FERME HEUEDITAIRE DES DOMAINES
On attaquait d'ailleurs de tontes façons le principe, et les adversaires de Luben, dont beaucoup craignaient en même temps de perdre leurs anciens droits sur leurs sujets, si l'on supprimait le servage, montraient combien le trésor perdait à des baux héréditaires qui lui étaient l'espoir d'élever à l'avenir le prix de ses ferma^jes. Une vaste enquête sur la situation des provinces, ordonnée en 1710 à l'instigation du kronprinz, fit ressortir les inconvénients du système. Bref, l'entreprise que certains auteurs ont qualifiée de géniale, et dont en 1706 le margrave Albert Frédéric, gouverneur de la Poméranie postérieure, faisait l'éloge, fut condamnée : on s'accommoda au mieux pour les baux déjà revêtus du sceau royal; on supprima purement et simplement les autres, pour en revenir aux baux temporaires, à partir de la Trinité de 1711. Quant à Luben, il fut destitué et enfermé quelque temps à Spandau.
La réforme qu'il avait conçue a été souvent louée ou critiquée depuis, et il est malaisé de se prononcer sur sa valeur absolue. Il est plus facile de comprendre les causes de son échec : si l'application fut défectueuse, parce que les baux furent passés trop légèrement, pour des parcelles trop vastes, et souvent avec des aventuriers insolvables, il faut pourtant mettre en première ligne l'hostilité des intéressés et l'opposition de tout un parti à la cour, sous la conduite du kronprinz. C'est ce qui explique le mieux l'abandon du projet.
Bien des années auparavant, l'insuffisance des revenus ordinaires (1) avait obligé à en chercher d'extraordinaires. J'ai déjà mentionné la taxe de 1698, triplée en 1700, sur les perruques et carrosses; Wartenberg et Wittgenstein ne cessèrent de recourir à des expédients du même genre. Une capitation, avec taux relevé pour certaines catégories de personnes, fut établie tous les trois ans, sous différents prétextes, en 1701, 1704 et 1707, en vue de fortifier l'état de guerre (Kriegswesen), en 1710 en vue de faciliter le rétablisse-
(i) Malgré l'augmentation des anciens inipôfs.
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ment de la paix. Un droit de timbre frappa les cartes à jouer en 1701; un impôt sur le luxe (AufwandsteuerJ fut levé en 1704, et, la même année, le roi trouva moyen de taxer la noblesse, en exigeant d elle 125 thalers par cheval, à la place de l'aide féodale; l'innovation, qu il lut un moment question de rendre permanente, fit beaucoup crier. En 1705, Wittgenstein inventa la caisse des incendies; en 1708 un impôt sur le sel, sans compter un appel de fonds exceptionnel pour le troisième mariage du roi. Les monopoles les plus étranges étaient en même temps concédés à prix d'argent, par exemple en septembre 1708 au commis Creutz le droit exclusif d'acheter et de vendre les soies des porcs. Gomme ces ressources ne suffisaient pas encore, le roi emprunta à des particuliers, le juif Liebmann et, après sa mort, sa veuve Esther, des négociants, des nobles : c'est ainsi qu'il s'adressa en Brandebourg à la caisse de la Landschaft, à laquelle pour s'acquitter il fît attribuer régulièrement, à partir de 170-4, une taxe autrefois irrégulière sur les terres et les maisons (Hufen et GiebelschossJ. A bout d'expédients, on allait jusqu'à recourir à des aventuriers, comme ce Cajetano, soi-disant comte de Ruggiero, qui prétendait faire de l'or; après l'avoir d'abord choyé et comblé de faveurs, le roi desabusé le fit pendre, en août 1 709, àCûstrin, vêtu d'un costume en papier doré.
Grâce aux mesures extraordinaires, le budget des recettes dépassa 4 millions de thalers (environ 15 millions de livres), dont 2 millions lj2 pour les revenus de guerre et 1 million 1/2 pour les revenus civils. Encore le trésor ne pouvait-il toujours payer les traitements des fonctionnaires. Nous avons sur ce point les aveux de Printzen, successeur de Wittgenstein dans la charge de grand maréchal de cour : quand le successeur du premier roi eut réduit son traitement de 40 à 12 000 thalers, qui furent payés effectivement, Printzen déclara qu'il y gagnait. Le trait caractérise l'administration financière sous Frédéric I". L'électrice Sophie de Hanovre écrivait assez justement le 23 décembre 1708 : « Je n'ai jamais entendu
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parler de la bonne économie de Sa Majesté, mais bien que ses gens ont de gros gages qui ne sont pas payés. »
L'enquête générale, faite par les Régences en 1710, montra les désastreuses conséquences financières de l'administration de Wartenberg et de ses créatures. Déjà Albert Frédéric en 1706 et le conseiller Lûdecke en 1707 s'étaient plaints des charges qui grevaient les habitants de la Poméranie et de la principauté de Minden ; dans ce dernier territoire, Lûdecke suggérait l'idée de renoncer aux 700 thalers dont on avait accru la contribution depuis 1701, et déverser une indemnité de 2 groschen (0 fr. 30) par jour et par soldat aux gens incommodés par les passages de troupes. En 1710, les mêmes plaintes furent formulées ailleurs. Dans le pays de Magdebourg, la régence demandait une revision des impôts, la chambre des finances la diminution de la contribution et de l'accise ; le directoire des impositions fSteuerdirektoriumj calculait que, depuis 1688, les prestations mensuelles du pays s'étaient accrues de 3 000 thalers, sans compter les taxes exceptionnelles : en sept ans, de 1701 à 1708, les campagnes magdebourgeoises avaient payé 2 681892 thalers, charge écrasante qu'avaient supportée seuls 1 1 469 sujets. Au lendemain de la disgrâce de Wittgenstein, un rapport rédigé par les membres de la Chambre aulique des finances, et daté du 26 janvier 1711, réclama des économies et une meilleure gestion, plutôt que de nouveaux impôts, ce qui avait été le système du précédent directeur général des domaines.