DECEPTIONS A L'EST
pour rétablir la paix du nord : afin de ne pas laisser tomber Stettin aux mains des Russes, on la remettrait aux Prussiens. Le colonel Eosander fut expédié à Bender au mois d'août, en vue de solliciter l'approbation de Charles XII. Cela n'empêchait pas des pourparlers parallèles avec Pierre le Grand, que le gfénéral Hackeborn alla voir à Greifswald à deux reprises; un projet de traité fut même rédigé (24 septembre), et quand le tsar traversa Berlin, allant de nouveau à Carlsbad (octobre) , il réitéra ses instances pour décider la Prusse à rompre avec la Suède.
Aucune de ces négociations n'aboutit (1). Charles XII espérait un revirement, et le succès de son général Steenbock sur les Danois et Saxons, à Gadebusch en Mecklembourg (20 décembre 1T12), le rendit intransigeant. Il ne fallait plus compter sur une entente avec la Suède. Pas davantage sur un accord avec le tsar : forcé de lever le siège de Stralsund, Pierre avait concentré ses troupes ; il contraignit Steenbock à la retraite et le poursuivit jusqu'en Schleswig (janvier-février 1713) . Les Russes prenaient le dessus dans tous les pays allemands voisins de la Baltique ; on était vraiment à leur merci.
A la veille de sa mort, Frédéric l" pouvait mesurer les tristes conséquences de sa politique extérieure. Il n'avait su ni exiger à l'ouest la récompense de son intervention militaire, ni intervenir à l'est pour soutenir ses grandes prétentions. Peut-être serait-il exagéré de conclure purement et simplement avec un illustre historien allemand, J.-G. Droysen, qu'il avait eu d'un côté une armée sans politique, de l'autre une politique sans armée. Il y a des circonstances atténuantes, et la fidélité aux alliances d'élection, celles de l'Empereur, de l'Angleterre et de la Hollande, aurait été sans doute incompatible avec un rôle actif dans la guerre du nord. Frédéric fut victime d'une politique à laquelle son carac-
(1) En vain, l'ex-rol de Pologne, Stanislas, se rendit-il à Bender. Dès le 20 décembre 1712, J, Th. Jablonski écrivait que « notre envoyé » (Eosander) revenait, " n'ayant rien réussi » .
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tère plus timoré que scrupuleux donnait des apparences de loyauté. Il aurait pu sans doute limiter ses engagements à l'ouest, garder une force imposante encore pour se faire respecter sur les rives de la Baltique, ne pas se borner à être comme on l'a dit, » le trabant (1) de la Grande Alliance » .
(l) Cavalier d'escorte.