PAS D ALLIANCE RUSSE
tante. Son conseiller secret, B. E. de Kameke, fut expédié en Bohème, avec ordre de plaider les circonstances atténuantes, et de remettre l'alliance sur le tapis; il devait insister avant tout sur la restitution d'Elbing^ (Instructions du 23 septembre 1711). La mission eut peu de résultats. Pierre et son chancelier se montrèrent assez rudes et emportés (animirt), récriminant au sujet des ménag^ements gardés vis-à-vis de la Suède, et ne se laissant pas émouvoir par la crainte d'une intervention anglaise dans la Baltique ; ils refusèrent de rien promettre, sans en avoir conféré avec le roi de Pologne (octobre) . Sans doute, le tsar fut sensible à une visite du kronprinz, qu'il eut le plaisir d'embrasser à Grossen, au commencement de novembre 1) ; il fut reconnaissant des honneurs qu'on lui rendit dans les États prussiens, lors de son passage à Kœnigsberg, un peu plus tard ; mais il persista dans sa réserve plutôt défiante à l'égard d'un allié qui voulait obtenir beaucoup sans rien risquer. Il le dit au kronprinz à Grossen, et le répéta à Keyserling à Elbing, le 13 novembre : installé dans cette ville qui faisait l'envie de Frédéric, il ne songeait qu'à s'y fortifier; il la considérait comme son trésor fSchatzkammer), un trésor dont les revenus devaient d'ailleurs profiter à lui seul, et non à ses officiers; il le fit rudement sentir à un général qu il rossa de sa main.
La Prusse avait encore manqué l'occasion de conclure avec la Russie un traité avantageux. Elle ne devaitplus la retrouver sous le règne de Frédéric I".
Les événements se précipitèrent à son détriment de tous côtés en 1712. D'abord aux Pays-Bas, où la guerre languissait. Quand Marlborough, accusé de corruption et rappelé en Angleterre, eut laissé son commandement au duc d'Ormond, les troupes alliées se virent paralysées par les allures équivoques des Anglais. G'était « la grande crise " de l'année, a dit le général Natzmer, en déplorant le départ de •< mylordduc » . Le prince Eugène ne réussit ni à relever le parti whig
(1) II avait exprimé le tlésir de voir le roi, ou, à son défaut, le kronprinz. II. 14
210 POLITIQTjE INCOHERENTE
dans un vovage à Londres, ni à empêcher ensuite la Grande- Bretagne de conclure un armistice (juin 17 12) 1) . Les Prussiens, que soudoyait la reine Anne, étaient commandés par le prince d'Anhalt; celui-ci refusa de suivre le mouvement de retraite du duc d'Ormond, et se mit sous les ordres du prince Eugène; mais cette initiative ne put changer la fortune. La victoire de Villars à Denain (24 juillet) démoralisa la coalition. Les États Généraux surtout furent découragés, et la pression de 1 Angleterre les détermina peu à peu à la paix, en dépit d'un incident ridicule, une querelle entre laquais français et hollandais, qui prolongea l'interruption des conférences, suspendues à Utrecht depuis le mois d'avril. Quant au roi de Prusse, il était partagé entre des sentiments contraires, le désir de rester fidèle à la coalition, et la peur d'être dupe. Les factions qui divisaient sa cour lui rendaient la tâche diificile. Il hésita à approuver l'attitude du prince d'Anhalt, et se défia quelque temps du kronprinz, qui voulait la continuation de la lutte. Il voyait d'ailleurs l'Angleterre refuser le paiement des subsides. Hollandais et Impériaux le traitaient avec peu d'égards, et il redoutait autant la pusillanimité des premiers que l'ardeur belliqueuse des seconds. Il reprochait à ses alliés leurs intrigues, et ne se mettait pas lui-même à l'abri d'un semblable reproche : n'avait-il pas, depuis 1711, autorisé, soit en Suisse, soit en Danemark, soit à Schwerin et à Hambourg, des négociations secrètes avec un agent français, le comte de La Verne! et, après l'arrestation de cet agent, par ordre de l'Empereur (26 avril 1712), n'avait-on pas pu répandre toutes sortes de bruits calomnieux sur les relations de la Prusse et des ennemis de l'Empire! Tout en ménageant la France, il prétendait ne pas se séparer de l'Empereur; il faisait des promesses aux États Généraux, et les sommait de lui livrer certains territoires oraniens. A la fin de l'année, désespérant d'obtenir livraison de Moers, il résolut de se faire justice par la force : le prince d'Anhalt opéra par
(1) Confirmé par un traité du 19 août.