LES REVENUS DE L'ÉTAT
nommé Hesse, qui resta des années sans rendre de comptes, et, lorsqu'il eut obtenu l'adjonction de son fils, lui laissa la libre disposition des fonds. Beaucoup de fonctionnaires s'entendaient entre eux pour se passer les charges lucratives on les réserver à des parents. Dautres abus diminuaient les revenus de l'État : la noblesse avait, comme en France, le privilège de ne pas payer les impôts directs ordinaires ; elle parvenait même à se soustraire à des impôts indirects, comme laccise, tout noble pouvant faire venir en franchise, pour les consommer, les produits de ses terres dans la ville où il résidait ! Enfin il était difficile d'empêcher la circulation de la fausse monnaie, quand le gouvernement n'en frappait pas lui-même, ce qui favorisait des malversations comme celles du banquier berlinois Bachelé de Maillet, et ne relevait pas le crédit. Les anciens revenus subsistaient, avec la division traditionnelle en revenus de guerre pour l'entretien de l'armée, et en revenus civils destinés à la conr et à l'administration. Les premiers restaient essentiellement le produit de la contribution dans les campagnes, de l'accise dans les villes; ils ne furent guère modifiés, sauf leur augmentation progressive que signalent les documents du temps; l'accise notamment s'accrut dans d'énormes proportions, passant à Berlin, par exemple, de 60 000 thalers en 1688 à 191 000 en 1712; elle devenait, comme on Ta dit, moins un moyen de répartir plus équitablement les charges qu'un instrument de fiscalité. Quant aux prestations exigées pour les marches, logements, transports militaires, elles constituaient une ressource dont l'importance ne fit que grandir (1). Les revenus civils suivirent une progression analogue, et l'on ne cessa de s'ingénier à faire rapporter davantage les domaines, les régales et les douanes. 11 faut signaler à ce propos une tentative intéressante, la seule grande tentative de réforme financière qui ait été faite alors.
|1) Je ue parle pas des subsides étrangers, qui furent assez irrégulièrement payé£, mais ne laissèrent pas de fournir de grosses sommes (quatorze millions de thalers, soit une cinquantaine de millions de li-^-res, dans tout le règne).