnitz, sur les bords de la Vistule, dans une pauvre chaumière de paysan (26 septembre) ; bien accueilli, il passa plusieurs jours auprès de Pierre le Grand, qui se montra disposé à seconder les desseins du roi de Prusse, sans né(jliger d'autres puissances, comme le Hanovre auquel on pourrait donner Brêm-e. Pierre rappela d'ailleurs les promesses échangées autrefois sur le yacht électoral à Pillaa, et déclara n'avoir qu'un désir, s'aboucher de nouveau avec Frédéric pour tout régler de vive voix. Le roi, passant par-dessus les fatigues et les dangers du voyage dans un pays ravagé par la peste, se hâta vers cetJe entrevue personnelle, dont von der Lith lui avait parlé à Berlin, et dont le tsar, dans une lettre du 19 août déjà, lui avait fait envisager les heureux effets. Tout cela semblait de bon augure.

Marschall de Biberstein ne réussit pas aussi complètement que Kameke. Il avait des ordres moins nets, et se trouvait, comme Auguste 11 lui-même, qu'il allait visiter, dans une fausse situation. N'était-il pas gênant de parler du bien de la Pologne, en demandantà la dépouiller, encore plus de réclamer des provinces suédoises en se refusant à rompre ouvertement avec la Suède ! Car Marschall pouvait bien faire espérer des secours, non s'engager à des actes précis d'hostilité. Quand il rejoignit Auguste dans son camp, le 17 septembre, il n'osa formuler que de vagues propositions, se bornant à

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