FERME HÉRÉDITAIRE DES DOMAINES
Je veux parler de la ferme héréditaire des domaines fErbpachtj. Ce fut l'idée d'un conseiller secret des finances, Luben de Wulffen, fonctionnaire d'origine mecklembourgeoise, qui eut peut-être trop d'orgueil et pas assez de scrupules, mais qui ne manquait pas d'ingéniosité. Knyphausen avait fait prévaloir, pour l'exploitation des domaines, le système de la ferme sur celui de la régie. Luben imagina de rendre les baux héréditaires, et le 1" mai 1700 soumit à Frédéric un plan d'exécution : les domaines seraient découpés en très petites parcelles; on accroîtrait ainsi le nombre des fermes, ce qui permettrait de nourrir plus de paysans; on obtiendrait des revenus plus élevés ; peut-être même parviendrait-on à abolir le servage. Le projet était séduisant; patronné par Wartenberg, il fut bien accueilli et une commission d'études nommée, dont Luben fit partie. On essaya d'abord le système dans quelques Aemtern, à Ziesar dans la Mittelmark et à Gramzow dans l'Uckermark; l'essai réussit admirablement. Le roi ordonna alors une nouvelle enquête (septembre 1701). Malgré l'opposition de la chambre aulique des finances et de beaucoup de chambres des domaines, Luben l'emporta et fut chargé d'appliquer sa réforme : à partir de 1702, des baux héréditaires furent conclus un peu partout, même en Prusse. Bien que G. F. Kraut, sans être hostile absolument, préférât les baux à temps, le roi déclara le 1 1 mars 1704 son intention d'étendre le régime à tous ses États, et jusqu'en 1710 de nombreux contrats furent passés, surtout dans les pays de Magdebourg et d'Halberstadt; beaucoup à'Aemtei' restèrent néanmoins en dehors de la réforme, dans la Marche à peu près la moitié, en Prusse et en Poméranie la grande majorité.
En 1710, un revirement se produisit, sous l'influence des plaintes qui s'élevaient de toutes parts. Dans diverses localités, la plus-value n'était qu'un trompe-l'œil, tenant à de faux calculs; dans d'autres, les bâtiments d'exploitation détériorés avaient besoin de réparations, des parcelles demeuraient incultes, ou les fermiers étaient incapables de payer.