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AGRICULTURE, INDUSTRIE, COMMERCE

Les intérêts économiques, en général, ne furent pas mieux gérés que les intérêts purement financiers. Le roi et quelques fonctionnaires s'en préoccupaient, mais d'une manière toujours assez distraite et incohérente. Wartenberg et ses créatures avaient d'autres soucis.

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L'afflux des colons étrangers, surtout des réfugiés français, fuyant les persécutions de Louis XIV, continua à être pour les États de Frédéric I" une cause importante de prospérité. On évalue à près de 20 000 le nombre des huguenots, venus de France et établis dans le royaume prussien^ vers la fin du règne. Aussi les mesures de faveur ne cessaient-elles pas et les ordonnances se succédaient-elles sans trêve pour organiser, protéger, encourager les immigrants. Des temples furent édifiés pour le culte en français, à Berlin notamment et à Magdebourg ; c'est en 1705 que fut inaugurée dans la capitale, en présence du roi, l'église du Gendarmenmarkt, construite sur le modèle du temple de Charenton. Les cours de justice françaises, augmentées du tribunal d'Orange, furent logées en 1705 avec le collège et le consistoire français dans un même local qu'on appela longtemps « l'hôtel de ville français « . J'ai déjà parlé du commissariat français, créé en 1708 sous Bartholdi et Christophe de Dohna, et qui ne tarda pas à devenir un rouage essentiel pour l'administration de l'industrie et du commerce. Le 13 mai 1709, Frédéric I" mit le comble à ses bienfaits en promulguant un édit général de naturalisation, accordant aux réfugiés tous les droits des nationaux. Il agissait du reste à leur égard avec un désintéressement tout à fait remarquable, et on le vit accorder sans hésiter son appui, lors du congrès d'Utrecht, à une démarche auprès de Louis XIV pour obtenir la liberté de conscience; combien de milliers de huguenots, si la démardie eût réussi, seraient rentrés dans leur patrie !

Outre les Français, des Suisses, des Vaudois, des Mennonites, sortes de doux anabaptistes, trouvèrent un asile dans les États prussiens, et en accrurent la population. En dépit des fléaux qui la décimèrent de 1709 à 1711, cette population s'élevait à la fin du règne au chiffre d'un million 700 000 âmes environ.

Rien de spécial à mentionner pour l'agriculture ; rien de changé par rapport à la période précédente. Quelques colonies de réfugiés, en Prusse, dans les Marches et dans le pays

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de Magdebourgf, se signalèrent par leur intelligente activité, mais les Français réussissaient surtout comme maraîchers et jardiniers : le Theairum Europœum contient une gravure représentant un superbe aloès que Jean Sibert avait fait pousser dans les jardins du roi à Kœpenick. Les cultures nouvelles qu'on tenta d'acclimater donnèrent d'assez médiocres résultats : telle celle du mûrier, que le pédagogue et chimiste, Léonard Frisch, fut chargé de surveiller à Spandau et aux environs. Quant aux vignobles, ils n'étaient pas destinés à un brillant avenir : un cadet de Gascogne, établi à Berlin, racontait que les grives, aprèsavoir goûté le raisin, mouraient de la colique. Les mines dans les provinces de l'ouest, les salines au centre, les prairies pour l'élevage à l'ouest et à l'est, les forêts un peu partout, demeuraient les principales richesses naturelles.

L'agriculture ne pouvait d'ailleurs prospérer, comme je l'ai déjà dit, avec les charges qui pesaient sur les paysans. L'idée d'une réforme sociale fut entrevue, lors du projet Luben et des tentatives pour l'exécuter de 17 06 à 1709, mais la suppression du servage, à laquelle s'opposaient tant d'intérêts divers, était impossible, et la condition des sujets, loin de s'améliorer, ne fit alors qu'empirer (1) , sauf peut-être dans les pays de Clèves-Mark. Les rapports des gouverneurs, des régences et des chambres de finances en font foi. Le margrave Albert Frédéric signale en 1706 la misère des campagnes en Poméranie, les inconvénients de la servitude personnelle, lémigration et la " ruine totale » des habitants. Liidecke àMinden, en 1707, donne un témoignage analogue. A Magdebourg, en 1710, la situation est lamentable et la pauvreté générale. Dans les territoires de l'est, la désolation est plus grande encore, à cause des épizooties et épidémies qui sévissent à partir de 1709 ; une lettre de Schlleben, pré-

(J) L'usage du Loshaiifqeld, ou indemnité à payer par tout sujet quittant son seigneur, avait été généralisé par une patente du 21 février 1698. Des ordonnances libérales, comme celle de décembre 1702, promettant la liberté bourgeoise aux paysans qui achèteraient le matériel de leur ferme, ou celle de 1708 autorisant l'achat de la terre exploitée, ne furent pas observées.

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sident de la chambre des finances de Prusse, réfugié à Weblau pour éviter la peste, renferme ce passage : « Les paysans sont désespérés, souhaitent la mort plus que la vie, ce que j'ai entendu de mes oreilles. On ne peut envoyer des agents pour faire des exécutions, sans danger d'infection. Les paysans s'enfuient dans les bois quand ils arrivent, et disent : Attendez un peu, nous allons mourir, alors vous pourrez tout prendre ! " Une relation ultérieure du même Schlieben (2 janvier 1710) insiste sur le désordre des 70 Aemter, où les maisons tombent en ruines, et sur les affreux ravages de la famine et de la peste. D'après des calculs vraisemblables, près de 200 000 personnes périrent en Prusse, de 1709 à 1711.

L'industrie ne fit que des progrès partiels. Ainsi de nouvelles ordonnances (en 1705 et 1710) ouvrirent plus largement l'accès des corporations, et l'habileté des réfugiés appartenant aux classes ouvrières développa ou perfectionna un grand nombre de métiers. S'il faut faire des réserves sur les dires de Frédéric II, comparant les tapisseries de Berlin à celles de Bruxelles, les galons à ceux de France, les glaces de Neustadt à celles de Venise, on doit reconnaître que certaines industries prospérèrent grâce au luxe de la cour. Toland le notait en 1702; l'électrice Sophie sextasiait en 1706 sur des vêtements brodés d'or et sur des miroirs « grands comme une porte » , fabriqués dans les États prussiens ; un agent secret de Torcy signalait en 1709 la floraison des industries créées par les huguenots. Cependant, dans bien des cas, l'essor devait être éphémère : parmi les manufactures de velours, une seule survécut, celle que fonda le Français Bourguignon en 1709. Les efforts de Frisch pour l'élevage des vers à soie et la production des cocons n'étaient-ils pas, du reste, voués à un échec certain! D'autre part, les règlements, qui interdisaient l'établissement à, la campagne de la plupart des métiers, étaient une entrave sérieuse (1). En dépit du système protec-

(1) On voit par exemple en 1701 interdire à un bouilleur de cru de fabriquer de l'eau-de-vie aux environs d'Herford (cf. A. B., Ravensberg, Auitskamuier, R. 34, n 181, d. e.).

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